>la Dilcrah tente d’imposer une vision « universaliste » de l’antiracisme
à quoi correspond cette vision universaliste de l’antiracisme ? Le sujet à l’air intéressant mais je n’ai pas le reste de l’article.
[Méta : je suis un peu plus lente que d’habitude pour copier le contenu, mon pc a buggé, désolée.]
>Le scandale du fonds Marianne a jeté une lumière crue sur ce qu’a pu être l’usage de l’argent public par le gouvernement dans sa lutte contre la radicalisation. Mais qu’en est-il des fonds utilisés pour combattre les discriminations ? Depuis 2012, c’est la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), organisme rattaché à Matignon, qui coordonne cette politique nationale, via des crédits plus de deux fois supérieurs à ceux de l’opération lancée après l’assassinat de Samuel Paty.
>Pendant un temps, la Dilcrah fut justement sous la tutelle de Marlène Schiappa. Et d’après nos informations, l’ancienne secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations avait même déjà tenté d’intervenir, par le biais de son cabinet, auprès de la délégation pour demander le retrait des subventions attribuées à SOS Racisme, l’association à laquelle elle sucrera un an plus tard 100 000 euros dans le cadre du fonds Marianne.
[…]
>Quels sont, au juste, les montants et la répartition des fonds alloués ces dernières années ? Aucune des associations contactées par Mediapart n’en a la moindre idée, au-delà de la somme qui leur a été attribuée. Les membres du conseil scientifique de la Dilcrah interrogés et des chercheurs chargés de conseiller l’institution n’ont pas les chiffres non plus. Et tous dénoncent cette « opacité », alors qu’il s’agit « de deniers publics ».
>Jusqu’au bout la Dilcrah, sollicitée par Mediapart, a d’ailleurs tenté de retenir son listing, refusant de nous le livrer. Jusqu’à l’absurde puisqu’une partie des chiffres sont disponibles sur le site data.gouv de Bercy. Ce qui saute aux yeux ? Si on laisse de côté les musées et structures mémorielles, qui captent d’importantes subventions, certaines associations sont largement financées quand d’autres, tout aussi légitimes dans la lutte contre les discriminations, perçoivent des sommes dérisoires.
>En 2022, la Licra obtient ainsi 400 000 euros quand la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) ne perçoivent que 30 000 euros ; l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) décroche 200 000 euros, devant SOS Racisme. Les associations LGBTQI+, elles, reçoivent des montants bien moindres, souvent aux alentours de 10 000 euros. En 2022, ce sont plus de 4 millions d’euros qui ont été dédiés à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, contre seulement 650 859 euros pour la lutte anti-LGBTQI+. Entre 2016 et 2022, on constate aussi l’absence presque totale de subventions accordées aux associations qui luttent contre l’antitsiganisme.
>« Qu’est-ce qui préside à l’octroi des subventions ? Une chose est sûre : les structures qui collent à la ligne politique de la Dilcrah semblent largement subventionnées », pointe une responsable d’association, en requérant l’anonymat.
[…]
>Ainsi, malgré le remplacement de Gilles Clavreul par Frédéric Potier (en poste de 2017 à 2021), également proche de Manuel Valls, les actions de la Dilcrah se sont bel et bien inscrites, depuis une décennie, dans le sillage du Printemps républicain. « La Dilcrah pourrait être un outil de politique publique mais on a l’impression que ça a été happé par l’appareil d’État avec une idéologie précise, regrette un membre d’une ONG financée par la délégation. Il faut montrer patte blanche ou aller se faire voir… Alors que cela aurait pu être un lieu très innovant. » Et de résumer : « On ne faisait pas très bien la différence entre la Dilcrah et le cabinet de Marlène Schiappa. »
[…]
>« Les prérogatives du conseil scientifique n’étaient pas tout à fait claires, notre mission pas bien définie », déclare Anna C. Zielinska, maîtresse de conférences en philosophie à l’Université de Lorraine. « À part les contrats doctoraux et un atelier sur la police et le racisme, je ne vois pas ce que ce conseil faisait », tacle encore un ancien membre qui fait référence à une note finalement enterrée par le gouvernement.
>Perçue par certain·es comme une tentative de clarifier ces missions, une « charte de fonctionnement » leur a été envoyée en octobre 2021 par un adjoint de Sophie Élizéon. Parmi les objectifs fixés : « Promouvoir l’universalisme », en participant notamment à la publication de notes trimestrielles avec la Fondation Jean Jaurès (30 000 euros de subventions chaque année). En interne, cette charte suscite la gêne.
>« Je ne sais pas ce qu’est le racisme anti-universaliste », réagit ainsi Vincent Tiberj.
[…]
>Selon plusieurs sources, Élise Fajgeles, la secrétaire générale de la délégation, est ainsi intervenue, en janvier dernier, pour reprocher au Mrap sa ligne politique, laissant entendre que cela pourrait influencer à l’avenir l’attribution de ses subventions. En cause : la défense par l’association de la libération du prisonnier libanais Georges Ibrahim Abdallah ou son utilisation des termes « violences policières ».
[…]
>En 2022 par exemple, une association rend un dossier pour financer une initiative contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Réponse de la Dilcrah : « Le terme “islamophobie” apparaît dans le document. Il est préférable d’écrire “racisme anti-musulmans”. »
« La Dilcrah nous a reproché notre proximité avec l’ex-président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco », témoigne aussi un membre d’une association antiraciste, alors même que cet ancien élu socialiste avait été nommé par… le gouvernement.
[…]
>En octobre 2021, l’Association des journalistes LGBTQI+ a rendez-vous avec la préfète et un conseiller pour renouveler ses subventions.
[…]
>Selon plusieurs témoins, Sophie Élizéon accuse l’association d’organiser sur scène « des prises de parole de groupes minorisés qui demandent des droits supplémentaires » et va jusqu’à dénoncer des propos « séparatistes ». Lesquels ? « Elle a été incapable de donner la moindre explication et a simplement réaffirmé son attachement “universaliste” », regrette un membre.
>Lors de cette même réunion, la préfète dénonce aussi une ancienne vidéo, diffusée pour annoncer les « Out d’or » 2021, dans laquelle Édouard Philippe, alors premier ministre, était moqué, parmi d’autres, pour son incapacité à prononcer le mot « lesbienne ». Le film est potache, surtout politique et pédagogique, mais la Dilcrah y voit une attaque personnelle indigne.
[…]
>En 2022, c’est l’Inter-LGBT, organisatrice chaque année de la Marche des fiertés, qui se retrouve dans le viseur de la Dilcrah. L’association a eu le tort de dénoncer les positions jugées transphobes de certains membres du conseil scientifique. Alors que l’Inter-LGBT recevait chaque année autour de 40 000 euros, la Dilcrah n’accorde plus qu’une subvention de 2 000 euros pour une initiative unique sur la transidentité.
Un long paragraphe résume ce qu’il s’était passé avec le Conseil scientifique et l’Observatoire de la Petite Sirène, structure transphobe. Le paragraphe se termine en disant que la ministre déléguée à l’égalité hommes-femmes, Isabelle Lonvis-Rome a permis de dissoudre ce Conseil scientifique…. mais ils ne mentionnent pas une chose que j’avais lue à l’époque : la ministre aurait été réprimandée par l’annullation d’une visite à New York (aux Nations Unies, je crois), par Macron, voyant d’un mauvais oeil sa décision…
[…] Quelques autres éléments mais j’ai vraiment partagé l’essentiel.
Rozenn Le Carboulec et David Perrotin
Merci Médiapart (désolée d’avoir trop partagé). Pas merci aux autres rédactions, le sujet du séparatisme au sein du gouvernement est pourtant évident depuis des années, mais on sait que ça boit des cafés tièdes en se gavant de viennoiseries entre hommes partageant les mêmes idées.
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>la Dilcrah tente d’imposer une vision « universaliste » de l’antiracisme
à quoi correspond cette vision universaliste de l’antiracisme ? Le sujet à l’air intéressant mais je n’ai pas le reste de l’article.
[Méta : je suis un peu plus lente que d’habitude pour copier le contenu, mon pc a buggé, désolée.]
>Le scandale du fonds Marianne a jeté une lumière crue sur ce qu’a pu être l’usage de l’argent public par le gouvernement dans sa lutte contre la radicalisation. Mais qu’en est-il des fonds utilisés pour combattre les discriminations ? Depuis 2012, c’est la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), organisme rattaché à Matignon, qui coordonne cette politique nationale, via des crédits plus de deux fois supérieurs à ceux de l’opération lancée après l’assassinat de Samuel Paty.
>Pendant un temps, la Dilcrah fut justement sous la tutelle de Marlène Schiappa. Et d’après nos informations, l’ancienne secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations avait même déjà tenté d’intervenir, par le biais de son cabinet, auprès de la délégation pour demander le retrait des subventions attribuées à SOS Racisme, l’association à laquelle elle sucrera un an plus tard 100 000 euros dans le cadre du fonds Marianne.
[…]
>Quels sont, au juste, les montants et la répartition des fonds alloués ces dernières années ? Aucune des associations contactées par Mediapart n’en a la moindre idée, au-delà de la somme qui leur a été attribuée. Les membres du conseil scientifique de la Dilcrah interrogés et des chercheurs chargés de conseiller l’institution n’ont pas les chiffres non plus. Et tous dénoncent cette « opacité », alors qu’il s’agit « de deniers publics ».
>Jusqu’au bout la Dilcrah, sollicitée par Mediapart, a d’ailleurs tenté de retenir son listing, refusant de nous le livrer. Jusqu’à l’absurde puisqu’une partie des chiffres sont disponibles sur le site data.gouv de Bercy. Ce qui saute aux yeux ? Si on laisse de côté les musées et structures mémorielles, qui captent d’importantes subventions, certaines associations sont largement financées quand d’autres, tout aussi légitimes dans la lutte contre les discriminations, perçoivent des sommes dérisoires.
>En 2022, la Licra obtient ainsi 400 000 euros quand la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) ne perçoivent que 30 000 euros ; l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) décroche 200 000 euros, devant SOS Racisme. Les associations LGBTQI+, elles, reçoivent des montants bien moindres, souvent aux alentours de 10 000 euros. En 2022, ce sont plus de 4 millions d’euros qui ont été dédiés à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, contre seulement 650 859 euros pour la lutte anti-LGBTQI+. Entre 2016 et 2022, on constate aussi l’absence presque totale de subventions accordées aux associations qui luttent contre l’antitsiganisme.
>« Qu’est-ce qui préside à l’octroi des subventions ? Une chose est sûre : les structures qui collent à la ligne politique de la Dilcrah semblent largement subventionnées », pointe une responsable d’association, en requérant l’anonymat.
[…]
>Ainsi, malgré le remplacement de Gilles Clavreul par Frédéric Potier (en poste de 2017 à 2021), également proche de Manuel Valls, les actions de la Dilcrah se sont bel et bien inscrites, depuis une décennie, dans le sillage du Printemps républicain. « La Dilcrah pourrait être un outil de politique publique mais on a l’impression que ça a été happé par l’appareil d’État avec une idéologie précise, regrette un membre d’une ONG financée par la délégation. Il faut montrer patte blanche ou aller se faire voir… Alors que cela aurait pu être un lieu très innovant. » Et de résumer : « On ne faisait pas très bien la différence entre la Dilcrah et le cabinet de Marlène Schiappa. »
[…]
>« Les prérogatives du conseil scientifique n’étaient pas tout à fait claires, notre mission pas bien définie », déclare Anna C. Zielinska, maîtresse de conférences en philosophie à l’Université de Lorraine. « À part les contrats doctoraux et un atelier sur la police et le racisme, je ne vois pas ce que ce conseil faisait », tacle encore un ancien membre qui fait référence à une note finalement enterrée par le gouvernement.
>Perçue par certain·es comme une tentative de clarifier ces missions, une « charte de fonctionnement » leur a été envoyée en octobre 2021 par un adjoint de Sophie Élizéon. Parmi les objectifs fixés : « Promouvoir l’universalisme », en participant notamment à la publication de notes trimestrielles avec la Fondation Jean Jaurès (30 000 euros de subventions chaque année). En interne, cette charte suscite la gêne.
>« Je ne sais pas ce qu’est le racisme anti-universaliste », réagit ainsi Vincent Tiberj.
[…]
>Selon plusieurs sources, Élise Fajgeles, la secrétaire générale de la délégation, est ainsi intervenue, en janvier dernier, pour reprocher au Mrap sa ligne politique, laissant entendre que cela pourrait influencer à l’avenir l’attribution de ses subventions. En cause : la défense par l’association de la libération du prisonnier libanais Georges Ibrahim Abdallah ou son utilisation des termes « violences policières ».
[…]
>En 2022 par exemple, une association rend un dossier pour financer une initiative contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Réponse de la Dilcrah : « Le terme “islamophobie” apparaît dans le document. Il est préférable d’écrire “racisme anti-musulmans”. »
« La Dilcrah nous a reproché notre proximité avec l’ex-président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco », témoigne aussi un membre d’une association antiraciste, alors même que cet ancien élu socialiste avait été nommé par… le gouvernement.
[…]
>En octobre 2021, l’Association des journalistes LGBTQI+ a rendez-vous avec la préfète et un conseiller pour renouveler ses subventions.
[…]
>Selon plusieurs témoins, Sophie Élizéon accuse l’association d’organiser sur scène « des prises de parole de groupes minorisés qui demandent des droits supplémentaires » et va jusqu’à dénoncer des propos « séparatistes ». Lesquels ? « Elle a été incapable de donner la moindre explication et a simplement réaffirmé son attachement “universaliste” », regrette un membre.
>Lors de cette même réunion, la préfète dénonce aussi une ancienne vidéo, diffusée pour annoncer les « Out d’or » 2021, dans laquelle Édouard Philippe, alors premier ministre, était moqué, parmi d’autres, pour son incapacité à prononcer le mot « lesbienne ». Le film est potache, surtout politique et pédagogique, mais la Dilcrah y voit une attaque personnelle indigne.
[…]
>En 2022, c’est l’Inter-LGBT, organisatrice chaque année de la Marche des fiertés, qui se retrouve dans le viseur de la Dilcrah. L’association a eu le tort de dénoncer les positions jugées transphobes de certains membres du conseil scientifique. Alors que l’Inter-LGBT recevait chaque année autour de 40 000 euros, la Dilcrah n’accorde plus qu’une subvention de 2 000 euros pour une initiative unique sur la transidentité.
Un long paragraphe résume ce qu’il s’était passé avec le Conseil scientifique et l’Observatoire de la Petite Sirène, structure transphobe. Le paragraphe se termine en disant que la ministre déléguée à l’égalité hommes-femmes, Isabelle Lonvis-Rome a permis de dissoudre ce Conseil scientifique…. mais ils ne mentionnent pas une chose que j’avais lue à l’époque : la ministre aurait été réprimandée par l’annullation d’une visite à New York (aux Nations Unies, je crois), par Macron, voyant d’un mauvais oeil sa décision…
[…] Quelques autres éléments mais j’ai vraiment partagé l’essentiel.
Rozenn Le Carboulec et David Perrotin
Merci Médiapart (désolée d’avoir trop partagé). Pas merci aux autres rédactions, le sujet du séparatisme au sein du gouvernement est pourtant évident depuis des années, mais on sait que ça boit des cafés tièdes en se gavant de viennoiseries entre hommes partageant les mêmes idées.