À Berlin, l’intégration à l’épreuve des piscines

by OrdinaryMidnight5

3 comments
  1. > Correspondant à Berlin
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    > Après une semaine de fermeture, la piscine berlinoise de Columbiabad a rouvert ses portes sous le regard vigilant mais accueillant de plusieurs personnels de sécurité, qui exigent désormais l’ouverture des sacs et la présentation de documents d’identité. En cette matinée de semaine, l’atmosphère est paisible dans ce quartier mixte de Neukölln et sur les pelouses clairsemées entourant les bassins. Difficile d’imaginer que dix jours auparavant, la police du quartier a dû intervenir pour mettre un terme à des échauffourées et faire évacuer les visiteurs.
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    > «Affrontements entre de jeunes baigneurs et le personnel de la piscine», avait sobrement expliqué la société d’exploitation. La situation était similaire à celle enregistrée, le même dimanche, dans l’établissement voisin de Prinzenbad: un garçon de 20 ans a importuné une jeune fille de 14 ans. Le frère de cette dernière, âgé de 17 ans, est intervenu, et a frappé le premier qui a été hospitalisé.
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    > «Les agressions verbales, les crachats ou les insultes», se succèdent
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    > Ce qui aurait pu se réduire à deux faits divers concomitants est devenu un problème de société après la publication, trois jours après ces incidents, dans le quotidien de la gauche libérale berlinoise Der Tagesspiegel, d’une lettre du personnel de la piscine de Columbiabad, datée du 6 juin. Dans ce courrier adressé à leur direction, les employés s’y plaignaient de «l’ampleur intolérable» des problèmes, souvent causés par des jeunes «issues de familles arabes, parfois tchétchènes».
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    > Les femmes, les minorités, les homosexuels, les trans et les queers sont fréquemment menacés, précisaient ces derniers. «Les agressions verbales, les crachats ou les insultes», se succèdent. Le quartier de Neukölln, où vit notamment une grande partie de la diaspora turque, fut déjà le théâtre de violences urbaines lors du réveillon de la Saint-Sylvestre, d’une ampleur toutefois incomparable à celles des banlieues françaises. Cette interprétation culturelle des violences a été confirmée par le président de l’Association allemande des maîtres-nageurs, Peter Harzheim, qui pointe la responsabilité de «machos ayant immigré». «Le fait que différentes couches culturelles soient représentées, dont de nombreux jeunes hommes issus de l’immigration», y joue un rôle, affirme ce professionnel.
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    > La culture «machiste» des familles d’immigrés
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    > La presse se fait l’écho de ces débats qui mettent en cause le modèle multiculturel allemand. La piscine de Prinzenbad est également située dans le quartier de Kreuzberg, où vit une importante communauté turque. Notamment par crainte de nourrir le parti d’extrême droite AfD qui surfe dans les sondages, la classe politique s’abstient traditionnellement d’établir un lien entre immigration et violence. Le thème a été absent de la précédente campagne électorale, ce qui n’empêche pas le développement de courants antimigrants dans les communes confrontées à l’afflux de réfugiés.
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    > Cent cinquante mille demandes d’asile ont été déposées au cours du premier semestre 2023, plus que pour toute l’année 2021, tandis que le gouvernement projette d’assouplir les processus de naturalisation et d’immigration professionnelle. À Berlin, les incidents des piscines ont poussé le groupe des Verts berlinois, qui s’affiche fermement antiraciste, à y exiger le «refoulement des têtes brûlées». La CDU, qui vient de conquérir la mairie de la capitale, et fait alliance avec le SPD sans les écologistes, s’empare du sujet.
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    > «Ne devrions-nous pas appeler un chat un chat? Ce sont principalement des adolescents et des jeunes hommes d’origine musulmane qui créent des problèmes dans nos piscines», explique dans une tribune au quotidien de droite Die Welt, l’ancienne ministre de famille et de la jeunesse d’Angela Merkel, Kristina Schröder. Celle-ci reproche au gouvernement de réduire le problème de l’immigration à des questions de «capacités d’accueil».
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    > Pour leur part, sociologues et spécialistes de l’intégration mettent en avant la culture «machiste» véhiculée dans les familles d’immigrés. «Le moindre motif, comme le fait de regarder de travers ou de bousculer involontairement quelqu’un, conduit à la violence, parce que l’honneur est prétendu bafoué: les jeunes hommes veulent montrer qu’ils sont les plus forts», abonde auprès du Figaro, Falko Liecke, conseiller municipal CDU de Neukölln, qui réclame une présence policière autour des bassins.
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    > À Columbiabad, cette revendication semble néanmoins écartée. Mardi 18 juillet, seuls des personnels de sécurité ont été appelés en renfort. Allongé sur la pelouse au milieu de ses amis, Ahmed, la trentaine, balaie toute explication politico-culturelle des violences du week-end. «Le dimanche, il fait chaud, les gens s’agglutinent, il manque parfois de personnel. Et c’est comme ça que ça arrive.»

  2. Merci pour le partage.

    Demander des papiers d’identité pour aller à la piscine, cet échec.

    Même cause même effet on va dire.

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