**À partir du 3 octobre, sept personnes comparaîtront au tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs terroriste. Dans ce dossier qui semble bien maigre, les enquêteurs vont jusqu’à considérer comme suspect l’usage de certaines messageries. Récit d’un emballement inquiétant.**
Invité du Face-à-face d’Apolline de Malherbe sur RMC le 5 avril dernier, Gérald Darmanin se livre à l’exercice rituel des ministres de l’Intérieur : il égrène le nombre d’attentats déjoués par ses fonctionnaires. Quarante et un depuis 2017, précise-t-il, dont neuf d’ultradroite et un d’ultragauche, *« avec un groupe qui voulait s’en prendre aux forces de l’ordre fin 2020 »*.
Dans ce *« dossier punks à chien »*, tel qu’il est surnommé par les services de renseignement, six hommes et une femme comparaîtront devant la 16ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Paris à partir du 3 octobre, poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste.
Une première depuis l’affaire de Tarnac il y a quinze ans, quand une « cellule invisible » constituée autour de Julien Coupat avait été accusée d’avoir voulu saboter une ligne TGV. Le précédent est encombrant : cette histoire est devenue le symbole des errements de la justice antiterroriste, qui agit parfois comme une fabrique à fantasmes. Après dix ans de procédure, les prévenus ont été relaxés, et une magistrate a fini par imposer le générique de fin à une authentique « fiction ».
Bis repetita ? À l’heure où le premier flic de France vitupère contre les « écoterroristes » de Sainte-Soline et le « terrorisme intellectuel » de l’extrême gauche, l’affaire dite du 8 décembre (son autre nom) pose une question cruciale : où s’arrête le maintien de l’ordre, et où commence l’antiterrorisme, avec son cortège de mesures dérogatoires qui, demain, pourraient viser des milliers de personnes ? Cette interrogation est d’autant plus sensible que le procès débutera sur un sol meuble : selon des éléments consultés par Télérama et Le Monde, le projet des prévenus – *« d’intimidation ou de terreur visant l’oppression ou le capital »* – semble bien flou et les preuves, évanescentes. *« Il n’y a pas de projet, il y a un scénario préétabli par le parquet, qui construit le récit d’une extrême gauche criminelle en y plaquant une méthodologie issue des dossiers d’islamistes radicaux »*, objectent d’emblée maîtres Lucie Simon et Camille Vannier, avocates d’un des mis en cause. *« C’est artificiel, grossier, et terriblement dangereux ».*
###“Guérilla sur le territoire”
Tout commence aux premières heures de 2018. Florian D., 34 ans, présenté comme *« appartenant à la mouvance anarchoautonome »*, revient en France après avoir combattu pendant dix mois au Rojava, cette région autonome du nord de la Syrie, laboratoire d’expérimentation de la démocratie sans l’État pour les Kurdes. Engagé contre Daech au sein d’un bataillon de volontaires internationaux, il y aurait reçu une formation de sniper. Rien d’illégal en soi : saisi par un Français désireux d’y retourner en mars 2017, le tribunal administratif de Paris a jugé que les YPG, branche armée du Parti de l’union démocratique kurde, n’étaient pas une organisation terroriste. Mais comme les vingt ou trente autres ressortissants nationaux partis embrasser la cause révolutionnaire dans cette région du monde, Florian D. intéresse la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui le met sous surveillance et ne cessera de le considérer comme un « revenant » semblable à ceux contre qui il est parti lutter.
Selon maîtres Raphaël Kempf et Coline Bouillon, ses avocats, *«c’est une histoire que se raconte la DGSI de longue date : de jeunes Français partent au Rojava et seraient déterminés à tout faire péter à leur retour».*
Le Parquet national antiterroriste (PNAT) l’écrit noir sur blanc dans son réquisitoire définitif : *« L’imaginaire de la mouvance d’ultragauche, construit sur fond de terrorisme des années de plomb […], l’expérience du combat que certains ont acquis en zone irako-syrienne et l’interconnexion de la mouvance française avec les mouvances étrangères – dont certaines sont impliquées dans des actions violentes – créent des conditions favorables pour l’émergence, par capillarité, de groupuscules et individus désireux de s’inscrire dans une démarche de terreur et d’intimidation. »* Après des mois de filochage, les services n’en démordent pas : Florian D. chercherait à constituer *« un groupe violent en vue de commettre des actions de guérilla sur le territoire ».*
Le 7 février 2020, le PNAT ouvre une enquête préliminaire. *« Bien qu’aucune cible n’ait été évoquée »*, de l’aveu même des enquêteurs, le procureur accepte de sonoriser le Renault Master aménagé du suspect, dans lequel il vit. Dès lors, la machine antiterroriste, presque impossible à arrêter, est lancée.
###“Ambiance de fête de village”
Quelques jours plus tard, Florian D. retrouve Manuel H., un vieux copain de lycée, et Loïc M., un saisonnier agricole qu’il a rencontré sur la ZAD de Sivens en 2014. Pendant deux jours, dans une maison abandonnée de Pins-Justaret, en banlieue toulousaine, le trio s’exerce à l’airsoft, une variante du paintball. Devant le juge Jean-Marc Herbaut, Manuel H. aura beau invoquer un *«but récréatif»* en concédant qu’il voulait s’entraîner *« dans la perspective de partir au Rojava »*, la DGSI décrit cet épisode comme ***« un enseignement paramilitaire et idéologique ».***
Dans la foulée, Florian D. met le cap sur Paulnay, dans l’Indre, où il possède un terrain. Il y rejoint Simon G., artificier chez Disneyland, compagnon de la scène punk anar. Ensemble, ils volent un sac d’engrais dans un Gamm vert et s’essaient à la conception de substances explosives, parmi lesquelles du TATP, tristement connu comme l’explosif de prédilection des djihadistes. Là encore, à rebours de l’expertise, les intéressés plaident la bonne foi, Florian D. arguant lors d’une audition que Simon G. voulait *«faire évoluer sa carrière pour produire des effets spéciaux pour les clips ou le cinéma».*
Bordel cette affaire…
Je coche les mêmes cases que ces pauvres gars. Toutes les cases…
Je vais me faire arrêter par l’antiterrorisme aussi ? >!(ah non, ça a déjà été fait, et depuis le dossier est tellement dégonflé que je pense qu’ils m’ont oublié)!<
De toute manière, l’échec patent du PNAT dans cette affaire est reconnu avant même le début de cette affaire : les prévenus sont renvoyés in fine en correctionnelle. Tout ce pataquès, toutes ces vies suspendues par une machine folle, pour qu’au final on ne constitue que des simples délits et aucun crime.
Deux questions : combien ce délire aura coûté au contribuable exactement ? Jusqu’à quand on va laisser des gens manifestement incompétents en charge de notre sécurité ?
Mais comme de bien entendu, comme toujours, les responsables de cette folie n’auront jamais à assumer leurs responsabilités…
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Paywall, une âme charitable ?
**À partir du 3 octobre, sept personnes comparaîtront au tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs terroriste. Dans ce dossier qui semble bien maigre, les enquêteurs vont jusqu’à considérer comme suspect l’usage de certaines messageries. Récit d’un emballement inquiétant.**
Invité du Face-à-face d’Apolline de Malherbe sur RMC le 5 avril dernier, Gérald Darmanin se livre à l’exercice rituel des ministres de l’Intérieur : il égrène le nombre d’attentats déjoués par ses fonctionnaires. Quarante et un depuis 2017, précise-t-il, dont neuf d’ultradroite et un d’ultragauche, *« avec un groupe qui voulait s’en prendre aux forces de l’ordre fin 2020 »*.
Dans ce *« dossier punks à chien »*, tel qu’il est surnommé par les services de renseignement, six hommes et une femme comparaîtront devant la 16ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Paris à partir du 3 octobre, poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste.
Une première depuis l’affaire de Tarnac il y a quinze ans, quand une « cellule invisible » constituée autour de Julien Coupat avait été accusée d’avoir voulu saboter une ligne TGV. Le précédent est encombrant : cette histoire est devenue le symbole des errements de la justice antiterroriste, qui agit parfois comme une fabrique à fantasmes. Après dix ans de procédure, les prévenus ont été relaxés, et une magistrate a fini par imposer le générique de fin à une authentique « fiction ».
Bis repetita ? À l’heure où le premier flic de France vitupère contre les « écoterroristes » de Sainte-Soline et le « terrorisme intellectuel » de l’extrême gauche, l’affaire dite du 8 décembre (son autre nom) pose une question cruciale : où s’arrête le maintien de l’ordre, et où commence l’antiterrorisme, avec son cortège de mesures dérogatoires qui, demain, pourraient viser des milliers de personnes ? Cette interrogation est d’autant plus sensible que le procès débutera sur un sol meuble : selon des éléments consultés par Télérama et Le Monde, le projet des prévenus – *« d’intimidation ou de terreur visant l’oppression ou le capital »* – semble bien flou et les preuves, évanescentes. *« Il n’y a pas de projet, il y a un scénario préétabli par le parquet, qui construit le récit d’une extrême gauche criminelle en y plaquant une méthodologie issue des dossiers d’islamistes radicaux »*, objectent d’emblée maîtres Lucie Simon et Camille Vannier, avocates d’un des mis en cause. *« C’est artificiel, grossier, et terriblement dangereux ».*
###“Guérilla sur le territoire”
Tout commence aux premières heures de 2018. Florian D., 34 ans, présenté comme *« appartenant à la mouvance anarchoautonome »*, revient en France après avoir combattu pendant dix mois au Rojava, cette région autonome du nord de la Syrie, laboratoire d’expérimentation de la démocratie sans l’État pour les Kurdes. Engagé contre Daech au sein d’un bataillon de volontaires internationaux, il y aurait reçu une formation de sniper. Rien d’illégal en soi : saisi par un Français désireux d’y retourner en mars 2017, le tribunal administratif de Paris a jugé que les YPG, branche armée du Parti de l’union démocratique kurde, n’étaient pas une organisation terroriste. Mais comme les vingt ou trente autres ressortissants nationaux partis embrasser la cause révolutionnaire dans cette région du monde, Florian D. intéresse la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui le met sous surveillance et ne cessera de le considérer comme un « revenant » semblable à ceux contre qui il est parti lutter.
Selon maîtres Raphaël Kempf et Coline Bouillon, ses avocats, *«c’est une histoire que se raconte la DGSI de longue date : de jeunes Français partent au Rojava et seraient déterminés à tout faire péter à leur retour».*
Le Parquet national antiterroriste (PNAT) l’écrit noir sur blanc dans son réquisitoire définitif : *« L’imaginaire de la mouvance d’ultragauche, construit sur fond de terrorisme des années de plomb […], l’expérience du combat que certains ont acquis en zone irako-syrienne et l’interconnexion de la mouvance française avec les mouvances étrangères – dont certaines sont impliquées dans des actions violentes – créent des conditions favorables pour l’émergence, par capillarité, de groupuscules et individus désireux de s’inscrire dans une démarche de terreur et d’intimidation. »* Après des mois de filochage, les services n’en démordent pas : Florian D. chercherait à constituer *« un groupe violent en vue de commettre des actions de guérilla sur le territoire ».*
Le 7 février 2020, le PNAT ouvre une enquête préliminaire. *« Bien qu’aucune cible n’ait été évoquée »*, de l’aveu même des enquêteurs, le procureur accepte de sonoriser le Renault Master aménagé du suspect, dans lequel il vit. Dès lors, la machine antiterroriste, presque impossible à arrêter, est lancée.
###“Ambiance de fête de village”
Quelques jours plus tard, Florian D. retrouve Manuel H., un vieux copain de lycée, et Loïc M., un saisonnier agricole qu’il a rencontré sur la ZAD de Sivens en 2014. Pendant deux jours, dans une maison abandonnée de Pins-Justaret, en banlieue toulousaine, le trio s’exerce à l’airsoft, une variante du paintball. Devant le juge Jean-Marc Herbaut, Manuel H. aura beau invoquer un *«but récréatif»* en concédant qu’il voulait s’entraîner *« dans la perspective de partir au Rojava »*, la DGSI décrit cet épisode comme ***« un enseignement paramilitaire et idéologique ».***
Dans la foulée, Florian D. met le cap sur Paulnay, dans l’Indre, où il possède un terrain. Il y rejoint Simon G., artificier chez Disneyland, compagnon de la scène punk anar. Ensemble, ils volent un sac d’engrais dans un Gamm vert et s’essaient à la conception de substances explosives, parmi lesquelles du TATP, tristement connu comme l’explosif de prédilection des djihadistes. Là encore, à rebours de l’expertise, les intéressés plaident la bonne foi, Florian D. arguant lors d’une audition que Simon G. voulait *«faire évoluer sa carrière pour produire des effets spéciaux pour les clips ou le cinéma».*
Bordel cette affaire…
Je coche les mêmes cases que ces pauvres gars. Toutes les cases…
Je vais me faire arrêter par l’antiterrorisme aussi ? >!(ah non, ça a déjà été fait, et depuis le dossier est tellement dégonflé que je pense qu’ils m’ont oublié)!<
De toute manière, l’échec patent du PNAT dans cette affaire est reconnu avant même le début de cette affaire : les prévenus sont renvoyés in fine en correctionnelle. Tout ce pataquès, toutes ces vies suspendues par une machine folle, pour qu’au final on ne constitue que des simples délits et aucun crime.
Deux questions : combien ce délire aura coûté au contribuable exactement ? Jusqu’à quand on va laisser des gens manifestement incompétents en charge de notre sécurité ?
Mais comme de bien entendu, comme toujours, les responsables de cette folie n’auront jamais à assumer leurs responsabilités…