Une canicule caractéristique du réchauffement climatique du XXIᵉ siècle

by Folivao

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  1. **Exceptionnelle par son caractère tardif dans la saison et par son intensité, avec plus de cent records absolus de température battus, la vague de chaleur que vient de connaître la France métropolitaine n’est pas une surprise pour les scientifiques.**

    La fin d’une série de très longues journées pour une grande partie de la France. Jeudi 24 août, Météo-France a enfin annoncé la levée de la vigilance rouge canicule, vendredi à 6 heures du matin, pour les dix-sept départements encore concernés. Même si elles resteront encore élevées, entre 35 °C et 39 °C dans la vallée du Rhône et près de la Méditerranée, les températures devraient commencer à baisser dans toute la moitié sud du pays. Le dénouement d’une canicule estivale au scénario classique ? Non, car au contraire, l’épisode aura été exceptionnel à plusieurs égards.

    Par son caractère tardif dans la saison, par son intensité, avec plus de cent records absolus de température battus, par ses données totalement inédites (plus de 30 °C mesurés la nuit dans plusieurs endroits), cette vague de chaleur est, selon les climatologues, un nouveau révélateur du changement climatique et de ses conséquences annoncées depuis des décennies.

    A chacun de ses points d’information, Météo-France n’a en tout cas pas hésité à en faire un exemple de ce qu’il va continuer de se passer dans la première moitié du XXIᵉ siècle. « Il est fortement probable que l’on observe de plus en plus d’épisodes de ce type, plus tard mais aussi plus tôt dans la saison par rapport à une climatologie de référence de fin du XXᵉ siècle, a expliqué Lauriane Batté, climatologue à l’institut météorologique, mardi 22 août. On retrouve ici les caractéristiques du type d’événements que l’on s’attend à avoir au vu du réchauffement climatique dans un futur proche, sur la période de 2021 à 2050, avec des vagues plus tardives et d’une amplitude plus marquée. »

    **« Nous entrons dans l’inédit »**

    Cette vague de chaleur n’est pourtant pas la plus intense qu’ait connue la France. L’indicateur thermique national – la moyenne des températures diurnes et nocturnes mesurées sur trente stations réparties sur tout le territoire – est resté en deçà du record absolu (29,4 °C le 25 juillet 2019). Elle n’a pas été aussi longue que celle de 2003, ni aussi répétitive que les trois épisodes de l’été 2022. Mais, à cette époque où les nuits sont plus longues, l’épisode a marqué les esprits. Depuis le début des relevés en 1947, c’est seulement la septième vague de chaleur mesurée après un 15 août. Toutes ont eu lieu au XXIᵉ siècle. Et elle est la plus intense.

    Lundi (26,63 °C), mardi (26,93 °C), mercredi (27,48 °C) et enfin jeudi (27,76 °C)… Quatre jours de suite, l’indicateur thermique national a battu le précédent record pour une deuxième quinzaine d’août du 19 août 2012 (26,44 °C). Un écho aux alertes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui prédisait, dans son sixième rapport d’évaluation, un allongement de la saison des épisodes de chaleur extrême.

    « Je suis impressionné mais pas surpris car cela correspond aux trajectoires prévues, documentées et annoncées par de nombreuses études depuis longtemps, résume le climatologue Christophe Cassou (CNRS). Et je suis aussi très inquiet car si la dynamique atmosphérique qui génère cette canicule avait eu lieu lors du maximum climatologique, entre un 20 et un 30 juillet, avec en plus un réchauffement de 2 °C comme on le connaîtra très probablement vers 2050, on ouvre alors la porte à des températures de l’ordre de 48 °C, voire 50 °C, en France. Nous entrons tous les ans un peu plus dans l’inédit. »

    **44 °C dans le Gard**

    Car l’intensité de cette canicule est loin d’être anodine. Selon l’association Infoclimat, plus de deux cents stations ont relevé des températures supérieures à 40 °C. De nombreux records absolus ont été battus. Mercredi, Météo-France a ainsi relevé la plus haute température pour un mois d’août, 43,7 °C, à Villariès (Haute-Garonne), dépassée dès le lendemain à Salindres (Gard), avec 44,4 °C. Jeudi, la station de Lyon-Bron, qui a suffoqué pendant sept jours, a affiché 41,4 °C, au-dessus du précédent record de 40,5 °C établi en 2003. Jeudi, à Grenoble, 42,6 °C ; 42,4 °C à Toulouse, mercredi (précédent record de 40,7 °C) ; 42,3 °C à Auch (précédent record à 40,9 °C). Même si la plus grande chaleur mesurée en France n’a pas été approchée (46 °C à Vérargues, dans l’Hérault, le 28 juin 2019), des dizaines de communes ont dépassé les maximales enregistrées en 2003, 2019 ou 2022.

    Les nuits ont aussi été suffocantes près de la Méditerranée, souvent entre 29 °C et 30 °C. Avec 30,4 °C, Menton a même enregistré un nouveau record national absolu de température minimale en France continentale. Idem en altitude. En début de semaine, il faisait 27 °C à 2 000 mètres sur les pentes de l’Aiguille du Midi (Haute-Savoie) et 14 °C à… 3 845 mètres d’altitude. Mercredi, un énorme éboulement a eu lieu sur sa face nord, alors que les scientifiques ne cessent d’alerter sur la dégradation du permafrost après les vagues de chaleur.

    Cette intensité, là aussi conforme aux alertes du GIEC, a obligé Météo-France à placer dix-neuf départements en vigilance rouge mercredi, ce qui n’était jamais arrivé depuis la mise en place de ce dispositif en 2004. « Avec l’augmentation globale des températures, il faut s’attendre à des vagues de chaleur plus intenses, plus fréquentes. C’est malheureusement logique et conforme à la quantité de CO2 que nous avons dégagée et que nous continuons à émettre, analyse Sonia Seneviratne, climatologue à l’Ecole polytechnique fédérale (ETH) de Zurich (Suisse). Ce que nous vivons n’est pas normal mais c’est notre présent, pas un avant-goût de 2050. Et le futur sera bien pire si nous n’arrivons pas à réduire très rapidement notre dépendance aux énergies fossiles. »

    **Adapter les logements**

    Cette vague de chaleur tardive confirme de nombreuses études publiées depuis des décennies. Mercredi, Climate Central, un think tank regroupant des scientifiques, a publié une première étude d’attribution. En comparant les températures relevées aux données historiques et en s’appuyant sur la modélisation climatique, ils ont estimé que ce type d’événements extrêmes à cette époque de l’année est rendu cinq fois plus probable à cause des changements anthropiques.

    Reste à savoir comment s’adapter à de tels risques, qui pourraient maintenant se produire sur une plus longue période. Invité sur France Inter, jeudi 24 août, le ministre délégué au logement, Patrice Vergriete, s’est même interrogé sur une évolution de MaPrimeRénov’, dispositif phare du gouvernement qui ne finance que des travaux visant à protéger davantage les logements contre le froid : « Je pense que ce qui doit changer, c’est d’intégrer cette problématique de canicules dans l’adaptation des logements. » Comme si le mois d’août 2023 avait encore une fois donné un avant-goût de l’avenir.

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