Pôle emploi transforme ses agents en « commerciaux » pour les JO 2024
18 juillet 2023 | Par Cécile Hautefeuille
Le recrutement d’agents de sécurité pour les Jeux olympiques est érigé en priorité par Pôle emploi. Des demandeurs d’emploi de longue durée sont convoqués à tour de bras pour se voir proposer une formation express au métier. Des conseillers tiquent.
Recruter vite pour embaucher… dans un an. Pôle emploi est chargé de dénicher 15 000 agents de sécurité pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Une mission devenue « prioritaire » pour l’opérateur qui convoque massivement des demandeuses et demandeurs d’emploi à des ateliers – obligatoires – « d’information et de découverte » des métiers de la sécurité. L’objectif est d’envoyer le plus de monde possible en formation pour pallier le manque de main-d’oeuvre dans le secteur de la sécurité privée.
« On convoque à tour de bras des demandeurs d’emploi qui n’ont rien à voir avec ces métiers, qui ne cherchent pas dans ce secteur et qui n’ont rien demandé », soupire Alain*, conseiller Pôle emploi dans les Hauts-de-Seine. « La majorité des convoqués sont des demandeurs d’emploi de longue durée. On fait venir des personnes ayant plus de 60 ans, des mères isolées, des jeunes en contrat d’engagement… Leur âge et leur profil on s’en fout, on convoque ! »
L’affaire doit être vite réglée. Les consignes, auxquelles Mediapart a eu accès, sont claires : dès l’issue de l’atelier, les participant·es n’ont pas le temps de tergiverser et doivent dire si le métier les intéresse ou non. En cas de réponse positive, ou d’indécision, des tests de « détection » sont proposés dans la foulée. Ils visent à évaluer le « potentiel à travailler dans ce secteur ». Si l’intérêt est confirmé, l’inscription à une formation express – conçue pour l’occasion – est immédiate.
« Ceux qui refusent doivent expliquer pourquoi à un conseiller, à la fin de la séance », raconte Alex*, un demandeur d’emploi du Val-d’Oise, convoqué à un atelier en avril dernier. Ce jour-là, sur environ cent-cinquante personnes, « seules deux ou trois ont levé la main pour manifester leur intérêt », se souvient-il. « Moi, à la base, je suis enseignant et j’ai des problèmes de santé. C’est comme ça que j’ai justifié mon refus. » Quinze jours plus tard, Alex était soumis à un contrôle de la recherche d’emploi. « C’était ma punition, c’est sûr ! », commente-t-il, mi-amusé, mi-dépité.
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Pôle emploi transforme ses agents en « commerciaux » pour les JO 2024
18 juillet 2023 | Par Cécile Hautefeuille
Le recrutement d’agents de sécurité pour les Jeux olympiques est érigé en priorité par Pôle emploi. Des demandeurs d’emploi de longue durée sont convoqués à tour de bras pour se voir proposer une formation express au métier. Des conseillers tiquent.
Recruter vite pour embaucher… dans un an. Pôle emploi est chargé de dénicher 15 000 agents de sécurité pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Une mission devenue « prioritaire » pour l’opérateur qui convoque massivement des demandeuses et demandeurs d’emploi à des ateliers – obligatoires – « d’information et de découverte » des métiers de la sécurité. L’objectif est d’envoyer le plus de monde possible en formation pour pallier le manque de main-d’oeuvre dans le secteur de la sécurité privée.
« On convoque à tour de bras des demandeurs d’emploi qui n’ont rien à voir avec ces métiers, qui ne cherchent pas dans ce secteur et qui n’ont rien demandé », soupire Alain*, conseiller Pôle emploi dans les Hauts-de-Seine. « La majorité des convoqués sont des demandeurs d’emploi de longue durée. On fait venir des personnes ayant plus de 60 ans, des mères isolées, des jeunes en contrat d’engagement… Leur âge et leur profil on s’en fout, on convoque ! »
L’affaire doit être vite réglée. Les consignes, auxquelles Mediapart a eu accès, sont claires : dès l’issue de l’atelier, les participant·es n’ont pas le temps de tergiverser et doivent dire si le métier les intéresse ou non. En cas de réponse positive, ou d’indécision, des tests de « détection » sont proposés dans la foulée. Ils visent à évaluer le « potentiel à travailler dans ce secteur ». Si l’intérêt est confirmé, l’inscription à une formation express – conçue pour l’occasion – est immédiate.
« Ceux qui refusent doivent expliquer pourquoi à un conseiller, à la fin de la séance », raconte Alex*, un demandeur d’emploi du Val-d’Oise, convoqué à un atelier en avril dernier. Ce jour-là, sur environ cent-cinquante personnes, « seules deux ou trois ont levé la main pour manifester leur intérêt », se souvient-il. « Moi, à la base, je suis enseignant et j’ai des problèmes de santé. C’est comme ça que j’ai justifié mon refus. » Quinze jours plus tard, Alex était soumis à un contrôle de la recherche d’emploi. « C’était ma punition, c’est sûr ! », commente-t-il, mi-amusé, mi-dépité.