**Les avocats de l’activiste écologiste Loïc Schneider, qui a participé déguisé à la grande manifestation antibassines de mars, ont dénoncé un acharnement policier disproportionné jeudi 27 juillet à Niort. En se coulant dans la foule bigarrée devant le palais de justice de Niort, ce jeudi 27 juillet, on a peine à croire qu’on est sur le point de juger les «éco-terroristes» qui font trembler l’Etat français depuis des mois.**
Il y a les habituels, les éternels costauds de la CGT ou de Solidaires, tout en banderoles et en rires gras. Il y a les traits plus burinés des militants d’Attac dans leurs costumes de truite ou d’oiseau rare. Fait nouveau, plusieurs bures de moines franciscains attrapent l’oeil, tandis qu’un peu plus loin un stand distribuer de grandes oreilles de lapins roses bricolées avec des fils de fer et de la moquette.
**«Quand les unités d’élite de la Sdat [Sousdirection antiterroriste, ndlr], avec armes et cagoules sont venues perquisitionner Loïc et les trois autres militants [qui doivent comparaître après lui], elles cherchaient des costumes de lapins roses et des bures de moine franciscain**, s’esclaffe Thibault (1), un militant du collectif Bassines non merci, lui-même grimé en moine. Par nos costumes, on soutient Loïc, mais on souligne le ridicule des faits qui lui sont reprochés.»
#«Ce n’est pas un dossier, c’est une compilation du meilleur d’Internet»
Rire au nez du pouvoir qui aboie : le thème est bien choisi, tant la disproportion entre les faits qu’on reproche à Loïc Schneider pour sa participation à la manifestation de Sainte-Soline, le 25 mars 2023, et les moyens de leur répression, confine à l’absurde.
**«Il est accusé de dégradations pour avoir tagué “Mud Wizard “sur un véhicule de police qui était en feu, de recel avec circonstances aggravantes pour avoir ramassé un gilet de gendarmerie et l’avoir exhibé quelques minutes, et pour réunion en vue de commettre des violences, alors même que le dossier n’en documente aucune**, liste l’un des avocats de la défense collective, Me Christophe Sgro. Normalement, personne ne prend du ferme pour aucun de ces actes.»
**Pourtant ce ne sont pas moins de 22 gendarmes du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig), une unité d’élite chargée de la protection d’une centrale contre les assauts terroristes, qui font irruption le 20 juin, cagoulés, fusils à pompe chargés, dans la petite cahute de 9m2 qu’il occupe alors avec sa compagne Manon près de Bure (Meuse).** L’objet de leurs recherches : l’habit de moine qu’il aurait porté à la manifestation contre les mégabassines.
*«C’est sur la base d’une photographie d’un manifestant grimé en moine à Sainte-Soline, passée au crible des réseaux sociaux et de la reconnaissance faciale, que se base tout le dossier d’instruction, s’exclame Me Abramovitch, l’une des trois avocats de la défense, devant les juges. Ce n’est pas un dossier, c’est une compilation du meilleur d’Internet !»*
Problème : les costumes de moine font déjà florès dans les luttes écologistes, comme celui resté fameux pour avoir été filmé en plein combat de boue avec les policiers allemands à Lützerath, en Rhénanie.
**Malgré la faiblesse du dossier, Loïc Schneider fut l’un des premiers militants mis en prison lors de la vague d’arrestations de juin 2023 contre des militants écologistes. Une détention provisoire à la prison de Poitiers, à 700 kilomètres de chez lui.** Un acharnement policier qui pose question : qui, exactement, juge-t-on, au procès du moine de Sainte-Soline ?
#Rémi Fraisse, Nahel et Serge D.
Quand on voit Loïc Schneider entrer dans le box des accusés, l’étrange sensation de disproportion se confirme. A ses grands sourires maladroits sous sa tignasse frisée, à sa joie mal contenue à la vue de ses proches, à sa volonté naïve de débattre avec les juges, on sent vibrer la candeur de l’enfant sous les traits de l’adulte. On sent de la tristesse aussi, à l’évocation de Rémi Fraisse, de Nahel ou de Serge D., militant antibassines gravement blessé : *«Trouvez-moi les policiers auteurs du tir tendu, et je vous dirai qui est le moine de Sainte-Soline»*, clame-t-il aux juges.
Il faut dire qu’à 28 ans, il en a vu passer, des magistrats. En 2015, à 20 ans, il écope de 5 000 euros de dédommagement collectif pour avoir bloqué le site Internet de l’Andra (agence qui gère le site d’enfouissement de Bure) afin de dénoncer l’absurdité du projet. En 2017, il prend quatre mois de prison avec sursis pour la destruction d’une clôture de la même entreprise. Mais c’est en 2020 qu’il prend sa peine la plus lourde, extradé en Allemagne pour purger trois ans d’emprisonnement, après avoir participé aux manifestations du G20 2017 à Hambourg. Lors de son arrestation en juin de cette année, il venait d’obtenir de purger la seconde moitié de sa peine en France, en liberté conditionnelle. Pourtant, Loïc Schneider tient tête, hausse la voix pour faire valoir son droit à lire un manifeste qu’il a écrit en prison ou pour déclamer des poèmes de son cru, sans jamais, pour autant, manquer de respect aux magistrats. *«C’est le capitalisme qui doit s’éteindre, pas la nature.»*
#«L’Etat cherche juste à briser ce miroir qu’on lui tend»
Serait-il alors, comme le soutient l’avocat de la partie civile, l’incarnation de cette «génération black bloc», victime d’un «problème d’autorité» et désireuse «d’en découdre avec la gendarmerie» pour se venger des violences policières ? *«Etrange idée que de prendre le seul déguisement de moine d’une manifestation pour frapper des policiers, non ?»* balaie son avocat, qui rappelle que malgré l’épluchage par la police de centaines de vidéos prises à la manifestation du 25 mars, aucun fait de violence n’a pu être imputé au moine de SainteSoline.
«C’est un procès purement politique, tranche Christophe Sgro. Cette affaire fait partie d’une vaste opération de communication menée par le gouvernement pour justier sa dissolution des Soulèvements de la Terre [dont le décret fut adopté le 21 juin, un jour après les différents coups de filet]. Le gouvernement déploie les moyens antiterroristes, pensant ainsi convaincre l’opinion qu’on a bien affaire à des terroristes. Mais qui peut confondre celui qui tue pour faire peur avec celui qui se sacrifie pour protéger le vivant ?»
Pourquoi, dès lors, avoir choisi Loïc Schneider ? Peut-être tout simplement parce qu’il ne se cachait pas, lui qui manifestait non cagoulé à Hambourg ou joyeusement déguisé à Sainte-Soline.
*«Le moine de SainteSoline représente un acte de résistance créatif et joyeux, pour une cause juste, la défense de la nature, face auquel l’Etat apparaît pour ce qu’il est : laid et triste, asservi à un modèle agro-industriel insoutenable, continue Me Christophe Sgro.
L’Etat cherche juste à briser ce miroir qu’on lui tend.»*
Un objectif qui ne semble pas être atteint quand tombe, aux alentours de 20h30, la sévérité de la décision : les juges, suivant les réquisitions, condamnent Loïc à un an de prison ferme, aménagé en bracelet électronique, avec interdiction de se rendre dans le département des Deux-Sèvres et de porter une arme pendant trois ans.
Déférré au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, il n’entendra pas les vivats de ses camarades restés dehors. Tant pis. L’un d’eux nous glisse avec malice : *«L’objectif de ce procès était de diaboliser le soulèvement écologiste, mais chaque action de répression renforce le mouvement ; qui vous dit que, demain, ce ne sera pas moi le moine de Sainte-Soline ?»*
(1) Le prénom a été modié.
C’est sans surprise, la raison même de l’existence de l’appareil judiciaire, c’est d’éviter toutes contestations de la légitimité de l’état.
«Tous les prisonniers sont des prisonniers politiques» comme on dit.
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**Les avocats de l’activiste écologiste Loïc Schneider, qui a participé déguisé à la grande manifestation antibassines de mars, ont dénoncé un acharnement policier disproportionné jeudi 27 juillet à Niort. En se coulant dans la foule bigarrée devant le palais de justice de Niort, ce jeudi 27 juillet, on a peine à croire qu’on est sur le point de juger les «éco-terroristes» qui font trembler l’Etat français depuis des mois.**
Il y a les habituels, les éternels costauds de la CGT ou de Solidaires, tout en banderoles et en rires gras. Il y a les traits plus burinés des militants d’Attac dans leurs costumes de truite ou d’oiseau rare. Fait nouveau, plusieurs bures de moines franciscains attrapent l’oeil, tandis qu’un peu plus loin un stand distribuer de grandes oreilles de lapins roses bricolées avec des fils de fer et de la moquette.
**«Quand les unités d’élite de la Sdat [Sousdirection antiterroriste, ndlr], avec armes et cagoules sont venues perquisitionner Loïc et les trois autres militants [qui doivent comparaître après lui], elles cherchaient des costumes de lapins roses et des bures de moine franciscain**, s’esclaffe Thibault (1), un militant du collectif Bassines non merci, lui-même grimé en moine. Par nos costumes, on soutient Loïc, mais on souligne le ridicule des faits qui lui sont reprochés.»
#«Ce n’est pas un dossier, c’est une compilation du meilleur d’Internet»
Rire au nez du pouvoir qui aboie : le thème est bien choisi, tant la disproportion entre les faits qu’on reproche à Loïc Schneider pour sa participation à la manifestation de Sainte-Soline, le 25 mars 2023, et les moyens de leur répression, confine à l’absurde.
**«Il est accusé de dégradations pour avoir tagué “Mud Wizard “sur un véhicule de police qui était en feu, de recel avec circonstances aggravantes pour avoir ramassé un gilet de gendarmerie et l’avoir exhibé quelques minutes, et pour réunion en vue de commettre des violences, alors même que le dossier n’en documente aucune**, liste l’un des avocats de la défense collective, Me Christophe Sgro. Normalement, personne ne prend du ferme pour aucun de ces actes.»
**Pourtant ce ne sont pas moins de 22 gendarmes du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig), une unité d’élite chargée de la protection d’une centrale contre les assauts terroristes, qui font irruption le 20 juin, cagoulés, fusils à pompe chargés, dans la petite cahute de 9m2 qu’il occupe alors avec sa compagne Manon près de Bure (Meuse).** L’objet de leurs recherches : l’habit de moine qu’il aurait porté à la manifestation contre les mégabassines.
*«C’est sur la base d’une photographie d’un manifestant grimé en moine à Sainte-Soline, passée au crible des réseaux sociaux et de la reconnaissance faciale, que se base tout le dossier d’instruction, s’exclame Me Abramovitch, l’une des trois avocats de la défense, devant les juges. Ce n’est pas un dossier, c’est une compilation du meilleur d’Internet !»*
Problème : les costumes de moine font déjà florès dans les luttes écologistes, comme celui resté fameux pour avoir été filmé en plein combat de boue avec les policiers allemands à Lützerath, en Rhénanie.
**Malgré la faiblesse du dossier, Loïc Schneider fut l’un des premiers militants mis en prison lors de la vague d’arrestations de juin 2023 contre des militants écologistes. Une détention provisoire à la prison de Poitiers, à 700 kilomètres de chez lui.** Un acharnement policier qui pose question : qui, exactement, juge-t-on, au procès du moine de Sainte-Soline ?
#Rémi Fraisse, Nahel et Serge D.
Quand on voit Loïc Schneider entrer dans le box des accusés, l’étrange sensation de disproportion se confirme. A ses grands sourires maladroits sous sa tignasse frisée, à sa joie mal contenue à la vue de ses proches, à sa volonté naïve de débattre avec les juges, on sent vibrer la candeur de l’enfant sous les traits de l’adulte. On sent de la tristesse aussi, à l’évocation de Rémi Fraisse, de Nahel ou de Serge D., militant antibassines gravement blessé : *«Trouvez-moi les policiers auteurs du tir tendu, et je vous dirai qui est le moine de Sainte-Soline»*, clame-t-il aux juges.
Il faut dire qu’à 28 ans, il en a vu passer, des magistrats. En 2015, à 20 ans, il écope de 5 000 euros de dédommagement collectif pour avoir bloqué le site Internet de l’Andra (agence qui gère le site d’enfouissement de Bure) afin de dénoncer l’absurdité du projet. En 2017, il prend quatre mois de prison avec sursis pour la destruction d’une clôture de la même entreprise. Mais c’est en 2020 qu’il prend sa peine la plus lourde, extradé en Allemagne pour purger trois ans d’emprisonnement, après avoir participé aux manifestations du G20 2017 à Hambourg. Lors de son arrestation en juin de cette année, il venait d’obtenir de purger la seconde moitié de sa peine en France, en liberté conditionnelle. Pourtant, Loïc Schneider tient tête, hausse la voix pour faire valoir son droit à lire un manifeste qu’il a écrit en prison ou pour déclamer des poèmes de son cru, sans jamais, pour autant, manquer de respect aux magistrats. *«C’est le capitalisme qui doit s’éteindre, pas la nature.»*
#«L’Etat cherche juste à briser ce miroir qu’on lui tend»
Serait-il alors, comme le soutient l’avocat de la partie civile, l’incarnation de cette «génération black bloc», victime d’un «problème d’autorité» et désireuse «d’en découdre avec la gendarmerie» pour se venger des violences policières ? *«Etrange idée que de prendre le seul déguisement de moine d’une manifestation pour frapper des policiers, non ?»* balaie son avocat, qui rappelle que malgré l’épluchage par la police de centaines de vidéos prises à la manifestation du 25 mars, aucun fait de violence n’a pu être imputé au moine de SainteSoline.
«C’est un procès purement politique, tranche Christophe Sgro. Cette affaire fait partie d’une vaste opération de communication menée par le gouvernement pour justier sa dissolution des Soulèvements de la Terre [dont le décret fut adopté le 21 juin, un jour après les différents coups de filet]. Le gouvernement déploie les moyens antiterroristes, pensant ainsi convaincre l’opinion qu’on a bien affaire à des terroristes. Mais qui peut confondre celui qui tue pour faire peur avec celui qui se sacrifie pour protéger le vivant ?»
Pourquoi, dès lors, avoir choisi Loïc Schneider ? Peut-être tout simplement parce qu’il ne se cachait pas, lui qui manifestait non cagoulé à Hambourg ou joyeusement déguisé à Sainte-Soline.
*«Le moine de SainteSoline représente un acte de résistance créatif et joyeux, pour une cause juste, la défense de la nature, face auquel l’Etat apparaît pour ce qu’il est : laid et triste, asservi à un modèle agro-industriel insoutenable, continue Me Christophe Sgro.
L’Etat cherche juste à briser ce miroir qu’on lui tend.»*
Un objectif qui ne semble pas être atteint quand tombe, aux alentours de 20h30, la sévérité de la décision : les juges, suivant les réquisitions, condamnent Loïc à un an de prison ferme, aménagé en bracelet électronique, avec interdiction de se rendre dans le département des Deux-Sèvres et de porter une arme pendant trois ans.
Déférré au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, il n’entendra pas les vivats de ses camarades restés dehors. Tant pis. L’un d’eux nous glisse avec malice : *«L’objectif de ce procès était de diaboliser le soulèvement écologiste, mais chaque action de répression renforce le mouvement ; qui vous dit que, demain, ce ne sera pas moi le moine de Sainte-Soline ?»*
(1) Le prénom a été modié.
C’est sans surprise, la raison même de l’existence de l’appareil judiciaire, c’est d’éviter toutes contestations de la légitimité de l’état.
«Tous les prisonniers sont des prisonniers politiques» comme on dit.
Toutes ces bures, ça m’évoque le Sorcier de la Boue : https://youtu.be/O9l3bLAx4Ng?t=21