“Blast”, où l’on souffre de l’info – Arrêt sur images

6 comments
  1. # “BLAST”, OÙ L’ON SOUFFRE DE L’INFO
    ###La devise “le souffle de l’info” et les valeurs sociales de la webtélé semblent loin de ce qui se passe en interne

    D’après nombre de celles et ceux qui y sont passé·es, les pratiques de la webtélé marquée à gauche sont aux antipodes des valeurs prônées dans ses contenus. La moitié des membres fondateurs·rices du projet sont parti·es, ont été placé·es en arrêt maladie, ou licencié·es, sur fond de management brutal. La médecine du travail a lancé une alerte pour risques psychosociaux. Une quinzaine d’ancien·nes et actuel·les de l’équipe témoignent, quasi unanimes. Face au déni de la direction, qui dément ou minimise les faits.
    La promesse était-elle trop belle ? Un média indépendant accessible gratuitement en ligne, mêlant vidéos et enquêtes, entretiens et décryptages quotidiens. Le tout avec un prisme social, dans une équipe menée par Denis Robert, journaliste de renom, connu pour avoir révélé l’affaire Clearstream. Et tout ça, sans proximité affichée avec un parti politique – là où le parfum insoumis collait à la peau du Média. Ce devait être ça, Blast. “Le souffle de l’info”, comme dit sa devise.

    Deux ans et demi plus tard, c’est aussi une rédaction minée par la souffrance au travail. Un tiers des salarié·es du conseil d’administration sont parti·es, ont été licenciés ou placé·es en arrêt maladie, pour cause professionnelle ou “syndrome anxieux avec attaques de panique”. Ce qui, outre Denis Robert, ne laisse qu’un journaliste dans l’instance de neuf personnes à la base. Six des onze membres fondateurs·rices, d’après la liste fournie par l’ex-représentant syndical de Blast, ne sont plus dans la rédaction, dont cinq en froid : licenciés, arrêté·es ou dégoûté·es par les pratiques internes de la webtélé. Au compteur, également, au moins trois dépressions. Une alerte de la médecine du travail pour risques psychosociaux. Et un dossier d’une centaine de pages prêt à être envoyé à l’inspection du travail.

    Pour Arrêt sur images, une quinzaine d’ancien·nes et actuel·les membres de l’équipe témoignent. Sur une équipe de 24 salarié·es et une quinzaine de pigistes régulier·es. Le tableau qui ressort de leurs témoignages est celui d’un management particulièrement brutal et des pratiques à la légalité contestée. Certain·es ont requis l’anonymat total. Ils et elles seront ici désigné·es comme “collaborateurs·ices”, afin de protéger leurs identités. La direction, elle, conteste ce tableau auprès d’ASI.

    Après la publication du deuxième volet de cette enquête, la direction de Blast a publié un communiqué, d’abord sur Telegram, auprès de ses abonné·es et sociétaires. L’un des cofondateurs de la webtélé l’a reproduit en commentaire dans notre forum. “Nous contestons intégralement et fermement cette «enquête» et son contenu (…)”, indique le document, qui dénonce un travail “à charge”. “Nous répondrons à chacune de ces accusations aussi folles qu’infondées au plus vite. À Blast, nous avons l’habitude de lutter et prendre nos responsabilités. Chacun devra assumer les siennes”.

    ## DÉMOCRATIE FACTICE
    Allons-y crescendo. Sur le papier, Blast encourage l’exercice des contre-pouvoirs et le dialogue démocratique. À l’origine, le projet se voulait lui-même être un “espace de liberté” pour journalistes, assurait Denis Robert dans la campagne de lancement, juste après son départ du Média. Parmi les promesses : une gouvernance partagée grâce au modèle de la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Un fonctionnement fait pour cultiver un “alignement entre les valeurs des salarié·es et les valeurs de l’entreprise”, expliquait encore une économiste dans une émission de Salomé Saqué il y a un mois. Version Blast, donc, cela devait théoriquement donner un fonctionnement collectif, social et inclusif. Ça l’est, sur le papier. Les statuts mentionnent, comme grandes valeurs cardinales, “la démocratie”, “la capacitation de l’individu et l’augmentation de son pouvoir d’agir”, “la prééminence de la personne humaine”, “un sociétariat multiple ayant pour finalité l’intérêt collectif”, “la solidarité”, “la reconnaissance de la dignité au travail”. Ces valeurs semblent cependant se cantonner au papier sur lequel elles sont couchées.

    “Il n’y a quasiment jamais de vote. Le conseil d’administration n’exerce aucun contrôle sur les activités de la boîte, rapporte l’une de nos sources. C’est une caisse d’enregistrement des décisions de Denis.” D’après plusieurs comptes-rendus de conseil et de réunions, l’arrivée de nouveaux sociétaires a bien fait l’objet de votes. Mais ce n’est pas le cas des grands projets comme Les Marioles, ou la présentation d’un nouvel organigramme interne. Ceux-là sont simplement annoncés par Denis Robert. “Les décisions sont prises en conseil restreint, un comité de direction informel dont la composition varie selon le bon vouloir de Denis Robert”, ajoute un salarié dans le dossier adressé à l’inspection du travail. Ce même récit revient dans plusieurs témoignages concordants. “Le conseil d’administration vote les grandes orientations stratégiques, pas l’éditorial”, répond à ASI la rédactrice en chef Soumaya Benaissa. Quelles sont ces orientations stratégiques ? “Les choix financiers.” Sans inclure les licenciements et recrutements.

    Cet “espace de liberté” que prétend incarner Blast dispose-t-il au moins d’une Société des journalistes, instance garante du “respect de la déontologie”, de l'”indépendance” et du “pluralisme” de la rédaction ? En avril 2022, l’ancien rédacteur en chef politique, Serge Faubert (depuis licencié) a proposé d’en créer une. Denis Robert lui a répondu que c’était prévu, à l’initiative de la chefferie (contre-pouvoir s’il en est), selon un compte-rendu de réunion qu’Arrêt sur images a pu consulter. Un communiqué intitulé “Déclaration des journalistes de Blast”, confirmait que la discussion était ouverte. Un an et deux mois plus tard, il n’en existe toujours pas. “C’est aux journalistes de la faire, rétorque – avec justesse – la rédactrice en chef. Ils sont en train d’en parler, mais pour moi elle n’est pas forcément pertinente en ce moment car on est peu nombreux, qu’on est un média indépendant et qu’il n’y a aucune pression”. Le Rapport de gestion 2022, transmis aux sociétaires de Blast mi-juin 2023, rappelle que Blast est “un projet coopératif d’utilité sociale”. Il compte un chapitre “bilan social”, et un autre sur les “risques et incertitudes”. Aucune de ces sections n’informe cependant les sociétaires de l’alerte pour risques psychosociaux envoyée par la médecine du travail.

    Ultime maillon de contre-pouvoir possible : Blast compte une section syndicale. D’après le même compte-rendu, Denis Robert en a cependant reproché la création à l’un de ses anciens membres. “Un syndicat dans une boîte qui démarre, quand même ! Si on était cinquante, je ne dis pas…”, cite le document. Trois des quatre membres de la section ont quitté la rédaction, tous en raison de désaccords avec la direction. L’un d’eux, Adrien Colrat, ex-graphiste (il vient de partir), était le représentant syndical. Dans le dossier préparé pour l’inspection du travail, il témoigne. “Dans le cadre de mes fonctions, écrit-il, j’ai été systématiquement confronté à la mauvaise foi et à l’agressivité de Denis Robert et de la direction, une attitude qui a rendu très difficile et pesant l’exercice de mon mandat.”

  2. Autant, je suis de gauche, mais je trouve les vidéos (rien qu’aux titres) vraiment caricaturaux. Est-ce que certains peuvent me dire si mon instinct est faux ou pas ?

    Je trouve d’autres médias de gauche plus sérieux que ça !

  3. Compliqué à juger que tout cela. D’un côté, on a un Denis Robert avec un pedigree tout de même assez chargé maintenant, et comme on dit, il n’y a pas de fumée sans feu. De l’autre, il n’y a pas eu de procédures judiciaires particulières (ce qui n’est pas en soit une indication que tout va bien hein – on connait assez bien les mécanismes de l’emprise mentale aujourd’hui).

    Bref, espérons que ça soit le premier pavé dans la mare qui permettent de révéler les dessous concrets de cette affaire et que ça permette d’épurer un peu tout ça. Mais on en vient à désespérer du management de manière générale, et à se demander si le management humain et non toxique est possible (c’est un sophisme hein, bien sûr que c’est possible).

    A suivre donc.

  4. Ça avait l’air intéressant mais l’écriture inclusive c’est illisible et ridicule, dommage.

Leave a Reply