Le 29 juin dernier, au cours des affrontements liés au décès de Nahel, la vie de Mehdi a basculé. Alors qu’il s’apprête à porter plainte auprès de l’Inspection générale de la police nationale, son père témoigne : « Est-ce normal de perdre un œil pour des jeunes qui ont manifesté leur colère contre l’injustice et les violences policières ? »
*Pascale Pascariello, David Perrotin et Le Bondy Blog*
*19 juillet 2023 à 19h31*
Dans la nuit du 29 juin, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), lors des affrontements survenus à la suite du décès de Nahel, tué à bout portant par un policier, Mehdi, 21 ans, est atteint à l’œil droit par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) des forces de l’ordre. Il en perd l’usage.
Encore traumatisé, c’est son père, Rachid, 51 ans, qui nous reçoit pour nous raconter comment, en une nuit, la vie de son fils a basculé. Il s’apprête à déposer plainte auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).
« C’était la deuxième nuit de révolte », précise Rachid, qui veillait alors chez sa mère. Il est 3 heures du matin lorsque son téléphone sonne : son deuxième fils lui annonce que Mehdi est aux urgences.
« Ce soir-là, mon fils est parti avec un de ses amis à la Plaine Saint-Denis, près d’un parc, rue Jamin. Pas loin, il y avait des affrontements entre les jeunes et les policiers. Tout le monde courait et Mehdi a voulu rentrer, mais il s’est retrouvé seul face aux forces de l’ordre. Alors qu’il ne faisait rien, un des policiers l’a mis en joue et lui a tiré dessus au LBD. Ils n’ont pourtant pas le droit de viser le visage », insiste son père, effondré.
« Je lui ai demandé d’être transparent et de me dire ce qu’il avait fait exactement. Il m’a répété qu’il n’avait rien fait et rien lancé contre les policiers. Et quoi qu’il en soit, est-ce normal de perdre un œil pour des jeunes qui ont manifesté leur colère contre l’injustice et les violences policières ? »
« Mehdi a eu le réflexe d’enjamber la grille de l’école pour se protéger des policiers », poursuit son père. Il s’est alors écroulé, ce sont des riverains qui l’ont conduit à l’hôpital de Saint-Denis. « Les policiers ne l’ont même pas secouru », déplore Rachid.
Arrivé vers 3 h 30, Rachid, sous le choc, se cache alors « pour pleurer », puis soutient Mehdi en lui posant des compresses toute la nuit avant qu’il ne soit transféré dans un hôpital parisien spécialisé en ophtalmologie. « Il a été opéré à 17 heures. Son œil a été retiré et on avait peur que le cerveau soit touché, mais ce n’est pas le cas », précise son père.
> La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est son cerveau. Et la deuxième, c’est de me dire que tout cela était de ma faute. – Le père de Mehdi
Sur le compte rendu d’hospitalisation daté du 30 juin, les médecins constatent « un traumatisme maxillo-facial par flash-ball » et « l’éclatement du globe oculaire droit avec une fracture du plancher de l’orbite passant par le canal intra-orbitaire ».
« La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est son cerveau. Et la deuxième, c’est de me dire que tout cela était de ma faute. » Depuis ce drame, son père rumine et culpabilise. « J’aurais dû quitter la cité pour que mon fils grandisse ailleurs », répète-t-il. Avant de réagir à la petite musique du moment qui vise à criminaliser tous les parents : « Je vis un drame avec mon fils, mais je tiens à vous dire combien c’est violent d’être jugé en tant que parent. »
**Au moins 7 blessés graves dont 5 personnes éborgnées**
Combien de personnes ont été gravement blessées par les forces de l’ordre lors des manifestations et affrontements survenus à la suite du décès de Nahel ? Le 12 juillet, l’IGPN déclarait avoir été saisie de 22 enquêtes « de nature et de gravité très différentes ».
Virgile, 24 ans, a été éborgné après un tir de LBD le 30 juin à Nanterre, en marge des manifestations. Depuis ce même soir, Aimène Bahouh, 25 ans, est plongé dans le coma après qu’il a reçu à la tête un projectile tiré par un policier du RAID à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle). Le 2 juillet à Marseille, Hedi, 22 ans, a reçu un tir de flash-ball dans la tempe puis a été passé à tabac par un groupe de quatre ou cinq policiers qui seraient membres d’un équipage de la BAC [brigade anti-criminalité], avant de tomber dans le coma. Le lendemain, à Angers, un homme de 32 ans a également été touché par un tir de LBD, perdant lui aussi l’usage de son œil.
D’après nos informations, deux autres personnes (un jeune homme et une mère de famille) ont été éborgnées par des projectiles policiers en banlieue, mais ne souhaitent pas encore témoigner. L’IGPN enquête également sur la mort de Mohamed B., 27 ans, tué d’un « probable » tir de flash-ball à Marseille le 3 juillet.
Difficile de dresser un bilan exhaustif de tous ces blessés dont les témoignages surgissent dans la presse au compte-gouttes. Bon nombre de victimes appréhendent de devoir se rendre dans un commissariat et restent pour l’heure invisibilisées. Lors des affrontements dans les quartiers, peu ou pas de « streets medics » pour les soigner et les aiguiller. Peu ou pas d’avocats membres de « Legal Team » pour les représenter ou les conseiller.
Pour ces jeunes, c’est aussi courir le risque d’être incriminés dans les affrontements. « Déposer plainte auprès de notre commissariat de quartier est impensable pour nous. Ils auraient refusé de la prendre ou se seraient moqués de mon fils », présume d’ailleurs Rachid. « Je jongle déjà avec les démarches administratives pour assurer sa prise en charge médicale, poursuit-il. Je vais ensuite me renseigner pour préparer la plainte en allant si possible dans un commissariat extérieur au quartier. »
**« Un harcèlement » et « un racisme » policiers habituels**
Avec son épouse, assistante maternelle depuis 20 ans, Rachid raconte s’être « sacrifié » pour ses quatre enfants. « Si aujourd’hui, j’ai des problèmes de santé, notamment dentaires, c’est que j’ai fait l’impasse sur mes soins pour privilégier leur éducation », explique-t-il. Sa fille aînée, professeure des écoles, « aurait pu aller encore plus loin mais elle a préféré s’occuper des plus petits ». Il énumère ensuite les exemples de réussite de ses enfants, « dont certains, comme Mehdi, sont allés dans le privé ». « On a mis le paquet », insiste-t-il pour tordre le cou aux préjugés.
Rachid, qui a enchaîné tous les boulots, « enrage d’entendre les ministres et politiques parler des parents des jeunes des quartiers en les jugeant, les accusant d’abandonner leur enfant ».
Son histoire, c’est celle de nombreux parents qui, ayant eux-mêmes grandi en banlieue, « ont tout fait pour que leurs enfants réussissent mieux qu[’eux] ». Originaire du Maroc, Rachid a passé toute son enfance à Saint-Denis, où il a constaté le désengagement de l’État. « Quand j’étais jeune, il y a avait encore une police de proximité, des associations mais tout cela a disparu », regrette-t-il, avant d’affirmer, malgré tout, son « amour » pour le pays : « Je rêve en français, je suis français, je préfère la France. »
Selon lui, les relations entre policiers et jeunes se résument en deux mots : « harcèlement et racisme ». À 14 ans, son fils a « été violemment interpellé sans motif par des policiers de la BAC. Il les vouvoyait alors qu’ils l’insultaient, un voisin a dû s’interposer pour défendre Mehdi ». Depuis ce jour, les relations avec les policiers se seraient dégradées.
« Mehdi s’est endurci à force de se prendre des coups par la police », déplore encore Rachid, qui énumère les contrôles subis par son fils, jusqu’à cette garde à vue au cours de laquelle Mehdi « s’est fait tabasser en cellule ». « Il n’y a rien de constructif ni de pédagogique dans les pratiques et le comportement des policiers, au contraire, ils provoquent les jeunes et alimentent leur méfiance. »
Il y a deux ans, en avril 2021, Mehdi a vécu un autre drame : la perte de son meilleur ami, Yanis, 20 ans. Au cours d’une course-poursuite avec les policiers, le jeune homme, âgé de 20 ans, a percuté avec son scooter un véhicule sur l’autoroute. Après plusieurs semaines dans le coma, Yanis a finalement succombé à ses blessures. Ainsi que nous l’avions révélé, en juin 2021, la veillée funéraire organisée en sa mémoire, par les habitant·es du quartier, avait viré au cauchemar. Plusieurs patrouilles de police étaient intervenues, faisant un usage massif et disproportionné de grenades lacrymogènes et de LBD.
« C’est de l’acharnement, soupire Rachid qui, avec son fils, était présent lors de cette veillée. Les policiers ont gazé des enfants de 5 ans, leurs mères et même une femme enceinte. Comment voulez-vous ensuite que les jeunes considèrent la police ? » Pourtant, « Mehdi a toujours aidé les autres, insiste son père. Il faisait partie d’une association qui vient en aide aux jeunes du quartier et a fait plusieurs maraudes avec sa grande sœur ».
Lui-même, dans sa jeunesse, a été marqué : « À 18 ans, un policier m’a dit “casse-toi, sale bougnoule”. Je me suis dit que c’était donc ça le racisme. Je l’ai découvert comme ça, dans un commissariat. »
En bas de l’immeuble, le terrain de foot va être détruit pour l’extension d’une entreprise « qui n’emploie pas beaucoup de personnes issues du quartier ». Depuis sa fenêtre, Rachid tente d’ironiser : « À votre droite, une des barres d’immeubles de la cité des Francs-Moisins doit être détruite pour les Jeux olympiques. Et à votre gauche, vous apercevez la cité des 4000 que Sarkozy voulait “nettoyer”. »
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Le 29 juin dernier, au cours des affrontements liés au décès de Nahel, la vie de Mehdi a basculé. Alors qu’il s’apprête à porter plainte auprès de l’Inspection générale de la police nationale, son père témoigne : « Est-ce normal de perdre un œil pour des jeunes qui ont manifesté leur colère contre l’injustice et les violences policières ? »
*Pascale Pascariello, David Perrotin et Le Bondy Blog*
*19 juillet 2023 à 19h31*
Dans la nuit du 29 juin, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), lors des affrontements survenus à la suite du décès de Nahel, tué à bout portant par un policier, Mehdi, 21 ans, est atteint à l’œil droit par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) des forces de l’ordre. Il en perd l’usage.
Encore traumatisé, c’est son père, Rachid, 51 ans, qui nous reçoit pour nous raconter comment, en une nuit, la vie de son fils a basculé. Il s’apprête à déposer plainte auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).
« C’était la deuxième nuit de révolte », précise Rachid, qui veillait alors chez sa mère. Il est 3 heures du matin lorsque son téléphone sonne : son deuxième fils lui annonce que Mehdi est aux urgences.
« Ce soir-là, mon fils est parti avec un de ses amis à la Plaine Saint-Denis, près d’un parc, rue Jamin. Pas loin, il y avait des affrontements entre les jeunes et les policiers. Tout le monde courait et Mehdi a voulu rentrer, mais il s’est retrouvé seul face aux forces de l’ordre. Alors qu’il ne faisait rien, un des policiers l’a mis en joue et lui a tiré dessus au LBD. Ils n’ont pourtant pas le droit de viser le visage », insiste son père, effondré.
« Je lui ai demandé d’être transparent et de me dire ce qu’il avait fait exactement. Il m’a répété qu’il n’avait rien fait et rien lancé contre les policiers. Et quoi qu’il en soit, est-ce normal de perdre un œil pour des jeunes qui ont manifesté leur colère contre l’injustice et les violences policières ? »
[Mehdi, lors de son hospitalisation aux urgences, 30 juin 2023.](https://static.mediapart.fr/etmagine/article_zoomed/files/2023/07/18/mehdi-photo.jpg)
« Mehdi a eu le réflexe d’enjamber la grille de l’école pour se protéger des policiers », poursuit son père. Il s’est alors écroulé, ce sont des riverains qui l’ont conduit à l’hôpital de Saint-Denis. « Les policiers ne l’ont même pas secouru », déplore Rachid.
Arrivé vers 3 h 30, Rachid, sous le choc, se cache alors « pour pleurer », puis soutient Mehdi en lui posant des compresses toute la nuit avant qu’il ne soit transféré dans un hôpital parisien spécialisé en ophtalmologie. « Il a été opéré à 17 heures. Son œil a été retiré et on avait peur que le cerveau soit touché, mais ce n’est pas le cas », précise son père.
> La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est son cerveau. Et la deuxième, c’est de me dire que tout cela était de ma faute. – Le père de Mehdi
Sur le compte rendu d’hospitalisation daté du 30 juin, les médecins constatent « un traumatisme maxillo-facial par flash-ball » et « l’éclatement du globe oculaire droit avec une fracture du plancher de l’orbite passant par le canal intra-orbitaire ».
« La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est son cerveau. Et la deuxième, c’est de me dire que tout cela était de ma faute. » Depuis ce drame, son père rumine et culpabilise. « J’aurais dû quitter la cité pour que mon fils grandisse ailleurs », répète-t-il. Avant de réagir à la petite musique du moment qui vise à criminaliser tous les parents : « Je vis un drame avec mon fils, mais je tiens à vous dire combien c’est violent d’être jugé en tant que parent. »
**Au moins 7 blessés graves dont 5 personnes éborgnées**
Combien de personnes ont été gravement blessées par les forces de l’ordre lors des manifestations et affrontements survenus à la suite du décès de Nahel ? Le 12 juillet, l’IGPN déclarait avoir été saisie de 22 enquêtes « de nature et de gravité très différentes ».
Virgile, 24 ans, a été éborgné après un tir de LBD le 30 juin à Nanterre, en marge des manifestations. Depuis ce même soir, Aimène Bahouh, 25 ans, est plongé dans le coma après qu’il a reçu à la tête un projectile tiré par un policier du RAID à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle). Le 2 juillet à Marseille, Hedi, 22 ans, a reçu un tir de flash-ball dans la tempe puis a été passé à tabac par un groupe de quatre ou cinq policiers qui seraient membres d’un équipage de la BAC [brigade anti-criminalité], avant de tomber dans le coma. Le lendemain, à Angers, un homme de 32 ans a également été touché par un tir de LBD, perdant lui aussi l’usage de son œil.
D’après nos informations, deux autres personnes (un jeune homme et une mère de famille) ont été éborgnées par des projectiles policiers en banlieue, mais ne souhaitent pas encore témoigner. L’IGPN enquête également sur la mort de Mohamed B., 27 ans, tué d’un « probable » tir de flash-ball à Marseille le 3 juillet.
Difficile de dresser un bilan exhaustif de tous ces blessés dont les témoignages surgissent dans la presse au compte-gouttes. Bon nombre de victimes appréhendent de devoir se rendre dans un commissariat et restent pour l’heure invisibilisées. Lors des affrontements dans les quartiers, peu ou pas de « streets medics » pour les soigner et les aiguiller. Peu ou pas d’avocats membres de « Legal Team » pour les représenter ou les conseiller.
Pour ces jeunes, c’est aussi courir le risque d’être incriminés dans les affrontements. « Déposer plainte auprès de notre commissariat de quartier est impensable pour nous. Ils auraient refusé de la prendre ou se seraient moqués de mon fils », présume d’ailleurs Rachid. « Je jongle déjà avec les démarches administratives pour assurer sa prise en charge médicale, poursuit-il. Je vais ensuite me renseigner pour préparer la plainte en allant si possible dans un commissariat extérieur au quartier. »
**« Un harcèlement » et « un racisme » policiers habituels**
Avec son épouse, assistante maternelle depuis 20 ans, Rachid raconte s’être « sacrifié » pour ses quatre enfants. « Si aujourd’hui, j’ai des problèmes de santé, notamment dentaires, c’est que j’ai fait l’impasse sur mes soins pour privilégier leur éducation », explique-t-il. Sa fille aînée, professeure des écoles, « aurait pu aller encore plus loin mais elle a préféré s’occuper des plus petits ». Il énumère ensuite les exemples de réussite de ses enfants, « dont certains, comme Mehdi, sont allés dans le privé ». « On a mis le paquet », insiste-t-il pour tordre le cou aux préjugés.
Rachid, qui a enchaîné tous les boulots, « enrage d’entendre les ministres et politiques parler des parents des jeunes des quartiers en les jugeant, les accusant d’abandonner leur enfant ».
Son histoire, c’est celle de nombreux parents qui, ayant eux-mêmes grandi en banlieue, « ont tout fait pour que leurs enfants réussissent mieux qu[’eux] ». Originaire du Maroc, Rachid a passé toute son enfance à Saint-Denis, où il a constaté le désengagement de l’État. « Quand j’étais jeune, il y a avait encore une police de proximité, des associations mais tout cela a disparu », regrette-t-il, avant d’affirmer, malgré tout, son « amour » pour le pays : « Je rêve en français, je suis français, je préfère la France. »
Selon lui, les relations entre policiers et jeunes se résument en deux mots : « harcèlement et racisme ». À 14 ans, son fils a « été violemment interpellé sans motif par des policiers de la BAC. Il les vouvoyait alors qu’ils l’insultaient, un voisin a dû s’interposer pour défendre Mehdi ». Depuis ce jour, les relations avec les policiers se seraient dégradées.
« Mehdi s’est endurci à force de se prendre des coups par la police », déplore encore Rachid, qui énumère les contrôles subis par son fils, jusqu’à cette garde à vue au cours de laquelle Mehdi « s’est fait tabasser en cellule ». « Il n’y a rien de constructif ni de pédagogique dans les pratiques et le comportement des policiers, au contraire, ils provoquent les jeunes et alimentent leur méfiance. »
Il y a deux ans, en avril 2021, Mehdi a vécu un autre drame : la perte de son meilleur ami, Yanis, 20 ans. Au cours d’une course-poursuite avec les policiers, le jeune homme, âgé de 20 ans, a percuté avec son scooter un véhicule sur l’autoroute. Après plusieurs semaines dans le coma, Yanis a finalement succombé à ses blessures. Ainsi que nous l’avions révélé, en juin 2021, la veillée funéraire organisée en sa mémoire, par les habitant·es du quartier, avait viré au cauchemar. Plusieurs patrouilles de police étaient intervenues, faisant un usage massif et disproportionné de grenades lacrymogènes et de LBD.
« C’est de l’acharnement, soupire Rachid qui, avec son fils, était présent lors de cette veillée. Les policiers ont gazé des enfants de 5 ans, leurs mères et même une femme enceinte. Comment voulez-vous ensuite que les jeunes considèrent la police ? » Pourtant, « Mehdi a toujours aidé les autres, insiste son père. Il faisait partie d’une association qui vient en aide aux jeunes du quartier et a fait plusieurs maraudes avec sa grande sœur ».
Lui-même, dans sa jeunesse, a été marqué : « À 18 ans, un policier m’a dit “casse-toi, sale bougnoule”. Je me suis dit que c’était donc ça le racisme. Je l’ai découvert comme ça, dans un commissariat. »
En bas de l’immeuble, le terrain de foot va être détruit pour l’extension d’une entreprise « qui n’emploie pas beaucoup de personnes issues du quartier ». Depuis sa fenêtre, Rachid tente d’ironiser : « À votre droite, une des barres d’immeubles de la cité des Francs-Moisins doit être détruite pour les Jeux olympiques. Et à votre gauche, vous apercevez la cité des 4000 que Sarkozy voulait “nettoyer”. »