Le président du COR, critiqué par Elisabeth Borne pendant la réforme des retraites, sur la sellette

by coadmin_FR

4 comments
  1. **Le pouvoir exécutif a contacté plusieurs personnes pour remplacer Pierre-Louis Bras à la tête du Conseil d’orientation des retraites. La première ministre l’avait directement critiqué pour avoir minimisé le besoin d’une réforme, au printemps.**

    L’exécutif tâte le terrain. Selon nos informations, les services de l’Etat ont sollicité plusieurs personnalités, au printemps et peu avant la coupure estivale, pour prendre la présidence du Conseil d’orientation des retraites (COR), en remplacement de Pierre-Louis Bras. Ce travail d’approche n’a, pour le moment, débouché sur aucune prise de décision. Si le départ de l’actuel titulaire de la fonction semble ne pas encore être acté, le seul fait qu’il soit envisagé retient l’attention : ces derniers mois, l’intéressé a été directement critiqué par le pouvoir en place, au motif qu’il aurait contribué à semer la confusion dans le débat autour de la réforme des retraites.
    Le dossier est suivi par l’Elysée, en lien avec Matignon : la nomination du président du COR, à la discrétion du gouvernement, fait l’objet d’un décret du président de la République, « sur le rapport » de la première ministre. Au moins quatre personnes ont été contactées pour remplacer M. Bras.
    Parmi elles, il y a Eric Aubry, actuellement conseiller spécial de Gérard Larcher (Les Républicains), le président du Sénat, et ancien membre du cabinet de François Fillon quand ce dernier était à Matignon (2007-2012). M. Aubry connaît très bien le sujet des retraites, notamment pour avoir été l’un des artisans de la réforme de novembre 2010 qui avait reporté à 62 ans l’âge légal d’ouverture des droits à une pension.

    **Contexte tendu**

    C’est en 2015 que M. Bras a été désigné président du COR, un organe chargé de produire, chaque année, un rapport afin d’éclairer les décideurs publics et la population sur « les perspectives à moyen et long terme » de notre système par répartition. Placée auprès de la première ministre, l’institution est composée de parlementaires, de hauts fonctionnaires, d’experts et de représentants des partenaires sociaux.
    Compte tenu du temps que M. Bras a passé à son poste, la démarche consistant à lui trouver un successeur ne paraît pas illégitime. Mais elle intervient dans un contexte tendu, le président du COR – un inspecteur général des affaires sociales qui a été conseiller de plusieurs ministres socialistes durant sa carrière – étant clairement pointé du doigt à la suite de prises de parole jugées provocatrices.
    Dans Le Parisien du 9 avril, la première ministre, Elisabeth Borne lui avait reproché d’avoir « brouillé les esprits », alors qu’elle cherchait à convaincre l’opinion qu’il fallait reporter à 64 ans l’âge légal de départ pour ramener le système à l’équilibre. La première ministre faisait allusion aux propos de M. Bras, lors d’une audition à l’Assemblée nationale : le 19 janvier, il avait expliqué que les dépenses de retraites « ne dérapent pas », tout en précisant que le rapport du COR de 2022 prévoyait des déficits durables. Mais beaucoup n’avaient retenu que l’idée selon laquelle la situation restait sous contrôle et ne nécessitait pas, par conséquent, de réforme.
    Le 23 janvier, lors de ses vœux à la presse à Matignon, Mme Borne avait déjà laissé poindre son agacement, estimant que M. Bras était « peut-être » amené à avoir « une position assez personnelle sur les travaux » de l’institution qu’il préside.

    **« Irresponsabilité »**

    D’autres accrochages se sont produits, en particulier lorsque le COR a rendu son rapport annuel, le 22 juin. Celui-ci indique que le système de retraites pourrait ne pas être à l’équilibre en 2030, alors que c’est le premier objectif de la réforme promulguée le 14 avril. Fureur du gouvernement et de parlementaires qui le soutiennent. « Vous voyez bien que ses prévisions changent tout le temps », a accusé Bruno Le Maire, le ministre de l’économie. Sous-entendu : tantôt le COR prétend qu’il n’y a pas de dérive, tantôt il affirme que le « trou » dans la caisse va rester béant durant plusieurs décennies.
    Olivier Dussopt s’est, lui aussi, interrogé sur cet organe qui concluait, en début d’année, qu’« il n’y a pas le feu au lac », selon la formule du ministre du travail. Des députés de la majorité sont par ailleurs montés à l’assaut. « Irresponsabilité », s’est indigné Pierre Cazeneuve (Renaissance, Hauts-de-Seine), tandis que son collègue Nicolas Turquois (MoDem, Vienne) a dénoncé un « dysfonctionnement ».
    La charge a été si vigoureuse que le COR y a répondu en diffusant – fait exceptionnel – un communiqué de presse. Il a souligné que son rapport parvenait à des projections sur la situation financière du système qui ne sont guère différentes de celles établies en 2022, tout en relevant une amélioration des comptes à l’horizon 2030 du fait de la réforme.
    L’été venu, pourtant, la tension entre l’exécutif et le président du COR n’était toujours pas retombée. Le 12 juillet, lors des questions au gouvernement au Sénat, Elisabeth Borne avait même accusé l’organisme de n’avoir pas « pleinement joué son rôle ces derniers temps », du fait de travaux ayant prêté à « toutes sortes d’interprétations et d’expressions, éloignant ainsi le COR de sa mission originelle ».
    **Bertrand Bissuel**

  2. Tu m’étonnes… Inventer la convention EEC et étendre la participation légale de l’état aux caisses de fonctionnaires aux budget général des retraites c’était un sacré coup de pute.

  3. Ahaha la joie des Macronistes dans ce sous!

    Preuve que c’est bien une mise à l’écart politique qui n’a rien à voir avec ses compétences.

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