La stratégie risquée de LR face à Marine Le Pen : se rapprocher des idées du RN en se présentant comme plus « compétent »

by Dreynard

14 comments
  1. Pas sûr que renvoyer à la gestion des années Chirac puis Sarkozy soit un excellent gage de compétence

  2. Sauf qu’ils sont comme le PS, finito. Ca ira négocier des postes chez macron et chez le pen une fois disparu tout ca.

  3. L’article:

    En politique, la publicité comparative a toujours été autorisée. Et certains ne s’en privent pas. Quand le parti Les Républicains (LR) dépose ses deux textes de loi sur l’immigration en mai, le président, Eric Ciotti, en vante les qualités, le sérieux juridique et affirme que le Rassemblement national (RN) « n’est pas capable d’en faire le dixième ». La proposition de loi constitutionnelle a été chapeautée par Guillaume Larrivé, ex-député de l’Yonne, mais surtout conseiller d’Etat, le genre de profil très rare du côté du RN. « Leur problème, c’est qu’ils sont incapables techniquement d’écrire des propositions de loi, estime le patron des députés LR, Olivier Marleix. Dans le fond, ils ont toujours un problème de compétence. »

    Tant pis si Marine Le Pen crie aux copieurs et rappelle qu’elle propose un référendum sur le sujet depuis deux ans, la droite continue à instruire son procès en incompétence pour se démarquer d’elle et de sa formation. Une question de survie, peut-être. A la recherche d’un espace politique entre la majorité macroniste et le RN, la droite multiplie les propositions dans le domaine régalien (sécurité, immigration), considéré comme un angle mort du camp présidentiel et sur lequel ils s’estiment plus armés intellectuellement que l’extrême droite.

    Une façon de tenter de rivaliser avec le nom Le Pen, le plus associé à la dénonciation de l’immigration. « Face à cette concurrence, les Républicains essaient de ressusciter l’idée que la droite a une accumulation d’expériences au pouvoir, de jouer sur leur crédibilité gouvernementale », note le politiste Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po.

    Si LR a été contraint à entamer une cure d’opposition depuis 2012, ses chefs se présentent comme un « parti de gouvernement » pour mieux renvoyer le RN à son inexpérience totale en matière de gestion du pays. C’est le cas de Laurent Wauquiez, qui se positionne comme un potentiel candidat de la droite pour l’élection présidentielle de 2027. « Je suis convaincu que les Français ont un fort doute sur la compétence de Marine Le Pen, qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité et qui n’a pas l’expérience de l’Etat, pour faire face à une telle situation », avançait le président de la région Auvergne-Rhônes-Alpes, le 12 juillet, dans Le Figaro, quelques jours après les violentes émeutes en France.

    **« Ce sont nos idées »**

    Cette conviction, un peu au doigt mouillé, suffit-elle pour rendre encore opérant l’argument avancé par la droite ? Selon le politiste Dominique Reynié, les temps ont changé et les partis dits « de gouvernement », à l’instar de LR, bénéficient beaucoup moins dans l’opinion du « privilège de la compétence ». « Si on prend les personnes très sensibles à la question de l’immigration, l’idée qui vient à l’esprit n’est pas que les différentes majorités ne sont pas capables de voter des lois efficaces, mais qu’elles n’ont pas eu la volonté de faire, développe le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique. C’est un défaut de volonté plutôt que de compétence. Et, à ce niveau-là, le RN dispose d’un avantage, car il est perçu comme plus volontaire. Il n’a jamais gouverné, donc n’a jamais été pris en défaut de volonté. »

    D’autant plus que, dans le même temps, le mouvement lepéniste poursuit son travail de normalisation à l’Assemblée nationale, afin d’apparaître plus crédible. « Ces 89 députés apportent une preuve tangible de l’intégration du RN au sein du système politique. Ce n’est plus une formation périphérique », note Bruno Cautrès.
    Écouter aussi A l’Assemblée nationale, le Rassemblement national en voie de normalisation

    Les élus LR, eux, ont appris à composer avec ces nouveaux voisins, qui portent la cravate, disent bonjour et évitent les fautes de carre. « Ils se tiennent correctement, mais ils ne pèsent rien », juge Olivier Marleix. En attendant, ces critiques semblent glisser sur les principaux intéressés. Pour les soutiens de Marine Le Pen, il ne suffit pas à la droite de promettre qu’elle fera preuve de radicalité. « Que les LR n’imaginent pas deux secondes que parce qu’ils disent “immigration” les gens vont les croire, souffle le vice-président du RN, Sébastien Chenu. Leur problème, c’est qu’ils pensent que le mot fait le travail. »

    Mais Eric Ciotti n’est pas prêt à abandonner cette thématique au RN. Bien au contraire. « Ce sont nos idées, et c’est peut-être parce que nous ne les avons pas revendiquées que Marine Le Pen a cette place aujourd’hui », jugeait-il, en juin, devant Le Monde. Et tant pis si cela conduit LR à formuler certaines propositions proches de celles du parti à la flamme. « On s’en fiche ! », lâchait le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, au micro de RTL, le 11 juillet, en estimant prioritaire « de traiter les problèmes des Français », sans se soucier « du politiquement correct ». Quitte, donc, à dériver vers la droite extrême.

    Une stratégie risquée, selon Bruno Cautrès. « Si les Républicains veulent parler aussi à un électorat de centre droit, sensible à ces questions, il faut qu’ils montrent que cette compétence et cette expérience sont mises au service d’un projet qui touche l’ensemble des domaines de l’action publique et pas seulement les thèmes sécurité-immigration-identité. »

    **LR, une marque en crise**

    Si la finaliste de la dernière élection présidentielle « n’a pas besoin de parler, ni de proposer, car elle a la marque Le Pen pour elle », comme le pense Bruno Retailleau, Les Républicains, eux, sont une marque en crise, encore plombée par le résultat catastrophique de Valérie Pécresse au premier tour de la présidentielle de 2022 (4,78 %).

    Mais les habitudes ont la vie dure et LR tente de garder un fonctionnement de parti au pouvoir, malgré un groupe parlementaire réduit à 62 députés et avec un seul de ses membres nanti d’une expérience gouvernementale (l’élu de l’Indre Nicolas Forissier, ancien secrétaire d’Etat à l’agriculture de 2004 à 2005, sous Jacques Chirac). Pour promouvoir l’idée que sa formation incarne une alternance déjà prête et mettre en avant les compétences en interne, Eric Ciotti a également constitué un « contre-gouvernement » sur le modèle britannique.

    Comme souvent ces derniers mois, Aurélien Pradié porte un regard critique sur ce positionnement. « Raconter aux Français qu’ils peuvent nous faire confiance parce que nous sommes un parti de gouvernement ne fonctionne plus, juge le député LR du Lot. L’argument de la compétence ne doit pas être le seul, le vrai argument reste celui de nos valeurs. »

    Il n’est pas le seul à le penser. Même s’il ne trouve rien à dire sur les propositions de son mouvement en matière d’immigration ou de sécurité, Pierre-Henri Dumont veut encore voir une digue morale entre la droite et le RN (« nous n’avons ni la même histoire ni les mêmes valeurs qu’eux »), et non pas seulement une question de qualité d’écriture ou de CV. « En vérité, cet argument de la compétence pourrait même se retourner contre nous, souffle le député du Pas-de-Calais. Marine Le Pen peut très bien dire entre les deux tours en 2027 : “Je suis quelqu’un d’ouvert, je propose une alliance aux LR qui sont des gens compétents.” Que ferions-nous, alors ? »

    Des doutes que ne partage pas Eric Ciotti. Convaincu que sa stratégie est la bonne, le député des Alpes-Maritimes a théorisé de longue date que la droite devait formuler des propositions proches du RN, tout en se présentant comme plus compétente. « Ce qui nous différencie globalement du Rassemblement national, c’est notre capacité à gouverner », avait-il affirmé, en avril 2011, à Valeurs actuelles.

    Alexandre Pedro et Santa Tardieux

  4. Mon sentiment personnel, c’est que c’est une opportunité unique de transformer Colombey les Deux Églises en plus grande source d’électricité de France par l’installation judicieuse d’un combo alternateur/micro branché sur Ciotti et Wauquiez. J’espère aussi que les LR vont se vautrer complètement. Ce serait pas la première fois que la droite se planterait en essayant de braconner sur les terres de l’extrême droite. On voit qu’il reste des réticences, on verra si une réelle opposition à cette ligne se dessinera ou si LR se fera écarteler entre RN et ce qui remplacera Renaissance dans le rôle de centre-droit/droite.

  5. Un jour, un responsable politique avait dit qu’on avait la droite la plus bête du monde…

  6. Je trouve ça absurde de mettre l’accent sur l’absence d’expérience de gestion du RN quand c’est justement un des premiers arguments invoqués par les classes populaires tentées par le vote. “Ils ont jamais été au pouvoir, ils feront peut-être les choses différemment” m’a-t-on dit régulièrement.

    Alors oui, les classes populaires sont (sans doute) pas le réservoir de voix habituel de LR, donc ils s’en foutent peut-être, mais je trouve que ce discours de “On les a jamais essayé et ça peut pas être pire” se répand au-delà de juste ces tranches de population.

  7. L’original, la copie, préférence, … Toussa toussa quoi. Qu’ils crèvent, personne les regrettera.

  8. “Vous voyez, nous aussi on est des fascistes tout pareil que le FN. Mais en plus, nous, on sait comment faire ça efficacement”

    Pour moi, c’est plutôt une raison de préférer le FN à LR. Malheureusement, je pense que le FN est tout à fait capable de proposer des gens aussi compétents que chez LR. Donc c’est surtout une raison de vouloir aucun des deux.

  9. Ils ont voulu faire ça au Brésil, juste apres avoir fait leur “mini coup” en virant Dilma pour la remplacer par son VP Temer (pas du même parti).

    Ils avaient bien dopé le discours Fasciste (“attention au péril rouge, etc) , et se sont retrouvés surpris quand les gens ont préféré l’original Bolsonaro à la copie…

  10. El famoso compétence de Wauquiez, Ciotti, Morano, Guéant, etc.

  11. “nous aussi on veut devenir calife à la place du calife, mais mieux”

  12. Pour que cette stratégie fonctionne, il faut pouvoir justifier de compétences.
    Bon courage à eux, ils vont en avoir besoin.

  13. Comme Chirac et le bruit et l’odeur et la tolerance zero
    Comme Sarkozy et le Karcher

    Pasqua a son époque, avait eu cette formule. Y avait le RPR, parti rassembleur de la droite comprenant l’UDI
    centriste, surtout liberal économique, européen, et le RPF, souverainiste, anti immigration, conservateur.

    Il avait donc dit ‘Au RPR on repartit les rôles, c’est le RPF qui apporte les électeurs et l’UDI qui apporte les élus.

    Ça fait 40 ans que la droite RPR, UMP et LR se fait élire en promettant d’appliquer le programme du FN/RN et en trahissant cette promesse.

  14. > Mais les habitudes ont la vie dure et LR tente de garder un fonctionnement de parti au pouvoir, malgré un groupe parlementaire réduit à 62 députés et avec un seul de ses membres nanti d’une expérience gouvernementale (l’élu de l’Indre Nicolas Forissier, ancien secrétaire d’Etat à l’agriculture de 2004 à 2005, sous Jacques Chirac)

    Typiquement le signe qu’ils doivent moins la déshérence de leur parti aux défaites électorales qu’à leur politique interne. Il y a eu une telle guerre des chefs depuis 2012 que la plupart des ténors du parti sont partis, laissant les restes à la frange Ciotti/Wauquiez.

    Même Pécresse et Bertrand s’étaient barrés et ne sont revenus que pour pouvoir participer à la primaire de l’an passé.

Leave a Reply