À Angers, la justice délivre un blanc-seing à une milice « armée »

by Goypride

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  1. **Le parquet avait requis une interdiction de séjour de deux ans à Angers contre des anciens de l’Alvarium, un groupuscule d’extrême droite dissous, pour des violences commises en marge des manifestations pour Nahel. Trois des quatre prévenus ont été relaxés.**

    Ils ne sont que quatre. Comparaissent libres. On leur reproche une simple « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens commis » et, pour l’un d’entre eux, des violences n’ayant pas entraîné d’incapacité. Une audience comme il y en a tous les jours, dans tous les tribunaux correctionnels de l’Hexagone. Une audience ordinaire. Ou presque.

    Car, au-delà des faits jugés, c’est aussi l’histoire d’une petite bande de nervis qui, en un peu moins de six ans, a fait de la paisible Angers (Maine-et-Loire) un bastion de l’extrême droite et de son bras armé, l’ultradroite. En creux, ce procès se déroulant dans la torpeur aoûtienne est aussi le constat de l’impuissance de l’État à faire cesser un trouble persistant et récurrent à l’ordre public de la part de quelques dizaines d’individus au sein d’une ville de 155 000 habitants. Un trouble que le parquet d’Angers a manifestement envie de faire cesser. Outre des peines de prison allant de six mois de sursis simple à douze mois dont six ferme, sa représentante a requis à l’encontre de chacun des prévenus deux ans d’interdiction de séjour à Angers. 

    Aux environs de 22 h 30 ce jeudi 10 août, le tribunal correctionnel d’Angers a condamné à trois mois avec sursis l’un des prévenus pour des violences qu’il avait avouées à l’audience mais a relaxé les trois autres au nom de « l’état de nécessité », considérant qu’ils ont répondu sans excès à une menace les visant. Deux heures après avoir été prononcé, le *« Force doit rester à la loi et pas aux groupes armées »*, concluant le réquisitoire de la procureure Béatrice Nectoux résonnait étrangement à l’issue de ce délibéré.

    [🔴 URGENT – Des #militants d’extrême-droite (Alvarium et RED) frappent à coups de battes de baseball des militants d’extrême-gauche et autres individus venus pour la manifestation contre les #violences policières, près de leur local rue du Cornet, en plein centre-ville d’#Angers.](https://twitter.com/angersinfo/status/1674887400114249728)

    Mais revenons aux faits. Le vendredi 30 juin, comme un peu partout en France, Angers est le théâtre d’une manifestation contre les violences policières, après la mort de Nahel, tué par un motard de la police à Nanterre. Comme un peu partout en France, le rassemblement n’a pas été autorisé par le préfet. Comme un peu partout en France, les manifestants sont dispersés par les forces de l’ordre. Mais, à la différence de ce qui se passe ailleurs, des manifestants dispersés croisent la route des militants de l’Alvarium, un groupuscule d’ultradroite dissous en 2021. Ils sont armés de bâtons et de battes de baseball dont ils s’empressent de faire usage. Comme l’immortalisent des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

    Le lendemain, une soixantaine de personnes s’est réunie devant leur local, une trentaine d’entre eux « ont poursuivi en courant des individus, armés d’un couteau et de bâtons », puis « ont fait usage de fumigènes pour entraver l’intervention des forces de l’ordre », selon l’arrêté du maire.

    **« Terrorisés » par les antifas**

    Dans la foulée, Ouest-France révèle qu’une enquête pour « attroupement armé » a été ouverte par le parquet d’Angers et une perquisition a été effectuée, dès le lundi 3 juillet au matin, dans le local de l’Alvarium. Ce qui avait fait aussitôt réagir Jean-Eudes Gannat, l’un des fondateurs et porte-parole du groupuscule. Dans une vidéo publiée le lundi matin même sur son compte Instagram, et relayée notamment par le GUD Paris sur Twitter, il dénonçait la perquisition, dans un contexte où, dit-il, « l’extrême gauche » et « la racaille immigrée » ont « foutu le feu à un parc, des voitures, une mairie, un commissariat de quartier ». Il affirme que « les jeunes patriotes » n’ont fait que se défendre « face à des mecs armés de couteaux et de hachoirs ».

    Et interrogeait : « Le but c’est quoi ? C’est qu’on se laisse faire, qu’il y ait des morts, ou qu’au contraire il y ait un jeune déséquilibré d’extrême droite qui pète un watt et qui fasse du terrorisme ? » Dans cette vidéo, il réclamait aussi du soutien financier. « On a vraiment besoin d’aide, la répression judiciaire qui s’abat […] va nous coûter très cher. Aidez-nous à vous défendre s’il vous plaît. »

    Un mois plus tard, Jean-Eudes Gannat prend place en effet sur le banc des prévenus.

    Même si ce n’est pas sur lui que pèsent les charges les plus lourdes, Gannat aimante tous les regards. Ce jeune homme de 28 ans, fils d’un ex-conseiller régional du Front national, a d’abord milité dans les rangs du FN : il fut candidat aux élections municipales en 2014, puis aux départementales en 2015 à Angers, et responsable nord-ouest de l’équipe de Riwal en 2017 – l’agence de communication prestataire, pendant des années, des campagnes frontistes. Marié et père de trois enfants, il est aujourd’hui traiteur. « Suite à la dissolution de l’Alvarium j’ai quasiment décidé d’arrêter de militer », assure-t-il à la barre.

    Ce n’est pas tout à fait vrai. Cette année, alors que l’extrême droite se mobilisait, en n’hésitant pas à utiliser un vocabulaire empreint d’antisémitisme et autres expressions racistes, dans la cadre de batailles locales contre l’accueil de réfugiés à Callac et Saint-Brevin-les-Pins, Gannat déclare au site d’extrême droite Breizh-info : *« [Ceux qui soutiennent le projet] font le jeu d’une élite mondialiste qui tire profit financièrement de tout cela. »*

    Jean-Eudes Gannat est de tous les combats récents de l’extrême droite et une de ses figures montantes. Avant la dissolution, il se serait rendu, d’après ses dires, à Lesbos, signant à son retour un article pour le journal d’extrême droite Présent. Après l’annonce de l’ouverture des frontières par Ankara aux migrants voulant rejoindre l’Europe, l’île grecque était devenue en 2020 le centre de la communication des groupes d’extrême droite européens. Pendant ce temps, son groupe, l’Alvarium, relayait la photo d’une affiche : *« Aujourd’hui Lesbos, demain Angers ! Contre la guerre, vive les frontières ! Soutien aux Grecs. »*

    En 2021, Solidarité Arménie, une association qu’il a co-fondée, se démultiplie à l’occasion du conflit au Haut-Karabakh. *« En tant que militant nationaliste et catholique, c’est un pays qui me parlait particulièrement »*, confiait à l’époque Gannat à Mediapart. Son association « a fait des dons aux hôpitaux, distribué des couvertures, etc. » Gannat et son association ne sont pas les seuls dans cette entreprise humanitaire. Dès la reprise du conflit opposant l’Arménie à l’Azerbaïdjan pour le contrôle de la république autoproclamée du Haut-Karabakh, plusieurs groupes identitaires français se sont emparés de la situation du Caucase pour appeler à la défense de l’Arménie en tant que « premier royaume chrétien du monde », transformant un conflit territorial postsoviétique en affrontement millénaire entre l’islam et la chrétienté.

    Bref, l’homme ne fuit pas les médias (même Mediapart), s’exprime bien et assume ses positions et un discours qui sait rester aux frontières de la légalité. Du moins, le concernant. 

  2. >Ce qui avait fait aussitôt réagir **Jean-Eudes** Gannat, l’un des fondateurs et porte-parole du groupuscule.

    Ça fait sacrément stéréotypé…

  3. >Lorsqu’on sort d’un local armé et à demi-masqué, en groupe, si ce n’est pas en vue de commettre des infractions, il faut qu’on m’explique.

    La diatribe de la procureur serait la même à l’encontre des casseurs ? Et la présomption d’innocence elle ne fonctionne que pour ceux qui conduisent sans permis et qui refusent d’obtempérer aux forces de l’ordre ?

    A un moment…

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