
Reportage : Opération Wuambushu à Mayotte : un mois après la démolition du bidonville Talus 2, ses anciens habitants vivent “éparpillés” et “sans espoir”

Reportage : Opération Wuambushu à Mayotte : un mois après la démolition du bidonville Talus 2, ses anciens habitants vivent “éparpillés” et “sans espoir”
4 comments
We did it Patrick, we saved the city!
Darmanin va réussir l’exploit de rentrer dans l’histoire comme les des français les plus abjects du siècle
Le plus horrible c’était l’histoire de l’ouvrier :
>Après la rangée de maisons qui bordent l’asphalte, les gendarmes grimpent un peu plus haut et investissent la rue qu’habitent Madi, Zenabou ou encore Fatima, leur voisine. Tous ont mené une bataille judiciaire contre la préfecture et l’État pour faire interdire l’opération Wuambushu qui vise à déloger et à expulser massivement des sans-papiers, portée par Gérald Darmanin (lire l’épisode 1, « Mayotte redoute le cyclone Wuambushu »). Tous se sont battus pour préserver leur quartier de l’arrivée des machines de chantier et de la destruction. Mais après une première victoire, la justice a fini par trancher contre eux. Le coup de grâce pour celles et ceux qui avaient lutté. Et un sacré coup au moral. Après le combat qui l’avait mené jusqu’au tribunal administratif, Madi est là ce matin, en habit de chantier, prêt à entamer la démolition de Talus 2 et des souvenirs qui l’habitent encore.
>Peu avant 8 heures, Madi redescend. Mais inconscient, allongé sur une civière et porté à bout de bras par les secouristes de la gendarmerie. « Un malaise », précisent les équipes qui le prennent en charge. Il s’est effondré dans sa propre rue, dans son propre quartier, à quelques mètres de sa propre maison. Il devait participer à sa destruction. Si l’entreprise reconnaîtra qu’il participait bien à l’opération et qu’il habitait bien le quartier, elle niera le lendemain l’avoir forcé à faire tomber les murs de son habitation.
>Les premiers examens ne sont pas bons, les pompiers doivent prendre le relais. Autour des gendarmes qui resserrent le rang près de l’ambulance, les femmes du quartier sanglotent. Là, toutes les versions convergent : Madi ne voulait pas travailler ce jour-là. Il avait demandé un congé afin de prendre le temps de déménager et pour ne pas que sa famille et lui assistent à la destruction du quartier – une version qu’a contestée depuis l’entreprise, provoquant la colère de ses proches. Sandia Abdallah, la cousine de Madi, invective l’un des chefs du chantier : « Pourquoi vous ne l’avez pas laissé ? C’est grave ce que vous avez fait ! » Puis, quand sa femme arrive sur les lieux, ses voisines fondent en larmes. Madi n’est pas transportable en l’état, les tests médicaux se poursuivent.
>Alors que dans le camion des pompiers, les secours tentent d’établir un diagnostic, à quelques mètres de là, les gendarmes ainsi que des équipes de la préfecture se prennent en photo, tout sourires, devant les machines qui rongent petit à petit le quartier comme un chien son os. « Félicitations pour Talus 2 quand même, quelle épreuve ! », lance une des fonctionnaires à sa collègue.
>Madi est transporté quelques minutes plus tard au Centre hospitalier de Mayotte, à Mamoudzou, dans le coma. Il ne s’en réveillera pas. Le soir même, sa femme reçoit un appel des équipes médicales. On lui demande de réunir les membres de sa famille pour qu’ils puissent lui faire leurs adieux.
>Le mardi, à l’hôpital, toute la famille ou presque est réunie. Ne manquent plus que trois des fils de Madi et Zenabou partis s’installer à quelques années d’intervalle à Besançon, pour le travail. Dans la chambre numéro 2 du service de réanimation, Madi est là, dans la pénombre. Sa poitrine se soulève lentement au rythme des machines qui le maintiennent en vie. Dans la pièce, Razaina, sa deuxième fille, lui tient la main. Elle récite une prière puis le rassure. Pas en shimaoré, la langue de l’île qu’elle parle habituellement avec son père mahorais, mais en français, comme si elle voulait que l’on entende nous aussi ce qu’elle a à lui dire : « Quand tu vas monter au ciel, tu vas retrouver ton papa, puis ton grand-père et même ton arrière-grand-père. » Aujourd’hui, la petite fête ses 12 ans : « J’aurais bien aimé qu’il soit là pour mon anniversaire, dit-elle. Il me manque déjà. » Zenabou rentre dans la pièce, s’assoit à ses côtés et la porte se referme. C’est la dernière fois que nous verrons Madi. Le soir, la chaîne publique Mayotte La 1ère l’annonce : « L’ouvrier mobilisé à Talus 2 déclaré en état de mort cérébrale. »
Faut réaliser que la majorité des mahorais, qui sont donc français, soutiennent cette opération.
La situation n’est pas tenable, la criminalité explose et les bidonvilles s’étendent.
Imaginez un habitant sur 2 étant un étranger en grande précarité dans votre ville et vous comprendrez mieux