
“Tous les grands discours de décolonisation n’ont-ils pas été pensés, écrits et dits en français?” – Discours presidentiel inaugaurant la Cité de la langue française à Villers-Cotterêts (30 octobre 2023)
“Tous les grands discours de décolonisation n’ont-ils pas été pensés, écrits et dits en français?” – Discours presidentiel inaugaurant la Cité de la langue française à Villers-Cotterêts (30 octobre 2023)
byu/paniniconqueso infrance
by paniniconqueso
7 comments
Les discours de colonisation aussi. Aussi pour les colonisés de l’intérieur.
[Wind of change](https://images.news18.com/ibnlive/uploads/2023/01/pak-meme.png)
J’ai été surpris que l’on ne parle pas plus du discours de Macron, en particulier de cette partie, qui est étonnante par son cynisme.
Tout d’abord, non, tous les grands discours anticoloniaux n’ont pas été écrits en français, ils ont également été écrits dans les langues des colonisateurs en question, qui pouvaient varier entre l’anglais, l’espagnol, le portugais, l’italien, l’afrikaans, etc, parce que c’était les langues dans lesquelles on avait été éduqués dans le système colonial. Cela ne fait pas du français une “langue anticoloniale”, pas plus que cela ne fait de l’anglais une langue anticoloniale que Nelson Mandela utilisait l’anglais et pas le xhosa, sa langue maternelle, pour lutter contre l’apartheid. En fait, cela en fait des langues encore plus coloniales : le fait même que des gens comme lui aient été obligés d’apprendre et d’utiliser les langues colonialistes est un symptôme de ce colonialisme, et non l’inverse.
À cet égard, les actions de l’auteur et anticolonialiste kenyan Ngũgĩ wa Thiong’o, qui a cessé d’écrire en anglais et n’écrit plus qu’en kikuyu, sa langue maternelle, montrent une issue possible de la colonisation mentale dont il est beaucoup plus difficile à se libérer que le simple fait d’avoir accédé à l’indépendance.
Je voudrais également souligner que le mot “GRAND” dans “grands discours de décolonisation” est hautement significatif, car la résistance anticoloniale n’était pas limitée à des hommes hautement éduqués (éduqués en français, bien sûr), mais était pratiquée et théorisée par des millions d’humbles gens ordinaires qui, dans le cas de l’Algérie, parlaient l’arabe et l’amazigh, ou en Indochine parlaient le cambodgien et le vietnamien.
Les discours à la radio pour la consommation extérieure pouvaient être en français, mais l’effort anticoloniale de fourmi de tous les jours était fait dans les langues algériennes.
Les Français de France et des colonies ne pouvaient entendre – et probablement ne prêtaient attention qu’aux **grands** discours politiques. Is ne pouvaient pas entendre les **petits** discours politiques autour de la table de la cuisine, les réunions syndicales des travailleurs, les arguments chuchotés de leurs propres domestiques et ouvriers (très peu de colons français vivant en Indochine ou en Afrique ayant pris la peine d’apprendre ou de parler les langues maternelles de leurs colonisés).
J’avoue le discours est bien écrit, truffé de biais, et notre président est au sommet de sa carrière de lecteur de discours.
*Oui Hubert, ils l’ont été… ils l’ont été.*
On est jamais déçu par Jupiter, grand décolonial devant l’éternelle.
Enfin devant lui même.
Merci d’avoir mis l’accent sur cet aspect du discours. Je ne m’étais pas penché sur ce discours pour l’instant car j’anticipais quelque chose de globalement creux, une réécriture de l’histoire et des appels du pieds à l’ED.
Ceci étant dit, ce n’est pas surprenant de la part de Macron: c’est un type qui pense comme un vieux d’aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il a un schéma de pensées sorti des années 60 ou 70. En plus, il se croit etre un humain exceptionnel (c’est faux) à la tete d’un pays exceptionnel (c’est faux aussi). Bref, il porte tous les ingrédients pour pondre ou reprendre à son compte un discours de ce genre.