
Bonjour à tous,
Vous connaissez tous évidemment l'[extrait d’OSS 117](https://www.youtube.com/watch?v=OCxAITH-Jcw) auquel je fais référence.
Au delà de l’aspect humoristique de la vidéo, cette vidéo me fait penser à une antienne qui tourne en boucle depuis les événements récents. En effet, on voit arriver à intervalle régulier l’idée que si c’est le zbeul en banlieue et si Naël n’a pas respecté les injonctions à s’arrêter, cela serait le produit d’une mauvaise éducation parentale.
Alors évidemment, c’est une position qui est très confortable à tenir puisqu’elle permet de faire porter la responsabilité des événements récents à des personnes en particuliers qui servent de bouc-émissaires (les parents) et ça permet de plus de s’abstraire de toute responsabilité. Et par dessus le marché, cela renforce le discours des fétichistes de l’autorité.
Sauf que la réalité est bien plus complexe que ça.
Il y a un proverbe qui dit “Il faut tout un village pour élever un enfant”. Et bien… c’est plutôt juste comme réflexion.
La réalité c’est que nous sommes la résultante de tout un tas d’influences qui vont de la sphère familiale, au voisinage, à l’école, aux médias, et à la ville en elle-même. Et croire que seuls les parents sont les décideurs du devenir d’un enfant est assez naïf.
Dans une vie précédente, j’ai été prof en collège. Un jour le découragement m’a pris, je me suis dit que l’éducation nationale ne pouvait pas lutter. Elle ne pouvait pas lutter contre les influenceurs teubés. Elle ne pouvait pas lutter contre la glorification de la stupidité et de l’inculture (Cyril, on te voit). Elle ne pouvait pas lutter contre les effets de groupe. En fait, pour faire avancer un môme dans la bonne direction, il faut un ensemble de circonstances qui s’enrichissent l’une l’autre. Il faut les parents. Il faut l’école. Il faut la ville. Il faut la bonne famille. Il faut les bons copains. Il faut les bons médias. Et il y a aussi une part énorme de hasard.
Alors du coup, maintenant que les banlieues des villes sont à feu, la recherche de coupable à tout prix pousse à charger les parents en les taxant de démissionnaire et de mauvais parents. Mais de quels parents parle-t-on ? Ceux qui font ce qu’ils peuvent ? Ceux qui sont au chômedu ? Dépassé ? Ou alors qui bossent comme des dingues sans voir leurs mômes ? Desquels on parle ? Et surtout, ils sont sensés faire quoi les parents ? Enchaîner leurs enfants à leur lit comme des loup-garous pour qu’ils ne sortent pas la nuit ?
J’ai une amie qui a été prof à Montfermeil (là où a été tourné *Les Misérables* de Ladj Ly). Elle vivait à Paris et se crevait dans les transports en commun chaque jour. Un jour, elle a capté qu’un des visages familiers qu’elle croisait régulièrement en partant au boulot… était celui d’un parent d’élève qui avait bossé de nuit et rentrait chez lui. Ce parents d’élève qui bosse de nuit, qui bosse à Paris, il fait ce qu’il peut pour élever ses mômes. Vous voulez l’accabler de ne pas être assez chez lui ?
Perso, j’ai eu de la chance. Je viens d’une famille sans thune mais où j’ai été beaucoup entouré (mes tantes, mes cousins, ma mère). Je viens de la cambrousse. La bibliothécaire de mon village était gentille et donnait aux mômes l’envie d’aller la voir. Mes enseignants de primaire et de collèges étaient majoritairement des chouettes personnes. Les copains que j’ai rencontré étaient plus portés sur la lecture et la branlette que sur la dégradation et les rapines.
Mais tout cela, c’est de la chance. De la pure chance. Admettons, ma mère aurait bossé encore davantage, mes cousins auraient fait des conneries, la constitution de ma classe au collège aurait favorisé de mauvaises rencontres, j’aurais grandi dans une banlieue pourrie, les profs m’auraient fait encore plus détester l’école que je ne la déteste déjà, etc. je serais certainement devenu une autre personne.
S’il y avait une solution miracle pour diminuer la violence en banlieue et si ça dépendait des parents, ça se saurait depuis longtemps. Arrêtez d’accabler les parents.
ps : rien à voir avec la choucroute, mais le dernier album de ce génie de Laurie Shaw vient de sortir et il est très bien : [https://laurieshawofficial.bandcamp.com/album/music-for-garden-centres?from=fanpub\_fnb&utm\_source=album\_release&utm\_medium=email&utm\_content=fanpub\_fnb&utm\_campaign=laurieshawofficial+album+music-for-garden-centres](https://laurieshawofficial.bandcamp.com/album/music-for-garden-centres?from=fanpub_fnb&utm_source=album_release&utm_medium=email&utm_content=fanpub_fnb&utm_campaign=laurieshawofficial+album+music-for-garden-centres)
by morinl
17 comments
Vous connaissez tous évidemment l'[extrait d’OSS 117](https://www.youtube.com/watch?v=OCxAITH-Jcw) auquel je fais référence.
-> non , retour a la liste des sujet
Ce post c’est un peu le tl;dr de *l’éloge de la fuite*, dont je recommande chaudement la lecture (ou résumés, ou les conf/interview de son auteur, Henri Laborit).
Dans les campagnes profondes et désœuvrées il y a aussi des parents absents une bonne partie de la journée, il y a la pauvreté. La différence se fait au niveau du contrôle social, dans ma campagne un gamin qui déconne va se faire voler dans les plumes par les voisins. J’ai l’impression qu’il s’agit surtout d’une culture qui s’est développée dans certains quartiers, culture de l’absence de conséquences et culture d’ados livrés à eux même. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème au niveau des parents, je n’ai pas eu besoin que mon père me dise qu’il ne faut pas incendier la mairie. Mais de normes parallèles qui se sont organiquement créés, avec de multiples causes. Les discours simplistes sur les quartiers ne résistent pas à l’analyse méticuleuse du contexte de ces lieux d’antisociabilité.
Alors oui évidemment tu as raison sur les points que tu cites. J’ai été moi même prof en lycée. Mais franchement on va pas se voiler la face, oui il y a des forces extérieures qui jouent, mais l’éducation parentale reste quand même la fondation principale.
Si les parents sont cons et n’éduquent pas correctement leur gosse on sait très bien comment ça finira.
Accabler les parents, c’est juste un moyen pour éviter de parler politique.
On vit un moment surréaliste où soit on est pour les casseurs soit pour les flics. On peut pas se dire “ben en fait, faut arrêter les casseurs, et les gens qui commettent un délit, mais en même temps, il faudrait faire en sorte que les drames deviennent exceptionnels. Et donc on va repenser notre politique policière, repenser l’état dans ces quartiers etc etc”.
La fausse dichotomie dans laquelle nous enferme le discours majoritaire est vraiment mortifère.
À la question “vous voulez l’accablez parce que il ne s’occupe pas assez de ses mômes alors qu’il bosse de nuit ?”
La réponse est bien évidemment oui. Je tiens à rappeler que la France reste un pays de droit.
Et qu’un parent est RESPONSABLE de son enfant devant la loi. Peu importe les circonstances, les excuses, la compassion, les sentiments… Dans le doute la loi est suprême. Et n’est pas sujette à interprétation.
La famille reste le principe éducateur de l’enfant malgré tout.
Je pense que si on en est là aujourd’hui c’est que la loi ne sait tout simplement pas se faire respecter. À tous les niveaux. Les flics, les médias, les politiciens ne donnent pas l’exemple et bafouent la loi et le droit chaque jour devant une justice impuissante et épuisée. Les citoyens prennent modèle. Les transgressions à la loi sont quotidiennes et banales.
L’ordre n’est tenu que par le bon vouloir des citoyens semble t il. Et quand ceux ci choisissent de ne plus respecter l’ordre, on va au devant des problèmes.
La réaction de la mère de la victime m’a un peu surpris. Je sais pas si elle est dans le dénie mais la voir faire vroom vroom sur une motocross m’a laissé perplexe. Ça justifie rien en attendant
Vouloir ramener un peu de complexité quand tout le monde a sa théorie sur les événements, le problème des cités, le pourquoi des émeutes, c’est ambitieux. Je vous salue bien bas.
Merci pour ce post.
Post d’utilité publique
>Mais de quels parents parle-t-on ?
on parle de ceux qui sont noirs ou arabes : en choisissant un bouc-émissaire lié par le sang avec les jeunes, on est sûr de pouvoir y appliquer le même racisme, c’est confortable ET politiquement intéressant
De ce que j’ai compris, tu étais prof.
Et donc tu ne l’es plus.
Tu as, à cause du manque de moyen généralisé, abandonné ces gamins à leur sort.
Et l’éducation nationale est désormais privée d’un prof qualifié.
J’observe cette tendance dans tous les services publics. Tous les talents fuient.
L’abandon c’est un cercle vicieux, et l’état est responsable, les politiques locales sont responsables.
Les mafias sont donc ravies de cet appel d’air et poussent désormais tous les restes de L’Etat hors des quartiers.
Les gens sont abandonnés de partout et emprisonnés avec leurs bourreaux.
Il faut massivement réinvestir dans son pays et son peuple parce que là c’est la route vers la cartelisation complète de certains territoires.
Dire que c’est uniquement la faute des parents c’est évidemment faux, mais dire qu’ils n’ont pas de responsabilité c’est faux aussi.
Y’a beaucoup d’exemples de réussite issues des quartiers et les parents étaient pas mieux lotis que les autres.
Merci de ce post. J’en peux plus d’entendre l’extrême droite et le Gouvernement répéter que “c’est la faute des parents”.
0ui il y a sans doute un soucis d’éducation des émeutiers et non on ne peut pas tout mettre sur le dos des parents. Quand t’as des parents qui cumulent les emplois à horaires décalés et/ou précaires, qui n’ont pas le capital social ou culturel pour aider leurs enfants etc par des personnes qui mettent leurs gamins en nounous quand ils sont petits, qui peuvent payer baby-sitters et aide particulière aux devoirs et ainsi de suite c’est insupportable
Je n’ai rien d’intelligent à ajouter, mais ça fait du bien de lire ça.
Mais du coup à qui incombe la responsabilité d’élever des enfants, si ce n’est les personnes qui choississent de les mettre au monde, à savoir les parents ? Il faut arrêter aussi de penser que tous les jeunes banlieues finissent chômeurs, zonards, racailles ou tout ça en même temps. J’y ai grandis, mes camarades de classe y ont grandis, mes cousins y ont grandis, et parfois avec des situations familiales très très difficiles. On a fait des études, on travaille et on mène une vie quelqueconque et normale. Nous n’étions pas plus intelligents que les autres, nos parents n’avaient pas des jobs moins difficiles et mieux payés que les autres, mais ils faisaient un minimum leur boulot. Et quand je dis le minimum, c’est pas Montessori non plus. Ce sont des règles de base pour tout simplement assurer la sécurité de ton enfant : instaurer un couvre-feu, téléphoner de temps en temps pour t’assurer que ton gosse était à la maison etc…mais aussi t’intéresser à la scolarité de ton enfants, du comportement qu’il a à l’école, de la relation qu’il entretient avec les profs, de ses fréquentations. Et sur ce dernier point, on chie beaucoup sur l’EducNat mais mon collège du 93 faisait beaucoup appel à des traducteurs arabes, turcs, chinois, polonaisetc…pour assurer la communication avec les parents. Donc pour t’en foutre de ton gosse, il fallait vraiment le faire.
T’auras beau te voiler la face et tenter de trouver des coupables multiples et variés (le capitalisme, l’Etat, la bibliotécaire, le prof pas compréhensif…), le parent ce sera toujours lui qui assurera l’éducation de base de son enfant. L’Etat et le prof ne pourra pas surveiller ce que ton gosse fera chez lui. Et d’un point de vue moral et juridique, cette responsabilité incombe aux parents. Sinon à quoi bon faire des enfants ?
Pour ce qui est de Nahel. Oui je n’ai aucun doute sur le fait que le policier est fautif, il n’était plus en danger et son collègue criait “bute-le”. Mais un gosse de 17 ans, sans permis n’a rien à faire dehors à 22h à conduire une voiture. Et je n’ai aucun doute sur le fait que la mère le sait déjà…
T’as oublié les parents qui s’en branlent aussi. J’ai été mère célibataire, petite employée de bureau au SMIC à temps partiel et j’ai fait les choix qui s’imposaient à moi pour élever mon fils dans des conditions correctes, ce qui n’a pas empêché certaines difficultés.
À commencer par ne pas permettre à son gamin de 13 ou 14 ans (pour les plus jeunes) de sortir dans ces conditions et de se mettre en danger, ou de se faire embrigader par des jeunes débiles.
Tu veux faire quoi si l’éducation ne repose plus sur les parents en priorité ?
Parceque les discours compatissants et complaisants ça va deux secondes mais concrètement on fait quoi ? On les met dans des internats payés par les impôts des travailleurs ?
Excuse-moi je suis un peu énervée par cette situation et par un laxisme ambiant qui ne fait que conforter ce type de comportement.
Les immigrés d’origine vietnamienne ont connu les mêmes conditions dans les mêmes cités, et pourtant leur descendance est exemplaire.