Pour sa rentrée politique, Emmanuel Macron a choisi de s’exprimer dans “Le Point”. En tant que président de la République, c’est surtout aux médias de droite que le chef d’État réserve ses grands entretiens. Les rédactions marquées à gauches, elles, sont nettement moins nombreuses à avoir l’occasion de l’interviewer.
Politico – et plus précisément sa newsletter Playbook Paris – l’a ébruité la veille de l’opération. “Apprenez que, depuis Brégançon la semaine dernière, le chef de l’État a accordé une longue interview de rentrée au magazine Le Point, à paraître cette semaine.” Le président, “teint hâlé”, précise l’introduction de l’entretien du Point, y “livre sa vision de l’époque” au sujet des “émeutes”, de la dette, “en passant par le climat, l’éducation et l’Ukraine”. La plupart des rédactions, dans la soirée du 23 août et la matinée de la parution, zooment sur une proposition évoquée par le chef d’État lors de l’échange et reprise par dépêche de l’AFP : avancer la rentrée des classes pour les élèves en difficulté.
Mais c’est son canal plutôt que par le – classique – menu de l’échange qui a retenu l’attention du journaliste Nils Wilcke. “Après le Figaro”, a-t-il raillé sur Twitter, “décidément, la presse de droite est gâtée…” Les grands entretiens marquants du président ont en effet été publiés dans les grands titres couvrant un spectre allant du centre (droit) à l’extrême droite : sa première longue interview à la presse française en tant que président dans le Figaro en 2017, son dossier de plus de vingt pages dans le Point juste après, celui avec Valeurs actuelles en 2019, ou l’interview post-réforme des retraites dans le Parisien en ce début d’année. D’après notre recension, ce n’est donc pas un effet de loupe, mais un fait médiatique de ses deux mandatures.
NETTE PRÉFÉRENCE POUR LA PRESSE DE DROITE
Regardons d’abord les rédactions web et papier à échelle nationale. C’est avec le Figaro, en juin 2017, puis le Point, en août 2017, que Macron-président inaugure ses prises de paroles en tant que chef d’État. Il s’essaie rapidement à la vidéo web avec Konbini. L’année suivante, en 2018, il accorde un entretien de presque deux heures à Mediapart et BFMTV, sur la “pratique du pouvoir”, l’international et “les points chauds de politique intérieure”. Puis, de nouveau Konbini pour parler écologie. Et le fameux “coup” de Valeurs actuelles.
La communication présidentielle se focalise ensuite sur la télévision et la presse régionale. Le président reprend avec les hebdos de droite en misant, en décembre 2020, sur l’Express. Petit pas de côté avec, au même moment, Brut et le Grand Continent, média de géopolitique fondé par des intellectuel·les de l’École normale supérieure (ENS). En mai 2021, il s’entretient avec le JDD. Ces entretiens sont, à chaque fois généralistes. De même que les titres et couvertures choisies par les journaux pour mettre en avant leurs sujets. Les premiers portent sur l’Europe, sa prise de pouvoir, le terrorisme. Seul Brut l’interroge en profondeur sur les violences policières, la liberté d’expression, la colonisation. S’ouvre alors la campagne présidentielle de 2022. Macron-candidat parle encore dans le Figaro. Mais aussi France Culture ou, à nouveau Brut, pour détailler les différents points de son programme, en fonction des portefeuilles scrutés par chaque rédaction.
Mais la porte ouverte aux titres plus marqués à gauche se referme une fois Macron réélu. D’après notre état des lieux, depuis sa réélection, aucun média réputé de centre-gauche ou de gauche n’a pu s’entretenir en profondeur avec le chef d’État sur les sujets de politique générale. Sauf si l’on compte… Pif gadget : en mars 2023, le magazine pour enfants historiquement communiste. Un journaliste du Huffington Post s’en amusait sur Twitter. “L’histoire retiendra qu’après six ans à l’Elysée, Macron aura accordé une interview à Pif avant le Monde.”
Au rang des rédactions inattendues, on compte le magazine tenu par des personnes en situation de handicap Les rencontres du Papotin, début 2023 également. Emmanuel Macron retourne dans les médias traditionnels avec l’Opinion en mai 2023. Sur l’économie, la gouvernance, l’intelligence artificielle… Puis Franceinfo a pu l’interroger en juillet 2023, mais seulement pour des questions centrées sur le compte à rebours des Jeux olympiques. C’est auprès du Figaro Magazine en août 2023 que le président réagit après les révoltes urbaines du début d’été. Le journal choisit de titrer sur l’immigration. Emmanuel Macron n’a jamais accordé de long entretien ni à l’AFP ni au Monde, ni à Libération ou l’Humanité. Contacté, l’Élysée n’a pas souhaité répondre à notre demande de commentaire.
“ABANDON” PROGRESSIF DES MÉDIAS DE GAUCHE
L’observation est “incontestable” d’après l’historien des médias Alexis Lévrier, joint par Arrêt sur images : “On voit que s’accumulent des entretiens dans la presse de droite.” Et pas n’importe quelle droite. Ce spécialiste des rapports entre présidents de la République et médias rappelle, au sujet de l’interview-fleuve de cet été au Figaro, qu’elle a été publiée au Figaro Magazine. Or, “on sait bien qu’il y a deux lignes au sein du journal, rappelle-t-il, et que le magazine est plus réactionnaire [que le quotidien].” En 2017, “ma théorie était celle du président qui ne sort de l’Olympe que pour surprendre, en choisissant des médias inattendus”, poursuit-il. “On avait le sentiment qu’il ne voulait pas s’exprimer dans les journaux les plus proches de lui au centre droit ou centre gauche”, conformément à son marketing du “ni-ni”. Alors, “il se détournait des journaux dont il estimait le soutien nécessaire”, ou naturel, explique l’historien, “d’où l’absence totale d’interviews au Monde, journal le plus proche de sa ligne de départ, sociale-démocrate et européenne”.
Rien d’étonnant à cette tendance, confie à ASI un journaliste – sous condition d’anonymat – chargé de suivre l’actualité du président pendant plusieurs années pour une grande rédaction nationale. “Toute l’idée du premier quinquennat était de conquérir le centre droit.” Il confirme le constat d’un tropisme vers les rédactions de droite, devenu encore plus fort récemment. Alexis Lévrier y ajoute un autre élément : la proximité entre Emmanuel Macron et les médias ultra conservateurs ou d’extrême droite. Emmanuel Macron, résume-t-il, est “l’homme qui n’a pas voulu accorder d’interview au Monde et qui l’a fait pour Valeurs actuelles”. Celui qui a “invité Geoffroy Lejeune et Charlotte d’Ornellas à la remise de Légion d’honneur de Michel Houellebecq”.
Ivanne Trippenbach, aujourd’hui cheffe du service politique du Monde, le racontait déjà en 2019 dans l’Opinion. On y apprenait que le président était à l’origine, “seul”, contre l’avis de plusieurs de ses conseillers, du rapprochement avec Valeurs actuelles. Ariane Chemin racontait alors aussi ce “flirt” dans le Monde. “Il a abandonné les médias” de gauche, conclut Alexis Lévrier. En adoptant une perspective électoraliste, cela pouvait s’expliquer par une logique de conquête de la droite. Mais aujourd’hui, “Emmanuel Macron ne peut plus se représenter”, alors : “Peut-on dire que la stratégie de la surprise prévaut encore ? Est-ce qu’on n’est pas sur un président en accord avec ces idées ?”, demande Lévrier.
Normal pour un mec de droite, en même temps.
Les fascistes n’ont jamais grand chose à dire qui puisse intéresser la gauche.
Et puis, moins je l’entends mieux je me porte donc qu’il continue à s’exprimer dans Le Figaro, L’Express, Minute ou Rivarol. Comme je ne lis pas ces torchons, ça m’arrange.
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Pour sa rentrée politique, Emmanuel Macron a choisi de s’exprimer dans “Le Point”. En tant que président de la République, c’est surtout aux médias de droite que le chef d’État réserve ses grands entretiens. Les rédactions marquées à gauches, elles, sont nettement moins nombreuses à avoir l’occasion de l’interviewer.
Politico – et plus précisément sa newsletter Playbook Paris – l’a ébruité la veille de l’opération. “Apprenez que, depuis Brégançon la semaine dernière, le chef de l’État a accordé une longue interview de rentrée au magazine Le Point, à paraître cette semaine.” Le président, “teint hâlé”, précise l’introduction de l’entretien du Point, y “livre sa vision de l’époque” au sujet des “émeutes”, de la dette, “en passant par le climat, l’éducation et l’Ukraine”. La plupart des rédactions, dans la soirée du 23 août et la matinée de la parution, zooment sur une proposition évoquée par le chef d’État lors de l’échange et reprise par dépêche de l’AFP : avancer la rentrée des classes pour les élèves en difficulté.
Mais c’est son canal plutôt que par le – classique – menu de l’échange qui a retenu l’attention du journaliste Nils Wilcke. “Après le Figaro”, a-t-il raillé sur Twitter, “décidément, la presse de droite est gâtée…” Les grands entretiens marquants du président ont en effet été publiés dans les grands titres couvrant un spectre allant du centre (droit) à l’extrême droite : sa première longue interview à la presse française en tant que président dans le Figaro en 2017, son dossier de plus de vingt pages dans le Point juste après, celui avec Valeurs actuelles en 2019, ou l’interview post-réforme des retraites dans le Parisien en ce début d’année. D’après notre recension, ce n’est donc pas un effet de loupe, mais un fait médiatique de ses deux mandatures.
NETTE PRÉFÉRENCE POUR LA PRESSE DE DROITE
Regardons d’abord les rédactions web et papier à échelle nationale. C’est avec le Figaro, en juin 2017, puis le Point, en août 2017, que Macron-président inaugure ses prises de paroles en tant que chef d’État. Il s’essaie rapidement à la vidéo web avec Konbini. L’année suivante, en 2018, il accorde un entretien de presque deux heures à Mediapart et BFMTV, sur la “pratique du pouvoir”, l’international et “les points chauds de politique intérieure”. Puis, de nouveau Konbini pour parler écologie. Et le fameux “coup” de Valeurs actuelles.
La communication présidentielle se focalise ensuite sur la télévision et la presse régionale. Le président reprend avec les hebdos de droite en misant, en décembre 2020, sur l’Express. Petit pas de côté avec, au même moment, Brut et le Grand Continent, média de géopolitique fondé par des intellectuel·les de l’École normale supérieure (ENS). En mai 2021, il s’entretient avec le JDD. Ces entretiens sont, à chaque fois généralistes. De même que les titres et couvertures choisies par les journaux pour mettre en avant leurs sujets. Les premiers portent sur l’Europe, sa prise de pouvoir, le terrorisme. Seul Brut l’interroge en profondeur sur les violences policières, la liberté d’expression, la colonisation. S’ouvre alors la campagne présidentielle de 2022. Macron-candidat parle encore dans le Figaro. Mais aussi France Culture ou, à nouveau Brut, pour détailler les différents points de son programme, en fonction des portefeuilles scrutés par chaque rédaction.
Mais la porte ouverte aux titres plus marqués à gauche se referme une fois Macron réélu. D’après notre état des lieux, depuis sa réélection, aucun média réputé de centre-gauche ou de gauche n’a pu s’entretenir en profondeur avec le chef d’État sur les sujets de politique générale. Sauf si l’on compte… Pif gadget : en mars 2023, le magazine pour enfants historiquement communiste. Un journaliste du Huffington Post s’en amusait sur Twitter. “L’histoire retiendra qu’après six ans à l’Elysée, Macron aura accordé une interview à Pif avant le Monde.”
Au rang des rédactions inattendues, on compte le magazine tenu par des personnes en situation de handicap Les rencontres du Papotin, début 2023 également. Emmanuel Macron retourne dans les médias traditionnels avec l’Opinion en mai 2023. Sur l’économie, la gouvernance, l’intelligence artificielle… Puis Franceinfo a pu l’interroger en juillet 2023, mais seulement pour des questions centrées sur le compte à rebours des Jeux olympiques. C’est auprès du Figaro Magazine en août 2023 que le président réagit après les révoltes urbaines du début d’été. Le journal choisit de titrer sur l’immigration. Emmanuel Macron n’a jamais accordé de long entretien ni à l’AFP ni au Monde, ni à Libération ou l’Humanité. Contacté, l’Élysée n’a pas souhaité répondre à notre demande de commentaire.
“ABANDON” PROGRESSIF DES MÉDIAS DE GAUCHE
L’observation est “incontestable” d’après l’historien des médias Alexis Lévrier, joint par Arrêt sur images : “On voit que s’accumulent des entretiens dans la presse de droite.” Et pas n’importe quelle droite. Ce spécialiste des rapports entre présidents de la République et médias rappelle, au sujet de l’interview-fleuve de cet été au Figaro, qu’elle a été publiée au Figaro Magazine. Or, “on sait bien qu’il y a deux lignes au sein du journal, rappelle-t-il, et que le magazine est plus réactionnaire [que le quotidien].” En 2017, “ma théorie était celle du président qui ne sort de l’Olympe que pour surprendre, en choisissant des médias inattendus”, poursuit-il. “On avait le sentiment qu’il ne voulait pas s’exprimer dans les journaux les plus proches de lui au centre droit ou centre gauche”, conformément à son marketing du “ni-ni”. Alors, “il se détournait des journaux dont il estimait le soutien nécessaire”, ou naturel, explique l’historien, “d’où l’absence totale d’interviews au Monde, journal le plus proche de sa ligne de départ, sociale-démocrate et européenne”.
Rien d’étonnant à cette tendance, confie à ASI un journaliste – sous condition d’anonymat – chargé de suivre l’actualité du président pendant plusieurs années pour une grande rédaction nationale. “Toute l’idée du premier quinquennat était de conquérir le centre droit.” Il confirme le constat d’un tropisme vers les rédactions de droite, devenu encore plus fort récemment. Alexis Lévrier y ajoute un autre élément : la proximité entre Emmanuel Macron et les médias ultra conservateurs ou d’extrême droite. Emmanuel Macron, résume-t-il, est “l’homme qui n’a pas voulu accorder d’interview au Monde et qui l’a fait pour Valeurs actuelles”. Celui qui a “invité Geoffroy Lejeune et Charlotte d’Ornellas à la remise de Légion d’honneur de Michel Houellebecq”.
Ivanne Trippenbach, aujourd’hui cheffe du service politique du Monde, le racontait déjà en 2019 dans l’Opinion. On y apprenait que le président était à l’origine, “seul”, contre l’avis de plusieurs de ses conseillers, du rapprochement avec Valeurs actuelles. Ariane Chemin racontait alors aussi ce “flirt” dans le Monde. “Il a abandonné les médias” de gauche, conclut Alexis Lévrier. En adoptant une perspective électoraliste, cela pouvait s’expliquer par une logique de conquête de la droite. Mais aujourd’hui, “Emmanuel Macron ne peut plus se représenter”, alors : “Peut-on dire que la stratégie de la surprise prévaut encore ? Est-ce qu’on n’est pas sur un président en accord avec ces idées ?”, demande Lévrier.
Normal pour un mec de droite, en même temps.
Les fascistes n’ont jamais grand chose à dire qui puisse intéresser la gauche.
Et puis, moins je l’entends mieux je me porte donc qu’il continue à s’exprimer dans Le Figaro, L’Express, Minute ou Rivarol. Comme je ne lis pas ces torchons, ça m’arrange.
Sans déconner, Macron est de droite ?
Alors ça, si on me l’avait pas dit.
Sans dec.