Les Etats-Unis s’engagent à fournir à l’Ukraine des armes à sous-munitions, malgré l’impact pour les civils (article en commentaire)

by coadmin_FR

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  1. **Les Etats-Unis s’engagent à fournir à l’Ukraine des armes à sous-munitions, malgré l’impact pour les civils**

    Washington n’a jamais signé la Convention d’Oslo de 2008 interdisant l’utilisation et le transfert de ces armes ravageuses pour la population, y compris après la fin des conflits.

    L’intérêt militaire immédiat supplante parfois les considérations éthiques et humanitaires. En décidant, après de longues hésitations, de fournir à l’Ukraine des armes à sous-munitions, l’administration Biden répond à une demande pressante de Kiev.

    Ce feu vert, confirmé vendredi 7 juillet par le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, s’inscrit dans le cadre d’[un nouveau paquet massif d’aide militaire](https://www.defense.gov/News/Releases/Release/Article/3451570/biden-administration-announces-additional-security-assistance-for-ukraine/) accordée à l’Ukraine par Washington, d’un montant de 800 millions de dollars (730 millions d’euros).

    La Maison Blanche conçoit ces bombes à sous-munitions comme une façon de parer au plus pressé, pour maintenir l’effort de livraisons constant à Kiev. L’incapacité du complexe militaro-industriel à exécuter les commandes dans un temps court et la réduction inquiétante des stocks de munitions de l’armée a obligé l’administration à utiliser cet expédient très controversé, en raison des dégâts immédiats et à long terme sur les civils.

    *« Nous avons déjà vu des hausses substantielles de production,* a expliqué Jake Sullivan. *Mais ce processus va continuer à réclamer du temps et il sera essentiel d’assurer à l’Ukraine un pont de livraison*s. (…) *Nous avons retardé la décision autant que nous le pouvions.* (…) *C’est le moment de commencer la construction de ce pont pour qu’à aucun moment cet été ou bien au début de l’automne l’Ukraine ne se retrouve à court d’artillerie. »*

    Le conseiller a insisté sur le fait que l’Ukraine n’utiliserait pas ces armes à sous-munitions *« sur une terre étrangère »,* mais pour défendre son territoire*,* et qu’elle a pour objectif de préserver le plus possible sa population civile. Un indice trahissant l’inconfort américain : Jake Sullivan a même évoqué l’existence *« d’assurances écrites »* fournies par Kiev sur l’emploi mesuré de ces armes, une garantie de papier à la valeur relative. Comment déterminera-t-on cette mesure, avec des bombes aussi indiscriminées ? En revanche, elles offriront selon les spécialistes une marge de manoeuvre inédite en matière d’artillerie à l’armée ukrainienne, jusqu’à présent contrainte à une économie de tirs face aux Russes.

    **Remous au sein de l’OTAN**

    Le terme d’« arme à sous-munitions » implique la dispersion imprécise sur un champ vaste de sous-munitions pesant chacune moins de 20 kilogrammes, larguées par avion ou par le truchement de batteries de missiles. Certaines explosent aussitôt, d’autres plus tard. [Conclue en 2008, la convention d’Oslo interdisant l’utilisation et le transfert de ces armes](https://www.lemonde.fr/international/article/2008/12/03/une-centaine-de-pays-signent-un-traite-interdisant-les-bombes-a-sous-munitions_1126252_3210.html) n’a pas été signée par les Etats-Unis, ni par la Russie ou la Chine, contrairement à près de 120 Etats. Le texte prévoyait notamment la destruction des stocks, la dépollution des zones contaminées par les restes non explosés et l’organisation d’une assistance aux victimes.

    La convention rappelait en préambule que *« les restes d’armes à sous-munitions tuent ou mutilent des civils, y compris des femmes et des enfants, entravent le développement économique et social, y compris par la perte des moyens de subsistance, font obstacle à la réhabilitation et à la reconstruction post-conflit, retardent ou empêchent le retour des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ».*

    Les Etats-Unis assurent que les munitions livrées seront prises sur les stocks dont le taux d’échec moyen – créant ainsi des bombes ravageuses à retardement – ne dépasse pas 2,35 % selon le Pentagone. La Russie, elle, a dispersé *« des dizaines de millions »* de ces sous-munitions sur le territoire ukrainien depuis le début de la guerre, avec des taux de non-explosion de 30 % à 40 %, a rappelé Jake Sullivan. [Comme l’expliquait en mars 2022 une synthèse du Service de recherche du Congrès](https://sgp.fas.org/crs/weapons/RS22907.pdf) des Etats-Unis, il existe souvent un écart entre le taux affiché par les fabricants et celui relevé par les démineurs sur le terrain, lors d’opérations longues et complexes.

    *« L’Ukraine se trouve au milieu d’une contre-offensive qui ne se passe pas aussi bien que prévu,* souligne Charles Kupchan, professeur de relations internationales et expert au cercle de réflexion Council on Foreign Relations. *C’est donc un moment crucial sur le champ de bataille. L’administration Biden essaie d’en faire autant que possible en soutien de l’Ukraine sur le court terme. J’ai le sentiment qu’elle s’est débattue avec cette décision depuis un moment, en partie parce que les Etats-Unis et les alliés sont préoccupés par la perception, les considérations éthiques d’un tel transfert. La volonté américaine de préserver une sorte de supériorité morale est une des raisons pour lesquelles cette décision a été si difficile à prendre. »*

    A quelques jours du sommet de l’OTAN à Vilnius, cet arbitrage délicat de Joe Biden suscite logiquement des remous entre les membres de l’Alliance atlantique, mais aucune critique directe n’a été émise contre Washington. *« Nous avons le sentiment que d’aucune façon, cela n’affectera la très forte unité entre alliés »,* a indiqué Jake Sullivan, qui a mis en avant des consultations préalables avec certains partenaires clés. Coïncidence, qui n’en est certainement pas une : la Maison Blanche a diffusé vendredi après-midi un communiqué pour indiquer que les Etats-Unis avaient détruit le dernier stock d’armes chimiques à sa disposition, appelant la Russie à déclarer et éliminer son programme non déclaré. Une façon d’indiquer, par ce moment symbolique, que Washington ne s’inscrit pas dans une course débridée à tous les armements, sans considération pour les conséquences.

    **Mise sous tension des stocks des alliés**

    La décision de l’administration Biden rappelle une nouvelle fois la mise sous tension des stocks des alliés, après un effort sans précédent et non anticipé depuis février 2022, aux côtés de l’Ukraine. Aux Etats-Unis, la question des investissements, des priorités à accorder en matière d’armements, est aussi posée. *« Si nous avions assez d’obus classiques, nous ne serions pas obligés d’envoyer des bombes à sous-munitions,* explique Jon Wolfsthal, ancien membre du Conseil de sécurité nationale sous Barack Obama et conseiller auprès de l’organisation Global Zero, qui plaide pour une dénucléarisation du monde. *Le Pentagone dépense beaucoup d’argent sur les armes nucléaires, les chasseurs de cinquième génération, les sous-marins et des armes compliquées. Or il apparaît que nous avions besoin de production d’artillerie. Nous avons semble-t-il fait de mauvais paris. Nous voilà avec de nombreuses armes inutilisables et dépourvus de celles dont nous avons besoin. »*

  2. J’ai beau être pro-Ukraine, c’est pas la meilleure idée du monde. Ces armes sont une putain de plaie pour les populations civiles.

    [Au passage](https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_sur_les_armes_%C3%A0_sous-munitions) : un sacré paquet d’État ne sont pas signataires. Ni les USA donc et ni la Russie ou l’Ukraine.

    [EDIT] : L’Armée russe en a évidemment fait usage lors du conflit. [Lien](https://www.liberation.fr/international/europe/bombes-a-sous-munitions-que-sont-ces-armes-utilisees-en-ukraine-20220301_BTZMHB6GKZHXHH4MJSY4F53M6A/)

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