**L’attaque du 7 octobre modifie le statu quo dans lequel l’Etat hébreu tentait de gérer le conflit avec Gaza. Les buts de guerre ont changé et, avec eux, les règles d’engagement.**
« Nous luttons de toutes nos forces sur tous les fronts. Nous sommes passés à l’offensive. Chaque membre du Hamas est un homme mort. » Dans son communiqué du 12 octobre à l’occasion de la mise en place du gouvernement d’unité nationale, Benyamin Nétanyahou a confirmé des buts de guerre totale. Il ne s’agit plus de restaurer la dissuasion ou de diminuer les capacités des groupes armés. Il s’agit de détruire le Hamas, ainsi que les groupes affiliés, considérés comme terroristes par l’armée israélienne.
« Les directives d’une opération militaire dictent les paramètres du déploiement de la force. L’idée, dans le passé, était d’utiliser cette force avec retenue et de maintenir un Hamas faible qui pouvait administrer la bande de Gaza. C’était une entité hostile, pas un ennemi. Il ne s’agissait pas d’envahir l’enclave. Mais, quand l’organisation a exécuté son plan diabolique, elle a changé les règles du jeu. Alors Israël change les siennes », explique le lieutenant-colonel Peter Lerner, porte-parole de l’armée israélienne.
Depuis que le parti islamiste a pris le contrôle de la bande en 2007, l’armée israélienne a mené d’importantes offensives pour en diminuer les capacités militaires. Avec les différentes organisations comme le Jihad islamique ou le Front populaire de libération de la Palestine, les forces de Gaza sont estimées à une trentaine de milliers de combattants. L’armée disposait d’une liste de cadres et d’infrastructures à éliminer, avec des ordres de priorité.
**Aucune limite de temps**
Cette fois, Herzi Halevi, le chef d’état-major de l’armée israélienne, a été clair : les cibles sont larges et vont de Yahya Sinouar, le leader politique du Hamas, au premier commando qui a ouvert la brèche dans la bordure de séparation. Aujourd’hui, « l’institution entière est une cible », appuie Peter Lerner. D’autres cadres du mouvement sont visés, comme le ministre des finances, « qui a financé les armes, les développements techniques qui ont permis cette invasion ». Mais, ajoute le porte-parole, « les infrastructures, et en premier les tunnels », sont aussi prises pour cibles. Ce réseau de galeries, construit par le Hamas depuis qu’il dirige l’enclave, est surnommé le « métro de Gaza ». Personne ne connaît précisément ses dimensions, ses entrées, ses sorties, ni ce qui s’y trouve.
Israël se donne les moyens de ses objectifs. L’armée n’a jamais mobilisé autant de réservistes, 300 000 soldats. Et n’annonce aucune limite de temps, malgré les coûts énormes engendrés par une telle mobilisation.
L’armée assure vouloir mener cette offensive selon « les règles du droit international humanitaire », ou, du moins, son interprétation par les militaires israéliens, plus maximaliste que les armées européennes ou américaine. Ainsi, la doctrine Dahiya, élaborée en 2006 par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne – et qui vient de rejoindre, en observateur, le « cabinet de guerre » israélien –, théorise l’usage d’une force disproportionnée afin d’atteindre ses objectifs, y compris viser une zone civile pour y éliminer des cibles militaires. Le nom de la doctrine fait référence à un quartier de la banlieue sud de Beyrouth où était basée la direction du Hezbollah lors de la guerre de l’été 2006 entre le Liban et Israël. Le rapport Goldstone demandé par les Nations unies après le premier conflit entre Israël et le Hamas en 2008-2009 avait conclu que la doctrine avait été « conçue pour punir, humilier et terroriser la population civile ».
**« Ils choisissent de mettre leur vie en jeu »**
« Je ne pense pas que cette doctrine s’applique aujourd’hui, estime le professeur Gabi Siboni, de l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité. Nous nous occupons de cibler et de détruire des agents du Hamas et d’autres organisations terroristes. Ce sont tous des cibles militaires. » Alors que 2 300 personnes, principalement des civils, dont 600 enfants, ont déjà été tuées, M. Siboni affirme aussi qu’Israël opère selon les principes du droit international humanitaire : « C’est pour cela que l’armée a demandé à la population d’évacuer le nord de Gaza. Quant à ceux qui restent, tant pis. Ils choisissent de mettre leur vie en jeu. »
Depuis le début de l’opération militaire sur Gaza, l’armée israélienne n’a guère détaillé les cibles qui justifieraient les frappes. Ses services de communication donnent en revanche le tonnage de bombes larguées sur l’enclave, en postant les images de ruines.
Asa Kasher, professeur de philosophie à l’université de Tel-Aviv, qui a contribué à la rédaction du code d’éthique des forces israéliennes, explique qu’il s’agit d’une équation : « Quand on est attaqué, on peut se défendre sans enfreindre le droit international. S’il y a une position avec des civils et des combattants, on évalue les risques. Si les gains sont militairement intéressants, et les pertes civiles limitées, il faut frapper. Sinon, il faut abandonner. » Quant à l’objectif affiché de détruire le Hamas, Asa Kasher s’interroge : « Détruire le Hamas n’est pas un objectif raisonnable. Détruire leurs capacités militaires ? Oui. Leurs infrastructures financières ? Oui. Mais détruire leur haine des juifs, des Israéliens, de l’Ouest, non. Ce qu’on peut faire, c’est réduire leur potentiel jusqu’à ce qu’ils ne soient plus une source de danger. »
> « Quand on est attaqué, on peut se défendre sans enfreindre le droit international. S’il y a une position avec des civils et des combattants, on évalue les risques. Si les gains sont militairement intéressants, et les pertes civiles limitées, il faut frapper. Sinon, il faut abandonner. »
Un point intéressant ici. Le droit de la guerre n’exclut pas que des civils soient tués. Ce n’est pas « des civils sont tués donc c’est une violation du droit ». Si la partie au conflit a fait le nécessaire pour éviter les pertes civiles (en les prevenant, en choisissant un moment minimisant les risques etc. liste non exhaustive) et que l’usage de la force est proportionné, et qu’il y avait un avantage militaire indéniable à mener l’opération alors on peut plaider qu’il n’y a pas de violation du droit si des civils sont touchés.
Mais bien sûr jamais ô grand jamais les atteintes aux civils ne doivent être les objectifs principaux d’une opération. La c’est directement la case crime de guerre.
La dernière fois qu’Israël a réellement voulu neutraliser une organisation hostile, ils ont ravagé le Liban à tel point que même les Américains avaient fini par menacer de retirer leur soutien s’ils n’arrêtaient pas de viser des zones civiles.
Personne ne fera de même pour Gaza je pense, alors…
Israël est littéralement né de menaces et d’attaques sur les civils. C’est un genre de retour aux sources
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**L’attaque du 7 octobre modifie le statu quo dans lequel l’Etat hébreu tentait de gérer le conflit avec Gaza. Les buts de guerre ont changé et, avec eux, les règles d’engagement.**
« Nous luttons de toutes nos forces sur tous les fronts. Nous sommes passés à l’offensive. Chaque membre du Hamas est un homme mort. » Dans son communiqué du 12 octobre à l’occasion de la mise en place du gouvernement d’unité nationale, Benyamin Nétanyahou a confirmé des buts de guerre totale. Il ne s’agit plus de restaurer la dissuasion ou de diminuer les capacités des groupes armés. Il s’agit de détruire le Hamas, ainsi que les groupes affiliés, considérés comme terroristes par l’armée israélienne.
« Les directives d’une opération militaire dictent les paramètres du déploiement de la force. L’idée, dans le passé, était d’utiliser cette force avec retenue et de maintenir un Hamas faible qui pouvait administrer la bande de Gaza. C’était une entité hostile, pas un ennemi. Il ne s’agissait pas d’envahir l’enclave. Mais, quand l’organisation a exécuté son plan diabolique, elle a changé les règles du jeu. Alors Israël change les siennes », explique le lieutenant-colonel Peter Lerner, porte-parole de l’armée israélienne.
Depuis que le parti islamiste a pris le contrôle de la bande en 2007, l’armée israélienne a mené d’importantes offensives pour en diminuer les capacités militaires. Avec les différentes organisations comme le Jihad islamique ou le Front populaire de libération de la Palestine, les forces de Gaza sont estimées à une trentaine de milliers de combattants. L’armée disposait d’une liste de cadres et d’infrastructures à éliminer, avec des ordres de priorité.
**Aucune limite de temps**
Cette fois, Herzi Halevi, le chef d’état-major de l’armée israélienne, a été clair : les cibles sont larges et vont de Yahya Sinouar, le leader politique du Hamas, au premier commando qui a ouvert la brèche dans la bordure de séparation. Aujourd’hui, « l’institution entière est une cible », appuie Peter Lerner. D’autres cadres du mouvement sont visés, comme le ministre des finances, « qui a financé les armes, les développements techniques qui ont permis cette invasion ». Mais, ajoute le porte-parole, « les infrastructures, et en premier les tunnels », sont aussi prises pour cibles. Ce réseau de galeries, construit par le Hamas depuis qu’il dirige l’enclave, est surnommé le « métro de Gaza ». Personne ne connaît précisément ses dimensions, ses entrées, ses sorties, ni ce qui s’y trouve.
Israël se donne les moyens de ses objectifs. L’armée n’a jamais mobilisé autant de réservistes, 300 000 soldats. Et n’annonce aucune limite de temps, malgré les coûts énormes engendrés par une telle mobilisation.
L’armée assure vouloir mener cette offensive selon « les règles du droit international humanitaire », ou, du moins, son interprétation par les militaires israéliens, plus maximaliste que les armées européennes ou américaine. Ainsi, la doctrine Dahiya, élaborée en 2006 par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne – et qui vient de rejoindre, en observateur, le « cabinet de guerre » israélien –, théorise l’usage d’une force disproportionnée afin d’atteindre ses objectifs, y compris viser une zone civile pour y éliminer des cibles militaires. Le nom de la doctrine fait référence à un quartier de la banlieue sud de Beyrouth où était basée la direction du Hezbollah lors de la guerre de l’été 2006 entre le Liban et Israël. Le rapport Goldstone demandé par les Nations unies après le premier conflit entre Israël et le Hamas en 2008-2009 avait conclu que la doctrine avait été « conçue pour punir, humilier et terroriser la population civile ».
**« Ils choisissent de mettre leur vie en jeu »**
« Je ne pense pas que cette doctrine s’applique aujourd’hui, estime le professeur Gabi Siboni, de l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité. Nous nous occupons de cibler et de détruire des agents du Hamas et d’autres organisations terroristes. Ce sont tous des cibles militaires. » Alors que 2 300 personnes, principalement des civils, dont 600 enfants, ont déjà été tuées, M. Siboni affirme aussi qu’Israël opère selon les principes du droit international humanitaire : « C’est pour cela que l’armée a demandé à la population d’évacuer le nord de Gaza. Quant à ceux qui restent, tant pis. Ils choisissent de mettre leur vie en jeu. »
Depuis le début de l’opération militaire sur Gaza, l’armée israélienne n’a guère détaillé les cibles qui justifieraient les frappes. Ses services de communication donnent en revanche le tonnage de bombes larguées sur l’enclave, en postant les images de ruines.
Asa Kasher, professeur de philosophie à l’université de Tel-Aviv, qui a contribué à la rédaction du code d’éthique des forces israéliennes, explique qu’il s’agit d’une équation : « Quand on est attaqué, on peut se défendre sans enfreindre le droit international. S’il y a une position avec des civils et des combattants, on évalue les risques. Si les gains sont militairement intéressants, et les pertes civiles limitées, il faut frapper. Sinon, il faut abandonner. » Quant à l’objectif affiché de détruire le Hamas, Asa Kasher s’interroge : « Détruire le Hamas n’est pas un objectif raisonnable. Détruire leurs capacités militaires ? Oui. Leurs infrastructures financières ? Oui. Mais détruire leur haine des juifs, des Israéliens, de l’Ouest, non. Ce qu’on peut faire, c’est réduire leur potentiel jusqu’à ce qu’ils ne soient plus une source de danger. »
> « Quand on est attaqué, on peut se défendre sans enfreindre le droit international. S’il y a une position avec des civils et des combattants, on évalue les risques. Si les gains sont militairement intéressants, et les pertes civiles limitées, il faut frapper. Sinon, il faut abandonner. »
Un point intéressant ici. Le droit de la guerre n’exclut pas que des civils soient tués. Ce n’est pas « des civils sont tués donc c’est une violation du droit ». Si la partie au conflit a fait le nécessaire pour éviter les pertes civiles (en les prevenant, en choisissant un moment minimisant les risques etc. liste non exhaustive) et que l’usage de la force est proportionné, et qu’il y avait un avantage militaire indéniable à mener l’opération alors on peut plaider qu’il n’y a pas de violation du droit si des civils sont touchés.
Mais bien sûr jamais ô grand jamais les atteintes aux civils ne doivent être les objectifs principaux d’une opération. La c’est directement la case crime de guerre.
La dernière fois qu’Israël a réellement voulu neutraliser une organisation hostile, ils ont ravagé le Liban à tel point que même les Américains avaient fini par menacer de retirer leur soutien s’ils n’arrêtaient pas de viser des zones civiles.
Personne ne fera de même pour Gaza je pense, alors…
Israël est littéralement né de menaces et d’attaques sur les civils. C’est un genre de retour aux sources