« Ils vivent en vase clos. Ils ne s’intéressent à personne… » A Arles et Val-d’Isère, les rencontres très fermées des Napoleons

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  1. Article :

    **Derrière le dispositif de réseautage des Napoleons, deux enfants de la pub qui réunissent dircoms, DRH et cadres dirigeants pour échanger et assister à des conférences. Mais Olivier Moulierac et Mondher Abdennadher ont moins de succès auprès des villes qui accueillent leurs festivités.**

    D’une main rageuse, au feutre souvent, d’autres fois à l’aide de collages, de mystérieux activistes inscrivent régulièrement quatre lettres sur les murs du centre historique d’Arles (Bouches-du-Rhône). Toujours les mêmes, « N », « A », « P », « O », pour former une seule et même appellation, déclinée au ­pluriel : « Les Napo ». Elle est systématiquement accompagnée de mots pas franchement bienveillants : « Les Napo, Arles vous déteste » ; « Les Napo, cassez-vous » ; « Napo, Mafia néolibérale ».

    Place du Forum, ce centre névralgique de la ville avec sa ­statue de l’écrivain Frédéric Mistral, ses bars et ses discussions enflammées, les habitués croient avoir résolu l’énigme. Les Napo seraient soit un « rassemblement de francs-maçons », soit une secte. En tout cas, de drôles de types. Des « fadas ».

    « Il faut les voir débarquer du TGV, ironise une figure arlésienne. Tous avec leurs chapeaux de paille, les dames en robes de lin de marque, les hommes en chemises blanches obligatoires parce que, bien sûr, en Provence, comme il fait chaud, c’est bien connu, tout le monde ne s’habille qu’en blanc. Oh, vous savez quoi ? On dirait Tintin au Congo ! »

    **Vélos pousse-pousse**

    Chaque été, le défilé est en effet cocasse. Peu importe qu’il faille tout au plus dix minutes à pied pour rejoindre le centre-ville depuis la gare, les Napo préfèrent souvent emprunter les vélos pousse-pousse mis à leur disposition, comme ceux que l’on voit en Asie. Sans compter qu’aucun Arlésien, même par 40 °C à l’ombre, n’osera jamais porter un canotier. Plutôt crever !

    En réalité, cette organisation est basée à Paris, rue Vivienne, à deux pas de la place de la Bourse. Baptisée les Napoleons (sans accent), elle a été fondée en 2015 et dépend de la société Momentum, créée par Mondher Abdennadher, 59 ans, et Olivier Moulierac, 54 ans, deux enfants de la publicité triomphante des années 1980 et 1990, grandis sous la férule de leur ancien patron, Jacques Séguéla.

    Mondher Abdennadher est né à Sfax, en Tunisie, dans une famille fran­cophone et francophile. Son père était commerçant. Il suit des études au lycée Carnot de Tunis avant d’arriver à Paris et d’intégrer une école de commerce. Puis rejoint l’agence de publicité RSCG en 1985 avec comme objectif, notamment, d’ouvrir le réseau Moyen-Orient de l’agence.

    Son acolyte, Olivier Mou­lierac, a grandi à Neuilly-sur-Seine (Hauts-­de-Seine) dans « une famille de la petite bourgeoisie parisienne », dit-il. Son père dirige une petite entreprise spécialisée dans la publicité. Lui suit une scolarité « chaotique » avant de décrocher un stage chez RSCG et d’être embauché alors qu’il est au lycée. Il y restera quinze ans. « On a échangé avec Mondher, je lui ai dit que je voulais devenir entrepreneur et nous avons créé Momentum puis les Napoleons. »

    Sur son site en anglais, Momentum se définit comme une entreprise qui prodigue des conseils en stratégie, du coaching, du travail en réseau, et qui fournit des contenus « de haute qualité » pour les acteurs de l’innovation et de la communication dans les domaines des médias, de la technologie, de la publicité, de la banque…

    Comme chaque hiver, les Napoleons se retrouvent dans la célèbre station de Val-d’Isère (du 12 au 15 janvier cette année), puis en été, à Arles. Deux moments qualifiés de « Sommets ». Pourquoi la référence à l’Empereur ? « Pour que, justement, tout le monde nous pose la question, répondent-ils d’une même voix. Parce que Napoléon reste le Français le plus connu dans le monde, parce qu’il n’était certes pas un saint, il a fait des choses abominables mais aussi beaucoup de bien à la France. Napoleons, c’est pour faire réagir, comme un moyen mnémotechnique qui crée la controverse. »

    Les deux hommes ont fait une simple marque du Corse qui a conquis la moitié de l’Europe en la mettant à feu et à sang, inventé le code civil, la Légion d’honneur, le baccalauréat, les préfets, les lycées, les prud’hommes et la Cour des comptes. Et l’accent absent au fronton du prénom du Petit Caporal ? Certainement une volonté farouche de tout angliciser, dans une maison où on adore raconter qu’« on est parti from scratch » (« de zéro »).

  2. >« Nous voulons créer des ponts entre la cité et les gens. Ne pas être dans la polémique mais au contraire créer de la valeur et du sens. Nous sommes très nombreux à pouvoir promouvoir et accélérer l’innovation à la française. »

    Si ça c’est pas prendre les gens pour des cons …

  3. Merci pour l’article, remarquable de justesse sur la vénalité des deux compères qui ont fait leur beurre sur du vent.
    Je suis curieux de savoir quelles retombées étaient espérées par les maires qui ont accepté les déambulation de ces escrocs avec leurs colonies de vacances pour DRH.
    La conclusion est parfaite.

  4. Tfou. Petit cercle oligarchique néo-libérale, rempli de toutes sortes d’escrocs, déconnectés de la réalité

  5. >Tous deux ont hérité de la présence des Napoleons dans leur commune et des avantages consentis par leurs prédécesseurs. Les deux hommes, qui se parlent et s’entendent bien, sont aujourd’hui sur la même ­longueur d’onde : oui aux Napo mais plus à n’importe quelles conditions.

    *keuf* *keuf* *keuf*

    Mais bien sûr. La décision de vente de l’ancienne école à “pas cher” date certes de l’ancien maire, mais un second arrêté datant de l’actuel a précisé le prix et les conditions, et le permis de construire contredisant l’arrêté de la précédente mandature conditionnant cette vente à l’absence d’activité d’hôtel-restaurant date également de l’actuel maire.

    De même que le prêt de monuments à titre gratuit, qui a résulté en la destruction par ces sympathiques entrepreneurs d’un sarcophage romain (endommagé par un engin de chantier… un engin de chantier dans un putain de monument de 2000 ans qui a été prêté !!!) et pour lequel il n’y a -à ma connaissance- pas eu de poursuite.

    Pardon si je m’étouffe. Non, les cadeaux faits aux napoleon sur Arles n’ont pas disparu avec le changement de maire, ils sont du même niveau si ce n’est plus.

    Je n’avais jamais rencontré la remarque “Tintin au Congo”, mais c’est bien ça, avec l’armée de “petit boys” en uniforme à leur service. Les voir débarquer, c’est un sentiment entre l’hilarité et le dégoût.

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