Les enquêtes sur les agissements des forces de l’ordre pendant les émeutes se multiplient

by Folivao

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  1. **A Marseille, plusieurs fonctionnaires de police ont été placés en garde à vue pour des faits de violence en réunion. Gérald Darmanin évoque « moins de quinze » enquêtes, alors que la directrice de l’IGPN en dénombre vingt et une.**

    Au moins un mort, deux blessés graves dont un dans le coma depuis trois semaines, des policiers placés en garde à vue et soupçonnés d’avoir passé à tabac un jeune homme de 21 ans. Trois semaines après les émeutes qui ont suivi la mort du jeune Nahel M., 17 ans, tué par le tir d’un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre, la marée de l’actualité reflue, laissant émerger faits graves et accusations de violences policières.

    Le ministre de l’intérieur n’a pas échappé aux questions à ce sujet des députés de la commission des lois de l’Assemblée nationale, mercredi 19 juillet, indiquant à plusieurs reprises se « tenir informé » de l’état des blessés, tout en soulignant les mérites des forces de l’ordre. « Ils ont démontré qu’ils étaient des héros du quotidien et de la République », a déclaré Gérald Darmanin, égrenant le bilan de près d’une semaine d’émeutes du 27 juin au 1er juillet. En substance, près de trois cents mairies, brigades de gendarmerie, bureaux de police municipale et casernes de gendarmerie attaqués, des « milliers de commerces dégradés ou détruits » et quelque « 345 interpellations après les émeutes », sans compter plus de 3 000 réalisées au cours des affrontements.

    Tout au long des émeutes, M. Darmanin avait multiplié les consignes de modération et de discernement à l’endroit des forces de l’ordre tout en réclamant « fermeté » et « interpellations » de fauteurs de troubles. L’enjeu était considérable pour le locataire de la Place Beauvau : selon ses propres mots, ne pas « surinfecter » une situation déjà passablement tendue.

    **Dans le coma depuis trois semaines**

    Mais comment interpréter ce « en même temps » sécuritaire dans un contexte particulièrement dégradé, en plein chaos, alors que pillages et affrontements avec les forces de l’ordre se multipliaient sur tout le territoire, entraînant un engagement sans précédent de 45 000 policiers et gendarmes pendant plusieurs nuits ? Selon Sacha Houlié, président de la commission des lois, cette démonstration de force aurait permis « le rétablissement de l’ordre en un temps record ». Mais le récit officiel d’émeutes finalement jugulées sans débordements excessifs grâce à une mobilisation inédite et le recours à des unités d’élite, plus familières de la lutte antiterroriste ou de la neutralisation de forcenés que des violences urbaines, se trouve aujourd’hui percuté par plusieurs enquêtes pour violences impliquant des policiers.

    « Il y a à ma connaissance moins de quinze enquêtes [sur les agissements des forces de l’ordre] ouvertes après les émeutes », a assuré le ministre de l’intérieur face aux députés mercredi. Le 12 juillet, la directrice de l’inspection générale de la police nationale (IGPN), Agnès Thibault-Lecuivre, ancienne conseillère justice du ministre, avançait pourtant devant la même commission le chiffre de vingt et une enquêtes ouvertes auprès de son seul service pour des faits « de nature et de gravité très différente » après les violences qui ont suivi la mort de Nahel M.

    A Nancy, le parquet a confié à deux juges d’instruction une information judiciaire ouverte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique avec usage d’une arme » après qu’un jeune homme a été grièvement blessé lors de violences urbaines à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle), dans la nuit du 29 au 30 juin. Depuis trois semaines, Aimène Bahou, un agent de sécurité âgé de 25 ans, se trouve dans le coma, touché par un tir de « beanbag », une munition constituée d’un sac rempli de fines billes de plomb, probablement effectué par des fonctionnaires de l’antenne du RAID de Nancy.

    **Raviver les critiques**

    A Marseille, le parquet a ouvert une autre information judiciaire du chef de coups mortels avec usage ou menace d’une arme à la suite du décès de Mohamed Bendriss, 27 ans. Dans ce dossier, l’IGPN et la police judiciaire ont été conjointement saisies. Le jeune homme, originaire de la cité Air-Bel (11e arrondissement), a été touché par un tir de Flash-Ball alors qu’il circulait à scooter dans la nuit du 1er juillet au 2 juillet 2023. Victime d’un arrêt cardiaque quelques minutes plus tard, il est décédé alors qu’il tentait de trouver refuge chez sa mère, cours Lieutaud, une longue artère qui s’étend du 1er au 6e arrondissement de Marseille.

    L’opinion, encore marquée par les images d’incendies, les gerbes de mortiers d’artifice, les scènes de vandalisme diffusées par les chaînes d’information en continu, n’a pas prêté attention à ces événements. Mais, depuis, de nouveaux cas sont venus raviver les critiques faisant état de bavures.

    Celui de Virgil R., un jeune homme de 24 ans, est pratiquement passé inaperçu. Le 30 juin, à l’issue de la marche blanche en mémoire de Nahel M., à Nanterre, a-t-il raconté au site d’information Blast, il a été touché au visage par un tir de balle en caoutchouc, déclenché, selon lui, par des fonctionnaires de police qui l’auraient délibérément visé. D’après le rapport de l’unité médico-judiciaire de l’hôpital de Colombes (Hauts-de-Seine) qui l’a expertisé, il souffre de deux fractures au visage, dans la zone de l’œil gauche, outre un traumatisme à la mâchoire et un acouphène. L’avocat du jeune homme, Me Arié Alimi, a indiqué avoir porté plainte auprès de l’IGPN.

    **Applaudis par leurs collègues**

    Désormais, c’est de nouveau à Marseille que la justice est saisie d’une enquête sur les conditions dans lesquelles un homme de 21 ans affirme avoir été roué de coups par au moins six policiers, puis hospitalisé dans la nuit du 1er au 2 juillet, au plus fort de heurts qui ont entraîné la dégradation ou le pillage de plusieurs centaines de commerces et près de 170 interpellations.

    Révélé par La Provence, le passage à tabac d’Hedi, 22 ans, se serait déroulé dans une rue proche du cours Lieutaud. Le jeune homme aurait d’abord reçu un tir de Flash-Ball ou de lanceur de balles de défense à la tempe. En état d’urgence absolue lors de sa prise en charge par les services de secours, il dit avoir été maintenu au sol et battu par des hommes qu’il a identifié comme des policiers.

    Mardi 18 juillet, treize jours après l’ouverture d’une information judiciaire pour des faits de violences en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une interruption temporaire de travail supérieure à huit jours, le parquet de Marseille a annoncé laconiquement que « plusieurs fonctionnaires de police [étaient] placés en garde à vue » dans cette enquête.

    Au total, sept agents de la brigade anticriminalité ont été transférés des locaux de l’IGPN, à l’Evéché, le quartier général de la police, applaudis par leurs collègues qui s’étaient spontanément rassemblés pour leur apporter leur soutien. La levée de la garde à vue d’un premier policier est intervenue rapidement, suivie par celle de trois autres, dans la nuit de mardi à mercredi. Les deux derniers policiers entendus par leurs collègues étaient toujours placés en garde à vue mercredi matin, indiquait une source judiciaire.

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