Usés par les retards de trains, ils ont quitté l’Oise pour vivre… à Paris : «C’était une question de survie»

9 comments
  1. >À rebours d’une tendance générale qui voit nombre de Parisiens quitter la capitale, certains usagers de la SNCF ont fait le choix de quitter le département. Avec, à chaque fois, une même raison : la dégradation des conditions de transport sur les lignes SNCF.

    >Il est un peu moins de 8 heures ce vendredi matin dans la gare de Chantilly (Oise). Christian jette un œil désabusé sur le panneau d’affichage des trains en partance pour la gare du Nord. Comme tous les jours de la semaine ou presque, les premiers retards s’affichent : déjà 25 minutes pour le 8h13. « C’est épuisant, usant, souffle ce salarié de la Sacem qui effectue la « navette » entre l’Oise et Paris quotidiennement. Le plus difficile, c’est ce déficit d’information. C’est un enfer. »

    >Retards, suppressions, trains courts, pannes d’aiguillage ou de signalisation, indisponibilité du matériel… « Ces dysfonctionnements rythment le quotidien des usagers du train », déplorent élus et associations d’usagers, qui se sont une nouvelle fois mobilisés le 10 décembre sur les quais de la gare de Chantilly.

    >« Les conditions de transports sont devenues inacceptables pour les usagers des lignes du Sud de l’Oise. Il est urgent d’agir, ont écrit conjointement plusieurs élus des communes alentour dans une lettre adressée à Jean-Pierre Farandou, le patron de la SNCF. Toutes ces perturbations affectent professionnellement, socialement et moralement les usagers. »

    >À l’image de Christian qui, à chaque nouvelle galère, songe un peu plus à quitter l’Oise pour rejoindre la capitale. « Quitter Chantilly pour Paris, j’y pense de plus en plus, souffle l’usager. Il y a quelques années déjà, j’avais même résilié mon bail. Si ça continue à empirer à ce rythme, je partirai pour retrouver un peu de sérénité. Le problème, c’est que je n’aime pas spécialement Paris et que je suis bien ici. Heureusement qu’il y a le télétravail… »

    >Combien sont-ils, ces Oisiens prêts à regagner la capitale, à rebours de cette tendance qui voit les Parisiens quitter la ville pour aller se mettre au vert ? Le phénomène, encore marginal, est pourtant bien réel. Avec en cause, à chaque fois, la dégradation des conditions de transports.

    >C’est le cas de Philippe (Le prénom a été changé), originaire de Compiègne. « Je vais retravailler sur Paris en janvier, explique ce père de deux enfants et divorcé. Je n’ai pas le choix même si c’est un choix par dépit. » Le déclic pour cet ingénieur ? Son nouvel emploi. « Lors de mon entretien d’embauche, on m’a gentiment fait comprendre qu’il ne fallait pas prendre le train. Je ne pensais pas en arriver là… »

    >Installé à Pont-Sainte-Maxence, Ghislain n’a pas encore pris d’aller simple pour la région parisienne. Mais face à ce qu’il appelle « le sévice public de la SNCF », cet entrepreneur qui fait l’aller-retour depuis plus de trois ans a demandé à son employeur de bénéficier d’une prise en charge de ses frais d’hébergement à Paris. « Si je n’obtiens pas satisfaction, j’envisagerai de changer de job, dit-il. Il est inenvisageable que je prenne la voiture et les bouchons. »

    >Quitter les trains bondés pour les routes surchargées, c’est le choix de Gérald. Dans la foulée du confinement, ce dernier a quitté Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise) au mois de juillet pour s’installer du côté de Gouvieux… Avec l’espoir, dit-il, de « goûter la qualité de vie, à 24 minutes de Paris ». Résultat, six mois plus tard : « mon niveau de vie s’est dégradé, avec un coût de l’immobilier deux fois supérieur, et mes temps de transports ont doublé. »

    >Une mauvaise surprise pour le Francilien qui ne s’attendait pas à une telle qualité de service entre l’Oise et la capitale. « Je pensais que les transports en Île-de-France étaient le summum de l’incompétence, cingle l’usager. Mais je me rends compte qu’on n’était finalement pas si mal… »

    >De là à rejoindre la région parisienne, après six petits mois dans l’Oise ? « Je n’en suis pas encore arrivé au moment où je vais revendre ma maison. J’essaye de poser un maximum de congés, de faire du télétravail quand je peux. Mais le train, c’est fini. Je suis en recherche active pour acheter une voiture avec laquelle j’irai travailler à Paris en polluant… »

    >Lauriane, elle, a franchi le pas il y a trois ans en quittant Chantilly pour Montrouge (Hauts-de-Seine). « Ce n’était plus une vie mais un stress permanent. Alors j’ai décidé de quitter une région que j’adore car c’était une question de survie », confie la cadre parisienne qui a désormais élu domicile « à dix minutes » de son lieu de travail.

    >Les retards à répétition, c’est aussi le lot de nombre d’étudiants faisant la navette chaque jour. Étienne, Compiégnois âgé de 22 ans, a fini par s’installer en novembre dans le XVIIIe arrondissement parisien, après deux ans de trajets quotidiens depuis la cité impériale. « Avec mon école, c’était parfois compliqué, confie le jeune homme en alternance. Arriver en retard, interrompre le cours plusieurs fois dans la semaine, répondre à chaque fois : C’est à cause du train… On finit par ne plus nous croire. Et j’ai même eu quelques retenues sur salaire. Habiter à Paris, ça change la vie. »

  2. Un article qui rappelle la valeur intrinsèque de la densité urbaine : elle permet d’être moins dépendant de réseaux de transport toujours plus étendus, lourds et couteux pour accéder aux ressources qu’offre une grande ville (ici, l’emploi).

  3. J’habite à Compiègne et je bosse à Paris.

    Ca n’est pas compatible avec des horaires fixes et un chef peu compréhensif.

    Mais il y a une dizaine d’années j’étais à Cergy-Pontoise sur le RER, et c’était pire.

  4. j’ai du mal a comprendre les gens qui se disent “j’habite a 80km de mon taff et tout va bien se passer”…

  5. > « Je pensais que les transports en Île-de-France étaient le summum de l’incompétence, cingle l’usager. Mais je me rends compte qu’on n’était finalement pas si mal… »

    Voilà !

    Télétravail ou non, et sauf exceptions notables (qui ne manqueront pas de me contredire dans les commentaires bien entendu), résider à plus de 20km de son lieu de travail est une totale aberration.

  6. J’ai jamais compris les gens qui s’éloignaient sciemment de leur lieu de travail. Perso, j’ai toujours cherché à me rapprocher, maintenant je suis à 15 mn à pied de mon boulot

    Se rendre fortement tributaire des transports en commun est un pari très risqué

    En plus, ça pollue

  7. D’où l’intérêt d’être frontalier pour beaucoup. J’aurais pu trouver du taf à Paris pour un salaire similaire (disons 55k), mais cette ville m’est devenu insupportable. Polluée, sale, étouffante, trop de monde, de tension, de perte de temps et d’incivilités…

    C’est bien simple, à chaque fois que j’y passe, il m’arrive une emmerde.

    Heureusement, il existe quelques zones où les salaires rivalisent avec la capitale, et où le travail est disponible. Car les débouchés sont souvent misérables. J’en veux pour preuve anecdotique ma recherche sur Rouen où je me trouvais alors. Des mois passés à écumer les portails pour l’emploi pour une quantité d’ouverture de postes infâme.

    Il faut décentraliser l’emploi. Pas d’autres choix.

  8. Je suis d’accord avec un des commentaires que la distance logement – travail ne veut pas forcément dire en grand chose en IDF. Les principaux critères pour trouver un logement en IDF quand on prend les transports c’est:

    1- le temps de trajet

    2- Pas trop de correspondances (sinon le trajet devient pénible)

    3- Des solutions de contournements en cas de problèmes (grève, panne, suicide, feuilles, foudre, éboulement, etc)

    Je suis personnellement à 1h 1h10 porte à porte de mon travail et cette heure n’est pas perdue, elle permet (quand tout roule bien) de se reposer, de lire, d’écouter de la musique, etc.

    Quand à prendre la voiture, non merci. Je l’ai fait vers la fin du premier confinement, j’arrive à 8h00 au bureau j’avais l’impression d’avoir déjà fait une demi-journée. La voiture c’est usant et fatiguant.

Leave a Reply