>agence du détective Mario Brero pour ses missions au service des Émirats arabes unis
>
>Louis de Raguenel (Europe 1, ex-« Valeurs actuelles »)
>
>Ian Hamel, qui collabore notamment avec « Marianne » et « Le Point ».
>
> empire de presse de Vincent Bolloré
>
> Geoffroy Lejeune
>
> collaborateur de Claude Guéant , ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy
>
> grande interview d’Emmanuel Macron sur l’islam et l’immigration
>
> *« de sources policières »*, les antécédents mentionnés dans le fichier de la police au sujet de Nahel
>
> Alp Services, une agence suisse de renseignement privé qui travaille pour les services secrets des Émirats arabes unis
>
> dénigrement des ennemis d’Abou Dhabi : le Qatar et la confrérie islamiste des Frères musulmans
>
> manipuler l’opinion publique en influençant les médias et en modifiant les pages Wikipédia
>
> agence françaises Avisa Partners
>
> deux faux blogueurs : « Tanya Klein » et « L’Observatoire indépendant du Qatar »
>
> réseau confidentiel de journalistes amis
Et ça c’est que dans les premiers paragraphes.
C’est la galerie des horreurs cet article.
**En plus d’œuvrer à la droitisation des médias du groupe Bolloré, Louis de Raguenel, qui fut en 2011-2012 le collaborateur de Claude Guéant, ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy, s’est illustré à Valeurs actuelles en obtenant fin 2019 une grande interview d’Emmanuel Macron sur l’islam et l’immigration.**
Il a aussi tenté d’identifier les sources de deux journalistes du Monde, en vue de démontrer un prétendu complot destiné à nuire à Nicolas Sarkozy.
À Europe 1, c’est lui qui a révélé le 28 juin dernier, « de sources policières », les antécédents mentionnés dans le fichier de la police au sujet de Nahel, l’adolescent tué par un policier à Nanterre – un classique visant à tenter de criminaliser la victime.
Mais une ligne du CV de Louis de Raguenel était jusqu’ici restée secrète : le journaliste est renseigné comme ayant touché 5 000 euros en tant que « fournisseur » et « sous-traitant » d’Alp Services, une agence suisse de renseignement privé qui travaille pour les services secrets des Émirats arabes unis (EAU). C’est ce que révèle, dans la foulée d’un premier article du New Yorker, notre enquête « Abu Dhabi Secrets », basée sur des documents confidentiels obtenus par Mediapart et partagés avec le réseau de médias EIC.
**Entre 2017 et 2021, l’officine suisse a été rémunérée 5,7 millions d’euros pour mener des missions de renseignement et de dénigrement des ennemis d’Abou Dhabi : le Qatar et la confrérie islamiste des Frères musulmans.**
L’une des missions consistait à manipuler l’opinion publique en influençant les médias et en modifiant les pages Wikipédia : « Nous utiliserons une combinaison de journaux grand public (pour les articles clés), de médias influents et de plateformes où nous pouvons publier ce que nous voulons/quand nous le voulons, ainsi que d’autres blogs et forums pour accroître la visibilité dans Google », promet Alp Services à son client émirati en 2018.
Les méthodes sont les mêmes que celles de l’agence françaises Avisa Partners, détaillées dans nos enquêtes « Opération Intox ». Alp Services utilisait des profils bidon pour infiltrer les espaces participatifs des médias, dont le Club de Mediapart, où œuvraient deux faux blogueurs : « Tanya Klein » et « L’Observatoire indépendant du Qatar » – nous avons fermé leurs blogs depuis (voir notre Boîte noire).
Mais la méthode a des limites. « Les blogs avec des pseudos, ça marche un moment. Ce qui fait la différence, c’est d’obtenir de vrais articles. Là vous pouvez influencer la notice Wikipédia de quelqu’un et lui créer de vrais dommages réputationnels », raconte un expert du secteur. Dès qu’il obtient un vrai article, Mario Brero s’empresse d’ailleurs de prévenir son agent traitant au sein des services émiratis et promet que ses équipes « travailleront dur pour le rendre viral ».
Les documents internes d’Alp Services révèlent que l’agence est parvenue à se créer un réseau confidentiel de journalistes amis, parfois rémunérés, dans plusieurs pays d’Europe.
#Louis de Raguenel « fournisseur » de l’officine suisse des EAU
**L’un des plus connus est donc Louis de Raguenel. Des documents internes indiquent qu’il aurait travaillé sur l’opération « Arnica », qui visait notamment à cartographier les réseaux des Frères musulmans en Europe. Le premier volet de notre enquête a révélé qu’Arnica s’est traduite par le fichage, bien souvent à tort, de plus de 1 000 citoyens européens, dont 200 Français.**
Un document de suivi financier d’Arnica mentionne un paiement de 5 000 euros à Louis de Raguenel, en tant que « fournisseur » pour des « recherches ». Un second document précise que le journaliste, à l’époque à Valeurs actuelles, est un « sous-traitant/contact », qui a réalisé des « recherches sur les Frères musulmans en France (projet Arnica) ». Alp Services l’a même évalué : « rapport moyen » mais « bon contact ».
Contacté, Louis de Raguenel a refusé de répondre à nos questions, qu’il juge « profondément insultantes ». « Je n’ai absolument jamais touché d’argent en échange d’un article ou d’une quelconque autre contrepartie journalistique. Jamais », nous a-t-il indiqué, assurant n’avoir « rien à voir avec ces histoires ».
Les bonnes relations entre le journaliste et l’officine suisse, qui ont commencé au milieu des années 2010, ont pourtant laissé des traces. Il y a d’abord des messages WhatsApp qui montrent sa proximité avec le patron d’Alp Services, Mario Brero. « Comment va notre cher Mario ? », écrit-il à un salarié de l’agence. « Que faut-il en penser ? », demande Louis de Raguenel à Mario Brero au sujet d’un dossier en cours, en lui transmettant ses « amitiés ».
Selon un document interne, le rédacteur en chef à Valeurs actuelles aurait aidé les consultants d’Alp Services à élargir leur réseau, en leur présentant un journaliste de Paris Match et un autre du magazine Causeur.
Dans les courriels envoyés au Sheikh Matar, son agent traitant émirati, Mario Brero indique que Valeurs actuelles est l’un de ses atouts maîtres : « Tout au long des missions […], des articles anglés précisément sur des cibles établies par l’agence sont publiés par le magazine. » Nous avons identifié, entre fin 2017 et 2020, six articles qu’Alp Services se vante d’avoir suscités, et dont le contenu est très similaire à celui de rapports réalisés par l’agence.
Louis de Raguenel a signé lui-même au moins deux de ces articles. Le 5 juin 2019, Lionel B., chef du projet Émirats chez Alp Services, lui écrit : « Nous avons quelques infos sur un professeur dans un lycée musulman en France qui ne semble pas tout à fait éclairé… Cela pourrait-il t’intéresser/Valeurs actuelles ? » « Merci beaucoup ! Volontiers ! », répond Louis de Raguenel. Il a inclus ces informations dans un article publié quinze jours plus tard sur « L’inquiétante montée du communautarisme en France ».
Un second article de Louis de Raguenel (qui a ensuite été republié sans sa signature), consacré à l’imam Hassan Iquioussen, est mentionné dans deux documents d’Alp Services, dont l’un listant les « attaques médias ».
Un autre article, titré « La gigamosquée de Mulhouse sent le soufre », est présenté comme un succès dans un rapport d’impact envoyé aux espions d’Abou Dhabi : « En juin 2019 nous avons pu publier un article critique sur les Frères musulmans dans le magazine Valeurs actuelles, [qui] a aussi produit une vidéo courte et populaire pour les réseaux sociaux. » La vidéo est présentée par Louis de Raguenel.
#L’intox Majdi Nema
**L’opération la plus folle impliquant Louis de Raguenel concerne Majdi Nema. Le 29 janvier 2020, ce Syrien de 31 ans est arrêté à Marseille et mis en examen pour « crimes de guerre », « tortures » et « complicité de disparitions forcées ». Il est soupçonné d’exactions pendant la guerre civile syrienne, lorsqu’il était, entre 2011 et 2016, sous le nom de guerre d’« Islam Alloush », porte-parole d’un groupe rebelle islamiste qui tenait une banlieue de Damas. Il s’est ensuite reconverti comme chercheur en Turquie.**
L’affaire est embarrassante, car depuis 2019, Majdi Nema avait obtenu un visa Erasmus français et était étudiant à l’Institut de recherche sur le monde arabe et musulman (Iremam) de l’université Aix-Marseille, qui relève du CNRS.
Le directeur de l’Iremam, Richard Jacquemond, a indiqué à l’AFP qu’il ne connaissait pas le passé de Majdi Nema et que son arrivée avait été validée par les autorités. Le ministère des affaires étrangères a confirmé qu’un visa lui a été délivré « sur la base d’un dossier complet, après interrogation des services ministériels compétents ».
Il se trouve que l’un des chercheurs et ancien directeur de l’Iremam, François Burgat, a des positions en défense des Frères musulmans et qu’il préside un centre de recherche parisien financé par le Qatar. Deux chercheurs, opposés à François Burgat et pourfendeurs de l’« islamogauchisme », s’emparent de l’affaire sur Twitter et accusent à demi-mot l’Iremam d’avoir eu connaissance du passé sulfureux de Majdi Nema, donc d’être « complice » de l’islamisme.
Mais les éléments matériels présentés par l’un des chercheurs dans des tweets (supprimés depuis) sont très maigres : il souligne qu’un chercheur de l’Iremam a publié, trois ans plus tôt, un article avec un membre du centre de recherche turc que venait de rejoindre Majdi Nema. Logiquement, aucun média n’en a parlé, à l’exception d’un site allemand.
**C’est là qu’Alp Services entre en scène. L’agence veut que les accusations des ennemis de Burgat soient relayées en France. Lionel B., chef de projet Émirats chez Alp Services, a pensé à Louis de Raguenel. « Louis pourrait être critique de l’Iremam (universitaires gauchistes pro-islamistes ?) […]. Ce serait bien d’évoquer un lien avec les Frères musulmans », indique-t-il le 5 février 2020 à une collègue, Arina A.**
Le même jour, cette salariée d’Alp Services écrit au journaliste de Valeurs actuelles : « Mario [Brero] m’a demandé de vous envoyer un lien vers un article en allemand qui pourrait vous intéresser. » « Merci beaucoup ! », répond Louis de Raguenel.
Alp Services informe immédiatement l’espion émirati Matar de cette démarche : *« Nous sommes entrés en contact avec plusieurs journalistes des médias mainstream en France/Suisse et nous leur avons fait noter qu’il était scandaleux que ce lab ait accepté un stagiaire avec un passé criminel aussi évident. Nous avons également fait noter aux journalistes que le laboratoire (Iremam) est accusé de proximité avec les Frères musulmans et ses supporters comme François Burgat. »*
Arina A. fait parvenir quelques éléments complémentaires à Louis de Raguenel. « Merci pour tout. Je regarde ! », répond-il le 7 février à 16 h 33. « Voilà ce qu’on a fait », lui écrit-il une heure plus tard, en partageant le lien vers l’article que Valeurs actuelles vient de publier. Son titre : *« L’université française complice de criminels de guerre djihadistes ? »*.
Article très long, très intéressant.
Malheureusement trop complexe pour le citoyen lambda (en plus du paywall).
Un autre article long et fort intéressant, publié hier, sur ce thème aussi :
Pour en revenir à celui-ci, il serait bon de réfléchir à interdire Le Point sur ce subreddit, je trouve. Ce n’est pas le seul média cité (VA, Marianne également) mais la liste des infractions à la déontologie journalistique, des fake news publiées en toute impunité et des dénégations de Gernelle commence à être très longue.
L’extrême droite qui cachetonne pour les dictatures étrangères, ce duo indémodable.
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>agence du détective Mario Brero pour ses missions au service des Émirats arabes unis
>
>Louis de Raguenel (Europe 1, ex-« Valeurs actuelles »)
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>Ian Hamel, qui collabore notamment avec « Marianne » et « Le Point ».
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> empire de presse de Vincent Bolloré
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> Geoffroy Lejeune
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> collaborateur de Claude Guéant , ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy
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> grande interview d’Emmanuel Macron sur l’islam et l’immigration
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> *« de sources policières »*, les antécédents mentionnés dans le fichier de la police au sujet de Nahel
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> Alp Services, une agence suisse de renseignement privé qui travaille pour les services secrets des Émirats arabes unis
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> dénigrement des ennemis d’Abou Dhabi : le Qatar et la confrérie islamiste des Frères musulmans
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> manipuler l’opinion publique en influençant les médias et en modifiant les pages Wikipédia
>
> agence françaises Avisa Partners
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> deux faux blogueurs : « Tanya Klein » et « L’Observatoire indépendant du Qatar »
>
> réseau confidentiel de journalistes amis
Et ça c’est que dans les premiers paragraphes.
C’est la galerie des horreurs cet article.
**En plus d’œuvrer à la droitisation des médias du groupe Bolloré, Louis de Raguenel, qui fut en 2011-2012 le collaborateur de Claude Guéant, ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy, s’est illustré à Valeurs actuelles en obtenant fin 2019 une grande interview d’Emmanuel Macron sur l’islam et l’immigration.**
Il a aussi tenté d’identifier les sources de deux journalistes du Monde, en vue de démontrer un prétendu complot destiné à nuire à Nicolas Sarkozy.
À Europe 1, c’est lui qui a révélé le 28 juin dernier, « de sources policières », les antécédents mentionnés dans le fichier de la police au sujet de Nahel, l’adolescent tué par un policier à Nanterre – un classique visant à tenter de criminaliser la victime.
Mais une ligne du CV de Louis de Raguenel était jusqu’ici restée secrète : le journaliste est renseigné comme ayant touché 5 000 euros en tant que « fournisseur » et « sous-traitant » d’Alp Services, une agence suisse de renseignement privé qui travaille pour les services secrets des Émirats arabes unis (EAU). C’est ce que révèle, dans la foulée d’un premier article du New Yorker, notre enquête « Abu Dhabi Secrets », basée sur des documents confidentiels obtenus par Mediapart et partagés avec le réseau de médias EIC.
**Entre 2017 et 2021, l’officine suisse a été rémunérée 5,7 millions d’euros pour mener des missions de renseignement et de dénigrement des ennemis d’Abou Dhabi : le Qatar et la confrérie islamiste des Frères musulmans.**
L’une des missions consistait à manipuler l’opinion publique en influençant les médias et en modifiant les pages Wikipédia : « Nous utiliserons une combinaison de journaux grand public (pour les articles clés), de médias influents et de plateformes où nous pouvons publier ce que nous voulons/quand nous le voulons, ainsi que d’autres blogs et forums pour accroître la visibilité dans Google », promet Alp Services à son client émirati en 2018.
Les méthodes sont les mêmes que celles de l’agence françaises Avisa Partners, détaillées dans nos enquêtes « Opération Intox ». Alp Services utilisait des profils bidon pour infiltrer les espaces participatifs des médias, dont le Club de Mediapart, où œuvraient deux faux blogueurs : « Tanya Klein » et « L’Observatoire indépendant du Qatar » – nous avons fermé leurs blogs depuis (voir notre Boîte noire).
Mais la méthode a des limites. « Les blogs avec des pseudos, ça marche un moment. Ce qui fait la différence, c’est d’obtenir de vrais articles. Là vous pouvez influencer la notice Wikipédia de quelqu’un et lui créer de vrais dommages réputationnels », raconte un expert du secteur. Dès qu’il obtient un vrai article, Mario Brero s’empresse d’ailleurs de prévenir son agent traitant au sein des services émiratis et promet que ses équipes « travailleront dur pour le rendre viral ».
Les documents internes d’Alp Services révèlent que l’agence est parvenue à se créer un réseau confidentiel de journalistes amis, parfois rémunérés, dans plusieurs pays d’Europe.
#Louis de Raguenel « fournisseur » de l’officine suisse des EAU
**L’un des plus connus est donc Louis de Raguenel. Des documents internes indiquent qu’il aurait travaillé sur l’opération « Arnica », qui visait notamment à cartographier les réseaux des Frères musulmans en Europe. Le premier volet de notre enquête a révélé qu’Arnica s’est traduite par le fichage, bien souvent à tort, de plus de 1 000 citoyens européens, dont 200 Français.**
Un document de suivi financier d’Arnica mentionne un paiement de 5 000 euros à Louis de Raguenel, en tant que « fournisseur » pour des « recherches ». Un second document précise que le journaliste, à l’époque à Valeurs actuelles, est un « sous-traitant/contact », qui a réalisé des « recherches sur les Frères musulmans en France (projet Arnica) ». Alp Services l’a même évalué : « rapport moyen » mais « bon contact ».
Contacté, Louis de Raguenel a refusé de répondre à nos questions, qu’il juge « profondément insultantes ». « Je n’ai absolument jamais touché d’argent en échange d’un article ou d’une quelconque autre contrepartie journalistique. Jamais », nous a-t-il indiqué, assurant n’avoir « rien à voir avec ces histoires ».
Les bonnes relations entre le journaliste et l’officine suisse, qui ont commencé au milieu des années 2010, ont pourtant laissé des traces. Il y a d’abord des messages WhatsApp qui montrent sa proximité avec le patron d’Alp Services, Mario Brero. « Comment va notre cher Mario ? », écrit-il à un salarié de l’agence. « Que faut-il en penser ? », demande Louis de Raguenel à Mario Brero au sujet d’un dossier en cours, en lui transmettant ses « amitiés ».
Selon un document interne, le rédacteur en chef à Valeurs actuelles aurait aidé les consultants d’Alp Services à élargir leur réseau, en leur présentant un journaliste de Paris Match et un autre du magazine Causeur.
Dans les courriels envoyés au Sheikh Matar, son agent traitant émirati, Mario Brero indique que Valeurs actuelles est l’un de ses atouts maîtres : « Tout au long des missions […], des articles anglés précisément sur des cibles établies par l’agence sont publiés par le magazine. » Nous avons identifié, entre fin 2017 et 2020, six articles qu’Alp Services se vante d’avoir suscités, et dont le contenu est très similaire à celui de rapports réalisés par l’agence.
Louis de Raguenel a signé lui-même au moins deux de ces articles. Le 5 juin 2019, Lionel B., chef du projet Émirats chez Alp Services, lui écrit : « Nous avons quelques infos sur un professeur dans un lycée musulman en France qui ne semble pas tout à fait éclairé… Cela pourrait-il t’intéresser/Valeurs actuelles ? » « Merci beaucoup ! Volontiers ! », répond Louis de Raguenel. Il a inclus ces informations dans un article publié quinze jours plus tard sur « L’inquiétante montée du communautarisme en France ».
Un second article de Louis de Raguenel (qui a ensuite été republié sans sa signature), consacré à l’imam Hassan Iquioussen, est mentionné dans deux documents d’Alp Services, dont l’un listant les « attaques médias ».
Un autre article, titré « La gigamosquée de Mulhouse sent le soufre », est présenté comme un succès dans un rapport d’impact envoyé aux espions d’Abou Dhabi : « En juin 2019 nous avons pu publier un article critique sur les Frères musulmans dans le magazine Valeurs actuelles, [qui] a aussi produit une vidéo courte et populaire pour les réseaux sociaux. » La vidéo est présentée par Louis de Raguenel.
#L’intox Majdi Nema
**L’opération la plus folle impliquant Louis de Raguenel concerne Majdi Nema. Le 29 janvier 2020, ce Syrien de 31 ans est arrêté à Marseille et mis en examen pour « crimes de guerre », « tortures » et « complicité de disparitions forcées ». Il est soupçonné d’exactions pendant la guerre civile syrienne, lorsqu’il était, entre 2011 et 2016, sous le nom de guerre d’« Islam Alloush », porte-parole d’un groupe rebelle islamiste qui tenait une banlieue de Damas. Il s’est ensuite reconverti comme chercheur en Turquie.**
L’affaire est embarrassante, car depuis 2019, Majdi Nema avait obtenu un visa Erasmus français et était étudiant à l’Institut de recherche sur le monde arabe et musulman (Iremam) de l’université Aix-Marseille, qui relève du CNRS.
Le directeur de l’Iremam, Richard Jacquemond, a indiqué à l’AFP qu’il ne connaissait pas le passé de Majdi Nema et que son arrivée avait été validée par les autorités. Le ministère des affaires étrangères a confirmé qu’un visa lui a été délivré « sur la base d’un dossier complet, après interrogation des services ministériels compétents ».
Il se trouve que l’un des chercheurs et ancien directeur de l’Iremam, François Burgat, a des positions en défense des Frères musulmans et qu’il préside un centre de recherche parisien financé par le Qatar. Deux chercheurs, opposés à François Burgat et pourfendeurs de l’« islamogauchisme », s’emparent de l’affaire sur Twitter et accusent à demi-mot l’Iremam d’avoir eu connaissance du passé sulfureux de Majdi Nema, donc d’être « complice » de l’islamisme.
Mais les éléments matériels présentés par l’un des chercheurs dans des tweets (supprimés depuis) sont très maigres : il souligne qu’un chercheur de l’Iremam a publié, trois ans plus tôt, un article avec un membre du centre de recherche turc que venait de rejoindre Majdi Nema. Logiquement, aucun média n’en a parlé, à l’exception d’un site allemand.
**C’est là qu’Alp Services entre en scène. L’agence veut que les accusations des ennemis de Burgat soient relayées en France. Lionel B., chef de projet Émirats chez Alp Services, a pensé à Louis de Raguenel. « Louis pourrait être critique de l’Iremam (universitaires gauchistes pro-islamistes ?) […]. Ce serait bien d’évoquer un lien avec les Frères musulmans », indique-t-il le 5 février 2020 à une collègue, Arina A.**
Le même jour, cette salariée d’Alp Services écrit au journaliste de Valeurs actuelles : « Mario [Brero] m’a demandé de vous envoyer un lien vers un article en allemand qui pourrait vous intéresser. » « Merci beaucoup ! », répond Louis de Raguenel.
Alp Services informe immédiatement l’espion émirati Matar de cette démarche : *« Nous sommes entrés en contact avec plusieurs journalistes des médias mainstream en France/Suisse et nous leur avons fait noter qu’il était scandaleux que ce lab ait accepté un stagiaire avec un passé criminel aussi évident. Nous avons également fait noter aux journalistes que le laboratoire (Iremam) est accusé de proximité avec les Frères musulmans et ses supporters comme François Burgat. »*
Arina A. fait parvenir quelques éléments complémentaires à Louis de Raguenel. « Merci pour tout. Je regarde ! », répond-il le 7 février à 16 h 33. « Voilà ce qu’on a fait », lui écrit-il une heure plus tard, en partageant le lien vers l’article que Valeurs actuelles vient de publier. Son titre : *« L’université française complice de criminels de guerre djihadistes ? »*.
Article très long, très intéressant.
Malheureusement trop complexe pour le citoyen lambda (en plus du paywall).
Un autre article long et fort intéressant, publié hier, sur ce thème aussi :
[L’islamologue Florence Bergeaud-Blackler : derrière le buzz, des travaux déconsidérés et des méthodes décriées](https://www.mediapart.fr/journal/france/090723/l-islamologue-florence-bergeaud-blackler-derriere-le-buzz-des-travaux-deconsideres-et-des-methodes-decriee).
Pour en revenir à celui-ci, il serait bon de réfléchir à interdire Le Point sur ce subreddit, je trouve. Ce n’est pas le seul média cité (VA, Marianne également) mais la liste des infractions à la déontologie journalistique, des fake news publiées en toute impunité et des dénégations de Gernelle commence à être très longue.
L’extrême droite qui cachetonne pour les dictatures étrangères, ce duo indémodable.