Klaus Kinzler, l’enseignant qui avait dénoncé une «chasse idéologique», suspendu de Sciences Po Grenoble

12 comments
  1. Pour rappel, c’était le professeur qui avait refusé de participer à un colloque où les termes racisme, antisémitisme, et islamophobie étaient inclus dans le titre (suggérant que ce dernier terme est à mettre au même plan que les deux premiers).

    Ses mails internes avaient “fuité”, et un syndicat étudiant avait peint son nom sur des affiches, en rajoutant à son nom “*Des fascistes dans nos amphis*.” “*L’islamophobie tue*.” Le tout quelques mois après l’assassinat de Samuel Paty.

    Cette affaire confirme bien que le débat – sain – sur certains sujets est difficile, voir impossible dans certaines universités en France.

  2. Sciences Po Grenoble c’est fou, j’ai l’impression qu’ils trouvent une nouvelle façon de s’enfoncer a chaque fois

  3. Ce que je comprends pas c’est que Sciences Po est régulièrement depeint comme tres a gauche pourtant ce qui en sort c’est des centristes

  4. J’ai un peu connu ce prof même si je ne l’ai jamais eu. Pas mal de mes camarades en disaient beaucoup beaucoup de bien. Mais oui il a toujours été grande gueule et un peu anar de droite. Lui interdire de parler à la presse (ou a minima lui interdire de parler négativement à la presse de l’IEP ou de certaines personnes) c’était un peu couru d’avance que ca allait clasher.

    Si ca se confirme c’est une vraie perte pour l’école.

  5. L’histoire a l’air plus compliquée que ce que les titres d’articles en dépeignent. A les lire on croirait qu’il a été suspendu pour avoir dénoncé de l’islamogauchisme, ce qui attire les complotix (on nous censure) mais bon clairement c’est pas vraiment ça.

    Pour avoir été dans une école qui a fait les frais d’un mini scandale quasi international il y a un an ou deux, je sais que ce que les articles et les twittos peuvent raconter est extrêmement différent de la réalité vécue sur place

  6. Alors non, il me semble que l’affaire est un peu plus complexe que ce que les résumés du Figaro (et autre pourfendeurs du “wokisme” et de “l’Islamo-gauchisme” *gros guillemets avec les doigts*) ne laisse penser.

    — Fin novembre donc, sept étudiants et une autre enseignante, **Claire M**., planchent ensemble dans un groupe de travail pour préparer la “semaine de l’égalité et contre les discriminations” qui se tient annuellement depuis 2017. Ce groupe a pour intitulé “Racisme, islamophobie, antisémitisme”. **Klaus Kinzler** le rejoint alors qu’il est déjà constitué et remet immédiatement en cause l’intitulé.

    *“Bonsoir à tout le monde, concernant notre groupe thématique “Racisme, islamophobie, antisémitisme”, je suis assez intrigué par l’alignement révélateur de ces trois concepts dont l’un ne devrait certainement pas y figurer (on peut même discuter si ce terme a un vrai sens ou s’il n’est pas simplement l’arme de propagande d’extrémistes plus intelligents que nous)”, écrit d’emblée le professeur d’allemand qui livre la véritable raison de sa présence dans ce groupe : “Je ne vous cache pas que c’est en vertu de ce contresens évident dans le nom de notre groupe thématique que je l’ai choisi.”*

    **Claire M**., l’enseignante en question, répond le lendemain pour défendre le choix de l’intitulé qui n’est d’ailleurs pas de son fait. Ce dernier a été décidé après un sondage en ligne lancé par l’administration et a été validé par un comité de pilotage. “La notion d’islamophobie est effectivement contestée et prise à partie dans le champ politique et partisan. Ce n’est pas le cas dans le champ scientifique”, défend la maîtresse de conférences qui cite des arguments scientifiques pour se justifier. Elle précise aussi “qu’utiliser un concept ne dispense pas d’en questionner la pertinence, de se demander s’il est opérant”.

     Quelques heures plus tard, **Klaus Kinzler** répond de manière plus virulente. Les étudiants du groupe de travail, eux, sont toujours en copie. “Affirmer péremptoirement, comme le fait Claire, que la notion d’islamophobie ne serait “pas contestée dans le champ académique” me paraît une imposture”, estime l’enseignant qui conteste les références utilisées par Claire qui mettait en avant “le champ académique”.

    *“Ou alors soyons francs et reconnaissons tout de suite ceci : ce “champ académique” dont (Claire) parle et dont elle est un exemple parfait, est lui-même, du moins dans certaines sciences sociales (qu’à l’INP on appelle “sciences molles”), devenu partisan et militant depuis longtemps”, poursuit-il.*

    Il ajoute : “Contrairement à ce que Claire affirme ex cathedra, le débat académique sur la notion hautement problématique de l’“islamophobie” n’est absolument pas clos…” Il enchaîne pour évoquer une notion « fourre-tout », “inventée de toutes pièces comme arme idéologique dans une guerre mondiale menée par des “Fous de Dieu” (au sens littéral) contre les peuples “impies”, notion qui semble avoir envahi de nombreux cerveaux, y compris dans notre vénérable institut”.

    *C’est pour cela que je refuse catégoriquement de laisser suggérer que la persécution (imaginaire) des extrémistes musulmans (et autres musulmans égarés) d’aujourd’hui ait vraiment sa place à côté de l’antisémitisme millénaire et quasi universel ou du racisme dont notre propre civilisation occidentale (tout comme la civilisation musulmane d’ailleurs) est passée championne du monde au fil des siècles…”*

    Il dénonce ensuite « le véritable scandale» que représente selon lui le nom de ce groupe de travail, “une réécriture de l’histoire” qui ferai “honte” à l’IEP de Grenoble.

    *“J’ai décidé que, au cas où le groupe déciderait de maintenir ce nom absurde et insultant pour les victimes du racisme et de l’antisémitisme, je le quitterai immédiatement (c’est déjà presque fait, d’ailleurs)”, annonce-t-il en guise de conclusion.*

    Juste après ce mail, **Vincent T.**, maître de conférences en sciences politiques – que **Klaus Kinzler** avait laissé en copie caché dans l’échange – intervient alors qu’il ne fait pas partie du groupe de travail3. Il défend son collègue et cible directement **Claire M**. en disant découvrir “avec effarement à quel point des universitaires sont enfoncés dans le militantisme et l’idéologie”. “Associer l’IEP de Grenoble au combat mené par des islamistes, en France et dans le monde, et de surcroît au moment où le gouvernement vient de dissoudre le CCIF mais vous devenez fous ou quoi ?”, interroge **Vincent T4 **.  (…)

    En réponse, **Klaus Kinzler** poursuit sa dénonciation dans un mail fleuve, notamment d’une “partie grandissante des chercheurs en sciences sociales”. “Tous les jours, les départements en “gender studies”, “race studies” et autres “études postcoloniales” (liste loin d’être exhaustive !) des universités les plus prestigieuses du monde sortent leur production de nouveaux livres et articles “scientifiques” dont les conclusions sont strictement hallucinantes (pour des personnes normalement constituées)”, poursuit le professeur d’allemand avant de déplorer « la cancel culture » qui serait à l’œuvre. Il continue de dénigrer les sciences sociales qui produiraient “un tas de choses invraisemblables” et qui seraient bien moins légitimes que “les sciences dures”. Il se fait ensuite plus intransigeant : “Je vais être clair : je refuse absolument d’accepter qu’on puisse continuer, comme Claire le propose au groupe, de conserver l’intitulé de la journée prévue.”

    Le prof d’allemand qui revendique auprès de Mediapart son côté “provoc’” a en tout cas une réputation “sulfureuse” au sein de l’IEP. “Lui et Vincent sont les deux profs réputés à droite quoi et parfois très militants”, contextualise un enseignant. L’argumentation de **Klaus Kinzler* déployée dans ses mails le prouve.

    *“Les musulmans ont-ils été des esclaves et vendus comme tels pendant des siècles, comme l’ont été les Noirs (qui aujourd’hui encore sont nombreux à souffrir d’un racisme réel) ? Non, historiquement, les musulmans ont été longtemps de grands esclavagistes eux-mêmes ! Et il y a parmi eux, encore aujourd’hui, au moins autant de racisme contre les Noirs que parmi les Blancs », peut-on lire. Il poursuit sa mise en cause des musulmans en expliquant qu’ils n’ont pas jamais été « persécutés », « tués » ou « exterminés » comme l’ont été les juifs et qu’au contraire, on compterait parmi eux « un très grand nombre d’antisémites virulents ».*

    Il en profite pour expliquer qu’il n’a « aucune sympathie » pour l’islam « en tant que religion » et préfère même « largement le Christ qui, lui, pardonne fameusement à la femme adultère ». Il précise toutefois n’avoir aucune « antipathie » à l’égard des musulmans, mais reprend à son compte la théorie qui veut que ces derniers soient a priori solidaires des terroristes : « Pourquoi n’y a-t-il pas des millions de musulmans dans la rue pour le crier haut et fort, immédiatement, après chaque attentat, pourquoi ? » Il termine enfin son mail en proposant un nouvel intitulé qui serait « Racisme, antisémitisme et discrimination contemporaine » pour englober « l’homophobie, l’islamophobie et la misogynie ».

    “Après ces échanges, **Claire M**. a considéré être victime d’une agression et même d’un harcèlement”, explique l’un de ses collègues. Elle aurait reproché à **Klaus Kinzler** de se contenter de livrer ses opinions personnelles face à des arguments scientifiques. Mais aussi de la dénigrer, la qualifiant d’”extrémiste”. Il aurait ainsi clairement dépassé son devoir de réserve et bafoué le principe de laïcité en faisant l’éloge du Christ. L’enseignante sollicite l’intervention de la direction qui refuse de rappeler à l’ordre Klaus Kinzler mettant en avant la liberté d’expression. (…)

    D’après son entourage, **Claire M**. vit mal « l’inertie de la direction » et est même mise en arrêt maladie du 7 au 11 décembre. Juste avant, elle alerte Pacte, le labo de recherches de l’université dont elle dépend. Ce labo rattaché au CNRS publie dans la foulée un communiqué interne pour affirmer « son plein soutien » à l’enseignante « attaquée personnellement ». Sans jamais nommer **Klaus Kinzler**, il lui reproche de nier ses résultats scientifiques (elle travaille depuis de longues années sur les questions autour de l’islam et des musulmans et est largement reconnue alors que lui n’est pas chercheur) et dénonce une forme de « harcèlement ». Il rappelle enfin que le débat scientifique nécessite « liberté, sérénité et respect ».

  7. Non mais c’est hallucinant la désinformation! Et la réaction du gouvernement est absolument choquante, ce pays devient vraiment médiocre. Une réaction purement médiatique.
    Kinzler n’a pas respecté le droit de réserve, il a craché pendant des mois sur toute l’école, sur ses collègues, et sur la directrice, sur tous les plateaux télés, évidemment qu’il doit être suspendu ! Etrangement le droit de réserve quand il est question du port du voile ça vous parle, mais quand c’est pour défendre un prof islamophobe vous oubliez ce que c’est ?

    Personne dans ce thread ne sait de quoi il est question, tout le monde réagit au quart de tour sans se renseigner une seule seconde, quelle honte. “c’est la guerre des héros racistes contre les vilains woke qui gagnent partout”, vous pensez que le monde entier est aussi bête et dualiste que vous ?

    A la suite de ce simple renvoi, qui est entièrement légitime et respecte entièrement le droit, l’école a perdu tout financement de la région, c’est à dire près de 100.000€/an, mais c’est toujours la dictature woke apparemment ?

    Le 11 mars, Mediapart avait publié une [excellente enquête sur l’affaire](https://www.mediapart.fr/journal/france/110321/accusations-d-islamophobie-la-direction-de-sciences-po-grenoble-laisse-le-conflit-s-envenimer?onglet=full) présentant tous les points de vue (que probablement aucun d’entre vous n’a lu mais ça vous empêche pas de commenter bien sûr). Kinzler est pas juste un cliché de raciste il a :
    – harcelé une enseignante, l’a humilié devant ses élèves, au point qu’elle finisse en arrêt maladie
    – fait l’éloge du christ dans des mails pro
    – A rejoint un groupe de travail dans le seul but de le démonter
    – a menti sur son exclusion d’un groupe de travail, qu’il a en fait lui même quitté de façon très théâtrale
    – craché pendant des semaines sur l’école qui l’emploie sur tous les plateaux télé en mentant systématiquement sur la réalité des faits
    Kinzler a d’ailleurs finit par obtenir gain de cause ! Son objectif c’était de retirer le terme “islamophobie” d’une journée consacrée au racisme, et il a réussi ! Mais non c’est la dictature woke hein

    [Voici l’enquête pour ceux qui ont pas accès à médiapart](https://textup.fr/603652pu)

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