Victime de harcèlement pendant quatre ans, un jeune Laonnois raconte son calvaire
Il a essuyé pendant quatre ans les remarques désagréables de quelques élèves du collège Charlemagne de Laon. Quatre ans d’insultes et parfois d’invitation au suicide. Le collégien est sorti de cet enfer aujourd’hui. Lui et ses parents témoignent.Le port du masque n’est plus obligatoiremais depuis la classe de 4e, le collégien victime de moqueries ne le quitte plus.
Quand j’ai lu que des motards étaient venus devant le collège Charlemagne la semaine dernière pour soutenir un élève victime de harcèlement, je me suis dit qu’il fallait aider cette famille ». Un article dans le journal, cette maman, n’y pensait pas. « Juste, je voudrais que l’élève en question et son entourage sachent qu’ils ne sont pas seuls », disait-elle il y a quelques jours.
Les choses ont bougé. Le cadet de la famille aujourd’hui scolarisé à la Providence a lui aussi été harcelé dans ce collège. Il va un peu mieux, il a « des potes » et se montre d’accord pour expliquer lui aussi ce qu’il a vécu. Les parents suivent, « parce que ça peut en aider d’autres », résument-ils. Et puis cette « solitude », devant le harcèlement et l’effondrement de leur enfant, Céline et Farid l’ont vécu, douloureusement. Hugo (prénom d’emprunt), c’était bien pire encore…
« Je n’avais jamais eu le moindre problème en primaire. C’est au collège que ça a commencé. J’étais avec des copains et d’autres élèves venaient près de moi, des garçons de tous les niveaux mais aussi des filles et ils me disaient que j’étais moche, que je ferais mieux de me cacher. À force, mes copains m’ont laissé et je me suis retrouvé seul », explique sobrement le fils de Céline et Farid.Des vêtements comme armure
Les moqueries ne cessent pas au passage en cinquième. Elles se poursuivent en quatrième. « Notre fils avait honte. Il ne nous en parlait pas. On ne s’est rendu compte de rien » soupire la maman. « Les résultats scolaires baissaient mais il n’y avait pas d’autres signes. Et puis avec le confinement et les cours sur les plateformes en ligne, Hugo a commencé à rencontrer des difficultés ».
Le masque n’est plus obligatoire mais depuis la classe de 4e, le collégien ne le quitte plus. « À la maison il l’enlève mais par exemple quand il est en famille avec des gens qu’il ne connaît pas, Hugo le garde », témoigne tristement le papa. « Après le masque, il s’est mis à ne porter que des vêtements avec des manches longues, des sweats à capuche, plusieurs couches sur lui, quel que soit le temps. Mais pas à la maison ». L’adolescent le confirme. « C’est une manière de me protéger. Il n’y a qu’à la cantine que j’étais obligé d’enlever le masque et certains me disaient de le remettre, que c’était trop horrible à voir. Un jour, des gens ont lancé que je ferais mieux de me suicider ». L’ado emploie le mot « gens » au lieu de celui « d’élèves ». À Charlemagne, des potes, il n’en n’avait plus. Les retards ont succédé aux absences. Les remarques inappropriées d’un professeur de l’élève ont accéléré son effondrement.
« Je n’ai été convoquée qu’une seule fois par le CPE, début d’année scolaire 2022/2023. Hugo avait trouvé une lame de cutter dehors et l’avait mise dans sa trousse. On a tous reconnu, et même mon fils, que ce n’était pas bien. Et puis on a demandé à voir l’infirmière pour parler de ce masque. J’ai senti de la violence et de l’agressivité dans les échanges. On nous a dit que notre fils méritait un suivi psychiatrique en urgence ! », soupire la mère.Lâchés dans la nature
Fin de 3e, l’élève ne reçoit aucune affectation dans un autre établissement pour poursuivre sa scolarité. Il avait tenté les métiers de l’alimentation. Refusé.
« On s’est retrouvé lâché dans la nature avec ça en juin », regrette son père. « Alors on s’est rapproché de la Providence. L’équipe nous a reçus. Ils ont tout de suite compris que notre fils ressentait une anxiété généralisée ». Le collégien aujourd’hui reprend espoir. Il redouble, porte toujours le masque mais semble sur la voie du rétablissement. Et ses parents ? « Notre fils est arrivé en 6e comme tous les enfants de son âge, vulnérable, avec le sourire, des envies, des élans et une bonne implication dans sa scolarité. Il est sorti de 3e éteint, blasé de la vie », constate la maman.
Le 8 juillet, Céline a entamé l’écriture d’une longue lettre, précise, délicate et profonde pour retracer l’itinéraire de son petit. Elle l’a poursuivie le 16 septembre avant de l’envoyer trois jours plus tard au collège et au rectorat. Elle demande réparation. Hier la référente harcèlement de l’académie lui a enfin adressé un message. Un courrier du cabinet, lui a-t-on dit, vient de lui être expédié.
Un mal-être connu… mais un malaise non détecté
« Durant les quatre années de sa scolarité au collège Charlemagne », signale le rectorat, « ni l’élève ni ses parents n’ont signalé un fait quelconque de harcèlement à l’équipe de direction ou à un autre personnel de l’établissement, au rectorat ou à la plateforme nationale du 3020. Connu pour son mal-être, le collégien y faisait toutefois l’objet d’un suivi et d’une attention particulière », assure le cabinet du recteur. « Après avoir dénoncé les faits le 15 septembre dernier, la maman a longuement été entendue par la cellule harcèlement du rectorat. Depuis, des échanges réguliers (SMS et téléphone) ont permis de tisser des liens de confiance avec l’une des deux référentes académiques. Celle-ci se tient d’ailleurs à la disposition de la maman et de l’élève si de nouvelles difficultés venaient à apparaître dans la scolarité de ce dernier ».
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Victime de harcèlement pendant quatre ans, un jeune Laonnois raconte son calvaire
Il a essuyé pendant quatre ans les remarques désagréables de quelques élèves du collège Charlemagne de Laon. Quatre ans d’insultes et parfois d’invitation au suicide. Le collégien est sorti de cet enfer aujourd’hui. Lui et ses parents témoignent.Le port du masque n’est plus obligatoiremais depuis la classe de 4e, le collégien victime de moqueries ne le quitte plus.
Quand j’ai lu que des motards étaient venus devant le collège Charlemagne la semaine dernière pour soutenir un élève victime de harcèlement, je me suis dit qu’il fallait aider cette famille ». Un article dans le journal, cette maman, n’y pensait pas. « Juste, je voudrais que l’élève en question et son entourage sachent qu’ils ne sont pas seuls », disait-elle il y a quelques jours.
Les choses ont bougé. Le cadet de la famille aujourd’hui scolarisé à la Providence a lui aussi été harcelé dans ce collège. Il va un peu mieux, il a « des potes » et se montre d’accord pour expliquer lui aussi ce qu’il a vécu. Les parents suivent, « parce que ça peut en aider d’autres », résument-ils. Et puis cette « solitude », devant le harcèlement et l’effondrement de leur enfant, Céline et Farid l’ont vécu, douloureusement. Hugo (prénom d’emprunt), c’était bien pire encore…
« Je n’avais jamais eu le moindre problème en primaire. C’est au collège que ça a commencé. J’étais avec des copains et d’autres élèves venaient près de moi, des garçons de tous les niveaux mais aussi des filles et ils me disaient que j’étais moche, que je ferais mieux de me cacher. À force, mes copains m’ont laissé et je me suis retrouvé seul », explique sobrement le fils de Céline et Farid.Des vêtements comme armure
Les moqueries ne cessent pas au passage en cinquième. Elles se poursuivent en quatrième. « Notre fils avait honte. Il ne nous en parlait pas. On ne s’est rendu compte de rien » soupire la maman. « Les résultats scolaires baissaient mais il n’y avait pas d’autres signes. Et puis avec le confinement et les cours sur les plateformes en ligne, Hugo a commencé à rencontrer des difficultés ».
Le masque n’est plus obligatoire mais depuis la classe de 4e, le collégien ne le quitte plus. « À la maison il l’enlève mais par exemple quand il est en famille avec des gens qu’il ne connaît pas, Hugo le garde », témoigne tristement le papa. « Après le masque, il s’est mis à ne porter que des vêtements avec des manches longues, des sweats à capuche, plusieurs couches sur lui, quel que soit le temps. Mais pas à la maison ». L’adolescent le confirme. « C’est une manière de me protéger. Il n’y a qu’à la cantine que j’étais obligé d’enlever le masque et certains me disaient de le remettre, que c’était trop horrible à voir. Un jour, des gens ont lancé que je ferais mieux de me suicider ». L’ado emploie le mot « gens » au lieu de celui « d’élèves ». À Charlemagne, des potes, il n’en n’avait plus. Les retards ont succédé aux absences. Les remarques inappropriées d’un professeur de l’élève ont accéléré son effondrement.
« Je n’ai été convoquée qu’une seule fois par le CPE, début d’année scolaire 2022/2023. Hugo avait trouvé une lame de cutter dehors et l’avait mise dans sa trousse. On a tous reconnu, et même mon fils, que ce n’était pas bien. Et puis on a demandé à voir l’infirmière pour parler de ce masque. J’ai senti de la violence et de l’agressivité dans les échanges. On nous a dit que notre fils méritait un suivi psychiatrique en urgence ! », soupire la mère.Lâchés dans la nature
Fin de 3e, l’élève ne reçoit aucune affectation dans un autre établissement pour poursuivre sa scolarité. Il avait tenté les métiers de l’alimentation. Refusé.
« On s’est retrouvé lâché dans la nature avec ça en juin », regrette son père. « Alors on s’est rapproché de la Providence. L’équipe nous a reçus. Ils ont tout de suite compris que notre fils ressentait une anxiété généralisée ». Le collégien aujourd’hui reprend espoir. Il redouble, porte toujours le masque mais semble sur la voie du rétablissement. Et ses parents ? « Notre fils est arrivé en 6e comme tous les enfants de son âge, vulnérable, avec le sourire, des envies, des élans et une bonne implication dans sa scolarité. Il est sorti de 3e éteint, blasé de la vie », constate la maman.
Le 8 juillet, Céline a entamé l’écriture d’une longue lettre, précise, délicate et profonde pour retracer l’itinéraire de son petit. Elle l’a poursuivie le 16 septembre avant de l’envoyer trois jours plus tard au collège et au rectorat. Elle demande réparation. Hier la référente harcèlement de l’académie lui a enfin adressé un message. Un courrier du cabinet, lui a-t-on dit, vient de lui être expédié.
Un mal-être connu… mais un malaise non détecté
« Durant les quatre années de sa scolarité au collège Charlemagne », signale le rectorat, « ni l’élève ni ses parents n’ont signalé un fait quelconque de harcèlement à l’équipe de direction ou à un autre personnel de l’établissement, au rectorat ou à la plateforme nationale du 3020. Connu pour son mal-être, le collégien y faisait toutefois l’objet d’un suivi et d’une attention particulière », assure le cabinet du recteur. « Après avoir dénoncé les faits le 15 septembre dernier, la maman a longuement été entendue par la cellule harcèlement du rectorat. Depuis, des échanges réguliers (SMS et téléphone) ont permis de tisser des liens de confiance avec l’une des deux référentes académiques. Celle-ci se tient d’ailleurs à la disposition de la maman et de l’élève si de nouvelles difficultés venaient à apparaître dans la scolarité de ce dernier ».