Au lancement de « Livre Noir », cette extrême droite qui ne veut « plus s’excuser »

by Folivao

14 comments
  1. **Le média identitaire organisait samedi au Cirque d’Hiver, à Paris, une soirée pour lancer son nouveau trimestriel. L’événement, censé rapprocher les droites et créer des ponts entre elles, a surtout consisté en un meeting d’Éric Zemmour.**

    « Est-ce que les étrangers qui viennent en France et qui commettent des délits doivent être expulsés ? », interroge Nicolas Bay, député européen, élu sous l’étiquette RN et passé depuis chez les zemmouriens de Reconquête. « Oui », répond du tac au tac et sans hésiter Karl Olive, député Renaissance. Des applaudissements satisfaits traversent les rangées de strapontins du Cirque d’Hiver, à Paris. « C’est formidable, on a un député macroniste qui finit, au bout d’une demi-heure de débats, par être favorable à la remigration », s’enorgueillit le vice-président de Reconquête, tout heureux d’avoir converti un proche d’Emmanuel Macron à l’une des propositions portées par son parti.

    Déjà vivement critiqué pour la tribune qu’il avait signée dans Le Journal du dimanche (JDD) quelques semaines après la prise en main du titre par le très droitier Geoffroy Lejeune, l’ancien maire de Poissy (Yvelines) ne pouvait pas donner meilleur gage à l’extrême droite conquérante, déterminée à remporter la bataille culturelle.

    S’auto-persuader entre radicaux que les idées d’extrême droite gagnent du terrain : c’était bien l’objectif de la soirée organisée par le média identitaire Livre Noir, samedi 30 septembre à Paris, sur le thème de l’immigration. La sécurité de l’évènement a d’ailleurs mobilisé un dispositif policier important : plusieurs véhicules de CRS surveillaient les rues adjacentes du cirque Bouglione.

    Pour ne pas dépayser ni déstabiliser le millier de spectateurs et spectatrices venu·es assister à l’évènement, le directeur de publication Erik Tegnér, exclu du parti Les Républicains (LR) en 2019 pour avoir soutenu l’union avec l’extrême droite, a choisi ses invités sur un nuancier réactionnaire. Julien Odoul, député Rassemblement National (RN), et Vincent Jeanbrun, maire LR de L’Haÿ-les-Roses, étaient notamment de la partie.

    L’ancien socialiste Karim Zéribi et Amine El-Khatmi, ex-président du Printemps républicain, tous deux présentés comme de gauche et habituelles cautions pluralistes de CNews, sont aussi venus débattre et ont servi tour à tour et pendant quinze minutes chacun de punching-ball à la droite radicale.

    Dès le discours d’ouverture, Erik Tegnér annonçait la couleur : « Nous ne sommes pas minoritaires, au contraire, nous sommes majoritaires. » Et pour s’en convaincre, il n’existe pas de meilleur sujet que l’immigration, à propos duquel la droite parle souvent d’une seule voix. C’est d’ailleurs le thème du premier trimestriel de Livre Noir, qui n’existait auparavant que sous la forme d’un site internet et d’une chaîne YouTube d’entretiens politiques, calquée sur le modèle de Thinkerview.

    **Un entrepreneur proche de Marion Maréchal à la rescousse**

    Nul doute que le désir de participer au « rééquilibrage de l’espace médiatique », porté par « la montée en puissance de nombreux médias de droite », a conforté l’équipe de Livre Noir dans l’idée d’investir les kiosques, avec un premier trimestriel tiré à 30 000 exemplaires. La connexion avec la galaxie Bolloré semble même déjà bien établie, puisque Erik Tegnér a tout récemment servi de correspondant à CNews depuis l’île italienne de Lampedusa.

    Au bord du précipice il y a encore un an, Livre Noir a trouvé le moyen de réagir après que ses deux principaux mécènes, Laurent Meeschaert, propriétaire du magazine L’Incorrect, et Tanguy de Vienne, ont quitté le navire. Et comme les poches de Vincent Bolloré ne sont pas assez profondes pour financer tout ce que le paysage médiatique compte comme médias d’extrême droite, c’est un autre homme d’affaires aux positions ultra-conservatrices qui est venu au secours de Livre Noir : Gérault Verny, un entrepreneur lyonnais proche de Marion Maréchal, la tête de liste de Reconquête pour les élections européennes.

    Les accusations de management toxique et les plaintes pour « abus de bien social » et « abus de pouvoir » visant Erik Tegnér, mis en cause par ses deux anciens associés Swann Polydor et François-Louis de Voyer, n’auront pas fait fuir le nouveau bienfaiteur.

    Pendant pratiquement quatre heures, les personnalités politiques, littéraires et médiatiques se sont succédé sur la scène du cirque Bouglione pour servir la même soupe sur différents tons. Les débats ont été entrecoupés de prises de parole « d’experts », comme l’avocat Philippe Fontana, qui a déroulé un exposé soporifique sur le dévoiement de la procédure de demande d’asile en Europe, accusant au passage les ONG d’être les « taxis des migrants », ou Thibault de Montbrial, également avocat, qui a tenu à rappeler que « la France n’a jamais été un pays d’immigration ».

    Laurent Obertone, l’écrivain coqueluche de la droite extrême, était aussi de la partie. Il a livré son analyse dans un canapé rouge, ambiance intimiste façon Michel Drucker, ponctuée de traits d’humour faisant beaucoup rire la salle. « Vous a-t-on déjà accusé d’être d’extrême droite ? », a-t-il ainsi interrogé le public, tout en l’encourageant à « ne plus s’excuser ».

    **Un public entièrement acquis à Zemmour**

    À 22 h 30, les spectateurs distraits qui traînaient dans les couloirs circulaires du Cirque d’Hiver interrompent leur conversation, regagnent leur place et rangent leur smartphone. Arrive l’homme que tout le monde attendait, Éric Zemmour, ovationné comme une rock star.

    S’agit-il d’un évènement chargé de faire dialoguer les droites entre elles ou d’un meeting pro-Zemmour ? La question se pose tant le public est entièrement acquis à la cause du polémiste d’extrême droite, multi-condamné pour provocation à la haine et récemment reconnu coupable d’injure homophobe. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’organisateur de la soirée se nomme Olivier Ubéda, le directeur des évènements de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour.

    Chaque contradicteur de Zemmour a droit à quinze minutes de débat avec le président de Reconquête. Georges Kuzmanovic, président du mouvement République souveraine et ancien proche de Jean-Luc Mélenchon, est le premier à tenter de déjouer les attaques coordonnées de Zemmour et du public, qui n’hésite pas à huer les adversaires de leur champion. Lorsque Kuzmanovic tente de faire un lien entre immigration et capitalisme, Zemmour le renvoie dans les cordes : « Je ne vais pas discuter de savoir si on veut travailler jusqu’à 64, 65 ou 66 ans, moi je vous parle de la mort d’un pays, d’une civilisation. »

    Au tour ensuite du chroniqueur du Point Ferghane Azihari, qui tente de faire entendre à Éric Zemmour et ses soutiens qu’il y a une bonne immigration, celle notamment d’Afrique centrale, « beaucoup plus assimilée » que l’immigration maghrébine. Zemmour lui accorde un point.

    Amine El-Khatmi, ex-président du Printemps républicain, passe après. Tentant de s’attirer la sympathie de la foule, il entame sa prise de parole par une remarque : « Nous sommes dans ce drôle de pays dans lequel des patriotes de gauche qui défendent la France et sa laïcité ne sont plus invités que par la droite et ouvertement boycottés par une gauche qui préfère inviter des rappeurs islamistes et acclamer des terroristes palestiniens. »

    Au cas où l’auditoire n’ait pas saisi la première perche, Amine El-Khatmi joue sur la corde sensible des sympathisant·es de droite radicale : « Je préférerai toujours venir acter des désaccords avec des patriotes de droite que de prendre le risque de m’afficher avec une gauche qui a fait de la haine anti-France un moteur et un carburant. » Il est à chaque fois applaudi chaudement. Cet après-midi, le Printemps républicain a écrit sur X pour regretter les prises de position de son ancien président, qui a par ailleurs récemment déclaré être prêt à voter Marine le Pen en cas de second tour l’opposant à Jean-Luc Mélenchon.

    Finalement, le maire Les Républicains de L’Haÿ-les-Roses, Vincent Jeanbrun, est celui qui aura ferraillé le plus farouchement face à Éric Zemmour. Fustigeant le projet de Reconquête, qui cherche à « trier » la population en fonction de la religion ou de l’origine.

    Rappelant que les jeunes qui ont pris part aux révoltes urbaines de l’été dernier sont français et que le sujet des banlieues n’est pas celui de l’immigration, il interroge Éric Zemmour quant au sort à réserver à la jeunesse des quartiers populaires : « Qu’est-ce qu’on fait ? On les aligne contre un mur ? On les jette dans la Seine ? » Une partie du public acquiesce à la proposition.

  2. L’extrême droite qui arrête de faire semblant, c’est celle qui est complétement marginale. Ou celle qui a parachevée sa normalisation.

  3. Après la tôle qu’il s’est prise aux élections, je ne comprend pas que Zemmour soit encore quelque chose dans les médias. Il doit avoir des soutiens qui ont des ressources.

    En passant, il me semble que ses oncles faisaient partie du banditisme. Est-ce que quelqu’un lui a demandé un jour s’il estimait que ses oncles auraient du être expulsés de France et renvoyés dans leur pays ( l’Algérie ) ?

  4. J’ai jamais entendu l’extrême droite s’excuser de quoi que ce soit, mais ok. Quelle vieille fouine.

  5. Pire que l’existence de ce meeting, ce qui me désole c’est les centristes gluants qui vont faire les singes savants devant les fafs. Notre paysage politique est décomposé.

  6. Merci pour le partage.

    >Est-ce que les étrangers qui viennent en France et qui commettent des délits doivent être expulsés ? »

    Je me suis toujours demandé pourquoi cette proposition est si controversée et tellement marquée « extrême-droite ». Je serai curieux, en toute bonne foi, de connaître les arguments contre. A première vue ça semble plutôt raisonnable comme idée.

    Attention, je note bien le formulation “les étrangers qui viennent en France”. Je considère évidemment que les personnes nées en France ou arrivées très jeunes relèvent de facto de la responsabilité de la France, quelle que soit leur nationalité, et qu’elles ne devraient jamais être expulsées vers un pays qui leur est complètement inconnu.

    Je considère également que tous les délits ne justifient pas systématiquement une expulsion, mais quand ils relèvent de l’atteinte aux personnes ça me semble quand même assez approprié.

  7. Qu’on me présente un moment où l’ED s’est excusée, je suis curieux.

  8. Le printemps républicain toujours la ou on l’attend : avec l’extrême droite. Mais ils seront quand même noté à gauche dans les médias parce qu’après tout ils se disent de gauche donc ça suffit non ?

    On voit aussi que la deuxième fournée de “personnes issues de la société civile” à encore sa coqueluche à l’extrême droite : après Joachim Son Forget voici Karl Olive.

  9. Sans la question de l’immigration l’extrême-droite ne serait rien.

    Ils sont retrogrades économiquement, a contre-courant socialement (ils iraient bien plus loin que la retraite 64 ans, hein), ils sont contre l’UE et l’OTAN comme tous les pro-Poutines a la Orban.

    Sans l’épouvantail de la politique Française qu’est l’immigration, ils seraient a moins de 2% comme JMLP avant Mitterrand.

    Le choix:

    1 – continuer a considerer l’immigration comme un sujet tabou et bien separer les mechants des gentils <<< Nous sommes ici

    2 – mettre le sujet a plat sans idéologie et de manière cartésienne meme si ca va être douloureux pour beaucoup

    Mais non, aller droit dans le mur le pied sur l’accelerateur ca va sûrement marcher.

  10. L’extrême droite ne s’est jamais excusée de ce qu’elle est. Ils aiment juste jouer aux opprimés.

  11. Il est peut-être temps d’arrêter de s’excuser auprès de l’extrême droite aussi

    C’est quand même fou qu’après tout ce temps et avec tous les exemples de manipulation de l’appareil électoral pour accéder au pouvoir, on considère encore l’ED avec toute la politesse démocratique qu’elle ne mérite pas

    Opinion très impopulaire, mais les seules places acceptables pour les droitards de l’extrême c’est entre quatre murs ou entre quatre planches

  12. C’est un peu la même que cette extrême droite qui va crier partout qu’on la censure non ?

  13. Super, on a trouvé notre donald trump rien qu’a nous. Putain j’ai hate que les choses soient encore pire dis donc, qu’est ce qu’on s’amuse …

  14. Faut pas faire les surpris, ils ont progressé parce qu’ils répondent à une demande qui est restée ignorée voire méprisée.

    Zemmour c’est la droite dure à l’ancienne qui profite de ce vent favorable pour venir défendre ses intérêts, de classe, financiers, identitaires, ceux qui veulent plus faire semblant avec macron et qui trouvent LR dépassé.

    A part Ruffin y’a qui a gauche qui essaye de comprendre et de convaincre les électeurs RN ou juste les abstentionnistes qui attendent des réponses sur ces questions accaparées are l’ED ?

    L’ère trump a beaucoup aidé à la normalisation des opinions extrêmes aussi.

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