Moi je veux surtout comprendre comment elle a pu s’ouvrir.
**Pour remplacer Elisabeth Borne, le ministre de l’intérieur mené une vigoureuse campagne et retravaillé son profil. En vain. jusqu’à la prochaine occasion.**
Ce lundi matin, Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin ne savent pas quoi faire d’eux-mêmes. Ils rejoignent Elisabeth Borne pour un point presse sur la sécurité routière et constatent qu’il n’y a que deux pupitres sur l’estrade à Matignon. Un pour la Première ministre, bien installée, et « un pupitre pour deux », glisse-t-elle, hilare, à ses ministres de la Justice et de l’Intérieur. « Ben, on n’est pas premiers ministres ! », réplique Dupond-Moretti. Et Darmanin de rire jaune. Devant les caméras, le voilà condamné à faire de la figuration à côté de celle qu’il espérait encore remplacer quelques jours plus tôt. C’est qui, la patronne ?
Tout va si vite en Macronie. Elisabeth Borne n’a appris que dimanche qu’Emmanuel Macron souhaitait la maintenir à son poste. Deux jours plus tôt, à l’issue du défilé du 14 Juillet sur les Champs-Elysées, on ne voyait que Darmanin dans le sillage du chef de l’Etat, « Quand le le Président est descendu de la tribune avant même que son ombre ne le suive, Darmanin était déjà collé lui, se marre un de ses collègues. Jusqu’au week end dernier, il menait une très grosse offensive de manière un peu bourrin. » Deux semaines de campagne éclair.
#La tentation de Macron
Jeudi 6 juillet, un membre du gouvernement prend un café avec quelques journalistes de Libération. Le SMS d’un confrère qui s’affiche sur son téléphone le laisse coi : « Le PR va nommer Darmanin dimanche, tu confirmes ? » Elle bruisse très fort, la rumeur, se mêlant le lendemain aux bruits des vagues et de la plage de Ouistreham (Calvados) où la quasi-totalité du gouvernement est rassemblée pour rendre hommage à Léon Gautier, dernier héros français du Débarquement. Au retour, Borne embarque une poignée de ministres dans son avion pour Paris. Comme si de rien n’était.
De retour à Paris, le soir du 7 juillet, les principaux conseillers d’Emmanuel Macron sont réunis autour de lui pour une réunion d’agenda. Ceux-ci vont Pour notamment apprendre que le Président « ne sent pas » l’interview télévisée, que son équipe lui suggère pour tirer le bilan des cent jours le 14 juillet. Il interroge : au fond, les Français ont-ils un appétit pour la traditionnelle interview, le jour de la fête nationale ? Eux-mêmes l’attendent-ils ? Ses proches remballent donc l‘option.
En revanche, ils remarquent que la tentation de propulser Darmanin à la tête du prochain gouvernement semble de plus en plus le démanger. Le lapsus est-il révélateur ? A propos d’un événement prévu à la fin du mois d’août, il suggère d’y envoyer « le Premier ministre » Face aux sourcils levés et aux sourires de l’assistance, il se reprend : « la Première ministre ».
Pendant les émeutes, il a eu l’occasion de noter l’habileté de son ministre de I’Intérieur. Celui qui ne dédaignait pas les provocations droitières depuis son arrivée à Beauvau à l’été 2020 soudain mis de l’eau dans son vin. Lors d’une audition au Sénat, le 5 juillet, il reprend de volée les questions aux relents racistes de certains élus. « ll y a eu beaucoup de Kévin et de Mathéo, si je peux me permettre », corrige-t-il en réfutant une « explication identitaire ». « C’est une question d’intégration », ajoute-t-il. On imaginait l’ancien LR tomber à bras raccourcis sur une gauche adepte d’explications sociales des émeutes ? Il refuse au contraire de jouer les gros bras face un député RN : « Oui, l’ordre et la fermeté, oui, l’ordre juste, mais pas juste l’ordre », répond-il dans une formule ciselée, le 4 juillet. « Celui que l’on vu ces quinze derniers jours est plus conforme a celui qu’il serait à Matignon, régalien et social », applaudit un ministre proche du Président.
#Des points gagnés
L’hypothèse Darmanin à Matignon trotte dans la tête du chef de l’Etat. Autour de lui, certains plaident pour cette accélération. Le week-end du 8 juillet, un conseiller de l’Elysée « ambiance » même quelques journalistes : « Préparez-vous, ça peut bouger dimanche soir. » Et finalement, rien. « Emmanuel avait une fenêtre de tir, le week-end du 8 juillet », soupire un de ses interlocuteurs. Dans la dernière ligne droite, Alexis Kohler a plaidé pour la stabilité et le maintien d’Elisabeth Borne. Le secrétaire général de l’Elysée et la crainte de braquer sa majorité, sans garantie d’attirer les députés LR, convainquent le Président d’en rester là. La Première ministre, elle, avait programmé une interview avec le journal le Parisien, publiée le dimanche 9 juillet. Son entourage l’a opportunément fait savoir un peu partout, les jours précédents. Le message est clair : si le Président veut la remplacer, il va falloir vraiment la déloger.
Le 11 juillet, cette dernière reçoit les parlementaires dans les jardins de Matignon pour un pot de fin de session. Le gouvernement est presque au grand complet. Darmanin, lui, est officiellement retenu par une cérémonie. Ce soir-là, une partie de son cabinet prend l’apéro à Beauvau en déprimant sec. lls sentent bien que l’offensive de leur grand homme est en train de tourner court. Le 15 juillet, la révélation par le Figaro d’un tête à tête cordial entre le ministre de l’Intérieur et François Bayrou, notoirement opposé à sa nomination, relance brièvement la rumeur. En vain. « Pour assurer a stabilité et le travail de fond, le président de la République a décidé de maintenir la Première ministre » fait savoir l’Elysée lundi soir.
Peut-être davantage un investissement pour l’avenir qu’un échec, au fond. Qui sait combien de temps durera la prolongation du bail d’Elisabeth Borne ? « Les points gagnés dans cette séquence ne sont pas du tout perdus », se console un proche. « Gérald sait qu’il a des traits clivants et que la case 2027 est compliquée pour lui. La case Matignon est plus accessible », juge un ministre.
Son attitude face aux violences urbaines restera comme une carte de visite déposée devant le bureau du Président. « ll a été très bon sur la séquence des émeutes, très habile en affichant une certaine modération, observe un ministre. En le croisant autre jour, je ľ’ai taquiné : “Alors, tu es devenu centriste ?” « Non, je suis devenu central! », lui a rétorqué Darmanin
je n’y crois pas un instant
Ne pas se réjouir trop vite, ils le préservent peut-être pour 2027.
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Moi je veux surtout comprendre comment elle a pu s’ouvrir.
**Pour remplacer Elisabeth Borne, le ministre de l’intérieur mené une vigoureuse campagne et retravaillé son profil. En vain. jusqu’à la prochaine occasion.**
Ce lundi matin, Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin ne savent pas quoi faire d’eux-mêmes. Ils rejoignent Elisabeth Borne pour un point presse sur la sécurité routière et constatent qu’il n’y a que deux pupitres sur l’estrade à Matignon. Un pour la Première ministre, bien installée, et « un pupitre pour deux », glisse-t-elle, hilare, à ses ministres de la Justice et de l’Intérieur. « Ben, on n’est pas premiers ministres ! », réplique Dupond-Moretti. Et Darmanin de rire jaune. Devant les caméras, le voilà condamné à faire de la figuration à côté de celle qu’il espérait encore remplacer quelques jours plus tôt. C’est qui, la patronne ?
Tout va si vite en Macronie. Elisabeth Borne n’a appris que dimanche qu’Emmanuel Macron souhaitait la maintenir à son poste. Deux jours plus tôt, à l’issue du défilé du 14 Juillet sur les Champs-Elysées, on ne voyait que Darmanin dans le sillage du chef de l’Etat, « Quand le le Président est descendu de la tribune avant même que son ombre ne le suive, Darmanin était déjà collé lui, se marre un de ses collègues. Jusqu’au week end dernier, il menait une très grosse offensive de manière un peu bourrin. » Deux semaines de campagne éclair.
#La tentation de Macron
Jeudi 6 juillet, un membre du gouvernement prend un café avec quelques journalistes de Libération. Le SMS d’un confrère qui s’affiche sur son téléphone le laisse coi : « Le PR va nommer Darmanin dimanche, tu confirmes ? » Elle bruisse très fort, la rumeur, se mêlant le lendemain aux bruits des vagues et de la plage de Ouistreham (Calvados) où la quasi-totalité du gouvernement est rassemblée pour rendre hommage à Léon Gautier, dernier héros français du Débarquement. Au retour, Borne embarque une poignée de ministres dans son avion pour Paris. Comme si de rien n’était.
De retour à Paris, le soir du 7 juillet, les principaux conseillers d’Emmanuel Macron sont réunis autour de lui pour une réunion d’agenda. Ceux-ci vont Pour notamment apprendre que le Président « ne sent pas » l’interview télévisée, que son équipe lui suggère pour tirer le bilan des cent jours le 14 juillet. Il interroge : au fond, les Français ont-ils un appétit pour la traditionnelle interview, le jour de la fête nationale ? Eux-mêmes l’attendent-ils ? Ses proches remballent donc l‘option.
En revanche, ils remarquent que la tentation de propulser Darmanin à la tête du prochain gouvernement semble de plus en plus le démanger. Le lapsus est-il révélateur ? A propos d’un événement prévu à la fin du mois d’août, il suggère d’y envoyer « le Premier ministre » Face aux sourcils levés et aux sourires de l’assistance, il se reprend : « la Première ministre ».
Pendant les émeutes, il a eu l’occasion de noter l’habileté de son ministre de I’Intérieur. Celui qui ne dédaignait pas les provocations droitières depuis son arrivée à Beauvau à l’été 2020 soudain mis de l’eau dans son vin. Lors d’une audition au Sénat, le 5 juillet, il reprend de volée les questions aux relents racistes de certains élus. « ll y a eu beaucoup de Kévin et de Mathéo, si je peux me permettre », corrige-t-il en réfutant une « explication identitaire ». « C’est une question d’intégration », ajoute-t-il. On imaginait l’ancien LR tomber à bras raccourcis sur une gauche adepte d’explications sociales des émeutes ? Il refuse au contraire de jouer les gros bras face un député RN : « Oui, l’ordre et la fermeté, oui, l’ordre juste, mais pas juste l’ordre », répond-il dans une formule ciselée, le 4 juillet. « Celui que l’on vu ces quinze derniers jours est plus conforme a celui qu’il serait à Matignon, régalien et social », applaudit un ministre proche du Président.
#Des points gagnés
L’hypothèse Darmanin à Matignon trotte dans la tête du chef de l’Etat. Autour de lui, certains plaident pour cette accélération. Le week-end du 8 juillet, un conseiller de l’Elysée « ambiance » même quelques journalistes : « Préparez-vous, ça peut bouger dimanche soir. » Et finalement, rien. « Emmanuel avait une fenêtre de tir, le week-end du 8 juillet », soupire un de ses interlocuteurs. Dans la dernière ligne droite, Alexis Kohler a plaidé pour la stabilité et le maintien d’Elisabeth Borne. Le secrétaire général de l’Elysée et la crainte de braquer sa majorité, sans garantie d’attirer les députés LR, convainquent le Président d’en rester là. La Première ministre, elle, avait programmé une interview avec le journal le Parisien, publiée le dimanche 9 juillet. Son entourage l’a opportunément fait savoir un peu partout, les jours précédents. Le message est clair : si le Président veut la remplacer, il va falloir vraiment la déloger.
Le 11 juillet, cette dernière reçoit les parlementaires dans les jardins de Matignon pour un pot de fin de session. Le gouvernement est presque au grand complet. Darmanin, lui, est officiellement retenu par une cérémonie. Ce soir-là, une partie de son cabinet prend l’apéro à Beauvau en déprimant sec. lls sentent bien que l’offensive de leur grand homme est en train de tourner court. Le 15 juillet, la révélation par le Figaro d’un tête à tête cordial entre le ministre de l’Intérieur et François Bayrou, notoirement opposé à sa nomination, relance brièvement la rumeur. En vain. « Pour assurer a stabilité et le travail de fond, le président de la République a décidé de maintenir la Première ministre » fait savoir l’Elysée lundi soir.
Peut-être davantage un investissement pour l’avenir qu’un échec, au fond. Qui sait combien de temps durera la prolongation du bail d’Elisabeth Borne ? « Les points gagnés dans cette séquence ne sont pas du tout perdus », se console un proche. « Gérald sait qu’il a des traits clivants et que la case 2027 est compliquée pour lui. La case Matignon est plus accessible », juge un ministre.
Son attitude face aux violences urbaines restera comme une carte de visite déposée devant le bureau du Président. « ll a été très bon sur la séquence des émeutes, très habile en affichant une certaine modération, observe un ministre. En le croisant autre jour, je ľ’ai taquiné : “Alors, tu es devenu centriste ?” « Non, je suis devenu central! », lui a rétorqué Darmanin
je n’y crois pas un instant
Ne pas se réjouir trop vite, ils le préservent peut-être pour 2027.