> Dans une exposition présentée en ce moment au Musée du domaine royal de Marly, dans les Yvelines, une toile du XVIIe siècle montre un courtisan paré d’artifices galants – chemise à dentelles, perruque, yeux maquillés et éventail à la main – à la conquête d’une belle inconnue. Intitulée Séduction et Pouvoir, l’exposition mêle érotisme, enjeux amoureux et politiques. Pendant ce temps, à la Fondation Cartier, à Paris, le célèbre sculpteur Ron Mueck met en scène une vision de l’homme contemporain à travers sa spectaculaire installation Man in a Boat : seul dans une petite barque flottant au milieu de l’espace, un homme nu, assis à la proue, se penche, le regard interrogatif sur l’avenir.
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> Le contraste entre les deux scènes est saisissant. La première exalte le badinage amoureux – baptisé de nos jours la « drague » –, en évoquant un archétype d’homme joueur, impertinent et séducteur ; la seconde, dans une esthétique hyperréaliste, décrit le masculin qui observe le masculin, décollé du mythe de la virilité et plongé dans une profonde solitude.
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> «Le terme très à la mode en ce moment est “le mal du mâle”, avance le psychiatre Tommy Burté, fils de la réputée sexologue Carol Burté. Les relations entre les sexes se sont tendues, et les hommes ne savent plus trop comment s’y prendre avec les femmes.» Six ans après la déferlante MeToo – entraînant dans son sillage une véritable révolution culturelle dans le domaine des relations entre les sexes –, beaucoup d’hommes confient avoir perdu le cap, surtout en matière de séduction. «Virilité abusive…» chante Eddy de Pretto dans son tube Kid, dénonçant les clichés masculins et invitant à s’en affranchir. Au détour du refrain d’une chanson, sur les écrans du cinéma, les réseaux sociaux et dans la rue, la masculinité est questionnée, décortiquée, déconstruite… et la formule de Bourdieu «être un homme peut relever autant du privilège que du piège» est plus pertinente que jamais.
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> Parmi les questionnements engendrés par les débats MeToo et les dérives du harcèlement, il en est un qui revient constamment : peut-on encore aborder une femme aujourd’hui dans la rue ou lors d’une soirée sans passer pour un importun ? «Draguer est une entreprise à risque qui demande du tact», assure Alexandre, photographe quadragénaire parisien. «L’image des hommes a pris un sacré coup avec les flots de révélations sur le harcèlement et les agressions sexuelles, poursuit-il. Beaucoup de femmes sont en colère. Il est normal qu’on se questionne et qu’on écoute ce qu’elles réclament, surtout dans le contexte de la séduction.»
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> Selon Tommy Burté, la vague MeToo a modifié le comportement des hommes en matière de drague : «Chez les anxieux, elle a provoqué un effet d’inhibition très important. D’autres, au contraire, ceux à tendance narcissique, se lancent dans un mode de drague encore plus agressif pour le plaisir de dépasser les limites » Ceux-là sont rapidement disqualifiés. Et puis, il y a tous les autres, la majorité, qui poursuivent leurs approches en étant encore plus attentifs aux notions de respect, tâtonnent… non sans quelques hésitations. Ludovic, designer de 50 ans, confie : «Avant, il m’arrivait d’approcher une femme dans une soirée, dans un café, parfois même dans le métro. C’était un jeu silencieux, basé sur un langage corporel, un échange de regards, de sourires. Si elle m’envoyait un signal, je m’approchais.» Le «signal» dont parle Ludovic est toujours au cœur du sujet : «Tout se joue là, explique la psychologue sexothérapeute Éléonore Bereni. La limite fragile entre la séduction et le harcèlement est le consentement. Il se manifeste au préalable par une série d’expressions du visage qui autorise un début d’échange – avant un accord verbal clair.
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> La plupart des hommes arrivent à décrypter ces premiers messages, mais il est vrai que, dans la configuration sociétale actuelle qui engendre la méfiance, beaucoup d’entre eux se font moins confiance et s’autocensurent.» «Maintenant, je cogite, je me pose mille questions, poursuit Ludovic. En fait, j’ai arrêté de draguer. Je préfère attendre que les femmes prennent l’initiative.» Pourtant, un sondage Ifop révèle qu’aujourd’hui 9 femmes sur 10 préfèrent toujours que l’homme fasse le premier pas. Le flottement actuel se révèle dans ces paradoxes, ces envies contraires, qui racontent une mutation en cours. Dans une interview récente, la réalisatrice Maïwenn, un brin provocatrice, a dit : «J’espère que les hommes me siffleront dans la rue toute ma vie !» Une réaction qui fait, d’une certaine façon, écho à une tribune du Monde, parue en 2018, qui avait fait polémique, dans laquelle la psychanalyste Sarah Chiche, l’auteure Catherine Millet ou encore Catherine Deneuve soutenaient que «la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste». Les aspirations de chacun(e) sont à réajuster…
J’ai arrêté depuis 2 ans car :
– trop moche
– pas drôle
– trop pauvre
Je me suis lancé très tardivement dans la séduction pour toutes ces raisons et c’est extrêmement difficile. Quand on est anxieux on a toujours peur de mal faire, de blesser, d’être dangereux, d’être mal perçu. On a honte de simplement désirer quelqu’un parce que ça nous place implicitement dans une position de menace potentielle.
Et à l’inverse les femmes, prises en tant que groupe, ne prennent presque jamais d’initiative, ne font presque jamais le premier pas. On se retrouve à subir ces injonctions contradictoires horribles qui font qu’on doit à la fois être entreprenant et confiant en soi, et en même temps toujours être sur des œufs de peur d’être perçu comme un creep ou pire. On attend une autorisation d’aller plus loin qui ne vient souvent jamais, ou pas assez clairement pour qu’on puisse oser prendre le risque.
La vérité est que les femmes n’ont pas pris collectivement leur responsabilité sur le partage du travail de séduction qui est la conséquence logique de ce qui s’est passé ces dernière années. Je l’ai déjà dit car je le pense profondément : la vraie égalité sera (notamment) atteinte quand les femmes auront le courage de se comporter comme ont attend des hommes qu’ils se comportent partout, y compris quand ça les arrange moins, en ce compris sur le plan de la drague.
Merci d’avoir posté l’article en commentaire, c’était une lecture sympa.
Le trouve que le titre transmet mal le message de l’article, comme quoi les codes sont en mutation.
Et j’approuve totalement l’idée de chercher l’élégance plutôt que la drague. Beaucoup moins cliché, plus nuancée.
4 comments
> Dans une exposition présentée en ce moment au Musée du domaine royal de Marly, dans les Yvelines, une toile du XVIIe siècle montre un courtisan paré d’artifices galants – chemise à dentelles, perruque, yeux maquillés et éventail à la main – à la conquête d’une belle inconnue. Intitulée Séduction et Pouvoir, l’exposition mêle érotisme, enjeux amoureux et politiques. Pendant ce temps, à la Fondation Cartier, à Paris, le célèbre sculpteur Ron Mueck met en scène une vision de l’homme contemporain à travers sa spectaculaire installation Man in a Boat : seul dans une petite barque flottant au milieu de l’espace, un homme nu, assis à la proue, se penche, le regard interrogatif sur l’avenir.
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> Le contraste entre les deux scènes est saisissant. La première exalte le badinage amoureux – baptisé de nos jours la « drague » –, en évoquant un archétype d’homme joueur, impertinent et séducteur ; la seconde, dans une esthétique hyperréaliste, décrit le masculin qui observe le masculin, décollé du mythe de la virilité et plongé dans une profonde solitude.
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> «Le terme très à la mode en ce moment est “le mal du mâle”, avance le psychiatre Tommy Burté, fils de la réputée sexologue Carol Burté. Les relations entre les sexes se sont tendues, et les hommes ne savent plus trop comment s’y prendre avec les femmes.» Six ans après la déferlante MeToo – entraînant dans son sillage une véritable révolution culturelle dans le domaine des relations entre les sexes –, beaucoup d’hommes confient avoir perdu le cap, surtout en matière de séduction. «Virilité abusive…» chante Eddy de Pretto dans son tube Kid, dénonçant les clichés masculins et invitant à s’en affranchir. Au détour du refrain d’une chanson, sur les écrans du cinéma, les réseaux sociaux et dans la rue, la masculinité est questionnée, décortiquée, déconstruite… et la formule de Bourdieu «être un homme peut relever autant du privilège que du piège» est plus pertinente que jamais.
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> Parmi les questionnements engendrés par les débats MeToo et les dérives du harcèlement, il en est un qui revient constamment : peut-on encore aborder une femme aujourd’hui dans la rue ou lors d’une soirée sans passer pour un importun ? «Draguer est une entreprise à risque qui demande du tact», assure Alexandre, photographe quadragénaire parisien. «L’image des hommes a pris un sacré coup avec les flots de révélations sur le harcèlement et les agressions sexuelles, poursuit-il. Beaucoup de femmes sont en colère. Il est normal qu’on se questionne et qu’on écoute ce qu’elles réclament, surtout dans le contexte de la séduction.»
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> Selon Tommy Burté, la vague MeToo a modifié le comportement des hommes en matière de drague : «Chez les anxieux, elle a provoqué un effet d’inhibition très important. D’autres, au contraire, ceux à tendance narcissique, se lancent dans un mode de drague encore plus agressif pour le plaisir de dépasser les limites » Ceux-là sont rapidement disqualifiés. Et puis, il y a tous les autres, la majorité, qui poursuivent leurs approches en étant encore plus attentifs aux notions de respect, tâtonnent… non sans quelques hésitations. Ludovic, designer de 50 ans, confie : «Avant, il m’arrivait d’approcher une femme dans une soirée, dans un café, parfois même dans le métro. C’était un jeu silencieux, basé sur un langage corporel, un échange de regards, de sourires. Si elle m’envoyait un signal, je m’approchais.» Le «signal» dont parle Ludovic est toujours au cœur du sujet : «Tout se joue là, explique la psychologue sexothérapeute Éléonore Bereni. La limite fragile entre la séduction et le harcèlement est le consentement. Il se manifeste au préalable par une série d’expressions du visage qui autorise un début d’échange – avant un accord verbal clair.
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> La plupart des hommes arrivent à décrypter ces premiers messages, mais il est vrai que, dans la configuration sociétale actuelle qui engendre la méfiance, beaucoup d’entre eux se font moins confiance et s’autocensurent.» «Maintenant, je cogite, je me pose mille questions, poursuit Ludovic. En fait, j’ai arrêté de draguer. Je préfère attendre que les femmes prennent l’initiative.» Pourtant, un sondage Ifop révèle qu’aujourd’hui 9 femmes sur 10 préfèrent toujours que l’homme fasse le premier pas. Le flottement actuel se révèle dans ces paradoxes, ces envies contraires, qui racontent une mutation en cours. Dans une interview récente, la réalisatrice Maïwenn, un brin provocatrice, a dit : «J’espère que les hommes me siffleront dans la rue toute ma vie !» Une réaction qui fait, d’une certaine façon, écho à une tribune du Monde, parue en 2018, qui avait fait polémique, dans laquelle la psychanalyste Sarah Chiche, l’auteure Catherine Millet ou encore Catherine Deneuve soutenaient que «la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste». Les aspirations de chacun(e) sont à réajuster…
J’ai arrêté depuis 2 ans car :
– trop moche
– pas drôle
– trop pauvre
Je me suis lancé très tardivement dans la séduction pour toutes ces raisons et c’est extrêmement difficile. Quand on est anxieux on a toujours peur de mal faire, de blesser, d’être dangereux, d’être mal perçu. On a honte de simplement désirer quelqu’un parce que ça nous place implicitement dans une position de menace potentielle.
Et à l’inverse les femmes, prises en tant que groupe, ne prennent presque jamais d’initiative, ne font presque jamais le premier pas. On se retrouve à subir ces injonctions contradictoires horribles qui font qu’on doit à la fois être entreprenant et confiant en soi, et en même temps toujours être sur des œufs de peur d’être perçu comme un creep ou pire. On attend une autorisation d’aller plus loin qui ne vient souvent jamais, ou pas assez clairement pour qu’on puisse oser prendre le risque.
La vérité est que les femmes n’ont pas pris collectivement leur responsabilité sur le partage du travail de séduction qui est la conséquence logique de ce qui s’est passé ces dernière années. Je l’ai déjà dit car je le pense profondément : la vraie égalité sera (notamment) atteinte quand les femmes auront le courage de se comporter comme ont attend des hommes qu’ils se comportent partout, y compris quand ça les arrange moins, en ce compris sur le plan de la drague.
Merci d’avoir posté l’article en commentaire, c’était une lecture sympa.
Le trouve que le titre transmet mal le message de l’article, comme quoi les codes sont en mutation.
Et j’approuve totalement l’idée de chercher l’élégance plutôt que la drague. Beaucoup moins cliché, plus nuancée.