Aux « Amfis » de La France insoumise près de Valence, le député de la Somme a appelé le mouvement « insoumis » à gagner en « centralité ». Nouveauté, Jean-Luc Mélenchon l’écoutait.
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C’est un moment parmi d’autres, aux [« Amfis » de La France insoumise](https://www.lemonde.fr/politique/live/2023/08/27/rentree-politique-en-direct-suivez-la-fin-des-universites-d-ete-a-gauche-et-la-rentree-de-la-droite_6186701_823448.html) (LFI), près de Valence. Ali Rabeh, maire de Trappes (Yvelines), soutien de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle de 2022, observe, samedi 26 août : _« On doit soigner la forme, on a été capables de passer du col mao au costume cravate, du maillot de foot à la chemise… »_ A côté de lui, le député de la Somme François Ruffin et la députée de Moselle Charlotte Leduc, sur scène. Au deuxième rang dans le public, Jean-Luc Mélenchon – et son col mao – écoute.
Pendant une heure et demie, dans un débat qui n’en est pas un – les trois élus sont d’accord sur tout ou presque –, François Ruffin expose sa conviction stratégique : face au Rassemblement national (RN), _« il y a un problème »_. _« Un problème de ton, un problème de style »_, un problème de _« guerre permanente sur Twitter »_ des leaders de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale.
Ce n’est pas nouveau, le député de la Somme estime que pour _« aimanter »_ les électeurs qui se détournent du bloc libéral, il faut _« rassurer, rassembler »_. _« On veut prendre la barre du paquebot France, on leur dit que la cale est trouée, qu’on est en pleine tempête, qu’il va y avoir un équipage pas très expérimenté, et on est en train de s’engueuler sur le navire. Pour donner confiance… »_, mesure-t-il.
Le fondateur du journal _Fakir_ raconte son cheminement vers une plus grande _« centralité »_, interroge ce mot de _« radicalité »_ que revendiquent certains « insoumis ». _« Quand on me dit radicalité, je nous demande : Est-ce qu’il s’agit d’être applaudi dans une AG de socio à Nanterre, ou de convaincre en Moselle, en Picardie, partout dans le pays ? Qu’est-ce qu’on vise ? »_, lance-t-il. Avant d’ajouter : _« Pourquoi demeurer dans un risque de culture minoritaire ? »_
Photo de rigueur et normalisation
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Jean-Luc Mélenchon ne répondra pas, ce n’est pas prévu. L’heure des questions arrive, une militante estime que ce dernier _« peut faire un peu peur »_. _« Est-ce qu’on a une chance que, Ruffin, vous vous présentiez un jour comme candidat à la présidentielle ? »_ La question restera sans réponse. Le débat est fini, Jean-Luc Mélenchon monte sur scène et discute avec le député picard. Suffisamment longtemps pour que des photos immortalisent les deux hommes côte à côte. Les dernières images dataient, Ruffin n’étant pas monté sur la scène des meetings lors de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Le rapport ambigu entre les deux hommes se met en scène à l’intérieur du théâtre « insoumis », devant la presse et les militants. Longtemps, ça n’a pas été le cas. Si les intéressés se parlent, ils évitaient dernièrement de le faire en public. Désormais, l’émergence de l’un, la _« mise en retrait »_ de l’autre, plus ou moins feintes ou assumées, se déploient aux yeux de tous. Pas vraiment un passage de relais, mais au moins une normalisation. Avant l’été, déjà, les deux hommes avaient débattu lors d’un séminaire ouvert notamment aux députés et assistants parlementaires, consacrés à la question des classes populaires. Sur ce sujet comme sur l’attitude à adopter pour lutter contre le RN, leurs avis divergent.
A la sortie, samedi, Jean-Luc Mélenchon ne disait mot de ces différences. Il assurait être fier de voir un _« collectif »_ émerger : _« La plus grande satisfaction personnelle, ce n’est pas de dire “je” . Au bout de trois campagnes présidentielles, franchement… »_ L’ancien candidat ne cesse de déplorer qu’on ne _« le laisse pas descendre du train »_, fait mine de se fâcher de ne pouvoir organiser une _« conférence »_ sans qu’elle ne se transforme en meeting.
Après avoir débattu avec la ministre du travail espagnole, Yolanda Diaz, espoir de la gauche dans son pays, il devait laisser cette année Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, et Manuel Bompard, député des Bouches-du-Rhône et coordinateur de LFI, intervenir dans le meeting de conclusion des universités d’été. Et surjoue son désintérêt pour les affaires courantes : _« Moi je suis en retrait, pourquoi vous n’engueulez pas Panot, ça me ferait de l’air pour une fois, c’est elle qui préside, s’ils s’engueulent ce n’est pas ma faute ! »_ Ami de longue date de Jean-Luc Mélenchon, René Revol, maire de Grabels (Hérault), explicite : _« Aujourd’hui ce sont eux qui sont responsables, ça ne veut pas dire qu’il a disparu. Il est toujours au centre, ça ne signifie pas qu’il est absent ou qu’il a pris sa retraite. »_
Ouvrir au centre gauche, ça n’intéresse pas JLM qui pourrait y perdre énormément. Il préfère être le champion de sa cours de récré (et maître des cordons de la bourse qui va avec…) que de remettre en jeu son titre à un niveau supérieur.
> « Est-ce qu’on a une chance que, Ruffin, vous vous présentiez un jour comme candidat à la présidentielle ? » La question restera sans réponse.
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Aux « Amfis » de La France insoumise près de Valence, le député de la Somme a appelé le mouvement « insoumis » à gagner en « centralité ». Nouveauté, Jean-Luc Mélenchon l’écoutait.
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C’est un moment parmi d’autres, aux [« Amfis » de La France insoumise](https://www.lemonde.fr/politique/live/2023/08/27/rentree-politique-en-direct-suivez-la-fin-des-universites-d-ete-a-gauche-et-la-rentree-de-la-droite_6186701_823448.html) (LFI), près de Valence. Ali Rabeh, maire de Trappes (Yvelines), soutien de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle de 2022, observe, samedi 26 août : _« On doit soigner la forme, on a été capables de passer du col mao au costume cravate, du maillot de foot à la chemise… »_ A côté de lui, le député de la Somme François Ruffin et la députée de Moselle Charlotte Leduc, sur scène. Au deuxième rang dans le public, Jean-Luc Mélenchon – et son col mao – écoute.
Pendant une heure et demie, dans un débat qui n’en est pas un – les trois élus sont d’accord sur tout ou presque –, François Ruffin expose sa conviction stratégique : face au Rassemblement national (RN), _« il y a un problème »_. _« Un problème de ton, un problème de style »_, un problème de _« guerre permanente sur Twitter »_ des leaders de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale.
Ce n’est pas nouveau, le député de la Somme estime que pour _« aimanter »_ les électeurs qui se détournent du bloc libéral, il faut _« rassurer, rassembler »_. _« On veut prendre la barre du paquebot France, on leur dit que la cale est trouée, qu’on est en pleine tempête, qu’il va y avoir un équipage pas très expérimenté, et on est en train de s’engueuler sur le navire. Pour donner confiance… »_, mesure-t-il.
Le fondateur du journal _Fakir_ raconte son cheminement vers une plus grande _« centralité »_, interroge ce mot de _« radicalité »_ que revendiquent certains « insoumis ». _« Quand on me dit radicalité, je nous demande : Est-ce qu’il s’agit d’être applaudi dans une AG de socio à Nanterre, ou de convaincre en Moselle, en Picardie, partout dans le pays ? Qu’est-ce qu’on vise ? »_, lance-t-il. Avant d’ajouter : _« Pourquoi demeurer dans un risque de culture minoritaire ? »_
Photo de rigueur et normalisation
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Jean-Luc Mélenchon ne répondra pas, ce n’est pas prévu. L’heure des questions arrive, une militante estime que ce dernier _« peut faire un peu peur »_. _« Est-ce qu’on a une chance que, Ruffin, vous vous présentiez un jour comme candidat à la présidentielle ? »_ La question restera sans réponse. Le débat est fini, Jean-Luc Mélenchon monte sur scène et discute avec le député picard. Suffisamment longtemps pour que des photos immortalisent les deux hommes côte à côte. Les dernières images dataient, Ruffin n’étant pas monté sur la scène des meetings lors de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Le rapport ambigu entre les deux hommes se met en scène à l’intérieur du théâtre « insoumis », devant la presse et les militants. Longtemps, ça n’a pas été le cas. Si les intéressés se parlent, ils évitaient dernièrement de le faire en public. Désormais, l’émergence de l’un, la _« mise en retrait »_ de l’autre, plus ou moins feintes ou assumées, se déploient aux yeux de tous. Pas vraiment un passage de relais, mais au moins une normalisation. Avant l’été, déjà, les deux hommes avaient débattu lors d’un séminaire ouvert notamment aux députés et assistants parlementaires, consacrés à la question des classes populaires. Sur ce sujet comme sur l’attitude à adopter pour lutter contre le RN, leurs avis divergent.
A la sortie, samedi, Jean-Luc Mélenchon ne disait mot de ces différences. Il assurait être fier de voir un _« collectif »_ émerger : _« La plus grande satisfaction personnelle, ce n’est pas de dire “je” . Au bout de trois campagnes présidentielles, franchement… »_ L’ancien candidat ne cesse de déplorer qu’on ne _« le laisse pas descendre du train »_, fait mine de se fâcher de ne pouvoir organiser une _« conférence »_ sans qu’elle ne se transforme en meeting.
Après avoir débattu avec la ministre du travail espagnole, Yolanda Diaz, espoir de la gauche dans son pays, il devait laisser cette année Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, et Manuel Bompard, député des Bouches-du-Rhône et coordinateur de LFI, intervenir dans le meeting de conclusion des universités d’été. Et surjoue son désintérêt pour les affaires courantes : _« Moi je suis en retrait, pourquoi vous n’engueulez pas Panot, ça me ferait de l’air pour une fois, c’est elle qui préside, s’ils s’engueulent ce n’est pas ma faute ! »_ Ami de longue date de Jean-Luc Mélenchon, René Revol, maire de Grabels (Hérault), explicite : _« Aujourd’hui ce sont eux qui sont responsables, ça ne veut pas dire qu’il a disparu. Il est toujours au centre, ça ne signifie pas qu’il est absent ou qu’il a pris sa retraite. »_
[Julie Carriat(envoyée spéciale à Valence)](https://www.lemonde.fr/signataires/julie-carriat/)
Ouvrir au centre gauche, ça n’intéresse pas JLM qui pourrait y perdre énormément. Il préfère être le champion de sa cours de récré (et maître des cordons de la bourse qui va avec…) que de remettre en jeu son titre à un niveau supérieur.
> « Est-ce qu’on a une chance que, Ruffin, vous vous présentiez un jour comme candidat à la présidentielle ? » La question restera sans réponse.
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