**Rodéos et crise de croissance : la presqu’île de Lyon face à ses démons**
Par Christophe Ayad (Lyon, envoyé spécial) et Samuel Gratacap (Photos)
Publié hier à 02h00, mis à jour à 07h32
100 « Fragments de France »
A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.
**FRAGMENTS DE FRANCE**
Depuis 2018, des jeunes font vrombir leurs moteurs sous les fenêtres des immeubles bourgeois et s’échangent les vidéos de leurs exploits nocturnes. Une situation devenue un problème politique pour les élus de la métropole.
Vendredi soir à Lyon, 22 heures. C’est le début de la garde de nuit. Comme dans les châteaux du Moyen Age, on abaisse la herse, on remonte le pont-levis. En quelques minutes, l’hypercentre se hérisse de barrières métalliques et de gardiens en gilets fluo. On ne passe plus ! La circulation automobile est prohibée jusqu’à 4 heures du matin, sauf pour les riverains dûment munis d’une preuve de domicile, les taxis et les véhicules de secours. Boucler le centre d’une grande ville, l’interdire à la circulation en recourant aux services d’une société de sécurité privée, c’est un cas unique en France.
Ce dispositif antirodéo est en place tous les vendredis et les samedis soirs. A 22 h 10, une Golf GTI immatriculée dans le Rhône cherche à s’engager dans la rue du Président-Edouard-Herriot, l’artère la plus prestigieuse de Lyon, qui relie la place Bellecour à celle des Terreaux, où se trouve la mairie. A peine plus d’un kilomètre de ligne droite en sens unique entre les parois d’un canyon étroit bordé d’immeubles bourgeois et de boutiques de luxe. Le plaisir pur de faire rugir son moteur, musique à fond et téléphone en mode selfie pour poster des snaps. Quatre jeunes hommes à bord de la GTI, rigolards. Le plus entreprenant s’adresse au gardien : « Allez tonton, laisse-nous passer ! Une dernière fois. Wallah, vraiment, on te respecte. Juste une dernière fois s’il te plaît. » Un dernier tour de manège.
Le vieux gardien plaisante, secoue la tête. C’est non. Ils le savent bien et finissent par prendre l’itinéraire de contournement sans barguigner. Au début du dispositif, à l’automne 2019, un collègue s’est fait rouler sur le pied. Le lendemain, une barrière métallique a valsé, lui perforant un poumon.
Les voitures ne passent plus, mais il arrive que les motos, scooters, buggies et trottinettes ne se gênent pas pour emprunter le trottoir. C’est devenu un jeu, un défi. Au printemps, des vidéos postées sur YouTube montraient des jeunes en train de faire des roues arrières juste sous les fenêtres du maire de Lyon, en plein troisième confinement. Gros scandale.
**Insomnies et crises de nerfs**
Quand est-ce que tout cela a commencé ? De l’avis général, lors du Mondial, à l’été 2018. « Le soir de la victoire de l’équipe de France en finale, tout est parti en vrille, se souvient Sarah Bodhuin, qui habitait alors la Presqu’île. Le magasin Lacoste en bas de chez moi a été pillé. Cela a duré tout l’été. On s’est dit que, à la rentrée, ça finirait par se calmer. Mais non. J’ai vite compris que c’était une guerre de territoire. » En d’autres termes, une invasion du centre par les marges, de la bourgeoisie par les banlieues, des blancs par les basanés.
Le sujet a un parfum de dynamite et chacun le manie avec des pincettes mais finit, à un moment ou à un autre, par déraper : quand ce n’est pas pour parler de l’argent de la drogue qui financerait les grosses cylindrées venues de banlieue, c’est pour s’étonner de voir de jeunes Arabes faire la queue devant la boutique Louis Vuitton.
Sarah Bodhuin et son amie Pauline Grosjean créent début 2019 un groupe Facebook, Presqu’île en colère, qui regroupe rapidement 4 400 personnes. La blonde et la brune sont des amies de travail (la seconde a été employée dans le restaurant du mari de la première) et de sorties d’école. Des mères de famille, plutôt bourgeoises, et de droite. « En créant le collectif, on n’a voulu stigmatiser personne mais mettre fin au calvaire que nous vivions au quotidien. Nous avons toujours prôné la légalité alors que certains dans le groupe poussaient à la confrontation. »
Le 15 septembre 2019, un riverain jette sur une voiture trop bruyante un sac rempli de glace pilée. Les occupants, fous furieux, forcent la porte de l’immeuble, se trompent d’étage et tambourinent contre la porte de Pauline Grosjean en hurlant des menaces de mort. Son mari, gendarme réserviste, sort son arme et prévient qu’il tirera s’ils s’avancent un peu plus. La police nationale, appelée à la rescousse, finit par intervenir.
Il faut ce scandale pour que la mairie, muette jusque-là, se réveille. Les élections municipales de 2020 approchant, Gérard Collomb flaire le danger. Il convoque une réunion six jours plus tard et annonce la mise en place du système des barrières tous les vendredis et samedis soirs ainsi que le recours à la vidéoverbalisation. Fin du problème ? Que nenni, ces « parades » – le procureur de Lyon, Nicolas Jacquet, les qualifie de « rodéos de provocation » – se déportent sur les quais du Rhône et de la Saône qui enserrent la Presqu’île. Ils débutent parfois dès la fin de l’après-midi ou reprennent dès 4 heures du matin. Insomnies, crises de nerfs, enfants réveillés plusieurs fois par nuit.
Le secteur, longtemps prisé car proche de tout à pied, chic et branché à la fois, avec des restes de vie de quartier, commence à se vider. L’école primaire Lamartine ferme cinq classes en trois ans. Même Sarah Bodhuin finit par déménager vers une commune cossue de la proche banlieue ouest. Pauline Grosjean, elle, n’arrive pas à s’y résoudre, malgré l’insistance de son mari. Quelque chose s’est cassé, qui ne sera jamais réparé, et les « rodéos » de la rue du Président-Edouard-Herriot n’en sont que l’un des symptômes. Le centre de Lyon est devenu « trop » : trop riche, trop commercial, trop convoité, trop fréquenté, trop touristique. C’est le résultat de la politique marketing agressive et réussie de Gérard Collomb, inamovible maire de 2001 à 2020, résumée dans le slogan « Only Lyon ».
**Misère et luxe entremêlés**
Meilleur symbole de cette marchandisation du centre de Lyon, la transformation de l’Hôtel-Dieu, l’hôpital historique de la ville, en un ensemble comprenant galerie marchande, Cité de la gastronomie et hôtel de luxe. Pas de chance, ce projet, entièrement tourné vers le tourisme, ouvre en 2019, juste avant la pandémie de Covid-19. Sans visiteurs étrangers, l’offre commerçante de la Presqu’île se révèle démesurée : en semaine, les seuls badauds sont les jeunes désœuvrés qui font du lèche-vitrines sans avoir les moyens d’acheter.
Le centre de Lyon n’est qu’à quelques minutes de ses quartiers et banlieues les plus défavorisés ; La Duchère, Mermoz, Etats-Unis, Rillieux-la-Pape, Bron, Vénissieux, Chassieu, etc. sont à un quart d’heure en voiture, métro ou tramway. Tout converge vers la place Bellecour. On vient même de loin pour s’amuser au centre de Lyon : de Givors (Rhône, à 25 km au sud), de Clermont-Ferrand (à 170 km à l’ouest) et même de Paris (470 km au nord).
Gérard Collomb n’est pas le seul responsable : il n’a fait que poursuivre la politique de prestige lancée par Michel Noir en 1989, et portée ensuite par tous ses successeurs, qui ont fait de la capitale des Gaules une locomotive économique et une métropole européenne. Sarah et Pauline pleurent une ville qui ne reviendra pas, un équilibre perdu à jamais entre proximité et profusion. La ville idéale. Mais Lyon est devenue une très grande ville avec les inconvénients qui vont avec : l’anonymat, la misère et le luxe entremêlés, le flux permanent.
« Le déconfinement a été un carnage après une parenthèse enchantée », raconte Sarah Bodhuin, qui en a eu assez de déménager tous les week-ends chez sa mère et est donc partie pour de bon. Le groupe Facebook a fermé. Pauline Grosjean s’est engagée en politique avec Les Républicains et a été élue conseillère municipale du 2e arrondissement. Les deux femmes estiment avoir mené leur mission à bien. L’affaire est désormais entre les mains de la justice.
En janvier 2020, un recours de plein contentieux pour « carence fautive » a été déposé contre la mairie et le préfet par l’avocat Edouard Raffin au nom du collectif. « Il s’agit d’un recours en responsabilité sur le manque de moyens mis en œuvre pour faire cesser les nuisances », explique Me Raffin, qui a été, avec d’autres juristes et des militants écologistes, à l’origine de « l’affaire du siècle ». Le raisonnement est le même que pour le réchauffement climatique : l’Etat et la mairie n’ont pas fait ce qui était en leur pouvoir pour limiter ce préjudice. Des dommages et intérêts sont demandés. Une audience publique se tiendra le 10 novembre au tribunal administratif de Lyon.
**Bagarres de rue, contrebande et prostitution**
Presqu’île en colère a été absorbé par un deuxième collectif, Lyon en colère, qui centralise les protestations des habitants de l’ensemble de la ville contre toutes les formes de nuisances. Un immense ras-le-bol face à ce qui est perçu comme une dégradation générale du cadre de vie, que personne ne semble maîtriser : le bruit, les ordures pas ramassées, l’occupation de l’espace public, tout est sujet à conflit. A commencer par le quartier de la Guillotière, connu sous le surnom de « place du Pont ».
Article réducteur : si tant de lyonnais déménagent hors du centre ville, si des classes ferment ce n’est pas à cause de ces rodéos mais de l’explosion des loyers, pire encore depuis l’exode post Covid des parisiens, et des galères cumulées pour vivre en centre ville (circulation de plus en plus embouteillée, tourisme croissant, bruit en général qui augmente aussi…).
Les médias se font l’échos de rodéos qui pourrissent Lyon, oui ils sont insupportables, mais non ils ne sont pas fréquents.
Grand noctambule je connais Lyon la nuit, si des solutions simples avaient été conduites il y a quelques années on en serait pas là (simple présence policière aux abords des pentes au lieu de fermer prudemment le commissariat local À 19h pour laisser celui tranquille de la rue de la charité ouvert toute la nuit) mais Lyon n’est pas devenue le far west, et il s’agit encore et toujours de la même dizaine de tocards qui sont en roue libre et pourrissent des centaines de milliers de riverains.
Y’a que moi qui tique sur le “[…]des blancs contre les basanés.” ?
La vache, c’est une formulation orientée a tout le moins.
ça a plus d’utilité les ralentisseurs ?
J’ai vécu quelques années à Lyon en tant que SDF (van aménagé) et c’était un putain d’enfer, alors que j’ai grandi à Marseille.
Le bordel et l’insécurité omniprésente. Je me faisais quasi-quotidiennement emmerder par des petits cons ET par la police.
Les premiers venaient supportaient pas qu’on soit sur leur “territoire”, nous tournaient autour voire tapaient sur le camion jusqu’à qu’on se casse ou qu’on sorte se bastonner.
Les derniers venaient nous déloger en pleine nuit plusieurs fois par semaine ou débarquaient dans les 5mn de notre arrivée pour nous raconter des bobards et des lois imaginaires. Par contre eux nous ont lâchés quand, exaspérés, on a fini par montrer les crocs.
J’ai vraiment du mal avec l’espèce de storytelling mielleux des articles du monde (je sais pas comment décrire ça précisément mais c’est encore pire/flagrant dans le « Magazine du monde » )
J’ai pas bien compris le lien de cause à effet qu’ils cherchent à établir entre le développement de la presqu’île et l’arrivée des rodéos. Ça me paraît spécieux.
Sinon la solution elle est simple, il faut les percuter à coup de voiture, comme font les anglais. C’est efficace et très satisfaisant pour tout le monde.
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**Rodéos et crise de croissance : la presqu’île de Lyon face à ses démons**
Par Christophe Ayad (Lyon, envoyé spécial) et Samuel Gratacap (Photos)
Publié hier à 02h00, mis à jour à 07h32
100 « Fragments de France »
A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.
**FRAGMENTS DE FRANCE**
Depuis 2018, des jeunes font vrombir leurs moteurs sous les fenêtres des immeubles bourgeois et s’échangent les vidéos de leurs exploits nocturnes. Une situation devenue un problème politique pour les élus de la métropole.
Vendredi soir à Lyon, 22 heures. C’est le début de la garde de nuit. Comme dans les châteaux du Moyen Age, on abaisse la herse, on remonte le pont-levis. En quelques minutes, l’hypercentre se hérisse de barrières métalliques et de gardiens en gilets fluo. On ne passe plus ! La circulation automobile est prohibée jusqu’à 4 heures du matin, sauf pour les riverains dûment munis d’une preuve de domicile, les taxis et les véhicules de secours. Boucler le centre d’une grande ville, l’interdire à la circulation en recourant aux services d’une société de sécurité privée, c’est un cas unique en France.
Ce dispositif antirodéo est en place tous les vendredis et les samedis soirs. A 22 h 10, une Golf GTI immatriculée dans le Rhône cherche à s’engager dans la rue du Président-Edouard-Herriot, l’artère la plus prestigieuse de Lyon, qui relie la place Bellecour à celle des Terreaux, où se trouve la mairie. A peine plus d’un kilomètre de ligne droite en sens unique entre les parois d’un canyon étroit bordé d’immeubles bourgeois et de boutiques de luxe. Le plaisir pur de faire rugir son moteur, musique à fond et téléphone en mode selfie pour poster des snaps. Quatre jeunes hommes à bord de la GTI, rigolards. Le plus entreprenant s’adresse au gardien : « Allez tonton, laisse-nous passer ! Une dernière fois. Wallah, vraiment, on te respecte. Juste une dernière fois s’il te plaît. » Un dernier tour de manège.
Le vieux gardien plaisante, secoue la tête. C’est non. Ils le savent bien et finissent par prendre l’itinéraire de contournement sans barguigner. Au début du dispositif, à l’automne 2019, un collègue s’est fait rouler sur le pied. Le lendemain, une barrière métallique a valsé, lui perforant un poumon.
Les voitures ne passent plus, mais il arrive que les motos, scooters, buggies et trottinettes ne se gênent pas pour emprunter le trottoir. C’est devenu un jeu, un défi. Au printemps, des vidéos postées sur YouTube montraient des jeunes en train de faire des roues arrières juste sous les fenêtres du maire de Lyon, en plein troisième confinement. Gros scandale.
**Insomnies et crises de nerfs**
Quand est-ce que tout cela a commencé ? De l’avis général, lors du Mondial, à l’été 2018. « Le soir de la victoire de l’équipe de France en finale, tout est parti en vrille, se souvient Sarah Bodhuin, qui habitait alors la Presqu’île. Le magasin Lacoste en bas de chez moi a été pillé. Cela a duré tout l’été. On s’est dit que, à la rentrée, ça finirait par se calmer. Mais non. J’ai vite compris que c’était une guerre de territoire. » En d’autres termes, une invasion du centre par les marges, de la bourgeoisie par les banlieues, des blancs par les basanés.
Le sujet a un parfum de dynamite et chacun le manie avec des pincettes mais finit, à un moment ou à un autre, par déraper : quand ce n’est pas pour parler de l’argent de la drogue qui financerait les grosses cylindrées venues de banlieue, c’est pour s’étonner de voir de jeunes Arabes faire la queue devant la boutique Louis Vuitton.
Sarah Bodhuin et son amie Pauline Grosjean créent début 2019 un groupe Facebook, Presqu’île en colère, qui regroupe rapidement 4 400 personnes. La blonde et la brune sont des amies de travail (la seconde a été employée dans le restaurant du mari de la première) et de sorties d’école. Des mères de famille, plutôt bourgeoises, et de droite. « En créant le collectif, on n’a voulu stigmatiser personne mais mettre fin au calvaire que nous vivions au quotidien. Nous avons toujours prôné la légalité alors que certains dans le groupe poussaient à la confrontation. »
Le 15 septembre 2019, un riverain jette sur une voiture trop bruyante un sac rempli de glace pilée. Les occupants, fous furieux, forcent la porte de l’immeuble, se trompent d’étage et tambourinent contre la porte de Pauline Grosjean en hurlant des menaces de mort. Son mari, gendarme réserviste, sort son arme et prévient qu’il tirera s’ils s’avancent un peu plus. La police nationale, appelée à la rescousse, finit par intervenir.
Il faut ce scandale pour que la mairie, muette jusque-là, se réveille. Les élections municipales de 2020 approchant, Gérard Collomb flaire le danger. Il convoque une réunion six jours plus tard et annonce la mise en place du système des barrières tous les vendredis et samedis soirs ainsi que le recours à la vidéoverbalisation. Fin du problème ? Que nenni, ces « parades » – le procureur de Lyon, Nicolas Jacquet, les qualifie de « rodéos de provocation » – se déportent sur les quais du Rhône et de la Saône qui enserrent la Presqu’île. Ils débutent parfois dès la fin de l’après-midi ou reprennent dès 4 heures du matin. Insomnies, crises de nerfs, enfants réveillés plusieurs fois par nuit.
Le secteur, longtemps prisé car proche de tout à pied, chic et branché à la fois, avec des restes de vie de quartier, commence à se vider. L’école primaire Lamartine ferme cinq classes en trois ans. Même Sarah Bodhuin finit par déménager vers une commune cossue de la proche banlieue ouest. Pauline Grosjean, elle, n’arrive pas à s’y résoudre, malgré l’insistance de son mari. Quelque chose s’est cassé, qui ne sera jamais réparé, et les « rodéos » de la rue du Président-Edouard-Herriot n’en sont que l’un des symptômes. Le centre de Lyon est devenu « trop » : trop riche, trop commercial, trop convoité, trop fréquenté, trop touristique. C’est le résultat de la politique marketing agressive et réussie de Gérard Collomb, inamovible maire de 2001 à 2020, résumée dans le slogan « Only Lyon ».
**Misère et luxe entremêlés**
Meilleur symbole de cette marchandisation du centre de Lyon, la transformation de l’Hôtel-Dieu, l’hôpital historique de la ville, en un ensemble comprenant galerie marchande, Cité de la gastronomie et hôtel de luxe. Pas de chance, ce projet, entièrement tourné vers le tourisme, ouvre en 2019, juste avant la pandémie de Covid-19. Sans visiteurs étrangers, l’offre commerçante de la Presqu’île se révèle démesurée : en semaine, les seuls badauds sont les jeunes désœuvrés qui font du lèche-vitrines sans avoir les moyens d’acheter.
Le centre de Lyon n’est qu’à quelques minutes de ses quartiers et banlieues les plus défavorisés ; La Duchère, Mermoz, Etats-Unis, Rillieux-la-Pape, Bron, Vénissieux, Chassieu, etc. sont à un quart d’heure en voiture, métro ou tramway. Tout converge vers la place Bellecour. On vient même de loin pour s’amuser au centre de Lyon : de Givors (Rhône, à 25 km au sud), de Clermont-Ferrand (à 170 km à l’ouest) et même de Paris (470 km au nord).
Gérard Collomb n’est pas le seul responsable : il n’a fait que poursuivre la politique de prestige lancée par Michel Noir en 1989, et portée ensuite par tous ses successeurs, qui ont fait de la capitale des Gaules une locomotive économique et une métropole européenne. Sarah et Pauline pleurent une ville qui ne reviendra pas, un équilibre perdu à jamais entre proximité et profusion. La ville idéale. Mais Lyon est devenue une très grande ville avec les inconvénients qui vont avec : l’anonymat, la misère et le luxe entremêlés, le flux permanent.
« Le déconfinement a été un carnage après une parenthèse enchantée », raconte Sarah Bodhuin, qui en a eu assez de déménager tous les week-ends chez sa mère et est donc partie pour de bon. Le groupe Facebook a fermé. Pauline Grosjean s’est engagée en politique avec Les Républicains et a été élue conseillère municipale du 2e arrondissement. Les deux femmes estiment avoir mené leur mission à bien. L’affaire est désormais entre les mains de la justice.
En janvier 2020, un recours de plein contentieux pour « carence fautive » a été déposé contre la mairie et le préfet par l’avocat Edouard Raffin au nom du collectif. « Il s’agit d’un recours en responsabilité sur le manque de moyens mis en œuvre pour faire cesser les nuisances », explique Me Raffin, qui a été, avec d’autres juristes et des militants écologistes, à l’origine de « l’affaire du siècle ». Le raisonnement est le même que pour le réchauffement climatique : l’Etat et la mairie n’ont pas fait ce qui était en leur pouvoir pour limiter ce préjudice. Des dommages et intérêts sont demandés. Une audience publique se tiendra le 10 novembre au tribunal administratif de Lyon.
**Bagarres de rue, contrebande et prostitution**
Presqu’île en colère a été absorbé par un deuxième collectif, Lyon en colère, qui centralise les protestations des habitants de l’ensemble de la ville contre toutes les formes de nuisances. Un immense ras-le-bol face à ce qui est perçu comme une dégradation générale du cadre de vie, que personne ne semble maîtriser : le bruit, les ordures pas ramassées, l’occupation de l’espace public, tout est sujet à conflit. A commencer par le quartier de la Guillotière, connu sous le surnom de « place du Pont ».
Article réducteur : si tant de lyonnais déménagent hors du centre ville, si des classes ferment ce n’est pas à cause de ces rodéos mais de l’explosion des loyers, pire encore depuis l’exode post Covid des parisiens, et des galères cumulées pour vivre en centre ville (circulation de plus en plus embouteillée, tourisme croissant, bruit en général qui augmente aussi…).
Les médias se font l’échos de rodéos qui pourrissent Lyon, oui ils sont insupportables, mais non ils ne sont pas fréquents.
Grand noctambule je connais Lyon la nuit, si des solutions simples avaient été conduites il y a quelques années on en serait pas là (simple présence policière aux abords des pentes au lieu de fermer prudemment le commissariat local À 19h pour laisser celui tranquille de la rue de la charité ouvert toute la nuit) mais Lyon n’est pas devenue le far west, et il s’agit encore et toujours de la même dizaine de tocards qui sont en roue libre et pourrissent des centaines de milliers de riverains.
Y’a que moi qui tique sur le “[…]des blancs contre les basanés.” ?
La vache, c’est une formulation orientée a tout le moins.
ça a plus d’utilité les ralentisseurs ?
J’ai vécu quelques années à Lyon en tant que SDF (van aménagé) et c’était un putain d’enfer, alors que j’ai grandi à Marseille.
Le bordel et l’insécurité omniprésente. Je me faisais quasi-quotidiennement emmerder par des petits cons ET par la police.
Les premiers venaient supportaient pas qu’on soit sur leur “territoire”, nous tournaient autour voire tapaient sur le camion jusqu’à qu’on se casse ou qu’on sorte se bastonner.
Les derniers venaient nous déloger en pleine nuit plusieurs fois par semaine ou débarquaient dans les 5mn de notre arrivée pour nous raconter des bobards et des lois imaginaires. Par contre eux nous ont lâchés quand, exaspérés, on a fini par montrer les crocs.
J’ai vraiment du mal avec l’espèce de storytelling mielleux des articles du monde (je sais pas comment décrire ça précisément mais c’est encore pire/flagrant dans le « Magazine du monde » )
J’ai pas bien compris le lien de cause à effet qu’ils cherchent à établir entre le développement de la presqu’île et l’arrivée des rodéos. Ça me paraît spécieux.
Sinon la solution elle est simple, il faut les percuter à coup de voiture, comme font les anglais. C’est efficace et très satisfaisant pour tout le monde.