Les métropoles européennes face à une gentrification galopante [Le Monde]

by coadmin_FR

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  1. **Les métropoles européennes face à une gentrification galopante**

    Flambée des prix de l’immobilier, politiques volontaristes de rénovation urbaine, « airbnbisation »… Partout en Europe, les agglomérations connaissent de profondes mutations. Au risque d’une certaine uniformisation et d’une exclusion d’une partie de la population.

    Et s’il ne fallait pas s’arrêter uniquement au visage subitement pris par une rue commerçante ? Si tout était plus complexe que les conclusions hâtives que l’on pourrait tirer en comparant les enseignes d’une rue comme celle de l’Eglise, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), avec les magasins présents il y a encore quelques années ? Car, effectivement, cette allée semi-piétonne, à deux pas de la mairie de cette ville de la proche banlieue de Paris, où s’installent nombre de familles de l’est de la capitale, n’a plus rien à voir avec son allure d’il y a dix ans.

    Au Royal, *« spécialités orientales »*, avec ses tables en plastique dressées dehors, ont succédé L’Atelier, un fournil où les boules de pain (khorasan, pavot, olives de Kalamata) ne se cuisent pas aux aurores et s’achètent avec un *shortbread* aux fruits rouges. Un peu plus loin, il y a l’Archi-Boucher, littéralement un architecte devenu boucher à 46 ans, dont la vitrine, façon verrière industrielle, a remplacé l’entrée du garage de l’Eglise.

    Il faudrait aussi citer, en lieu et place du Bureau information jeunesse, La Petite Epicerie, où les figues, les tomates, les chèvres, les boudins, et peut-être même les paquets de chips, arrivent tout droit du producteur ; la poissonnerie et ses palourdes *« sauvages »* qui a succédé à la bibliothèque sonore ; *« l’artisan québabiste »* au serrurier. Deux fois dans l’année, des parents patientent une heure devant la librairie jeunesse pour inscrire leur enfant au club de lecture et à la soirée Harry Potter.

    Dans ce quartier, terminus de la ligne 9 du métro parisien, la véritable bascule s’est opérée, il y a six, sept ans, quand La Petite Epicerie a ouvert, que le déménagement du Méliès, *« plus grand cinéma public d’art et essai d’Europe »*, a consacré le réaménagement de la place, et que le promoteur Nexity livrait sur les vestiges de l’ancien garage une résidence de standing et son quota de logements sociaux. Le magasin Biocoop a suivi de peu. *« Gentrification ! »*, dénonceront certains, sans renoncer à leur tournée fournil, boucher, fromager du samedi.

    **Concept né dans les années 1960**

    *« Nous n’avons pas vocation à dresser des ponts-levis et des herses à l’entrée de la ville. Montreuil est attractive, nous devons avoir une capacité d’accueil*, répond Gaylord Le Chequer, l’adjoint au maire (PCF) chargé de l’urbanisme*. Mais il faut permettre à ceux, déjà là, de continuer à y vivre. »* Il pense notamment aux jeunes adultes de la cité de la Noue, toujours chez leurs parents faute de trouver un studio à un prix décent. En proche banlieue est de Paris, les prix des appartements à l’achat sont en moyenne passés de 4 000 euros le mètre carré à plus de 5 000 euros en cinq ans.

    L’élu sait aussi le défi que représentent l’arrivée du tramway et le prolongement de la ligne 11 du métro. Les promoteurs défilent et déroulent leurs offres. Pour lutter contre la spéculation et répondre à la crise climatique, les urbanistes font le pari de *« planter d’abord, construire parfois »*, même si l’équation financière reste encore à trouver.

    Montreuil, ses voisines de l’Est parisien, des exemples parmi d’autres anciennes villes ouvrières profondément transformées depuis que les usines ont fermé une à une. Il n’existe pas de schéma universel, implacable de la gentrification. Ce phénomène, pour la première fois documenté dans les années 1960, à Londres, par la sociologue Ruth Glass, a d’abord décrit l’évolution de la composition sociale d’un secteur délaissé, convoité par des plus jeunes et des plus diplômés.

    A la fin des années 1970, le géographe écossais Neil Smith propose une autre lecture : c’est le capital qui réinvestit les centres urbains, et non les gens. La dépréciation bien avancée des logements d’un quartier attire les investisseurs qui visent la culbute financière. La réalité est certainement entre les deux, et surtout bien plus diverse, se sont accordées les générations suivantes. Mieux vaut parler de *« gentrifications »*, au pluriel, insistent le collectif de chercheurs (Marie Chabrol, Anaïs Collet, Matthieu Giroud, Lydie Launay, Max Rousseau et Hovig Ter Minassian) dans leur ouvrage du même nom (Editions Amsterdam, 2016). Rien ne sert d’opposer anciens et nouveaux, complète le géographe Jean-Pierre Lévy en préambule. Les « gentrifieurs » d’hier seront peut-être les « gentrifiés » de demain. La gentrification participe *« au fait urbain contemporain et la comprendre, c’est comprendre la ville »*.

    C’est de cette réalité complexe, avec ses côtés pile, ses nombreux revers, qui n’épargne aucune métropole d’Europe dont *Le Monde* a voulu rendre compte. La vitesse du processus, la forme qu’il prend, dépend du contexte local. Le rapport à la propriété n’est pas le même à Berlin, capitale de locataires, qu’en France, où plus de la moitié des ménages (57,7 %) possède sa résidence principale. Londres a bradé ses logements sociaux ; Paris, qui en compte 25 % en 2023, vise 40 % de logements publics d’ici à 2035.

    Si le phénomène est ancien, il revêt de nouveaux aspects, notamment avec l’explosion des meublés touristiques, qui ont même gagné le quartier anarchiste d’Exarcheia, à Athènes, les faubourgs espagnols de Naples, en Italie, associés dans les esprits au crime organisé. L’« airbnbisation » des villes serait-elle le stade ultime de la gentrification ?

    A Paris, le seuil des 10 000 euros du mètre carré a été franchi. Or, si les cheminées ont disparu du paysage, les hommes et les femmes qui font tourner la société postfordiste, les plus précaires qui préparent la ville à l’aube quand les cadres dorment encore, n’ont pas disparu. Mais ils ne s’y logent plus.

  2. Ca parle quand même quasiment que de France pour un article dont le titre parle des “métropoles européennes”.

  3. Je propose d’interdire la location d’appartement entier sur Airbnb (et concurrents) pour n’autoriser seulement plus que les chambres privées et chambres partagées.

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