>Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, revient sur les propos des hauts fonctionnaires, sans précédent sous la Ve République et sans équivalent dans les autres démocraties européennes. Spécialiste des questions de police et de sécurité, il est l’auteur de La Nation inachevée. La jeunesse face à l’école et la police (Grasset, 2022).
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>Mediapart : Les deux plus hauts fonctionnaires de la police française ont mis en cause des décisions de justice concernant leurs hommes. Quelle est la gravité d’une telle transgression ?
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>Sebastian Roché : Je ne vois pas de précédent, sous la Ve République, d’une association entre les deux plus hauts responsables de police pour mettre en cause publiquement une décision de justice, et plus largement les principes généraux du droit inscrits dans la Constitution. Rappelons que l’égalité de tous devant la loi figure dans l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est un pilier fondamental des États démocratiques : il ne saurait y avoir de privilèges, comme sous l’Ancien Régime.Frédéric Veaux et Laurent Nuñez ont lancé un double défi, en s’exprimant sur des affaires en cours et en se moquant de la séparation des pouvoirs et de la garantie d’égalité devant la loi. Leurs déclarations violent les principes mêmes de la police démocratique, qui est censée être neutre et agir en référence aux principes du droit. Ils semblent se considérer comme un quatrième pouvoir, celui de l’administration policière, qui aurait son mot à dire sur le travail des magistrats et la fabrique de la loi par les assemblées. C’est vertigineux.
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>Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, revient sur les propos des hauts fonctionnaires, sans précédent sous la Ve République et sans équivalent dans les autres démocraties européennes. Spécialiste des questions de police et de sécurité, il est l’auteur de La Nation inachevée. La jeunesse face à l’école et la police (Grasset, 2022).
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>Mediapart : Les deux plus hauts fonctionnaires de la police française ont mis en cause des décisions de justice concernant leurs hommes. Quelle est la gravité d’une telle transgression ?
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>Sebastian Roché : Je ne vois pas de précédent, sous la Ve République, d’une association entre les deux plus hauts responsables de police pour mettre en cause publiquement une décision de justice, et plus largement les principes généraux du droit inscrits dans la Constitution. Rappelons que l’égalité de tous devant la loi figure dans l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est un pilier fondamental des États démocratiques : il ne saurait y avoir de privilèges, comme sous l’Ancien Régime.Frédéric Veaux et Laurent Nuñez ont lancé un double défi, en s’exprimant sur des affaires en cours et en se moquant de la séparation des pouvoirs et de la garantie d’égalité devant la loi. Leurs déclarations violent les principes mêmes de la police démocratique, qui est censée être neutre et agir en référence aux principes du droit. Ils semblent se considérer comme un quatrième pouvoir, celui de l’administration policière, qui aurait son mot à dire sur le travail des magistrats et la fabrique de la loi par les assemblées. C’est vertigineux.