# La préfète et le groupe immobilier Nexity : au procès d’un conflit d’intérêts inédit
Le Parquet national financier a requis une peine exemplaire contre Régine Engström, ancienne préfète de la région Centre, suspectée d’être intervenue en faveur de son ex-employeur, le promoteur Nexity. L’audience a mis en lumière le mépris, au plus haut sommet de l’État, pour les mécanismes de prévention des conflits d’intérêts public-privé.
D’abord, parce que des *« papiers »*, les officiers de police judiciaire en ont retrouvé beaucoup au cours d’une perquisition menée en avril 2022 dans son bureau en préfecture. Comme ces différentes notes et e-mails, soigneusement rangés dans un placard sous la bibliothèque de Régine Engström, portant sur un projet immobilier de son précédent employeur, Nexity, au sujet duquel elle prétendait pourtant se tenir totalement à l’écart.
Mais aussi parce que personne, pas même l’intéressée et son équipe de défense, n’a depuis été en mesure de produire le moindre document signifiant que la préfète s’était effectivement retirée de la gestion du projet Nexity. Aucune consigne écrite, ni arrêté de déport, comme le prévoient les textes – le seul *« papier »* qui aurait pu balayer les soupçons de « prise illégale d’intérêts » qui ont valu à cette haute fonctionnaire de 59 ans d’être jugée, lundi 16 octobre 2023, par la 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.
Cinq mois plus tard, en mars 2021, Régine Engström est nommée par Emmanuel Macron à la tête de la région Centre-Val de Loire, qui chapeaute l’ensemble des organes déconcentrés des ministères, dont la Drac, en provenance de Nexity, où elle était responsable des partenariats stratégiques depuis la fin 2019, siégeant au comité exécutif du groupe. Dans la presse locale, cette fonctionnaire expérimentée – elle a notamment occupé des postes de direction à la mairie de Paris et de secrétaire générale du ministère de l’environnement sous Ségolène Royal avant de rejoindre le privé – soutient qu’elle s’est déportée du dossier de la caserne.
Or, révèle alors Mediapart, deux événements contredisent cette version : le 29 juin 2021, au cours d’une réunion d’experts sur la protection de ce bâtiment (commission régionale du patrimoine et de l’architecture, CRPA), la secrétaire générale pour les affaires régionales (SGAR), qui travaillait sous l’autorité directe de Régine Engström, s’est exprimée contre le classement de l’édifice, en spécifiant qu’elle représentait la préfète.
Le 4 octobre 2021, à la veille d’un rendez-vous d’un des élus favorables au projet avec la ministre de la culture Roselyne Bachelot à Paris, Régine Engström a aussi écrit un mail à la directrice de cabinet de la ministre pour exposer les arguments favorables à la démolition.
Ces deux faits, confirmés par l’enquête judiciaire ouverte par le Parquet national financier (PNF) à la suite de la publication de l’article, sont au cœur des poursuites, signifie au début de l’audience la présidente de la 32e chambre, Bénédicte de Perthuis, dans son rapport, avant de développer quelques *« éléments de contexte »* donnant une coloration particulière au dossier.
Le projet de la caserne Gudin (autour de 20 millions d’euros) est une goutte d’eau pour Nexity au regard de son chiffre d’affaires de l’époque (entre 3 et 4 milliards d’euros). Mais le groupe immobilier lorgne sur une implantation à Montargis depuis 2006, et spécifiquement sur les 7,5 hectares de l’ancien bâtiment militaire depuis 2009.
Deux élus soutiennent le projet avec beaucoup d’allant : le député Les Républicains (LR) Jean-Pierre Door, et son acolyte de l’époque, lui aussi chez LR, Frank Supplisson, qui préside la communauté d’agglomération. Lequel Frank Supplisson, prend soin de rappeler la présidente du tribunal dans sa présentation de l’affaire, avait affirmé en conseil d’agglomération qu’il souhaitait conserver les bâtiments existants, avant de faire le contraire.
Face au tribunal, l’ancienne préfète, ingénieure des ponts et chaussées, ne remet pas en cause la sensibilité du sujet au regard de ses fonctions passées. Dès son arrivée, explique Régine Engström, elle aurait notifié à ses interlocuteurs, en préfecture de région comme du Loiret, ainsi qu’aux élus locaux qu’elle venait *« de chez Nexity et souhait[ait] mettre en place un déport par précaution »*. Problème, il n’y a *« aucun écrit, pas d’arrêté, pas de mail, il n’y a rien »* stipulant qu’elle ne doit pas s’occuper du sujet, s’étonne la présidente de la 32e chambre.
La préfète maintient ce qu’elle a déclaré au cours de l’enquête : elle a mis en place un *« déport effectif »*, certes non matérialisé par des écrits, mais qu’elle aurait scrupuleusement diffusé à l’oral puis respecté pour ne pas interférer dans le dossier de la caserne. *« Personne ne m’a donné de conseil en la matière. Je fais plein de rendez-vous au ministère* [de l’intérieur]*, à aucun moment on ne m’a fait état de possible prévention en matière de conflits d’intérêts »*, précise aussi la haute fonctionnaire, malgré le caractère exceptionnel de sa nomination en provenance du privé (une première dans le corps préfectoral).
*« On s’étonne qu’en arrivant de Nexity pour prendre ce poste-là, vous vous êtes dit : je vais me déporter comme ça, sans formalisation*, relance Bénédicte de Perthuis.
*— Tout le monde savait que j’arrivais de Nexity*, lui répond la haute fonctionnaire.
*— Vous la première…*
*— Personne ne m’a dit qu’il fallait formaliser un déport.*
[…]
*— Vous êtes un haut fonctionnaire, cela nous inquiète plutôt que ce sujet soit traité de cette façon-là…*, appuie encore la présidente dans son interrogatoire. *Comprenez que c’est une conception du risque de conflit d’intérêts qui pose question.*
— *J’entends ce que vous me dites, mais ce n’était absolument pas un désintérêt de ma part. Je me suis vraiment posé la question à mon arrivée. J’avais le sentiment d’y avoir apporté une attention nécessaire. »*
Tiens tiens tiens, le groupe Bolloré, comme c’est étrange.
/r/FuckBollore
Tiens tiens tiens tiens tiens.
Je me souviens que l’histoire du non-classement de la caserne avait fait l’objet d’un papier du canard à l’époque, qui relatait l’empressement à raser le domaine pour faire de l’immobilier juteux.
Et donc conflit d’intérêt. Pikachusurpris.jpg
En fait je propose un truc. Tous leurs projets de surveillance massive, là, qu’ils nous pissent dessus depuis la tragique mort du prof dont ils s’en battent les couilles grave. En fait c’est bien, il faut juste le mettre au bon endroit : dans leurs bureaux et chez eux. Mise sur écoute intégrale et filtrage complet de leurs mails, de leurs SMS et leurs appels téléphoniques, avec une IA qui fait le tri et les signalements en quelques minutes.
En tout cas, elle est pas passée à un Angström de prouver son innocence (ok un peu forcée celle là).
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# La préfète et le groupe immobilier Nexity : au procès d’un conflit d’intérêts inédit
Le Parquet national financier a requis une peine exemplaire contre Régine Engström, ancienne préfète de la région Centre, suspectée d’être intervenue en faveur de son ex-employeur, le promoteur Nexity. L’audience a mis en lumière le mépris, au plus haut sommet de l’État, pour les mécanismes de prévention des conflits d’intérêts public-privé.
L’administration française présente une particularité : elle produit *« beaucoup de papiers »*, rappelle à la barre Régine Engström. Ce qui dans le cas de l’ancienne préfète de la région Centre-Val de Loire, [relevée de ses fonctions en août dernier à l’approche de son procès](https://www.mediapart.fr/journal/france/260723/la-prefete-de-region-centre-sera-jugee-pour-son-conflit-d-interets), présente un double inconvénient.
D’abord, parce que des *« papiers »*, les officiers de police judiciaire en ont retrouvé beaucoup au cours d’une perquisition menée en avril 2022 dans son bureau en préfecture. Comme ces différentes notes et e-mails, soigneusement rangés dans un placard sous la bibliothèque de Régine Engström, portant sur un projet immobilier de son précédent employeur, Nexity, au sujet duquel elle prétendait pourtant se tenir totalement à l’écart.
Mais aussi parce que personne, pas même l’intéressée et son équipe de défense, n’a depuis été en mesure de produire le moindre document signifiant que la préfète s’était effectivement retirée de la gestion du projet Nexity. Aucune consigne écrite, ni arrêté de déport, comme le prévoient les textes – le seul *« papier »* qui aurait pu balayer les soupçons de « prise illégale d’intérêts » qui ont valu à cette haute fonctionnaire de 59 ans d’être jugée, lundi 16 octobre 2023, par la 32e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.
L’affaire portée devant le tribunal est née de la [révélation par Mediapart](https://www.mediapart.fr/journal/france/171023/L%E2%80%99incroyable%20conflit%20d%E2%80%99int%C3%A9r%C3%AAts%20de%20la%20pr%C3%A9f%C3%A8te%20de%20la%20r%C3%A9gion%20Centre), le 31 janvier 2022, du rôle joué par la préfète dans un projet immobilier local controversé. Le groupe Nexity prévoit à l’époque de construire une résidence sénior, à Montargis (Loiret), à la place d’une caserne bâtie au XIXe siècle, portant le nom de Charles Étienne Gudin, condisciple de Napoléon Bonaparte inhumé aux Invalides, que le ministère de la culture souhaite conserver.
L’affaire oppose des associations de défense du patrimoine, alignées sur la position des services de la Drac (direction régionale des affaires culturelles) et de l’architecte des bâtiments de France, au promoteur immobilier, soutenu par les élus de la droite locale. En octobre 2020, la mairie Les Républicains (LR) de Montargis accorde le permis de construire, valant permis de démolir, à Nexity (le projet a [depuis l’affaire été revu à la baisse](https://www.larep.fr/montargis-45200/actualites/a-montargis-la-vente-des-batiments-de-la-caserne-gudin-enterinee_14311746/), et la caserne classée aux [monuments historiques](https://actu.fr/centre-val-de-loire/montargis_45208/caserne-gudin-classee-aux-monuments-historiques-l-agglo-de-montargis-rend-les-armes_58863804.html)).
## Version contredite
Cinq mois plus tard, en mars 2021, Régine Engström est nommée par Emmanuel Macron à la tête de la région Centre-Val de Loire, qui chapeaute l’ensemble des organes déconcentrés des ministères, dont la Drac, en provenance de Nexity, où elle était responsable des partenariats stratégiques depuis la fin 2019, siégeant au comité exécutif du groupe. Dans la presse locale, cette fonctionnaire expérimentée – elle a notamment occupé des postes de direction à la mairie de Paris et de secrétaire générale du ministère de l’environnement sous Ségolène Royal avant de rejoindre le privé – soutient qu’elle s’est déportée du dossier de la caserne.
Or, révèle alors Mediapart, deux événements contredisent cette version : le 29 juin 2021, au cours d’une réunion d’experts sur la protection de ce bâtiment (commission régionale du patrimoine et de l’architecture, CRPA), la secrétaire générale pour les affaires régionales (SGAR), qui travaillait sous l’autorité directe de Régine Engström, s’est exprimée contre le classement de l’édifice, en spécifiant qu’elle représentait la préfète.
Le 4 octobre 2021, à la veille d’un rendez-vous d’un des élus favorables au projet avec la ministre de la culture Roselyne Bachelot à Paris, Régine Engström a aussi écrit un mail à la directrice de cabinet de la ministre pour exposer les arguments favorables à la démolition.
Ces deux faits, confirmés par l’enquête judiciaire ouverte par le Parquet national financier (PNF) à la suite de la publication de l’article, sont au cœur des poursuites, signifie au début de l’audience la présidente de la 32e chambre, Bénédicte de Perthuis, dans son rapport, avant de développer quelques *« éléments de contexte »* donnant une coloration particulière au dossier.
Le projet de la caserne Gudin (autour de 20 millions d’euros) est une goutte d’eau pour Nexity au regard de son chiffre d’affaires de l’époque (entre 3 et 4 milliards d’euros). Mais le groupe immobilier lorgne sur une implantation à Montargis depuis 2006, et spécifiquement sur les 7,5 hectares de l’ancien bâtiment militaire depuis 2009.
Deux élus soutiennent le projet avec beaucoup d’allant : le député Les Républicains (LR) Jean-Pierre Door, et son acolyte de l’époque, lui aussi chez LR, Frank Supplisson, qui préside la communauté d’agglomération. Lequel Frank Supplisson, prend soin de rappeler la présidente du tribunal dans sa présentation de l’affaire, avait affirmé en conseil d’agglomération qu’il souhaitait conserver les bâtiments existants, avant de faire le contraire.
Bénédicte de Perthuis insiste aussi sur le fait que le même Frank Supplisson a également été épinglé par Mediapart en 2020 pour ses [liens avec un ancien directeur de Nexity](https://www.mediapart.fr/journal/france/110520/des-ministeres-aux-affaires-les-folles-manoeuvres-du-conseiller-supplisson) (il a par ailleurs été condamné et mis en examen dans [d’autres dossiers](https://www.mediapart.fr/journal/france/020323/le-serial-repreneur-d-entreprises-frank-supplisson-de-nouveau-mis-en-examen)). *« Ce contexte permet de rappeler la prudence que pouvait nécessiter l’appréhension de ce dossier en venant directement de chez Nexity »*, résume sobrement la magistrate.
Face au tribunal, l’ancienne préfète, ingénieure des ponts et chaussées, ne remet pas en cause la sensibilité du sujet au regard de ses fonctions passées. Dès son arrivée, explique Régine Engström, elle aurait notifié à ses interlocuteurs, en préfecture de région comme du Loiret, ainsi qu’aux élus locaux qu’elle venait *« de chez Nexity et souhait[ait] mettre en place un déport par précaution »*. Problème, il n’y a *« aucun écrit, pas d’arrêté, pas de mail, il n’y a rien »* stipulant qu’elle ne doit pas s’occuper du sujet, s’étonne la présidente de la 32e chambre.
La préfète maintient ce qu’elle a déclaré au cours de l’enquête : elle a mis en place un *« déport effectif »*, certes non matérialisé par des écrits, mais qu’elle aurait scrupuleusement diffusé à l’oral puis respecté pour ne pas interférer dans le dossier de la caserne. *« Personne ne m’a donné de conseil en la matière. Je fais plein de rendez-vous au ministère* [de l’intérieur]*, à aucun moment on ne m’a fait état de possible prévention en matière de conflits d’intérêts »*, précise aussi la haute fonctionnaire, malgré le caractère exceptionnel de sa nomination en provenance du privé (une première dans le corps préfectoral).
*« On s’étonne qu’en arrivant de Nexity pour prendre ce poste-là, vous vous êtes dit : je vais me déporter comme ça, sans formalisation*, relance Bénédicte de Perthuis.
*— Tout le monde savait que j’arrivais de Nexity*, lui répond la haute fonctionnaire.
*— Vous la première…*
*— Personne ne m’a dit qu’il fallait formaliser un déport.*
[…]
*— Vous êtes un haut fonctionnaire, cela nous inquiète plutôt que ce sujet soit traité de cette façon-là…*, appuie encore la présidente dans son interrogatoire. *Comprenez que c’est une conception du risque de conflit d’intérêts qui pose question.*
— *J’entends ce que vous me dites, mais ce n’était absolument pas un désintérêt de ma part. Je me suis vraiment posé la question à mon arrivée. J’avais le sentiment d’y avoir apporté une attention nécessaire. »*
Tiens tiens tiens, le groupe Bolloré, comme c’est étrange.
/r/FuckBollore
Tiens tiens tiens tiens tiens.
Je me souviens que l’histoire du non-classement de la caserne avait fait l’objet d’un papier du canard à l’époque, qui relatait l’empressement à raser le domaine pour faire de l’immobilier juteux.
Et donc conflit d’intérêt. Pikachusurpris.jpg
En fait je propose un truc. Tous leurs projets de surveillance massive, là, qu’ils nous pissent dessus depuis la tragique mort du prof dont ils s’en battent les couilles grave. En fait c’est bien, il faut juste le mettre au bon endroit : dans leurs bureaux et chez eux. Mise sur écoute intégrale et filtrage complet de leurs mails, de leurs SMS et leurs appels téléphoniques, avec une IA qui fait le tri et les signalements en quelques minutes.
En tout cas, elle est pas passée à un Angström de prouver son innocence (ok un peu forcée celle là).