Pourquoi la contre-offensive de Kiev est en échec

by Folivao

9 comments
  1. **Engagée depuis le 4 juin dans des opérations pour percer les lignes russes, l’armée ukrainienne ne progresse plus. En dépit de lourdes pertes, les forces de Moscou, capables de mobiliser plus d’hommes et de matériel, ont repris l’initiative en lançant des assauts d’envergure, depuis le 10 octobre, sur la ville d’Avdiïvka, dans le Donbass.**

    Cent cinquante jours après le lancement de la contre-offensive ukrainienne dans le sud du pays, les militaires et les analystes occidentaux font le même constat amer : l’armée de Kiev n’a que très peu progressé et, surtout, n’avance plus. « Malgré les efforts déterminés des forces armées ukrainiennes, cinq mois d’opérations offensives n’ont pas permis de percer les lignes de défense russes », observe Jack Watling, chercheur au centre de réflexion britannique Royal United Services Institute (RUSI), dans une note publiée le 19 octobre. « L’Ukraine conserve certaines options pour rendre le dispositif russe inconfortable, mais il est très peu probable qu’il y ait une percée (…) cette année », ajoute ce spécialiste du combat terrestre, qui table sur une poursuite du conflit en 2024, voire au-delà.

    Lors du lancement de ses premiers assauts sur les lignes russes, le 4 juin, l’armée ukrainienne fondait pourtant de grands espoirs sur son opération. Durant tout le printemps, elle avait accumulé des hommes et du matériel pour enfoncer les défenses érigées par l’ennemi le long des quelque 1 000 kilomètres de la ligne de front. Douze brigades, regroupant environ 35 000 soldats, avaient été spécialement constituées pour la manœuvre, dont certaines dotées de blindés occidentaux modernes : des chars britanniques Challenger 2 et allemands Leopard 2, des véhicules de combat d’infanterie américains Bradley, des engins de reconnaissance français AMX-10 RC…

    L’objectif de Kiev, alors, était de percer le système défensif russe construit entre les villes de Zaporijia et de Donetsk, dans le sud du pays, pour tenter de rejoindre la mer d’Azov, au niveau des agglomérations de Melitopol, de Berdiansk ou de Marioupol. Une telle manœuvre aurait permis aux Ukrainiens de couper en deux l’armée russe, isolant notamment ses forces déployées le plus à l’ouest, sur la rive gauche du fleuve Dniepr. Surtout, elle aurait permis de rompre le pont terrestre qui relie la Russie à la péninsule de Crimée, que Moscou utilise pour ravitailler en hommes et en matériel l’ensemble de ses forces présentes dans le sud du pays.

    Las, malgré d’innombrables tentatives pour percer le rideau défensif russe, l’armée ukrainienne piétine. Au plus fort de sa poussée sur le front sud cet été, elle n’aurait progressé que de 90 mètres par jour en moyenne, assure le think tank américain Center for Strategic and International Studies (CSIS), dans une synthèse publiée le 12 octobre. « Les douze brigades mobilisées par les Ukrainiens pour leur contre-offensive ont été en partie consommées, et leurs soldats sont toujours bloqués sur la première ligne de défense russe », confirme une source militaire française, peu optimiste sur la capacité ukrainienne à franchir les tranchées ennemies.

    **Qualité de la ligne de défense russe**

    En cinq mois, les Ukrainiens n’ont reconquis qu’environ 400 kilomètres carrés de leur territoire, une surface inférieure à celle du Territoire de Belfort, estiment les spécialistes de l’Osint (Open Source Intelligence ou données en sources ouvertes). Au total, les Russes occupent encore un peu plus de 17 % de l’Ukraine, soit plus de 100 000 kilomètres carrés, contre environ un quart, au plus fort de son avancée, en mars 2022.

    [Carte](https://img.lemde.fr/2023/10/26/6f307f8_1698308345306-ukr-2343-contre-offensive-700px.png)

    Ces derniers jours, c’est même l’armée russe qui a repris l’initiative, en lançant des assauts d’envergure, sans discontinuer, depuis le 10 octobre, sur la ville d’Avdiïvka, dans le Donbass, que les deux belligérants se disputent depuis 2014. La cité industrielle, qui comptait plus de 30 000 habitants avant l’invasion de février 2022 et dans laquelle se terrent aujourd’hui quelque 2 000 civils, subit désormais le sort de Bakhmout. L’avancée des blindés et troupes de Moscou se ferait néanmoins au prix de lourdes pertes.

    A écouter les militaires et les analystes, le caractère laborieux de la progression ukrainienne s’explique d’abord par la qualité de la ligne de défense érigée par Moscou, qui a surpris. Durant le printemps, les forces russes ont creusé des centaines de kilomètres de tranchées, posé des dizaines de milliers de mines antichars et antipersonnel, couvert les champs de dents de dragon (des cônes de béton destinés à entraver la progression des blindés). Non seulement ces dispositifs ont été mis en place sur tout le front, mais également dans la profondeur, sur des zones pouvant atteindre jusqu’à 500 mètres de pénétration, selon le CSIS. « La défensive russe est extraordinaire », reconnaît un haut gradé français.

    Cette fortification de la ligne de combat a été pensée dès l’automne 2022 par le général Sergueï Sourovikine, qui commandait alors les troupes de Moscou en Ukraine – il a été depuis écarté. « On ne l’a pas perçu à l’époque, mais Sourovikine a fait comme les Allemands en 1917 avec l’opération Alberich : il a volontairement retiré ses troupes de Kherson et de la rive droite du Dniepr pour raccourcir la ligne de front et se fortifier en défensive, une posture qui correspond à la culture stratégique russe. (…) Les Ukrainiens ne passent pas », explique-t-on au sein du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de terre française, où une cellule suit quotidiennement l’évolution du conflit.

    Au début de sa contre-offensive, l’armée ukrainienne a bien tenté de mener des assauts d’ampleur, impliquant un nombre important d’hommes et de matériels, mais elle a dû très vite en rabattre sur ses ambitions, faute de maîtriser suffisamment le combat interarmes.

    « Constituer une brigade apte à mener une telle manœuvre demande au minimum neuf mois de formation collective, ce que n’ont pas eu les Ukrainiens. Après les échecs initiaux, ils ont préféré mener des combats de taille beaucoup plus petite, ce qui limite leurs pertes et aguerri leurs troupes, mais produit aussi moins d’effets territoriaux », constate Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux et officier de réserve.

  2. Je ne dirais pas que c’est un échec, je dirais plutôt que ça n’a pas marché.

  3. L’Ukraine peut importer et exporter “tranquillement” depuis Odessa, le blocus Russe est non-effectif en mer Noire.

    La flotte de la mer Noire est en déroute à Sebastopol. Ils ont perdu des radars, sous-marins et autres bâtiments. Pas mal d’hélicoptères grâce aux ATCAMS.

    C’est pas fini tout de suite, mais c’est pas non-plus la fête chez les Russes.
    .

    Edit: Il faut voir combien d’hommes/matériel l’armée Ukrainienne a détruit.

  4. Tellement has-been la guerre en Ukraine. Maintenant la tendance c’est la guerre contre le Hamas. Trop bête Le Monde mdr.

  5. Si ça perce pas, il vaut probablement mieux qu’ils fassent pas comme les russes à envoyer des vagues et des vagues de mecs se suicider sur un mur pour gagner 2m². Va falloir trouver une autre stratégie.

    Et faut voir ce qu’on appelle “la contre-offensive”. Depuis l’invasion, l’Ukraine a mené 3 contre-offensives d’ampleur à Kiev, à Kharkiv (et dans l’Est) et à Kherson. Les 3 ont été gagnées.

    “La” contre-offensive globale n’est pas un échec. “Une des” contre-offensives est un échec.

  6. Ben, comme en 14, les offensives sont coûteuses.

  7. A force d’avoir peur des russes, on a traîné les pieds pour livrer du matos aux ukrainiens et voilà le résultat. Ça me débecque qu’on n’ait pas donné rapidement à l’Ukraine les moyens de gagner la guerre. A chaque fois c’était pareil :

    – Pas d’obusier, ça ne ferait qu’escalader le conflit. Quatre mois plus tard, ok pour les obusiers, mais pas plus.

    – Pas de tanks, ça ne ferait qu’escalader le conflit. Quatre mois plus tard, ok pour les tanks, mais pas plus.

    – Pas de missiles, ça ne ferait qu’escalader le conflit. Quatre mois plus tard, ok pour les missiles, mais pas plus.

    – Pas d’avions, ça ne ferait qu’escalader le conflit. Quatre mois plus tard, ok pour les avions.

    Résultat, on n’a fait que prolonger un conflit qui aurait pu être terminé si on avait été moins froussards, et on arrive à un moment où l’occident n’a même plus envie d’apporter la maigre aide qu’elle donnait.

    La Russie n’a plus qu’à attendre et à maxer la désinformation pour faire élire des politiciens acquis à sa cause. Et même si elle fini par perdre et à être boutée hors d’Ukraine, on l’aura laissée ravager le pays pendant plusieurs années.

  8. Triste à lire, mais pas surprenant. Je regarde régulièrement les cartes de la ligne de front, et je voyais bien depuis Septembre que ça n’avançait plus vraiment.

    De tout coeur avec les Ukrainiens.

  9. >A écouter les militaires et les analystes, le caractère laborieux de la progression ukrainienne s’explique d’abord par la qualité de la ligne de défense érigée par Moscou, qui a surpris

    Qui a surpris les journalistes, parce que tous le mili-twitter (et les ukrainiens eux même) déplorait la lenteur des livraisons d’armes occidentales depuis le début de l’année précisement pour cette raison. Si on n’avait pas mis 6 mois à se décider pour les tanks et 1 ans pour les avions, la contre attaque ukrainienne aurait pu commencer avant la consolidation des lignes russes et avec de bien meilleurs moyens de franchissement . En particulier, le manque de moyen aérien et anti-aérien est critique dans cette phase de la guerre; les ukrainiens ont perdus beaucoup de char à cause des hélico ka52.

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