**Deux juges d’instruction estiment qu’il existe suffisamment de charges contre l’ancien patron des services du renseignement intérieur sous la présidence Sarkozy. Il lui est notamment reproché d’avoir utilisé les moyens de l’État au profit d’intérêts privés, comme ceux de la multinationale LVMH.**
Le 28 juin 2021, avant de quitter le cabinet d’instruction où il a été interrogé pendant dix heures par les juges Aude Buresi et Virginie Tilmont, l’ancien homme fort des services secrets intérieurs français, Bernard Squarcini, esquisse un regret, presque un remords : *« J’ai pu apparaître désinvolte, mais j’ai exercé ce métier pendant 35 ans. Je vis dans le renseignement depuis toute cette période et dans une espèce de routine. On m’appelle souvent, je dis que je suis informé, même si je ne le suis pas. Il y a des fois où on en rajoute un peu. En tout cas, si j’ai pu enfreindre certains textes, je n’y ai pas vu l’infraction mais une certaine continuité avec mes activités au service de la République. »*
Deux ans plus tard, les deux mêmes juges ont finalement décidé, ce 1er septembre, de renvoyer l’ex-maître-espion de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel afin d’y être jugé – à une date encore inconnue – pour onze délits différents, selon des informations de Mediapart, confirmant celles de l’AFP.
L’affaire, tentaculaire, porte sur la manière dont Bernard Squarcini a, quand il était en fonctions entre 2007 et 2012, utilisé les moyens des services secrets qu’il dirigeait au profit du milliardaire Bernard Arnault ou fait espionner illégalement l’un de ses propres agents ; puis, à partir de 2012, une fois reconverti dans le privé, la manière dont il a continué d’utiliser ses réseaux au sein de l’État, essentiellement au bénéfice de la multinationale LVMH, jusqu’à faire surveiller le futur député François Ruffin (La France insoumise), la bête noire de Bernard Arnault.
Au terme de leurs investigations, les juges estiment avoir réuni suffisamment de charges à l’encontre de l’ex-chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, aujourd’hui DGSI) : **« atteinte au secret des correspondances », « abus de confiance », « faux en écriture publique », « complicité de violation du secret profession » et « recel », « compromission du secret défense », « recel de collecte frauduleuse de données personnelles », « trafic d’influence passif », « détournement de fonds publics », « complicité de l’exercice illégal de la profession d’agent de recherches privées ».**
*« Cette décision est malheureusement sans surprise, mais surtout sans considération aucune des nombreux moyens soulevés et des plus élémentaires explications données par M. Squarcini durant ces douze années d’instruction »*, a réagi auprès de Mediapart Me Marie-Alix Canu-Bernard, l’avocate de celui qui fut surnommé « Le Squale » du temps de sa splendeur. Bernard Squarcini, qui est présumé innocent, a par ailleurs profité d’un non-lieu concernant cinq autres délits pour lesquels il avait été mis en examen.
À ses côtés, dix autres personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel, selon l’ordonnance de 237 pages signée par les juges. Un drôle d’aréopage, où l’on retrouve des anciens policiers, un préfet, un ancien agent des Renseignements généraux et deux autres de la DCRI, un ex-magistrat ou des barbouzes privées.
**« Il s’agit d’un dossier emblématique de la privatisation des renseignements, notamment par celui qui devait être garant du respect de la mission de service public dont il était chargé »**, commentent les avocats Mes William Bourdon et Vincent Brengarth, qui défendent l’une des parties civiles dans le dossier. Il s’agit en l’occurrence d’un ancien agent de la DCRI, Frank A., par lequel toute l’affaire Squarcini a débuté judiciairement.
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**Deux juges d’instruction estiment qu’il existe suffisamment de charges contre l’ancien patron des services du renseignement intérieur sous la présidence Sarkozy. Il lui est notamment reproché d’avoir utilisé les moyens de l’État au profit d’intérêts privés, comme ceux de la multinationale LVMH.**
Le 28 juin 2021, avant de quitter le cabinet d’instruction où il a été interrogé pendant dix heures par les juges Aude Buresi et Virginie Tilmont, l’ancien homme fort des services secrets intérieurs français, Bernard Squarcini, esquisse un regret, presque un remords : *« J’ai pu apparaître désinvolte, mais j’ai exercé ce métier pendant 35 ans. Je vis dans le renseignement depuis toute cette période et dans une espèce de routine. On m’appelle souvent, je dis que je suis informé, même si je ne le suis pas. Il y a des fois où on en rajoute un peu. En tout cas, si j’ai pu enfreindre certains textes, je n’y ai pas vu l’infraction mais une certaine continuité avec mes activités au service de la République. »*
Deux ans plus tard, les deux mêmes juges ont finalement décidé, ce 1er septembre, de renvoyer l’ex-maître-espion de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel afin d’y être jugé – à une date encore inconnue – pour onze délits différents, selon des informations de Mediapart, confirmant celles de l’AFP.
L’affaire, tentaculaire, porte sur la manière dont Bernard Squarcini a, quand il était en fonctions entre 2007 et 2012, utilisé les moyens des services secrets qu’il dirigeait au profit du milliardaire Bernard Arnault ou fait espionner illégalement l’un de ses propres agents ; puis, à partir de 2012, une fois reconverti dans le privé, la manière dont il a continué d’utiliser ses réseaux au sein de l’État, essentiellement au bénéfice de la multinationale LVMH, jusqu’à faire surveiller le futur député François Ruffin (La France insoumise), la bête noire de Bernard Arnault.
Au terme de leurs investigations, les juges estiment avoir réuni suffisamment de charges à l’encontre de l’ex-chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, aujourd’hui DGSI) : **« atteinte au secret des correspondances », « abus de confiance », « faux en écriture publique », « complicité de violation du secret profession » et « recel », « compromission du secret défense », « recel de collecte frauduleuse de données personnelles », « trafic d’influence passif », « détournement de fonds publics », « complicité de l’exercice illégal de la profession d’agent de recherches privées ».**
*« Cette décision est malheureusement sans surprise, mais surtout sans considération aucune des nombreux moyens soulevés et des plus élémentaires explications données par M. Squarcini durant ces douze années d’instruction »*, a réagi auprès de Mediapart Me Marie-Alix Canu-Bernard, l’avocate de celui qui fut surnommé « Le Squale » du temps de sa splendeur. Bernard Squarcini, qui est présumé innocent, a par ailleurs profité d’un non-lieu concernant cinq autres délits pour lesquels il avait été mis en examen.
À ses côtés, dix autres personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel, selon l’ordonnance de 237 pages signée par les juges. Un drôle d’aréopage, où l’on retrouve des anciens policiers, un préfet, un ancien agent des Renseignements généraux et deux autres de la DCRI, un ex-magistrat ou des barbouzes privées.
**« Il s’agit d’un dossier emblématique de la privatisation des renseignements, notamment par celui qui devait être garant du respect de la mission de service public dont il était chargé »**, commentent les avocats Mes William Bourdon et Vincent Brengarth, qui défendent l’une des parties civiles dans le dossier. Il s’agit en l’occurrence d’un ancien agent de la DCRI, Frank A., par lequel toute l’affaire Squarcini a débuté judiciairement.