J’avoue que j’ai surtout partagé pour le wtf total du titre, mais l’article reste intéressant !
**Le Vietnam a annulé la sortie du film américain sur son territoire en raison de la représentation d’une carte maritime entérinant l’irrédentisme chinois en mer de Chine du Sud. Les Philippines pourraient faire de même.**
Pour Barbie, la première excursion en dehors du monde parfait est rude. Après l’annulation, lundi 3 juillet, par le Vietnam de la sortie en salle du film américain portant le nom de la célèbre poupée, prévue le 21 juillet, en raison d’une carte maritime jugée non conforme, l’administration chargée d’autoriser l’exploitation des films aux Philippines a également confirmé étudier le dossier. Un sénateur de ce pays a publiquement prévenu mardi que des séquences du film pourraient *« saper la souveraineté des Philippines ».*
La carte en question correspond en effet aux prétentions chinoises en mer de Chine du Sud, mais les îles disputées des Spratleys et Paracels constituent un contentieux de longue date entre la Chine, d’une part, et notamment le Vietnam et les Philippines, d’autre part. Au moins une image dans le film Barbie fait en effet allusion à la « ligne en neuf traits », un pointillé qui, sur les cartes chinoises, délimite ce que la Chine revendique comme son propre territoire maritime, mais qui englobe une partie des eaux territoriales et des zones économiques exclusives (ZEE) de cinq pays riverains d’Asie du Sud-Est. Plusieurs îles ou îlots de mer de Chine méridionale (ou mer du Vietnam orientale pour Hanoï) sont occupés par la Chine et revendiqués notamment par le Vietnam et les Philippines. Surtout, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, saisie par Manille, a jugé en juillet 2016 que les « droits historiques » revendiqués par Pékin, *« n’avaient aucun fondement juridique »* et *« violaient les droits souverains »* de Manille dans sa ZEE. Pékin n’a jamais reconnu cette décision.
Avant Barbie, le dessin animé de DreamWorks, Abominable, une coproduction sino-américaine dans laquelle un plan montre l’héroïne, une fillette chinoise, devant une carte de la mer de Chine du Sud où apparaît clairement la fameuse *« ligne en neuf traits »*, avait été retiré des écrans vietnamiens, mais aussi philippins, après sa sortie, en octobre 2019. La Malaisie avait à son tour annulé la sortie du film. En 2022, le film américain Uncharted, avec Mark Wahlberg, sur des aventuriers américains partis à la recherche du trésor de Magellan, fut, lui aussi, retiré des salles au Vietnam et aux Philippines pour avoir montré cette même *« ligne en neuf traits »* sur une carte.
Dans Barbie, l’héroïne apparaît devant un planisphère déstructuré, sur lequel les pays et les continents sont méconnaissables. Mais, à plusieurs endroits, on aperçoit des lignes en pointillé. Aucune directive explicite connue n’oblige de montrer, en Chine, une carte de la mer de Chine du Sud avec cette délimitation, mais dans les faits, la censure chinoise bannit toute « représentation incorrecte » du territoire chinois. La polémique sur Barbie au Vietnam a suscité, à son tour, des réactions nationalistes en Chine, où la porte-parole du ministère des affaires étrangères, Mao Ning, a défendu, le 4 juillet, *« la position claire et cohérente de la Chine sur la question de la mer de Chine méridionale ».*
**Concessions excessives à Pékin**
Aux Etats-Unis, Hollywood est non seulement revenu de la lune de miel avec le marché chinois des années 2010, mais de plus en plus critiqué pour les concessions faites aux exigences de Pékin : le site américain Politico a révélé, le 6 juillet, que le département américain de la défense avait décidé de *« ne plus fournir d’aide à la production lorsqu’il existe des preuves tangibles que [celle-ci] s’est conformée ou est susceptible de se conformer à une demande du gouvernement de la République populaire de Chine (…) de censurer le contenu du projet afin de promouvoir [son] intérêt national »*. Top Gun : Maverick avait ainsi fait l’objet d’une polémique aux Etats-Unis, pendant la préproduction, lorsqu’il était apparu en 2019 que le blouson porté par le personnage joué par Tom Cruise avait *« perdu »* son drapeau taïwanais sur une présentation vidéo. Le drapeau avait finalement retrouvé sa place – l’investisseur putatif chinois s’étant retiré d’un film jugé trop sensible en l’état des relations sino-américaines. Le deuxième plus gros succès mondial de l’année 2022 n’est donc jamais sorti en Chine.
Les films chinois font l’objet, au Vietnam, d’un boycottage qui ne dit pas son nom depuis la sortie en mars 2018 du blockbuster chinois Operation Red Sea, retiré des cinémas : ce film sur l’évacuation par la marine chinoise de ressortissants chinois du Yémen en 2005 montre, à un moment, une patrouille des gardes-côtes chinois intercepter un navire étranger et lui intimer de *« quitter les eaux territoriales chinoises »* – une scène qui avait rappelé de mauvais souvenirs au Vietnam.
Pays communiste très méfiant vis-à-vis de son puissant voisin, le Vietnam a connu des flambées nationalistes antichinoises en 2014, quand Pékin a fait naviguer dans la zone maritime disputée entre les deux pays une plate-forme pétrolière, puis en 2018, quand le gouvernement vietnamien avait proposé de créer des « zones économiques spéciales » de quatre-vingt-dix-neuf ans, perçues par l’opinion comme une porte ouverte à l’implantation chinoise. L’initiative avait été prestement retirée.
Dans le conflit asymétrique qui l’oppose à Pékin, Hanoi s’appuie sur un art consommé de l’ambiguïté stratégique : suite à des incursions chinoises très démonstratives dans sa zone économique exclusive entre mai et juin 2023, Hanoi a créé la surprise en accueillant le porte-avions américain USS Reagan à Danang du 25 au 30 juin – la troisième visite d’un porte-avions américain depuis 2018 –, tout en dépêchant au même moment à Pékin en visite officielle son premier ministre, Pham Minh Chinh, pour éviter tout malentendu. Barbie, en revanche, n’a aucune chance d’être repêché par la censure vietnamienne.
Si ta souveraineté peut être saper par le fond d’un film Barbie c’est que ces fondations sont plutôt instable non ? Xd
Pour abominable je comprends mais pour Barbie je trouve que c’est un peu tiré par des cheveux si ils appellent les lignes sur la carte imaginaire la 9 dashes line
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J’avoue que j’ai surtout partagé pour le wtf total du titre, mais l’article reste intéressant !
**Le Vietnam a annulé la sortie du film américain sur son territoire en raison de la représentation d’une carte maritime entérinant l’irrédentisme chinois en mer de Chine du Sud. Les Philippines pourraient faire de même.**
Pour Barbie, la première excursion en dehors du monde parfait est rude. Après l’annulation, lundi 3 juillet, par le Vietnam de la sortie en salle du film américain portant le nom de la célèbre poupée, prévue le 21 juillet, en raison d’une carte maritime jugée non conforme, l’administration chargée d’autoriser l’exploitation des films aux Philippines a également confirmé étudier le dossier. Un sénateur de ce pays a publiquement prévenu mardi que des séquences du film pourraient *« saper la souveraineté des Philippines ».*
La carte en question correspond en effet aux prétentions chinoises en mer de Chine du Sud, mais les îles disputées des Spratleys et Paracels constituent un contentieux de longue date entre la Chine, d’une part, et notamment le Vietnam et les Philippines, d’autre part. Au moins une image dans le film Barbie fait en effet allusion à la « ligne en neuf traits », un pointillé qui, sur les cartes chinoises, délimite ce que la Chine revendique comme son propre territoire maritime, mais qui englobe une partie des eaux territoriales et des zones économiques exclusives (ZEE) de cinq pays riverains d’Asie du Sud-Est. Plusieurs îles ou îlots de mer de Chine méridionale (ou mer du Vietnam orientale pour Hanoï) sont occupés par la Chine et revendiqués notamment par le Vietnam et les Philippines. Surtout, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, saisie par Manille, a jugé en juillet 2016 que les « droits historiques » revendiqués par Pékin, *« n’avaient aucun fondement juridique »* et *« violaient les droits souverains »* de Manille dans sa ZEE. Pékin n’a jamais reconnu cette décision.
Avant Barbie, le dessin animé de DreamWorks, Abominable, une coproduction sino-américaine dans laquelle un plan montre l’héroïne, une fillette chinoise, devant une carte de la mer de Chine du Sud où apparaît clairement la fameuse *« ligne en neuf traits »*, avait été retiré des écrans vietnamiens, mais aussi philippins, après sa sortie, en octobre 2019. La Malaisie avait à son tour annulé la sortie du film. En 2022, le film américain Uncharted, avec Mark Wahlberg, sur des aventuriers américains partis à la recherche du trésor de Magellan, fut, lui aussi, retiré des salles au Vietnam et aux Philippines pour avoir montré cette même *« ligne en neuf traits »* sur une carte.
Dans Barbie, l’héroïne apparaît devant un planisphère déstructuré, sur lequel les pays et les continents sont méconnaissables. Mais, à plusieurs endroits, on aperçoit des lignes en pointillé. Aucune directive explicite connue n’oblige de montrer, en Chine, une carte de la mer de Chine du Sud avec cette délimitation, mais dans les faits, la censure chinoise bannit toute « représentation incorrecte » du territoire chinois. La polémique sur Barbie au Vietnam a suscité, à son tour, des réactions nationalistes en Chine, où la porte-parole du ministère des affaires étrangères, Mao Ning, a défendu, le 4 juillet, *« la position claire et cohérente de la Chine sur la question de la mer de Chine méridionale ».*
**Concessions excessives à Pékin**
Aux Etats-Unis, Hollywood est non seulement revenu de la lune de miel avec le marché chinois des années 2010, mais de plus en plus critiqué pour les concessions faites aux exigences de Pékin : le site américain Politico a révélé, le 6 juillet, que le département américain de la défense avait décidé de *« ne plus fournir d’aide à la production lorsqu’il existe des preuves tangibles que [celle-ci] s’est conformée ou est susceptible de se conformer à une demande du gouvernement de la République populaire de Chine (…) de censurer le contenu du projet afin de promouvoir [son] intérêt national »*. Top Gun : Maverick avait ainsi fait l’objet d’une polémique aux Etats-Unis, pendant la préproduction, lorsqu’il était apparu en 2019 que le blouson porté par le personnage joué par Tom Cruise avait *« perdu »* son drapeau taïwanais sur une présentation vidéo. Le drapeau avait finalement retrouvé sa place – l’investisseur putatif chinois s’étant retiré d’un film jugé trop sensible en l’état des relations sino-américaines. Le deuxième plus gros succès mondial de l’année 2022 n’est donc jamais sorti en Chine.
Les films chinois font l’objet, au Vietnam, d’un boycottage qui ne dit pas son nom depuis la sortie en mars 2018 du blockbuster chinois Operation Red Sea, retiré des cinémas : ce film sur l’évacuation par la marine chinoise de ressortissants chinois du Yémen en 2005 montre, à un moment, une patrouille des gardes-côtes chinois intercepter un navire étranger et lui intimer de *« quitter les eaux territoriales chinoises »* – une scène qui avait rappelé de mauvais souvenirs au Vietnam.
Pays communiste très méfiant vis-à-vis de son puissant voisin, le Vietnam a connu des flambées nationalistes antichinoises en 2014, quand Pékin a fait naviguer dans la zone maritime disputée entre les deux pays une plate-forme pétrolière, puis en 2018, quand le gouvernement vietnamien avait proposé de créer des « zones économiques spéciales » de quatre-vingt-dix-neuf ans, perçues par l’opinion comme une porte ouverte à l’implantation chinoise. L’initiative avait été prestement retirée.
Dans le conflit asymétrique qui l’oppose à Pékin, Hanoi s’appuie sur un art consommé de l’ambiguïté stratégique : suite à des incursions chinoises très démonstratives dans sa zone économique exclusive entre mai et juin 2023, Hanoi a créé la surprise en accueillant le porte-avions américain USS Reagan à Danang du 25 au 30 juin – la troisième visite d’un porte-avions américain depuis 2018 –, tout en dépêchant au même moment à Pékin en visite officielle son premier ministre, Pham Minh Chinh, pour éviter tout malentendu. Barbie, en revanche, n’a aucune chance d’être repêché par la censure vietnamienne.
Si ta souveraineté peut être saper par le fond d’un film Barbie c’est que ces fondations sont plutôt instable non ? Xd
Pour abominable je comprends mais pour Barbie je trouve que c’est un peu tiré par des cheveux si ils appellent les lignes sur la carte imaginaire la 9 dashes line