Paywall. Vous pourriez poster en commentaire svp ?
Frappé, en 2023? Ca aura mis son temps
Docteur en science politique et auteur de plusieurs ouvrages, Nedjib Sidi Moussa enseigne l’histoire-géographie depuis plusieurs années, en
banlieue parisienne, comme vacataire. Une expérience qu’il raconte dans son dernier essai, « Le remplaçant » (L’échappée), sous forme de journal de bord, qui permet de saisir la difficulté d’enseigner aujourd’hui à des adolescents.
Marianne : Depuis des années, vous êtes professeur contractuel, un
statut précaire. Pouvez-vous revenir dessus ?
Nedjib Sidi Moussa : Après avoir enseigné plusieurs années dans le supérieur, essentiellement en tant que vacataire, je suis devenu professeur contractuel d’histoire-géographie dans le secondaire. De source ministérielle, la part des enseignants non titulaires au sein de l’Éducation nationale s’élève à 7,5 % (soit 65 000 personnes). Mais ce chiffre, en hausse depuis 2010, masque de fortes disparités spatiales. En effet, dans certains établissements jugés « difficiles », les
contractuels peuvent représenter jusqu’à un tiers du corps enseignant. Sans même parler d’autres catégories comme les assistants d’éducation (AED) ou les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
Ce statut semble peu défendu par les syndicats et vous notez que les
titulaires vous prennent souvent de haut…
Face à ce phénomène, les directions syndicales peuvent donner le sentiment de ne pas en faire assez. Néanmoins, j’aimerais rappeler que le taux de syndicalisation des enseignants est passé de 45 % au début des années 1990 à 30 %. Ensuite, les syndicats regroupent surtout des titulaires qui ont passé un concours après leurs études et sont attachés au statut de fonctionnaire dont ils craignent la remise en cause. Enfin, si les syndicats revendiquent la titularisation des contractuels, les modalités varient selon les organisations.
Mais cette question ne saurait être réglée sans la participation des premiers intéressés considérés comme des variables d’ajustement ou des menaces pour la fonction publique. C’est à cette aune qu’il faut comprendre l’attitude méfiante, voire méprisante, de certains titulaires à l’égard des contractuels. Je tiens toutefois à souligner le comportement exemplaire de nombreux autres collègues attachés au service
public, sans esprit corporatiste.
Vous soulignez que vos élèves sont le fruit « des mutations profondes
qui ont transformé des décennies durant les classes populaires ».
Qu’entendez-vous par-là ?
Mes élèves, des préadolescents au collège ou des adolescents au lycée, sont avant toute chose des enfants de la société française et du XXIe siècle. Dans leur grande majorité, ils partagent les goûts musicaux, le
style vestimentaire ou encore la façon de parler des jeunes de leur génération. Mais ils présentent aussi d’autres caractéristiques propres à leur milieu. En effet, j’ai été systématiquement affecté dans des établissements classés en Réseau d’éducation prioritaire (REP), dans des quartiers défavorisés de la banlieue parisienne que l’on désigne pudiquement par l’expression « quartiers populaires ».
Par conséquent, mes élèves sont aussi, pour la plupart, des enfants des segments les plus fragilisés du prolétariat de ce pays, dont les parents ou grands-parents sont souvent nés au Maghreb ou en Afrique subsaharienne, tout en affirmant une sensibilité religieuse, surtout musulmane, et plus rarement chrétienne. De mémoire, un seul de mes
collégiens s’est présenté comme athée en réaction à la religiosité ambiante. Au regard de mon expérience – puisque je viens, à peu de chose près, du même milieu et que j’ai aussi travaillé, durant mes études, comme animateur et AED auprès de publics modestes –, les mutations qui m’ont le plus frappé concernent le rapport à la technologie, à commencer par l’usage tout à fait nocif des smartphones, d’internet et autres
réseaux sociaux.
Ensuite, j’ai constaté l’ampleur de la dépolitisation, ou du caractère « exotique » de la vie politique, chez l’écrasante majorité de mes élèves qui n’ont jamais vu de militant ou de syndicaliste. Enfin, j’ai remarqué l’influence déplorable de la criminalité, en particulier chez les garçons, qui véhicule un mode de vie basé sur l’argent, le pouvoir et la
violence, aux antipodes des valeurs promues par le vieux mouvement socialiste.
Vos élèves semblent très préoccupés par vos origines…
Si mes élèves ont statistiquement plus de chances d’avoir en face d’eux une enseignante plutôt qu’un enseignant – puisque le métier est surtout exercé par des femmes – il est moins probable, en particulier dans ma discipline, de tomber sur un professeur qui porte un patronyme similaire au mien et qui recèle donc quelque chose de « familier » chez certains d’entre eux, voire de « mystérieux » puisque je m’amusais à ne pas répondre à leurs questions sur mes origines.
Mais le plus important réside à mon avis dans le fait que ces jeunes se trouvent à une période cruciale de leur vie, entre l’enfance et l’âge adulte, ce que semblent oublier les personnes promptes à les stigmatiser en raison de leurs agissements. En réalité, quand ils m’interrogent sur
mes origines, c’est un moyen de parler des leurs ou de celles de leurs camarades, et par extension de leur place dans cette société. Rien que de plus normal quand son histoire familiale est marquée par l’immigration.
J’ai jamais vraiment su ce que NSM foutait chez Marianne, ce mec est brillant. Son bouquin sur la fabrique contemporaine de la figure du musulman et son travail sur l’Algérie période révolutionnaire valent vraiment la peine.
Même la citation reflète pas l’entretien… Une sensation de gâchis.
Dommage qu’il n’explique ni n’illustre la nocivité dont il parle, mais j’imagine que c’est surtout pour pas spoiler son bouquin. Finalement, comme dit OP, le titre est putaclic et se base sur 1 phrase de l’article, le reste parle de la question identitaire. Dommage mais Marianne.
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Paywall. Vous pourriez poster en commentaire svp ?
Frappé, en 2023? Ca aura mis son temps
Docteur en science politique et auteur de plusieurs ouvrages, Nedjib Sidi Moussa enseigne l’histoire-géographie depuis plusieurs années, en
banlieue parisienne, comme vacataire. Une expérience qu’il raconte dans son dernier essai, « Le remplaçant » (L’échappée), sous forme de journal de bord, qui permet de saisir la difficulté d’enseigner aujourd’hui à des adolescents.
Marianne : Depuis des années, vous êtes professeur contractuel, un
statut précaire. Pouvez-vous revenir dessus ?
Nedjib Sidi Moussa : Après avoir enseigné plusieurs années dans le supérieur, essentiellement en tant que vacataire, je suis devenu professeur contractuel d’histoire-géographie dans le secondaire. De source ministérielle, la part des enseignants non titulaires au sein de l’Éducation nationale s’élève à 7,5 % (soit 65 000 personnes). Mais ce chiffre, en hausse depuis 2010, masque de fortes disparités spatiales. En effet, dans certains établissements jugés « difficiles », les
contractuels peuvent représenter jusqu’à un tiers du corps enseignant. Sans même parler d’autres catégories comme les assistants d’éducation (AED) ou les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
Ce statut semble peu défendu par les syndicats et vous notez que les
titulaires vous prennent souvent de haut…
Face à ce phénomène, les directions syndicales peuvent donner le sentiment de ne pas en faire assez. Néanmoins, j’aimerais rappeler que le taux de syndicalisation des enseignants est passé de 45 % au début des années 1990 à 30 %. Ensuite, les syndicats regroupent surtout des titulaires qui ont passé un concours après leurs études et sont attachés au statut de fonctionnaire dont ils craignent la remise en cause. Enfin, si les syndicats revendiquent la titularisation des contractuels, les modalités varient selon les organisations.
Mais cette question ne saurait être réglée sans la participation des premiers intéressés considérés comme des variables d’ajustement ou des menaces pour la fonction publique. C’est à cette aune qu’il faut comprendre l’attitude méfiante, voire méprisante, de certains titulaires à l’égard des contractuels. Je tiens toutefois à souligner le comportement exemplaire de nombreux autres collègues attachés au service
public, sans esprit corporatiste.
Vous soulignez que vos élèves sont le fruit « des mutations profondes
qui ont transformé des décennies durant les classes populaires ».
Qu’entendez-vous par-là ?
Mes élèves, des préadolescents au collège ou des adolescents au lycée, sont avant toute chose des enfants de la société française et du XXIe siècle. Dans leur grande majorité, ils partagent les goûts musicaux, le
style vestimentaire ou encore la façon de parler des jeunes de leur génération. Mais ils présentent aussi d’autres caractéristiques propres à leur milieu. En effet, j’ai été systématiquement affecté dans des établissements classés en Réseau d’éducation prioritaire (REP), dans des quartiers défavorisés de la banlieue parisienne que l’on désigne pudiquement par l’expression « quartiers populaires ».
Par conséquent, mes élèves sont aussi, pour la plupart, des enfants des segments les plus fragilisés du prolétariat de ce pays, dont les parents ou grands-parents sont souvent nés au Maghreb ou en Afrique subsaharienne, tout en affirmant une sensibilité religieuse, surtout musulmane, et plus rarement chrétienne. De mémoire, un seul de mes
collégiens s’est présenté comme athée en réaction à la religiosité ambiante. Au regard de mon expérience – puisque je viens, à peu de chose près, du même milieu et que j’ai aussi travaillé, durant mes études, comme animateur et AED auprès de publics modestes –, les mutations qui m’ont le plus frappé concernent le rapport à la technologie, à commencer par l’usage tout à fait nocif des smartphones, d’internet et autres
réseaux sociaux.
Ensuite, j’ai constaté l’ampleur de la dépolitisation, ou du caractère « exotique » de la vie politique, chez l’écrasante majorité de mes élèves qui n’ont jamais vu de militant ou de syndicaliste. Enfin, j’ai remarqué l’influence déplorable de la criminalité, en particulier chez les garçons, qui véhicule un mode de vie basé sur l’argent, le pouvoir et la
violence, aux antipodes des valeurs promues par le vieux mouvement socialiste.
Vos élèves semblent très préoccupés par vos origines…
Si mes élèves ont statistiquement plus de chances d’avoir en face d’eux une enseignante plutôt qu’un enseignant – puisque le métier est surtout exercé par des femmes – il est moins probable, en particulier dans ma discipline, de tomber sur un professeur qui porte un patronyme similaire au mien et qui recèle donc quelque chose de « familier » chez certains d’entre eux, voire de « mystérieux » puisque je m’amusais à ne pas répondre à leurs questions sur mes origines.
Mais le plus important réside à mon avis dans le fait que ces jeunes se trouvent à une période cruciale de leur vie, entre l’enfance et l’âge adulte, ce que semblent oublier les personnes promptes à les stigmatiser en raison de leurs agissements. En réalité, quand ils m’interrogent sur
mes origines, c’est un moyen de parler des leurs ou de celles de leurs camarades, et par extension de leur place dans cette société. Rien que de plus normal quand son histoire familiale est marquée par l’immigration.
J’ai jamais vraiment su ce que NSM foutait chez Marianne, ce mec est brillant. Son bouquin sur la fabrique contemporaine de la figure du musulman et son travail sur l’Algérie période révolutionnaire valent vraiment la peine.
Même la citation reflète pas l’entretien… Une sensation de gâchis.
Dommage qu’il n’explique ni n’illustre la nocivité dont il parle, mais j’imagine que c’est surtout pour pas spoiler son bouquin. Finalement, comme dit OP, le titre est putaclic et se base sur 1 phrase de l’article, le reste parle de la question identitaire. Dommage mais Marianne.