“L’attractivité des métiers du nucléaire est vitale pour ne pas perdre le capital immatériel stratégique français”

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  1. Michel Enault, directeur de la Transformation de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), explique dans une tribune l’histoire et le rôle de cet organisme. Et ce que « fabriquer un expert » tel que cet institut signifie, à l’heure où l’industrie nucléaire française est à la croisée des chemins.
    Avec l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) est un organisme français chargé de la sécurité des centrales. Leurs rôles sont similaires bien que l’ASN joue plus celui du « gendarme », appuyé sur les avis de l’ « expert » IRSN. Si l’ASN est une autorité administrative indépendante, l’IRSN est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), placé sous la tutelle de différents ministères. En avril dernier, le Parlement a empêché la volonté du gouvernement de fusionner ces deux organismes. Marianne publie la tribune de Michel Enault, directeur de la Transformation de l’IRSN, qui explique l’histoire, les missions et la vocation de cet institut.

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    L’énergie nucléaire est stratégique pour le pays. Il s’agit de la troisième filière industrielle en France avec plus de 220 000 salariés. La politique écologique du gouvernement fait de l’accélération de ce secteur une condition sine qua none pour atteindre la neutralité carbone. Mais à dire vrai, l’intérêt pour le nucléaire a été à géométrie variable ces dernières décennies. En France, l’accident de Fukushima en 2011, a marqué un sérieux coup de frein au développement de la filière. Au-delà des conséquences radiologiques au Japon, il a eu en France un impact très puissant sur l’opinion publique, sur la confiance. Et sans confiance, pas de consensus national possible sur le nucléaire.

    OPINION PUBLIQUE ?
    Le Baromètre de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) 2023 fait le point sur l’avis des Français sur le nucléaire et met en évidence une opinion sensiblement plus favorable que l’an passé. Le regard qu’ils portent sur le programme nucléaire civil est devenu très bienveillant : 65 % (+ 5 points) affirment que « la construction des centrales a été une bonne chose ». Malgré un récent volontarisme et un regain d’intérêt, former et cultiver les emplois de cette filière prend du temps et mérite un fort investissement dans un marché de l’emploi hyper tendu et concurrentiel. L’annonce d’Emmanuel Macron en février 2022 sur un plan de relance du nucléaire civil a précipité les questions liées aux besoins humains et à l’expertise technique.

    La France a bâti au fil du temps sa très grande compétence dans le nucléaire, c’est une référence internationale. Au cœur des enjeux du nucléaire, l’IRSN né sous sa forme actuelle en 2002, est l’expert public des risques nucléaires et radiologiques. Notre mission au service des pouvoirs publics et des populations est d’évaluer la sécurité des usages et d’assurer la surveillance de l’environnement, de l’exposition des travailleurs, de la radioprotection par ses travaux de recherche et d’expertise. L’IRSN est également un acteur de terrain en cas de crise. L’atout de l’IRSN pour l’État réside justement dans la capacité à associer chercheurs et experts pour anticiper les questions à venir sur l’évolution et la maîtrise des risques nucléaires et radiologiques. 1800 personnes couvrant un champ de compétences croisées, travaillant à la fois avec les industriels, des chercheurs académiques du monde entier, les organisations internationales, la société civile et l’autorité de sûreté nucléaire.

    « FABRIQUER » UN EXPERT, C’EST QUOI ?
    La France, dispose, ainsi, d’une analyse technique et scientifique indépendante et complète qui permet à l’autorité de sûreté nucléaire de prendre des décisions éclairées et de cultiver la confiance avec la nation grâce à l’accès à l’information et à la pédagogie assurée par l’IRSN. C’est aussi la possibilité pour l’État de pouvoir déployer des moyens mobiles d’urgence, activer une production nationale de dosimètres en cas de crise, surveiller en continu l’état radiologique du territoire et même de l’Ukraine, veiller à la surveillance des patients, rayonner à l’international… En réponse aux enjeux climatiques et énergétiques, la relance du nucléaire a été engagée. Pour l’IRSN de nombreux dossiers d’expertises sont en cours et à venir : prolongation des réacteurs au-delà de 60 ans, demande d’autorisation de création du site de stockage souterrain CIGEO, nouveaux EPR, SMR… Cela entraîne une charge d’expertise sans précédent. L’IRSN s’y prépare depuis plusieurs années et aujourd’hui, pour les acteurs de la sûreté et de son contrôle, la réussite du projet présidentiel requiert sérénité institutionnelle et garantie de ressources.

    « Fabriquer » un expert prend environ 10 ans. Garder, transmettre et accroître les savoirs acquis depuis les débuts du nucléaire est un capital immatériel stratégique qu’il faut à tout prix préserver et développer. Alors la question de l’attractivité de nos métiers est vitale pour ne pas perdre des compétences. La « chasse » actuelle aux profils de scientifiques, liée à la demande de tous les acteurs, notamment du privé, nous fait courir le risque d’une fuite de talents. Nous parlons de 100 000 recrutements à 10 ans ! Face à cela, nous nous appuyons sur le sens de la mission d’intérêt général, offrant un parcours professionnel personnalisé à chaque collaborateur, valorisant la curiosité, l’approfondissement des savoirs, la confrontation aux meilleurs tout en apportant une qualité de vie professionnelle fondée sur la considération de chacun. C’est ce sur quoi nous avons bâti notre communication employeur. Nous pensons qu’être utile à tous développe notre attractivité.

  2. La proportion d’ingénieurs et docteurs Français à l’étranger est énorme et que hors informatique «web» il y a pas de poste en France. L’Allemagne, le RU, les US et même la Suisse ou le Bénélux ont débauché une génération complète de jeunes chercheurs et ingénieurs y compris dans le nucléaire.

    Autant dire que il y a du travail

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