Vous ne rêvez pas,! Cet article a bien été publié sur le site du Figaro.
La section commentaires est, sans surprise, une longue litanie de messages outrés où on retrouve les grands classiques. La liste ci-dessous est non exhaustive :
– j’ai travaillé toute ma vie moi et je peux vous dire qu’à l’époque on n’était pas aux 35H!
– Nous, (entendre les boomers) avons vraiment bossé dur, pas comme ces fainéants de jeunes qui passent leur temps sur leur téléphone.
– Les vieux donnent de l’argent à leurs enfants et petits-enfants. Ils pourraient être plus reconnaissants quand-même.
Et ma préférée, le total whatabout associé à un bon racisme décomplexé :
– Regardez le nom du journaliste, je suis sûr qu’il est bien plus complaisant quand il s’agit de parler d’immigration.
Alors, pour une fois j’ai ouvert un article Figaro parce que bon… CE genre de titre dans CE genre de quotidien, c’est un mélange aussi inattendu qu’un duo PNL/Lara Fabian. Et la conclusion franchement, du pur boomer-trigger.
et vu qu’il y a mur de paie :
>**«Europe, dette, retraites: comment les “boomers” ont façonné la France d’aujourd’hui»Hakim El Karoui**
>
>**FIGAROVOX/TRIBUNE** – La revalorisation des pensions de retraite est un énième exemple de l’influence d’une génération sur la politique française, estime l’essayiste Hakim El Karoui.
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>Essayiste, consultant et expert associé à l’Institut Montaigne, Hakim El Karoui a notamment publié La Lutte des âges (Flammarion, 2013).
>
>Quelle a été la première décision d’Emmanuel Macron et de son gouvernement à l’été 2022? Indexer les pensions sur l’inflation. En 2023, rebelote: une augmentation de 5,3%. Pendant ce temps, le gouvernement a tout fait pour ne pas avoir à indexer les salaires sur l’inflation. Pourtant, les pensions sont financées par un prélèvement sur les salaires. Les actifs vont donc payer encore plus qu’avant pour les retraités. Ces derniers diront que c’est légitime: « la veuve de Carpentras a une petite retraite»! C’est oublier que le taux de pauvreté des retraités est de 6% quand celui de la population française est de 15,5% et celui des familles avec deux enfants de 42%! La pauvreté a changé d’âge…
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>La France aime les rentes. Celles d’Ancien régime bien sûr mais aussi celles, ensuite, construites par la bourgeoisie. La libéralisation de l’économie française au XVIIIe siècle a été impulsée par deux groupes bien identifiés: la moyenne noblesse et la moyenne bourgeoisie qui avaient en commun un horizon national, contrairement par exemple à la grande aristocratie dont l’échelle de référence était européenne et à la petite noblesse, ancrée dans les provinces. C’est cette alliance qui a promu le libéralisme économique qui, à partir de 1760 et malgré quelques retours en arrière temporaires, a imposé un «marché national». Pour ce faire, elle a détruit consciencieusement les obstacles à la libre circulation des biens et des personnes, elle a unifié le marché national, en lui donnant peu à peu une langue, des règles et des systèmes de mesure uniques. Les élites libérales ont interdit en 1791 les corporations et confréries d’artisans organisées chacune à l’échelle de sa ville. Et ce sont elles qui ont lutté pour démanteler les particularismes locaux et les pouvoirs régionaux. Enfin, ultime consécration, c’est la bourgeoisie, plus que la moyenne noblesse, qui a été le groupe social le plus important de la Révolution française.
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>Les baby boomers sont les héritiers de la moyenne bourgeoisie du XVIIIe siècle. Par l’élévation du niveau éducatif et l’accumulation d’un capital productif, cette génération qui a pris le pouvoir en 1981 a façonné la France d’aujourd’hui. Sur le plan économique bien sûr mais d’abord et avant tout sur le plan idéologique. Ils ont cassé les codes traditionnels et ont décidé de faire de l’individu l’horizon indépassable de l’action politique. Après la volonté de jouir sans entrave en 1968, ils ont proclamé la volonté d’enrichissement avec la libéralisation des marchés financiers en 1988. En 2008, ils auraient dû faire faillite mais ils ont réussi à contraindre les États à s’endetter massivement pour couvrir leurs pertes. Aujourd’hui, ils ont décidé de transformer un des fondements de la civilisation judéo-chrétienne en choisissant leur mort. C’est la loi qui arrive sur le suicide assisté.
>
>Entre-temps, ils ont fait de l’Europe l’horizon politique de la France, avec l’ouverture des frontières et la monnaie unique. Cette entreprise continentale de libéralisation des marchés a été portée par une génération qui voyait, comme ses prédécesseurs du XVIIIe, les gains possibles d’une ouverture des marchés. Cette idéologie a été soutenue par les classes moyennes supérieures, les hauts fonctionnaires de droite comme de gauche et la classe politique de gauche surtout sous François Mitterrand et François Hollande puis de droite avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy – sur un mode moins enthousiaste et plus résigné.
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>Alors que l’on pensait que l’élection d’Emmanuel Macron avec ses promesses de renouvellement, de lutte contre les rentes et de nouvelles fluidités dans la société sonnerait la fin de leur influence, on a compris dès 2019 qu’il n’en était rien: hier acquis à François Fillon, les baby-boomers se sont sagement rangés derrière le nouveau président aux élections européennes et constituent depuis le socle de son électorat. On est passé de la « Révolution», titre du livre de campagne d’Emmanuel Macron en 2017, au « on ne change rien» de 2022. Et les dernières décisions de l’exécutif portent la marque du poids politique des retraités: indexation des pensions sur l’inflation alors que ce n’est pas le cas des salaires, financement des retraites par l’allongement de la durée de cotisation et le seul effort des actifs, volonté de puiser dans les réserves de l’Agirc-Arcco pour financer un système public marqué par le déficit… La liste est longue qui s’ajoute à deux décennies de choix politiques unilatéralement favorables aux retraités.
>
>La France a fait le choix de la redistribution à l’envers: le niveau de vie des retraités est supérieur à celui des actifs: travailler moins pour gagner plus! Les actifs français cotisent chaque année 90 milliards d’euros de plus que les actifs allemands pour financer les retraites. La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France est le huitième contributeur au financement de la protection et le dernier receveur. Pourquoi? Parce que c’est celui où la part des retraités est la plus faible. À l’inverse, le Var et la Nièvre sont les départements qui profitent le plus de la solidarité nationale. Et tout le monde pense que les immigrés profitent du travail des Français.
>
>**Le système marche sur la tête: il privilégie le court terme, qui est l’horizon politique des retraités et néglige le long terme: impossible d’investir dans la transition climatique, l’éducation ou les nouvelles technologies avec un système social qui pèse 31% du PIB. Mieux, il empêche le débat: les propos ci-dessus seront jugés scandaleux par beaucoup alors que leur réalité n’est contestée par aucun de ceux qui connaissent les grands agrégats des finances publiques. C’est le nouveau débat interdit. Il est pourtant essentiel. Car mener ce débat est le seul moyen de débloquer la France. Et la sortir de l’ennui qui anesthésie tout débat politique aujourd’hui.**
Houla, ils vont bien au Figaro? Quelqu’un s’est trompé de bouton et a publié la tribune au lieu de la supprimer?
Il va falloir ouvrir un numéro vert pour soutenir psychologiquement leurs lecteurs là.
>C’est oublier que le taux de pauvreté des retraités est de 6% quand celui de la population française est de 15,5% et celui des familles avec deux enfants de 42%! La pauvreté a changé d’âge…
Le taux des familles avec deux enfants me parait absolument énorme.
Oui, vous avez peut-être bossé dur, mais dites vous que c’est encore pire maintenant.
Ils se rendent pas compte.
Attention, c’est la piège de la guerre entre générations…
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Vous ne rêvez pas,! Cet article a bien été publié sur le site du Figaro.
La section commentaires est, sans surprise, une longue litanie de messages outrés où on retrouve les grands classiques. La liste ci-dessous est non exhaustive :
– j’ai travaillé toute ma vie moi et je peux vous dire qu’à l’époque on n’était pas aux 35H!
– Nous, (entendre les boomers) avons vraiment bossé dur, pas comme ces fainéants de jeunes qui passent leur temps sur leur téléphone.
– Les vieux donnent de l’argent à leurs enfants et petits-enfants. Ils pourraient être plus reconnaissants quand-même.
Et ma préférée, le total whatabout associé à un bon racisme décomplexé :
– Regardez le nom du journaliste, je suis sûr qu’il est bien plus complaisant quand il s’agit de parler d’immigration.
Alors, pour une fois j’ai ouvert un article Figaro parce que bon… CE genre de titre dans CE genre de quotidien, c’est un mélange aussi inattendu qu’un duo PNL/Lara Fabian. Et la conclusion franchement, du pur boomer-trigger.
et vu qu’il y a mur de paie :
>**«Europe, dette, retraites: comment les “boomers” ont façonné la France d’aujourd’hui»Hakim El Karoui**
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>**FIGAROVOX/TRIBUNE** – La revalorisation des pensions de retraite est un énième exemple de l’influence d’une génération sur la politique française, estime l’essayiste Hakim El Karoui.
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>Essayiste, consultant et expert associé à l’Institut Montaigne, Hakim El Karoui a notamment publié La Lutte des âges (Flammarion, 2013).
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>Quelle a été la première décision d’Emmanuel Macron et de son gouvernement à l’été 2022? Indexer les pensions sur l’inflation. En 2023, rebelote: une augmentation de 5,3%. Pendant ce temps, le gouvernement a tout fait pour ne pas avoir à indexer les salaires sur l’inflation. Pourtant, les pensions sont financées par un prélèvement sur les salaires. Les actifs vont donc payer encore plus qu’avant pour les retraités. Ces derniers diront que c’est légitime: « la veuve de Carpentras a une petite retraite»! C’est oublier que le taux de pauvreté des retraités est de 6% quand celui de la population française est de 15,5% et celui des familles avec deux enfants de 42%! La pauvreté a changé d’âge…
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>La France aime les rentes. Celles d’Ancien régime bien sûr mais aussi celles, ensuite, construites par la bourgeoisie. La libéralisation de l’économie française au XVIIIe siècle a été impulsée par deux groupes bien identifiés: la moyenne noblesse et la moyenne bourgeoisie qui avaient en commun un horizon national, contrairement par exemple à la grande aristocratie dont l’échelle de référence était européenne et à la petite noblesse, ancrée dans les provinces. C’est cette alliance qui a promu le libéralisme économique qui, à partir de 1760 et malgré quelques retours en arrière temporaires, a imposé un «marché national». Pour ce faire, elle a détruit consciencieusement les obstacles à la libre circulation des biens et des personnes, elle a unifié le marché national, en lui donnant peu à peu une langue, des règles et des systèmes de mesure uniques. Les élites libérales ont interdit en 1791 les corporations et confréries d’artisans organisées chacune à l’échelle de sa ville. Et ce sont elles qui ont lutté pour démanteler les particularismes locaux et les pouvoirs régionaux. Enfin, ultime consécration, c’est la bourgeoisie, plus que la moyenne noblesse, qui a été le groupe social le plus important de la Révolution française.
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>Les baby boomers sont les héritiers de la moyenne bourgeoisie du XVIIIe siècle. Par l’élévation du niveau éducatif et l’accumulation d’un capital productif, cette génération qui a pris le pouvoir en 1981 a façonné la France d’aujourd’hui. Sur le plan économique bien sûr mais d’abord et avant tout sur le plan idéologique. Ils ont cassé les codes traditionnels et ont décidé de faire de l’individu l’horizon indépassable de l’action politique. Après la volonté de jouir sans entrave en 1968, ils ont proclamé la volonté d’enrichissement avec la libéralisation des marchés financiers en 1988. En 2008, ils auraient dû faire faillite mais ils ont réussi à contraindre les États à s’endetter massivement pour couvrir leurs pertes. Aujourd’hui, ils ont décidé de transformer un des fondements de la civilisation judéo-chrétienne en choisissant leur mort. C’est la loi qui arrive sur le suicide assisté.
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>Entre-temps, ils ont fait de l’Europe l’horizon politique de la France, avec l’ouverture des frontières et la monnaie unique. Cette entreprise continentale de libéralisation des marchés a été portée par une génération qui voyait, comme ses prédécesseurs du XVIIIe, les gains possibles d’une ouverture des marchés. Cette idéologie a été soutenue par les classes moyennes supérieures, les hauts fonctionnaires de droite comme de gauche et la classe politique de gauche surtout sous François Mitterrand et François Hollande puis de droite avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy – sur un mode moins enthousiaste et plus résigné.
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>Alors que l’on pensait que l’élection d’Emmanuel Macron avec ses promesses de renouvellement, de lutte contre les rentes et de nouvelles fluidités dans la société sonnerait la fin de leur influence, on a compris dès 2019 qu’il n’en était rien: hier acquis à François Fillon, les baby-boomers se sont sagement rangés derrière le nouveau président aux élections européennes et constituent depuis le socle de son électorat. On est passé de la « Révolution», titre du livre de campagne d’Emmanuel Macron en 2017, au « on ne change rien» de 2022. Et les dernières décisions de l’exécutif portent la marque du poids politique des retraités: indexation des pensions sur l’inflation alors que ce n’est pas le cas des salaires, financement des retraites par l’allongement de la durée de cotisation et le seul effort des actifs, volonté de puiser dans les réserves de l’Agirc-Arcco pour financer un système public marqué par le déficit… La liste est longue qui s’ajoute à deux décennies de choix politiques unilatéralement favorables aux retraités.
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>La France a fait le choix de la redistribution à l’envers: le niveau de vie des retraités est supérieur à celui des actifs: travailler moins pour gagner plus! Les actifs français cotisent chaque année 90 milliards d’euros de plus que les actifs allemands pour financer les retraites. La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France est le huitième contributeur au financement de la protection et le dernier receveur. Pourquoi? Parce que c’est celui où la part des retraités est la plus faible. À l’inverse, le Var et la Nièvre sont les départements qui profitent le plus de la solidarité nationale. Et tout le monde pense que les immigrés profitent du travail des Français.
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>**Le système marche sur la tête: il privilégie le court terme, qui est l’horizon politique des retraités et néglige le long terme: impossible d’investir dans la transition climatique, l’éducation ou les nouvelles technologies avec un système social qui pèse 31% du PIB. Mieux, il empêche le débat: les propos ci-dessus seront jugés scandaleux par beaucoup alors que leur réalité n’est contestée par aucun de ceux qui connaissent les grands agrégats des finances publiques. C’est le nouveau débat interdit. Il est pourtant essentiel. Car mener ce débat est le seul moyen de débloquer la France. Et la sortir de l’ennui qui anesthésie tout débat politique aujourd’hui.**
Houla, ils vont bien au Figaro? Quelqu’un s’est trompé de bouton et a publié la tribune au lieu de la supprimer?
Il va falloir ouvrir un numéro vert pour soutenir psychologiquement leurs lecteurs là.
>C’est oublier que le taux de pauvreté des retraités est de 6% quand celui de la population française est de 15,5% et celui des familles avec deux enfants de 42%! La pauvreté a changé d’âge…
Le taux des familles avec deux enfants me parait absolument énorme.
Oui, vous avez peut-être bossé dur, mais dites vous que c’est encore pire maintenant.
Ils se rendent pas compte.
Attention, c’est la piège de la guerre entre générations…
Le Figaro : Des valeurs actualisées