Jeux olympiques 2024 : 45 000 bénévoles qui ressemblent fort à des salariés

by Folivao

6 comments
  1. **En 2024, les Jeux olympiques feront appel à plus de 45 000 bénévoles. « Le plus grand programme de volontaires jamais réalisé en France », s’est réjoui le président du comité d’organisation. « Une campagne de travail dissimulé », rétorquent ses opposants.**

    ansDans un an, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques 2024 s’ouvrira à Paris. La ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, l’expliquait récemment [sur France Inter](https://www.youtube.com/watch?v=eCxGuyJdp9I&ab_channel=FranceInter) : « C’est un vrai projet pour notre pays… Il faut qu’on arrive à projeter cette image d’un pays qui est audacieux, qui est confiant en lui-même et qui est conquérant. » En effet, plus qu’une compétition sportive, l’organisation des Jeux dit beaucoup du projet de société que porte le gouvernement : urbanisation à marche forcée, gentrification, tension sécuritaire… et travail gratuit.

    En mai dernier, le comité olympique annonçait la fin de la période de candidature pour devenir bénévole. Alors qu’il cherchait 45 000 personnes, ce sont près de 300 000 candidat·es qui se seraient manifesté·es. « Pour une grande part, ce sont des passionnés de sport ou des sportifs eux-mêmes, qui ont déjà participé à au moins une expérience de volontariat. Il y a aussi des novices, qui ont envie de s’engager pour la première fois dans cette expérience unique, découvrir les dessous d’un grand évènement et contribuer à sa réussite », assure l’organisation auprès de Mediapart. Les JO 2024 s’inscrivent donc dans une longue tradition des Jeux olympiques, qui d’édition en édition, s’appuient sur des petites mains non rémunérées, au nom de la passion du sport.

    « Le plus grand programme de volontaires jamais réalisé en France », s’est réjoui Tony Estanguet, le président du comité d’organisation. « Une campagne de travail dissimulé », rétorquent ses opposants. Ils insistent sur le fait que les Jeux s’installent en Seine-Saint-Denis où le taux de chômage est déjà important, culminant, au premier trimestre 2023, à 9,8 %, soit presque 3 % au-dessus de la moyenne nationale.

    **Une procédure de candidature lourde**

    Parmi ces milliers de candidat·es bénévoles, Emma, étudiante de 22 ans en licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Elle a été sollicitée par courriel par sa fédération de volley en août 2022 pour devenir bénévole pour les Jeux olympiques, et son enthousiasme est quelque peu retombé. « C’est long, ça fait déjà plus d’un an que je suis dans les procédures de candidatures », explique-t-elle.

    Le 22 mars 2023, le portail des candidatures ouvre. De mai à août, les candidatures sont examinées, « certains candidats se verront proposer des tests et entretiens complémentaires ». Et ce n’est qu’en fin d’année que les volontaires seront fixé·es sur leur sort.

    Et le parcours pour devenir bénévole relève quasiment des douze travaux d’Hercule : la première phase ressemble à s’y méprendre à une candidature pour un emploi. Sont demandés, entre autres, le niveau d’études, le niveau en langues, les expériences professionnelles passées en lien avec le sport. Dans un deuxième temps, un questionnaire visant à évaluer la personnalité et la motivation a été envoyé aux candidat·es, il comportait plus de 90 questions. « Je pensais que cette étape me prendrait quelques minutes, j’y ai passé une demi-heure, sourit Emma. Je ne m’attendais pas à ce qu’on me demande autant d’informations pour un bénévolat. »

    D’un revers de main, le comité balaie les critiques selon lesquelles le processus de candidature ressemblerait à celui pouvant déboucher sur un emploi : « Nous avons un double objectif : mieux connaître les personnes pour les orienter vers des missions qui pourraient leur correspondre et répondre aux besoins du programme… Pour autant, et sauf dans de très rares exceptions lorsqu’il faut chercher des compétences spécifiques (comme la maîtrise d’une langue étrangère), il n’y a pas de profil type. »

    Ce n’est pas tout. Pour être bénévole aux Jeux olympiques, il faut aussi être disponible pendant dix jours au minimum, pour une durée pouvant aller jusqu’à 48 heures par semaine, soit la durée légale maximale de travail.

    Il faudra aussi pouvoir se loger par ses propres moyens en région parisienne, alors que les coûts de location sur cette période atteindront des sommets, puisque le comité olympique « par principe […] ne prend pas en charge les éventuels frais d’hébergement », comme l’indique [leur charte](https://medias.paris2024.org/uploads/2021/09/Paris2024-210507-VOL-Projet-de-Charte-du-VOP-VF-4.pdf). « Mon frère habite à Paris mais s’il n’y habite plus d’ici l’été 2024 je n’aurai pas de moyen de me loger sur place, reprend Emma, et, financièrement, je ne peux pas me permettre de louer un appartement à Paris pour être bénévole. » Interrogé à ce sujet, le comité assure que loger les bénévoles « n’est pas la norme dans ce type de missions » et de rappeler que quelque 5 000 volontaires seront mobilisé·es hors de l’Île-de-France.

    De la même manière, les volontaires qui n’habitent pas en région parisienne ne seront pas plus défrayés pour leurs déplacements jusqu’en Île-de-France puisque seuls « les frais de transports en commun locaux » seront pris en charge. Enfin, et avant d’être accrédités par le comité, les bénévoles seront aussi soumis à une enquête administrative des services de l’État.

    Par ailleurs, les bénévoles ne bénéficieront d’aucun traitement de faveur pour assister aux compétitions : pas de réduction sur des billets pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines d’euros l’unité et pas, non plus, de places gratuites. Et le comité de répondre, à plusieurs reprises, comme un leitmotiv : « La première condition pour être volontaire, c’est d’être volontaire. » Il rappelle aussi que ce volontariat n’est pas une obligation, mais « une opportunité supplémentaire de vivre les Jeux en y participant directement ».

    **Des militants anti-JO se portent volontaires pour saboter les Jeux**

    Au terme juridique « travail dissimulé », la sociologue Maud Simonet, directrice de recherche au CNRS et autrice de [Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?](https://www.editionstextuel.com/livre/travail-gratuit-la-nouvelle-exploitation) (éditions Textuel), préfère l’acception plus politique de « travail gratuit » : « Le travail gratuit est le travail qui n’est pas reconnu comme travail. Les exemples sont nombreux, et concernent souvent les femmes. Faire des masques pendant le Covid , ce n’est pas du travail, c’est de la solidarité. S’occuper de ses enfants, de la maison, ce n’est pas du travail, c’est de l’amour. Et pour les JO, remplir des missions de plus de dix jours pour les compétitions, ce n’est pas du travail, c’est l’engagement des jeunes pour le sport, c’est de la citoyenneté… »

    Dans cette affaire, le ministère du travail semble avoir donné un blanc-seing au comité olympique dans un « [guide pratique](https://travail-emploi.gouv.fr/actualites/l-actualite-du-ministere/article/recourir-au-benevolat-guide-pratique-a-l-usage-des-organisateurs-de-grands) » publié en fin d’année 2022 et introduit par le ministre Olivier Dussopt en ces mots : « Que serait le sport sans les bénévoles qui, tous les jours, assurent la gestion des clubs sportifs, la collecte des cotisations, la tenue des feuilles de match, l’organisation des déplacements, l’animation des entraînements ainsi que de la vie du club et le calendrier des rencontres ? »

    Pour Thomas Dessalles, inspecteur du travail et syndicaliste CGT du ministère du travail, « ce guide permet aux JO de se munir d’une présomption de bénévolat », puisqu’il liste les « types de missions pouvant être confiées aux bénévoles » et nombre d’entre elles ressemblent à celles proposées par les Jeux.

    « Pour nous, c’est une vraie peau de banane que la direction générale du travail met sur le chemin des collègues qui contrôlent, souffle l’inspecteur. Ce guide ne contraint pas les agents mais, face aux juges, les avocats vont forcément se prévaloir des positions qui sont prises par l’administration. Ça peut décourager certains collègues. »

    Parmi les candidats au bénévolat, aussi, quelques trouble-fêtes. Octave*, salarié dans le domaine du tourisme en Seine-Saint-Denis et membre du collectif Saccage 2024, s’est porté « involontaire » : comme d’autres activistes, il s’est inscrit comme bénévole mais ne compte pas réellement se présenter sur place. « On a appelé les gens à se porter volontaire pour être bénévole pour les JO et, afin d’enrayer la machine, on a proposé plusieurs types de contestation possibles : s’y rendre et faire une action militante sur place, ne pas s’y rendre du tout, se mettre en grève ou faire la grève du zèle. »

    L’appel du collectif publié dans [Basta Media](https://basta.media/Pas-de-benevoles-pour-les-JOP-jeux-olympiques-paralympiques-2024-tutoriel-pour-gacher-leur-campagne-de-travail-dissimule) est clair : « On sera des milliers, on formera un bon grain dans la machine olympique. » Et de lister les indices selon lesquels, pour eux, cette campagne de recrutement est en réalité une campagne de travail dissimulé : « Il y a des horaires, des contraintes, une hiérarchie, on ne peut pas décider de faire une pause tout seul, il faut répondre à des objectifs, reprend Octave. Il y a des missions qui correspondent à des fiches de poste qui existent dans le monde du travail. Sans bénévoles, les Jeux ne peuvent pas avoir lieu. » Il est, pour l’heure, très difficile d’avancer un chiffre sur le nombre de faux volontaires ayant postulé.

  2. Ces JO puent tellement que j’espère que ça sera un échec cuisant

  3. > Le plus grand programme de volontaires jamais réalisé en France

    Ca me désole mais à un point de lire cette phrase. Wow, trop bien, le plus grand programme de bénévoles de France c’est des jeunes qui font le travail d’un salarié gratuitement juste pour assister à un spectacle hors de prix pendant qu’on vire les étudiants du CROUS et les SDF de Paris. Le volontariat à la base y avait une idée charitable derrière, pas sûr de voir ne serait-ce qu’une once de ça ici.

    On vend cet événement comme un truc “humain” super important mais c’est vraiment juste un divertissement sur lequel les plus riches raquent encore une fois une tonne de fric sur le dos de tout le monde. Augmentation du prix des loyers, etc. “Et pour les JO, remplir des missions de plus de dix jours pour les compétitions, ce n’est pas du travail, c’est l’engagement des jeunes pour le sport, c’est de la citoyenneté… ” mais merde quoi !

    > Le travail gratuit n’est pas à la marge du monde du travail, il en est au cœur

    Ca aussi c’est juste immonde à lire. Et il se justifie en parlant des stages non gratifiés et autres qu’on remet de plus en plus en question heureusement.

  4. Pendant les JO, j’applaudirai des deux mains… les personnes qui se seront donné du mal pour saboter les entreprises ayant recours au travail gratuit.

  5. Ca s’appelle comment le boycott d’un truc qu’on allait pas regarder à la base?

  6. A ce compte là le bénévolat n’existera bientôt plus. Le bénévole étant par définition une personne qui travaille gratuitement, et surtout VOLONTAIREMENT.

    Je pense que chez Medaipart ils ne doivent pas être de grands adeptes du bénévolat. Travailler gratuitement pour une organisation cela doit leur sembler incongru.

    Il y a plus 16 millions de bénévoles en France.

    Heureusement que tout le monde n’a pas leur mentalité grippe-sous.

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