Un fils tué, son cousin éborgné : à Marseille, une famille brisée par les armes de la police

by Goypride

2 comments
  1. **Abdelkarim, 22 ans, et Mohamed, 27 ans, étaient cousins germains. En deux nuits d’émeutes, l’un a perdu un œil et l’autre est mort. De forts soupçons pèsent sur les LBD utilisés par la police pour « rétablir l’ordre » après le décès de Nahel. D’après les informations de Mediapart et de « Libération », deux enquêtes sont désormais ouvertes.**

    Marseille (Bouches-du-Rhône).– Depuis l’incarcération d’un policier marseillais, mis en examen la semaine dernière avec trois de ses collègues pour des « violences en réunion » sur Hedi, un jeune homme de 22 ans très gravement blessé à la tête dans la nuit du 1er au 2 juillet par un tir de lanceur de balles de défense (LBD), les brigades anticriminalité locales sont ulcérées. 

    La décision judiciaire a déclenché une grève du zèle et une vague d’arrêts maladie de complaisance au sein de la police marseillaise. *« Le savoir en prison m’empêche de dormir »*, a déclaré dimanche le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, au lendemain d’une visite à Marseille. *« De façon générale, je considère qu’avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison, même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail »*, a même ajouté le patron de la police. 

    Pendant que Frédéric Veaux défend ses troupes, avec le soutien de son ministre de tutelle, une famille cherche à comprendre pourquoi elle a enduré deux tragédies en deux jours. La nuit où Hedi a été blessé, et non loin de là, Mohamed Bendriss, 27 ans, est mort d’une crise cardiaque probablement causée par un impact de LBD en pleine poitrine. La veille, son cousin de 22 ans, Abdelkarim Y., passait près de policiers quand il a été touché par un projectile. Il a perdu l’usage de son œil gauche. 

    En ce samedi après-midi, sur le cours Lieutaud, en centre-ville de Marseille, une vingtaine de personnes se retrouvent. Certaines portent un badge de la Ligue des droits de l’homme. Elles ont répondu à l’appel d’Arié Alimi, l’avocat de la famille de Mohamed Bendriss, pour participer à une enquête de voisinage citoyenne. 

    Sur place, la veuve, la tante et la cousine du défunt découvrent ces anonymes qui veulent les aider, à la mesure de leurs petits moyens. Les volontaires passent plusieurs heures à sonder les commerçants et à sonner aux portes, espérant reconstituer le trajet de Mohamed la nuit de sa mort. Les voisins répondent volontiers mais n’ont pas vu grand-chose. Le pillage du magasin Speedway, la veille, les a plus marqués que cette nuit-là. M6 est déjà passé leur poser des questions, pas la police. 

    #Deux impacts « en cocarde » sur le corps de Mohamed 

    Les certitudes sont bien maigres. Le 2 juillet, à 1 heure du matin, Mohamed Bendriss s’effondre cours Lieutaud, juste devant chez sa mère, où il arrive en scooter. Malgré les efforts des pompiers, arrivés sur place à 1 h 07, puis des urgences de la Timone, où il est admis à 1 h 26, il n’a pas pu être réanimé.  

    Les premiers éléments de l’enquête, dont Mediapart et Libération ont eu connaissance, laissent peu de doute sur les causes de son décès, prononcé à 2 h 05. À l’hôpital, les médecins constatent tout de suite deux impacts « en cocarde » de 4,5 cm de diamètre, évocateurs d’un « flashball » (aujourd’hui remplacé par le LBD) : l’un sur l’intérieur de sa cuisse droite, l’autre sur son thorax, côté gauche. L’autopsie, réalisée quelques heures plus tard, estime que ce « commotio cordis » (choc sur le cœur) a probablement causé la crise cardiaque qui a emporté ce jeune homme sans antécédents médicaux. 

    Depuis leur mise en circulation au début des années 2000, les lanceurs de balles de défense (Flashball Superpro, puis LBD 40) ont causé la mort d’au moins deux personnes : Gaston Prodhomme, en 2001 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), et Mustapha Ziani, en 2010 à Marseille. Mohamed Bendriss pourrait donc être la troisième victime. 

  2. Je vais faire un parallèle foireux et je m’en excuse par avance, mais cette affaire me rappelle les débuts de l’invasion américaine de l’Irak lorsque l’US army avait encore l’espoir de se mettre la population locale dans la poche en faisant du “nation building” et tout le tralala.

    Puis les histoires de balles perdues, de meurtres de civils dus à la panique des soldats/marines ou carrément à la malveillance des sociétés militaires privées ont alimenté un sentiment de rejet tellement fort que les américains ont perdu tout crédit auprès de la population.

    Alors bien sûr c’est plus compliqué que ça, ça n’a rien à voir, on parle pas du tout de la même chose etc, etc… Mais c’est une association d’idée qui s’est faite toute seule dans ma tête. Et ça me met mal à l’aise…

Leave a Reply