«Les PowerPoint et les tableaux Excel croisés, c’est fini»: comment l’IA bouleverse le métier de consultant

by iTouneCorloi

7 comments
  1. **ENQUÊTE – Dans les grands cabinets, les dirigeants s’attendent à une montée en gamme du consulting. Ce qui pourrait accélérer la concentration du secteur.**

    «On m’a dit, pour résumer, que ChatGPT pouvait faire mon travail, en moins bien certes mais à moindre coût. Et puis, j’ai été gentiment remerciée», raconte au Figaro Laura, une jeune consultante. En cette rentrée 2023, la mission de cette diplômée de l’Edhec au sein du siège social d’une grande banque française n’a finalement pas été renouvelée, faute de valeur ajoutée…

    Face à la révolution de l’intelligence artificielle (IA) générative, un profond sentiment d’inquiétude et d’angoisse a commencé à s’installer dans les couloirs de son cabinet de conseil parisien où deux autres collaborateurs ont vu leur mission dans l’univers de la finance et de l’assurance brusquement arrêtées. Car, au fil du développement de ces outils technologiques accessibles depuis quelques mois aux entreprises et au grand public, la recherche comme la synthèse d’informations devient une commodité, promettant alors de bouleverser l’avenir de l’industrie du conseil. Et de terrasser, sur leur passage, quelques-uns de ces «intermédiaires du savoir»…

    **Un modèle pyramidal**

    «Les PowerPoint, les tableaux Excel croisés, les benchmarks primaires (analyses comparatives) et les comptes rendus de réunion, c’est fini!», martèle Paul, manager chez KPMG. «L’IA sonne la disparition du “lounge” consulting: ces petites immersions de court terme chez un client pour facturer des prestations, finalement peu intellectuelles», abonde le trentenaire, qui a gravi les échelons au fil des années au sein de la prestigieuse structure. Dans l’Hexagone, les cabinets de conseil en stratégie constituent depuis des décennies l’une des voies d’entrée royales dans la vie active. Leur renommée continue chaque année d’attirer les diplômés de grandes écoles de commerce et les ingénieurs, qui souhaitent jouir d’une forte employabilité à leur sortie. Dans ce modèle de carrière très pyramidale, les juniors savent qu’ils doivent passer les premiers mois par des tâches très répétitives et des horaires exorbitants afin d’espérer prendre un jour la place de leurs aînés.

    > Une partie importante du travail qui est fait aujourd’hui par des juniors va être automatisée
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    > Gianmarco Monsellato, président de Deloitte France

    «Une partie importante du travail qui est fait aujourd’hui par des juniors va être automatisée», anticipe Gianmarco Monsellato, président de Deloitte France. Les algorithmes d’IA étant capables de traiter et d’analyser de grandes quantités de données de manière rapide, afin de modéliser les étapes de déduction d’un raisonnement. «Nos jeunes équipes apprendront moins les bases du métier sur le terrain. Il faudra repenser en ce sens tous nos modèles de formation», estime ainsi le dirigeant.

    Ces dernières semaines, une partie des membres des Big Four (PwC, Deloitte, EY et KPMG), au même titre que les mastodontes McKinsey, Boston Consulting Group (BCG), Bain & Company ou Accenture, ont mis entre les mains de leurs consultants des outils d’IA génératives «faits maison» ou en partenariat avec Microsoft: ChatPwC depuis le mois de juin chez le Britannique PwC, où la moyenne d’âge ne dépasse pas les 28 ans, ou encore Lilli pour l’américain McKinsey.

    «Avant, il fallait à un consultant deux à trois jours de travail de synthèse pour commencer à analyser un marché. Maintenant, avec Lilli, quelques heures suffisent! La productivité et la valeur ajoutée de l’équipe en sortent gagnantes», glisse Éric Hazan, directeur associé senior chez McKinsey, où près de 32.000 collaborateurs sur 45.000 utilisent désormais la plateforme au quotidien. De son côté, le BCG a entraîné un LLM (Large Language Model) à partir de sa manne de données accumulées au fil des trois dernières décennies…

    L’usage de ces nouvelles technologies pourrait, par ailleurs, répondre à la vague de rébellion (ou prise de conscience tardive, selon les points de vue) qui a traversé la profession ces dernières années. Les jeunes diplômés qui font leur entrée dans le secteur acceptent moins d’être corvéables à souhait au seul nom du prestige… «L’infiltration de l’IA générative dans nos métiers est positive puisque les tâches répétitives sont moins attractives pour nos talents. Le jeune consultant ou juriste préférera se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée plutôt que d’éplucher des dizaines de contrats dans notre data-room», estime de son côté Christophe Desgranges, associé responsable des activités conseil en stratégie et management de PwC France et Maghreb. Le turnover au sein de ces structures demeure très élevé, les collaborateurs restant en moyenne trois à quatre ans dans un cabinet.

    > Mon cabinet anticipe qu’une partie de notre portefeuille clients pourrait se passer de nos services avec l’IA générative
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    > Un consultant chez Sopra Steria

    **L’humain et la machine**

    À l’image de ses concurrents, EY a lancé en mai dernier une étude afin que chacun des responsables de ses métiers dans le conseil et l’audit (incluant les fiscalistes et les juristes) évalue de manière prioritaire les tâches des collaborateurs qui pourraient utiliser l’intelligence artificielle. Avant les premières conclusions et la mise en place du cadre légal européen toujours en discussion à Bruxelles, l’utilisation de ChatGPT pour la production de documents internes comme externes reste interdite.

    «Demain, la grande question sera: aura-t-on besoin de moins de collaborateurs si nous sommes tous des consultants augmentés?», s’interroge Éric Fourel, président d’EY France. Cette année, EY a procédé dans le pays à plus de 2100 recrutements, tous métiers confondus. «À l’image des débats qui occupent aujourd’hui les universités, nous savons qu’il faudra pour l’avenir renforcer l’apprentissage de nos collaborateurs autour de l’esprit critique. Cette qualité intrinsèque à l’humain que la machine ne pourra jamais égaler», abonde le dirigeant.

    «Mon cabinet anticipe qu’une partie de notre portefeuille clients pourrait se passer de nos services avec l’IA générative, confie un consultant chez Sopra Steria. Avec l’espoir de rattraper ce manque à gagner en multipliant nos missions de conseil auprès des entreprises sur leur propre utilisation de ces technologies!» Globalement, dans les grands cabinets, les dirigeants s’attendent à une montée en gamme du consulting. Ce qui pourrait accélérer la concentration du secteur, en laissant de côté les acteurs aux capacités financières plus limitées. «La barrière à l’entrée pour être capable de répondre aux nouvelles demandes des entreprises va être plus élevée», commente Nicolas de Bellefonds, directeur monde de l’activité IA de BCG.

    À la recherche d’un nouveau modèle, la bataille entre les géants du conseil se déportera également sur le terrain des talents, à l’heure où chacun tente de séduire de nouveaux profils spécialistes de la cybersécurité ou des hackeurs éthiques, également très prisés des Gafam, des gouvernements et des start-up. «Plus que jamais, seules les élites qui sortiront des cinq meilleures écoles de commerce de France et des fleurons en ingénierie profiteront de ce mouvement», s’inquiète Myriam, une diplômée de la Toulouse Business School (TBS), dont la candidature à des postes de consultant ne cesse d’être rejetée. «Mon école m’a conseillé de commencer à regarder des opportunités dans le secteur du marketing, même si les rémunérations sont en moyenne moins généreuses», conclut la jeune femme.

  2. En gros les mecs vont faire raquer de plus en plus cher pour laisser bosser les PC a leur place.
    N’oublions pas que le capitalisme promeut l’innovation et le progrès.

  3. Ma foi si ça peut précipiter les gros cabinets de conseil à leur perte lezgo.

  4. S’ils se retrouvent sans emplois, ils peuvent toujours traverser la rue !

  5. > En cette rentrée 2023, la mission de cette diplômée de l’Edhec au sein du siège social d’une grande banque française n’a finalement pas été renouvelée, faute de valeur ajoutée…

    Tout est dit. Si ton boulot de consultant peut être remplacé par ChatGPT, ça en dit pas mal sur le boulot en question …

  6. Contrairement à une idée reçue, l’IA fait disparaître à toute vitesse les emplois de cols blancs en priorité vu qu’on n’est pas près de faire fonctionner une IA de ménage ou de conduite de véhicules et que les robots de manutention pour retourner des burger coutent une fortune, mais que pour les trucs à forte valeur ajoutée tels la médecine, les IA font mieux pour moins cher depuis dix ans, il va falloir en créer des postes de technicien de surface.

    Dans mon secteur ça arrive très vite, je pense qu’au lieu de tenter une vaine seconde reconversion avec les emplois qualifiés qui fondent à vue d’œil à travers le monde, je vais me faire déclarer handicapé ou un truc dans le genre pour mon dos pété, ça au moins ça a de l’avenir.

  7. Schadenfreude et excellente nouvelle. Peut-être que ces cols blancs seront un peu plus sensibles aux ouvriers qui perdent leurs boulot dans les usines, et si de prime cela peut arrêter de faire de ces boîtes aux éthiques de travail dégueulasses (horaires à rallonge, presenteisme, pression, etc…) vous m’en voyez ravi

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