Un médiateur avec un fusil à pompe : le « climat particulier » d’une commune de l’Essonne

by Goypride

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  1. **À Étampes, où un opposant insoumis a vu son domicile incendié, la chambre régionale des comptes relève la mansuétude de la municipalité de droite à l’égard d’agents aux comportements violents. Consulté par Mediapart, son rapport final donne des exemples édifiants.**

    La démarche est peu ordinaire pour des magistrats financiers. Mais elle paraissait nécessaire au regard de ce qu’ils décrivent eux-mêmes avec toutes les précautions d’usage comme un « climat particulier ». En finalisant leur rapport sur la gestion de la commune d’Étampes, les contrôleurs de la chambre régionale des comptes (CRC) d’Île-de-France ont mis en exergue le lourd passif de plusieurs agents travaillant pour cette commune du sud de l’Essonne, où les menaces et attaques contre des opposants et dissidents de la majorité se sont multipliées ces dernières années.

    Dans un chapitre consacré aux « profils » d’employés municipaux jugés « parfois incompatibles avec leurs missions », la CRC relève notamment dans sa synthèse finale, consultée par Mediapart, que six agents sur dix du service dit de « médiation » de la ville ont des antécédents judiciaires pour le moins chargés. Fierté du maire Les Républicains (LR) Franck Marlin, ce service censé « instaurer un dialogue » avec les habitant·es des quartiers prioritaires est au cœur de plusieurs dysfonctionnements majeurs.

    Deux des « médiateurs » qui le composaient ont même été reconnus coupables de la violente agression (45 jours d’ITT) d’un adolescent de la commune en 2017. En cause : un sens du « dialogue » pour le moins particulier, puisque les deux agents, mobilisés pour essayer de maintenir le calme dans une des cités de la ville lors de la soirée du 14 Juillet, régulièrement émaillée d’incidents, ont décidé de tabasser ce garçon d’origine turque, comme l’avait raconté Mediapart.

    Condamnés à deux ans de prison (dont un avec sursis), peine assortie d’une interdiction d’exercer la fonction de médiateur pendant cinq ans, les deux employés n’ont pas été sanctionnés par la municipalité, laquelle n’a pas non plus accompagné la famille de la victime dans une démarche judiciaire.

    Le premier employé, dont le contrat expirait en mars 2018, avait de surcroît été recruté dans des conditions irrégulières, selon la CRC, son casier judiciaire faisant alors déjà état de dix autres condamnations « manifestement incompatibles » avec l’exercice de ses fonctions : **extorsion par violence, menace ou contrainte, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie d’une libération avant le 7e jour, dégradation grave d’un bien d’autrui commise en réunion…**

    Malgré ce palmarès judiciaire, enrichi par l’agression de juillet 2017, l’agent a été ré-embauché par la mairie un an plus tard au sein du service « voirie », avant d’être titularisé en juillet 2022. À la tête de la commune depuis 1995 – avec une interruption de 2017 à 2020, période pendant laquelle, pour continuer de rester député, il a installé à la tête de la commune des adjoints –, Franck Marlin revendique le « droit à une seconde chance dicté par notre pays ». Le maire fut lui-même condamné dans le cadre des affaires judiciaires de l’ancien sénateur RPR Xavier Dugoin (lire ici ou là).

    Sollicité par Mediapart pour répondre aux conclusions du rapport de la chambre régionale, Franck Marlin n’a pas donné suite. Aux magistrats financiers, il a promis que la « mauvaise organisation » de son service médiation, dont « l’organisation » et « l’intégration plus générale dans l’action de la commune » ne sont « pas satisfaisantes », selon la CRC, a donné lieu à « d’importantes réorganisations » depuis 2022. D’après le maire, les « manquements » relevés sur le comportement d’agents ont aussi donné lieu à des « procédures idoines ».

    Le second employé impliqué dans le tabassage du jeune homme – employé ayant célébré le résultat des élections municipales de 2020 aux côtés de Franck Marlin, selon Le Parisien – a quitté le service « médiation », mais pas la mairie. Il a été réaffecté au service « fêtes et cérémonies », au sein duquel il a d’ailleurs continué de faire parler de lui.

    Cet agent a en effet été formellement « identifié par la vidéosurveillance de la police municipale en train de déambuler dans les rues de la commune armé d’un fusil à pompe », le 15 janvier 2022, écrit la chambre régionale des comptes dans son rapport. Il a alors été suspendu pendant 34 jours, période durant laquelle il se trouvait en détention provisoire, étant soupçonné d’avoir voulu menacer un jeune d’un quartier avec son arme (fait pour lequel il a été relaxé, comme l’a relaté par Le Parisien). Mais, malgré la rédaction d’une note du service des ressources humaines proposant au maire de « constituer un dossier en vue d’une convocation à un conseil de discipline » contre l’agent armé, cette demande n’a, depuis, pas été suivi d’effet, d’après les magistrats.

    Ce même employé a, selon nos informations, cherché à intimider lors de réunions publiques le conseiller municipal d’opposition La France Insoumise (LFI) Mathieu Hillaire, lequel dénonce depuis plusieurs années les dysfonctionnements de la ville, notamment au service médiation. En septembre 2019, sept mois après avoir dénoncé les méthodes de plusieurs de ses membres, l’élu insoumis a vu son domicile ravagé par un incendie volontaire, dont les auteurs et commanditaires restent à ce jour encore inconnus.

    Au même moment, le maire Bernard Laplace, élu en avril 2018, annonce qu’il jette l’éponge. Son prédécesseur n’avait tenu que cinq mois, abandonnant subitement son siège pour des « raisons personnelles ». Auprès de Mediapart, Bernard Laplace avait dénoncé la présence d’un « système mafieux » régnant sur la commune. Expression que récusait à l’époque Frank Marlin : ***« Ceux-là mêmes qui parlent d’un système mafieux en sont sans doute à l’origine : manipulation – intimidation – délation »***, contre-attaquait alors l’élu, se disant également menacé.

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