## Introduction

Il y a quelque temps je travaillais dans l’enseignement supérieur privé et, bien que ce ne fasse pas partie de mes prérogatives ordinaires, j’ai occupé plusieurs fois un rôle mineur dans la sélection des étudiants qui postulaient dans mon établissement (en gros j’ai fait passer des entretiens, je n’ai en revanche jamais fait parti d’un jury de sélection).

Ma copine a décidé de reprendre des études en alternance et m’a demandé des conseils sur la rédaction de sa lettre de motivation, je me suis dit que c’était l’occasion d’en faire profiter plus de monde

Petit disclaimer cependant, ce n’est pas mon métier d’évaluer des candidatures, les conseils que je donne sont à prendre avec discernement. Si vous avez des conseils complémentaires à donner ou des désaccords avec ce que j’affirme, n’hésitez surtout pas [à le faire savoir](https://xkcd.com/386/). C’est d’autant plus vrai que j’ai travaillé dans le privé et que dans le public il y a des choses qui sont très différentes.

## Critères de sélection

La première étape c’est de se demander ce qu’un établissement regarde pour faire son choix. Ça va varier d’un établissement à l’autre, bien sûr, mais il y a quand même des préoccupations qui se retrouvent, un candidat idéal c’est quelqu’un qui :

1. ne redoublera pas ;
2. ne quittera pas la formation avant d’être diplômé ;
3. ne causera pas de problèmes à l’établissement pendant sa scolarité ;
4. aura un salaire de sortie qui fera monter la moyenne de l’établissement ;
5. tirera ses camarades vers le haut.

Vous remarquerez qu’à moins d’être devin, c’est impossible d’avoir des réponses à ces questions au moment où l’on évalue une candidature, la sélection va donc s’opérer sur des critère qui y sont plus ou moins corrélés.

Par exemple, si l’établissement regarde vos résultats scolaires antérieurs lorsque vous candidatez, c’est parce que les candidats qui ont les meilleurs résultats on moins de chance que les autres d’échouer (redoubler ou quitter la formation de façon anticipée), ce qui poserait problème en faisant des “trous” dans les promotions qu’on ne pourrait pas compenser intégralement par des admissions en cours de cursus. Qui plus est, les étudiants en échec rajoutent de l’incertitude sur les effectifs de leur promotion l’année suivante mais également sur ceux de la promotion qui suit, et ce jusqu’à la fin des rattrapages, qui arrivent généralement assez tard dans l’année.

De la même façon, la motivation du candidat est un autre critère important : quelqu’un qui a envie d’être là a plus de chance de s’accrocher qu’un étudiant qui a été inscrit par ses parents parce qu’il fallait bien qu’il aille quelque part. Mais encore faut-il que le candidat ait une image fidèle de la formation : on peut trouver des jeunes très motivés mais qui se rendent compte après coup qu’ils ne se sont pas assez renseignés en amont et qu’ils se sont inscrits à une formation qui ne leur correspondait pas.

Ça va donc constituer les deux critères principaux de sélection : d’une part vos résultats scolaires antérieur ou aux épreuves d’admission, d’autre part ce que vous exprimerez lors d’un entretien de motivation ou, le cas échéant, votre lettre de motivation.

## Ce qu’il faut écrire dans sa lettre

On en arrive donc à la seconde étape : que faut-il mettre dans sa lettre ? Selon moi, une bonne lettre de motivation répond aux questions suivantes :

1. Où en est le candidat, quel a été son parcours scolaire ou professionnel jusqu’à aujourd’hui ?
2. Quel est son projet professionnel ?
3. Le candidat s’est il renseigné sur la formation ?
4. Qu’est ce qui fait, selon lui, que la formation est cohérente avec son projet professionnel ?
5. Quels éléments le distinguent des autres candidats (activités associatives, professionnelles ou culturelles) ?

Et au delà de tous ces éléments, il y a l’éléphant dans la pièce, le critère qui ne devrait pas en être un tant il est injuste est discriminatoire mais qu’il est difficile de mettre de côté : la qualité d’expression du candidat. On peut résumer ce critère par la question : le candidat dispose-t-il du capital culturel requis pour étaler ses prétentions sans être prétentieux et rédiger dans un français correct. C’est un critère discriminatoire car on sait très bien quelle classe de la population est statistiquement plus a même de le remplir et injuste parce qu’il n’apporte pas d’informations statistiquement plus significatives que le dossier scolaire ou les épreuves de sélection. Si vous savez que ce n’est pas votre point fort, faite vous relire par quelqu’un qui sera a même de vous conseiller, par exemple votre professeur de français si vous êtes Lycéen.

Pour ce qui est de la longueur, pas besoin d’écrire un roman, une demi page A4 suffit largement. Pour ce qui est de votre parcours mentionnez juste votre formation précédente et/ou votre dernier emploi s’il est en cohérence avec votre formation. Ce qui devrait prendre le plus de place devrait être la partie qui concerne votre projet professionnel et la pertinence de la formation. Ne faite pas un inventaire à la Prévert de tous vos centre d’intérêts, essayez de vous concentrer sur ce qui est le plus en lien avec votre formation. Vous pouvez également mentionner une activité sportive ou les pays dans lesquels vous avez passé plusieurs mois, c’est intéressant de savoir que vous avez vécu un dépaysement, ça l’est moins de connaître le détail de vos vacances. Si vous avez exercé des responsabilités associative c’est bien de le mentionner. Essayez d’amener les choses intelligemment pour pas que ça tombe comme un cheveu sur la soupe.

Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut absolument dire que l’école à laquelle vous postulez est vraiment la meilleure du monde, la personne qui s’occupe des sélections n’y sera pas particulièrement sensible, sauf peut-être si vous postulez à Polytechnique, où il sera difficile de rédiger une lettre de motivation sans y caser au moins une fois le mot « excellence ».

Quelque chose que j’aimais bien faire quand j’étais moi-même étudiant c’était de piocher dans le programme de la formation les matières qui m’intéressaient le plus et de les mentionner en expliquant que c’était les raisons qui m’avaient conduit à candidater. Ça montre que vous vous êtes renseigné sur la formation en amont et ça permet à la personne qui étudie votre dossier de s’assurer que vous candidatez pour les bonnes raisons.

## Exemple

Il y a 10 ans, je loupais ma seconde année de prépa intégrée et prenais la décision de changer d’école pour faire une licence dans une université, je vous met ci-dessous la lettre de motivation que j’avais jointe à mon dossier de candidature. Il est certain que je ne la rédigerai pas tout à fait comme ça aujourd’hui et qu’il est possible de faire beaucoup mieux (**edit: en particulier le premier paragraphe qui comme le fait justement remarquer un commentaire ci-dessous n’est pas très adroit).** À l’époque je n’avais pas un projet professionnel précis en tête, ce n’est pas rédhibitoire, dites que vous n’êtes pas fixé mais mentionnez les disciplines qui vous intéressent :

>Bonjour,
>
>Je viens de terminer une deuxième année de cycle préparatoire intégré à ÉCOLE, année que je n’ai pas pu valider pour diverses raisons. L’une des principales étant les longs trajets que m’imposait mon éloignement de l’école, environs 4h d’aller-retours quotidiens, une autre étant une baisse de motivation lié à l’importance de matières « générales » au détriments des disciplines qui me passionnent. J’ai donc pris la décision de ne pas redoubler dans cette école mais de trouver un cursus qui me conviendrait mieux.
>
>J’ai été réellement séduit par le parcours « informatique théorique » que propose votre UFR, y découvrant des disciplines pratiquement absentes, ou très insuffisamment développées selon moi, du cursus duquel je viens, les cours de programmation système et de théorie des langages en font partie, j’ai également eu la joie d’y trouver un programme de mathématiques plus proche du domaine qui n’est cher : l’algèbre, je profite de mon temps libre pour parfaire mes connaissances en cryptographie et je commence à toucher les limites de ce que mes connaissances en algèbre me permettent de comprendre, je suis donc très sensible à l’importance que présente cet UE dans le programme de L2. Je possède de solides connaissances en informatique « technique » : je m’occupe de l’administration système de ASSOCIATION et ai la chance de pouvoir participer à un *Google Summer of Code* (portant sur SUJET DU GSOC), mais je souhaite vraiment découvrir de nouveaux horizons et ai trouvé dans l’informatique théorique de nouvelles voies de progression.
>
>Je ne me suis pas encore décidé sur la poursuite d’un master ou sur un projet professionnel après l’obtention d’une licence, j’attends, l’année prochaine, de pouvoir découvrir le travail universitaire pour en décider.
>
>En espérant vous retrouver l’année qui s’annonce,

by Mareo

3 comments
  1. J’ai pas lu ton message dans son ensemble, je suis sûr que c’est très bien. Juste un truc me chiffonne sur ton passage à propos de l’expression écrite et comment elle est selon toi discriminatoire. Étymologiquement, le mot discriminer veut dire “séparer, distinguer ou mettre à part”. Donc occuper la position que tu as eue en triant des candidats parmi tant d’autres c’est faire de la discrimination, dans le vrai sens du mot. Je me sens obligé de le préciser tant celui-ci a été galvaudé. Je vois déjà arrivé les gens avec leur “oui mais l’usage prévaut sur la langue” avec lesquels je suis en désaccord. A force de travestir le sens, on ne peut plus communiquer.

    Sur le fond, je veux dire que les discriminations sont l’apanage des sociétés modernes car on est obligé de trier les personnes, les demandes, les dossiers en fonction de plusieurs critères. Après on discuter des critères de tri, de leur subjectivité, des méthodes, etc.

  2. Merci pour ce post il vaut la peine d’être lu entièrement

  3. Je ne suis pas d’accord avec ta lettre commencer avec des complaintes et des justifications ne donne pas envie de te prendre en entretien. En tout cas selon mon point de vue personnel.

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