« La hiérarchie se fait caca dessus, elle sent que le mouvement prend »

by Goypride

7 comments
  1. #Partis de Marseille, les débrayages de policiers s’étendent. Entre la base, les syndicats et les huiles, l’heure est à la surenchère. Jusqu’où ?

    Un mois pile après la mort de Nahel M. et les émeutes qui l’ont suivie (lire l’épisode 1, « Nahel M.: les tremblements de Nanterre secouent les quartiers »), un agent en poste dans la capitale décrit aux Jours l’état d’esprit qui secoue la police : « C’est un mouvement de déception, de ras-le-bol et de colère. Ils nous ont usés jusqu’au bout, alors on est malades. » Et depuis une semaine, ils seraient nombreux à l’être. « Il y a environ un millier de policiers en arrêt maladie, surtout dans le Sud mais aussi en Île-de-France », nous affirme Éric Henry, porte-parole du syndicat majoritaire et très droitier Alliance. D’autres effectifs ont préféré se mettre en « code 562 » : cela signifie qu’ils limitent leur activité aux missions essentielles et urgentes. Si l’ampleur de cette mobilisation est difficilement quantifiable – aucune préfecture contactée ne nous a confirmé de chiffres –, de nombreuses photos de fonctionnaires posant de dos, affublés d’un écriteau « 562 », affluent sur les réseaux sociaux ces derniers jours. La profession n’ayant pas le droit de grève, c’est un moyen classique pour contourner l’interdiction et se mobiliser.

    Parti de Marseille, le mouvement se propage désormais à la région parisienne. « Chez nous, ça commence à prendre et c’est comme ça pour toute la grande couronne et Paris, nous confirme un commissaire en poste en Île-de-France. Pas encore au point de perturber le service, mais ça pourrait avoir des conséquences réelles et graves pour le service public. J’ai entendu qu’il y avait des commissariats où il n’y a que les officiers et le commissaire pour garder les locaux. C’est un peu Rome, ville ouverte. » D’autres territoires comme le Nord-Pas-de-Calais, le Grand Est ou la Bretagne commencent eux aussi à être touchés par cette grève qui ne dit pas son nom.

    #Ce qui est arrivé à ce collègue pourrait arriver à n’importe quel policier. À Marseille, on s’est fait tirer dessus, des personnes en voulaient à notre intégrité physique.

    **Bruno Bartocetti, secrétaire national d’Unité SGP Police, chargé de la zone Sud**

    « Ce qui devait arriver est arrivé, constate Denis Jacob, le secrétaire général d’Alternative Police CFDT. La colère, le mal-être et le mécontentement sont latents depuis des années. La situation est complexe et ne se cantonne pas qu’à l’affaire de Marseille. Mais cette décision est totalement incompréhensible pour les troupes. » « L’affaire de Marseille », c’est le placement en détention provisoire d’un policier de la BAC de la ville, le 21 juillet dernier, mis en examen avec trois autres fonctionnaires pour violences en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique, survenues pendant les récentes émeutes urbaines. Son incarcération a mis le feu aux poudres. « Quand on nous demande d’être sur tous les fronts et qu’on se retrouve en détention provisoire, c’est quelque chose d’assez insupportable dans nos rangs », grince Bruno Bartocetti, secrétaire national d’Unité SGP Police, chargé de la zone Sud, le premier syndicat à avoir appelé « se mettre en 562 ». « Un policier en fonction ne doit pas pouvoir être placé en détention provisoire. Ce qui est arrivé à ce collègue pourrait arriver à n’importe quel policier. À Marseille, on s’est fait tirer dessus, des personnes en voulaient à notre intégrité physique. »

    Si les émeutes ont été particulièrement violentes dans la cité phocéenne, les faits pour lesquels les quatre policiers sont mis en examen paraissent particulièrement graves, eux aussi. Hedi, 22 ans, les accuse de l’avoir roué de coups avant de lui tirer dans la tête au LBD dans la nuit du 1er au 2 juillet dernier. Pour l’opérer, les médecins ont dû retirer au jeune homme une partie de sa boîte crânienne tant il était amoché. Résultat : 60 jours d’ITT et une invalidité temporaire. C’est l’une des 28 procédures en cours relatives à l’intervention des forces de l’ordre pendant les révoltes urbaines, dont l’une concerne la mort d’un homme, également à Marseille, probablement due à un tir de LBD.

    #Les policiers marseillais ont gratifié leurs collègues d’une haie d’honneur à leur sortie des bureaux de l’IGPN, la veille de leur mise en examen

    « On ne proteste pas contre la mise en examen ou le fond de l’affaire, mais contre la détention provisoire, nuance Bruno Bartocetti. Ce n’est pas une solidarité coûte que coûte. C’est juste que là, ça suffit. » Les policiers marseillais avaient toutefois gratifié leurs collègues d’une haie d’honneur et d’applaudissements nourris à leur sortie des bureaux de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la veille de leur mise en examen. « Un policier n’a pas à être en détention provisoire lorsqu’il est soupçonné d’avoir commis une faute à l’occasion de l’exercice de ses missions », évacue le porte-parole d’Alliance Éric Henry, résumant là la principale revendication des syndicats, unanimes sur la question, et qui tentent tant bien que mal de raccrocher ce mouvement parti d’une base excédée.

    Lundi dernier, le directeur général de la police nationale (DGPN) les a imités, en outrepassant largement son rôle. Dans une interview au Parisien, Frédéric Veaux déplorait une incarcération qui « l’empêch[ait] de dormir ». « Avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison, même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail, estimait le haut fonctionnaire. Lorsqu’un policier est dans l’exercice de sa mission, on doit admettre qu’il peut commettre des erreurs d’appréciation. » Avec les cinquante agrafes qui rafistolent son crâne déformé, le jeune Hedi appréciera la formule. Qu’importe, dans la foulée, le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, s’est rangé derrière les propos du DGPN. « On a une hiérarchie qui a surtout appris à gérer les policiers par les chiffres et ne sait pas bien manager ses troupes. Il y a un grand fossé avec la base, considère Christian Mouhanna, chargé de recherches au CNRS et chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales. Cette interview renvoie à la peur de la hiérarchie de se faire dépasser. » « Ils se font caca dessus, résume plus prosaïquement le policier parisien précité. Ils sentent que le mouvement prend, donc ils prennent notre défense. »

    Un soutien immédiatement salué par l’ensemble des syndicats de police et tout aussi vite critiqué par ceux de la magistrature, du siège au parquet, qui ont dénoncé une atteinte inédite à l’indépendance de la justice. « Il y a en France une longue tradition de mobilisations de policiers, parfois très menaçantes pour les institutions, mais ça n’est jamais arrivé que les directeurs généraux s’associent au mouvement et fassent campagne pour une modification de la loi, remarque Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS et politiste spécialiste de la police. C’est hallucinant qu’ils cautionnent une idée de régime de droit spécial, c’est un retour aux privilèges. Ce qu’ils font est à la limite de la légalité. »

    #Pour nombre de policiers contactés, la condamnation a priori par Emmanuel Macron du policier qui a tiré sur Nahel M. ne passe toujours pas

    Ce mélange des genres est d’autant plus inquiétant que, pour l’auteur de La nation inachevée : la jeunesse face à l’école et la police (Grasset, 2022), Gérald Darmanin était forcément au courant. Le Parisien a d’ailleurs confirmé que l’interview avait « bel et bien été validée par le ministre de l’Intérieur et relue par son directeur de cabinet. Mais sans mettre dans la boucle ni l’Élysée, ni Matignon ». Serait-ce alors le coup de pression d’un ministre déçu de n’avoir pas été promu à la tête du gouvernement ? « Je pense que Darmanin place ses pions, avance Sebastian Roché. Quand le Président, lui, a peur d’exercer son autorité. Pendant son intervention, il n’a rien osé dire. » Mardi dernier, lors de sa prise de parole depuis Nouméa, Emmanuel Macron a de fait feint d’ignorer l’affront de son ministre et joué l’équilibriste, assurant « comprendre l’émotion des policiers » tout en rappelant que « nul n’est au-dessus des lois ».

    « Nul n’est en dessous non plus, s’agace Éric Henry, du côté d’Alliance, où l’on aurait préféré un soutien plus franc. On n’est pas surpris que le Président ne se soit pas prononcé sur une décision de justice. On aurait simplement aimé que cela soit aussi le cas le 28 juin, quand il a dit que l’acte de notre collègue de Nanterre était “inexcusable et inexplicable”. » Pour beaucoup de policiers contactés par Les Jours, la condamnation a priori par Emmanuel Macron du policier qui a tiré sur Nahel M. ne passe toujours pas. Le placement en détention provisoire de l’agent n’a pas plus plu aux troupes qui, mobilisées sur les émeutes (lire l’épisode 3, « Dans les quartiers, le moral sapé comme jamais »), l’ont encaissé sans moufter ou presque. Avant de laisser exploser la colère accumulée à l’occasion de l’incarcération d’un autre des leurs. « Ça commence à faire beaucoup, note Bruno Bartocetti, d’Unité SGP Police. On ne comprend pas que la profession ne soit pas mieux protégée, mieux préservée. » « Si on reprend les critères de la détention provisoire, notre collègue de Marseille n’y entre pas, complète Denis Jacob pour Alternative Police CFDT. On a le sentiment que la décision a été prise pour éviter de relancer des émeutes. » « Encore une fois, on cède à la loi de la rue », s’étrangle Éric Henry.

  2. je propose à tout ces policiers déçus de porter leurs couilles et de démissionner. 🤷🏻Je sais pas mais bon, a un moment on arrête de pleurnicher comme des fillettes et si le job est vraiment si terrible on se casse.

  3. *Ce qui est arrivé à ce collègue pourrait arriver à n’importe quel policier. À Marseille, on s’est fait tirer dessus, des personnes en voulaient à notre intégrité physique.*

    Bruno Bartocetti, secrétaire national d’Unité SGP Police, chargé de la zone Sud

    Que celui qui n’a jamais tabassé quelqu’un en le laissant pour mort me jette la première balle de LBD.

  4. Bon alors, Manu/Gérald, c’est l’Elysée/le ministère qui commande ou bien ce sont les grévistes? Je demande pour des amis qui hésitent à sortir le matériel de manif du grenier pour la rentrée.

  5. Ben alors ?
    Ni les factions, ni les factieux mon petit Macron ?

  6. Je pense que le licenciement des malades non malades souvent les plus radicaux au sens RN ferait du bien à la police

  7. Les “100 jours” sont peut etre un franc succès dans le monde imaginaire qui existe dans le petit crane de M. Macron mais dans la réalité, on est plus proche d’un échec (enfin, “d’un truc qui n’a pas marché” en langage macronien).

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