**L’enquête internationale « Predator Files », menée par Mediapart et ses partenaires, révèle les méthodes sans scrupules des sociétés Nexa et Intellexa, qui ont vendu des logiciels espions à de nombreuses dictatures, avec le soutien, voire la complicité, de la France.**
***
La France est-elle cyniquement prête à tout dès lors que des intérêts économiques et stratégiques sont en jeu ? Une enquête journalistique internationale, baptisée « Predator Files », le démontre en s’appuyant sur des centaines de documents confidentiels obtenus par Mediapart et Der Spiegel.
Ce travail collaboratif a été mené pendant un an par quinze médias internationaux coordonnés par le réseau European Investigative Collaborations (EIC), avec l’assistance technique du Security Lab d’Amnesty International.
Notre enquête révèle que le groupe français Nexa a vendu le logiciel espion Predator, capable de pirater les téléphones portables, à au moins trois autocraties : l’Égypte, le Vietnam et Madagascar.
Avec des conséquences très concrètes, comme le montrent l’espionnage d’un actuel et d’un ancien candidat à l’élection présidentielle égyptienne, tous deux opposant à Abdel Fattah al-Sissi.
Nexa a aussi fourni d’autres matériels d’espionnage, dont un système de surveillance de masse de l’Internet, à de nombreuses autres dictatures, sous le regard complaisant des services secrets français, et sans que l’État y trouve à redire.
Or les autorités ne peuvent ignorer que ces régimes illibéraux acquièrent ce matériel de pointe pour surveiller, réprimer, parfois emprisonner ou tuer leurs opposants politiques, des journalistes et des militants des droits de l’homme.
Notre enquête révèle que Nexa, fleuron tricolore du matériel de surveillance, a bénéficié d’un accès direct au président Emmanuel Macron et même fait appel à son ancien conseiller Alexandre Benalla comme intermédiaire en Arabie saoudite.
Une enquête judiciaire a bien été ouverte – de nombreux documents sur lesquels nous nous sommes appuyés en sont issus – mais elle a été entravée par le procureur national antiterroriste et par un ministre, comme nous le révélerons dans un autre article.
Les documents « Predator Files » détaillent pour la première fois, de l’intérieur, les méthodes sans scrupules employées d’abord par Nexa, dont le patron a été mis en examen en juin 2021 pour « complicité de torture », puis par l’alliance formée entre Nexa et Intellexa, un groupe piloté par des anciens des services secrets israéliens mais essentiellement installé en Europe.
C’est Intellexa qui a conçu le redoutable logiciel Predator, qui permet d’aspirer toutes les données des téléphones et de transformer les combinés en mouchards, en activant, ni vu ni connu, leurs micros et leurs caméras.
Des écoutes téléphoniques montrent que les dirigeants de Nexa étaient conscients des abus que peuvent commettre les dictateurs avec ce type de produit, vu « ce qui s’est passé en Arabie saoudite », pays qui a fait « un peu n’importe quoi » en assassinant le journaliste « [Jamal] Khashoggi ». Si la presse apprend la vente de Predator à l’Égypte, « on est morts », a indiqué le patron de Nexa.
Il y a deux ans, le scandale Pegasus (un concurrent de Predator), révélé par l’ONG Forbidden Stories, avait déjà mis au jour des attaques massives et hors de tout contrôle commises par divers régimes autoritaires : deux journalistes de Mediapart avaient du reste fait les frais de cette surveillance.
Les révélations « Predator Files », que nous allons publier pendant plus d’une semaine, nous apprennent que la France et de nombreuses démocraties européennes ne se comportent guère mieux, en laissant ces industriels de l’espionnage prospérer au mépris des droits humains les plus élémentaires. Ce qui finit d’ailleurs parfois par leur revenir en pleine figure, tel un boomerang incontrôlé.
Nous nous sommes heurtés, à la fin de notre enquête, à un mur du silence. Ni l’Élysée, ni les ministères clients de Nexa, ni le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, responsable des exportations de systèmes de surveillance, ne nous ont répondu.
Malgré tous nos efforts pour tenter de les joindre, Intellexa et ses dirigeants n’ont pas donné suite.
Les patrons et principaux actionnaires de Nexa, Stéphane Salies et Olivier Bohbot, nous ont envoyé une réponse générale (à lire dans les annexes). Ils dénoncent un « acharnement médiatique et judiciaire à [leur] encontre ».
Ils affirment avoir toujours « respecté scrupuleusement les réglementations ». S’ils admettent avoir vendu à des pays qui « étaient loin d’être parfaits sur le plan de l’État de droit », ils disent que c’était souvent en fonction des « choix politiques » de la France : « Dans plusieurs des pays litigieux que vous citez, nous avons non seulement obtenu une autorisation d’export mais aussi n’avons fait qu’emprunter la voie d’une coopération étroite engagée par la France avec ces mêmes pays. »
Les sociétés et les personnes mises en cause dans l’enquête contestent les faits qui leur sont reprochés et bénéficient de la présomption d’innocence.
Un grand merci pour le partage !
Même si c’est édifiant on n’est malheureusement pas surpris…
Amesys, toujours Amesys ! Le scandale Amesys a 15 ans, et rien ne s’est passé…….
3 comments
**L’enquête internationale « Predator Files », menée par Mediapart et ses partenaires, révèle les méthodes sans scrupules des sociétés Nexa et Intellexa, qui ont vendu des logiciels espions à de nombreuses dictatures, avec le soutien, voire la complicité, de la France.**
***
La France est-elle cyniquement prête à tout dès lors que des intérêts économiques et stratégiques sont en jeu ? Une enquête journalistique internationale, baptisée « Predator Files », le démontre en s’appuyant sur des centaines de documents confidentiels obtenus par Mediapart et Der Spiegel.
Ce travail collaboratif a été mené pendant un an par quinze médias internationaux coordonnés par le réseau European Investigative Collaborations (EIC), avec l’assistance technique du Security Lab d’Amnesty International.
Notre enquête révèle que le groupe français Nexa a vendu le logiciel espion Predator, capable de pirater les téléphones portables, à au moins trois autocraties : l’Égypte, le Vietnam et Madagascar.
Avec des conséquences très concrètes, comme le montrent l’espionnage d’un actuel et d’un ancien candidat à l’élection présidentielle égyptienne, tous deux opposant à Abdel Fattah al-Sissi.
Nexa a aussi fourni d’autres matériels d’espionnage, dont un système de surveillance de masse de l’Internet, à de nombreuses autres dictatures, sous le regard complaisant des services secrets français, et sans que l’État y trouve à redire.
Or les autorités ne peuvent ignorer que ces régimes illibéraux acquièrent ce matériel de pointe pour surveiller, réprimer, parfois emprisonner ou tuer leurs opposants politiques, des journalistes et des militants des droits de l’homme.
Notre enquête révèle que Nexa, fleuron tricolore du matériel de surveillance, a bénéficié d’un accès direct au président Emmanuel Macron et même fait appel à son ancien conseiller Alexandre Benalla comme intermédiaire en Arabie saoudite.
Une enquête judiciaire a bien été ouverte – de nombreux documents sur lesquels nous nous sommes appuyés en sont issus – mais elle a été entravée par le procureur national antiterroriste et par un ministre, comme nous le révélerons dans un autre article.
Les documents « Predator Files » détaillent pour la première fois, de l’intérieur, les méthodes sans scrupules employées d’abord par Nexa, dont le patron a été mis en examen en juin 2021 pour « complicité de torture », puis par l’alliance formée entre Nexa et Intellexa, un groupe piloté par des anciens des services secrets israéliens mais essentiellement installé en Europe.
C’est Intellexa qui a conçu le redoutable logiciel Predator, qui permet d’aspirer toutes les données des téléphones et de transformer les combinés en mouchards, en activant, ni vu ni connu, leurs micros et leurs caméras.
Des écoutes téléphoniques montrent que les dirigeants de Nexa étaient conscients des abus que peuvent commettre les dictateurs avec ce type de produit, vu « ce qui s’est passé en Arabie saoudite », pays qui a fait « un peu n’importe quoi » en assassinant le journaliste « [Jamal] Khashoggi ». Si la presse apprend la vente de Predator à l’Égypte, « on est morts », a indiqué le patron de Nexa.
Il y a deux ans, le scandale Pegasus (un concurrent de Predator), révélé par l’ONG Forbidden Stories, avait déjà mis au jour des attaques massives et hors de tout contrôle commises par divers régimes autoritaires : deux journalistes de Mediapart avaient du reste fait les frais de cette surveillance.
Les révélations « Predator Files », que nous allons publier pendant plus d’une semaine, nous apprennent que la France et de nombreuses démocraties européennes ne se comportent guère mieux, en laissant ces industriels de l’espionnage prospérer au mépris des droits humains les plus élémentaires. Ce qui finit d’ailleurs parfois par leur revenir en pleine figure, tel un boomerang incontrôlé.
Nous nous sommes heurtés, à la fin de notre enquête, à un mur du silence. Ni l’Élysée, ni les ministères clients de Nexa, ni le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, responsable des exportations de systèmes de surveillance, ne nous ont répondu.
Malgré tous nos efforts pour tenter de les joindre, Intellexa et ses dirigeants n’ont pas donné suite.
Les patrons et principaux actionnaires de Nexa, Stéphane Salies et Olivier Bohbot, nous ont envoyé une réponse générale (à lire dans les annexes). Ils dénoncent un « acharnement médiatique et judiciaire à [leur] encontre ».
Ils affirment avoir toujours « respecté scrupuleusement les réglementations ». S’ils admettent avoir vendu à des pays qui « étaient loin d’être parfaits sur le plan de l’État de droit », ils disent que c’était souvent en fonction des « choix politiques » de la France : « Dans plusieurs des pays litigieux que vous citez, nous avons non seulement obtenu une autorisation d’export mais aussi n’avons fait qu’emprunter la voie d’une coopération étroite engagée par la France avec ces mêmes pays. »
Les sociétés et les personnes mises en cause dans l’enquête contestent les faits qui leur sont reprochés et bénéficient de la présomption d’innocence.
Un grand merci pour le partage !
Même si c’est édifiant on n’est malheureusement pas surpris…
Amesys, toujours Amesys ! Le scandale Amesys a 15 ans, et rien ne s’est passé…….