A Gaza, les hôpitaux sombrent au cœur du champ de bataille

by Folivao

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  1. **Les établissements sont cernés par l’armée israélienne, qui traque les installations souterraines du Hamas. Des Gazaouis qui y avaient cherché refuge et une partie du personnel fuient les combats en direction du sud de l’enclave.**

    L’étau de l’armée israélienne s’est refermé sur les hôpitaux de Gaza. Les troupes avancent au cœur de la ville, elles cernent les bâtiments, autour desquels s’activent tanks et bulldozers blindés. Elles combattent au sol les miliciens du Hamas dans leurs environs immédiats, sous un appui aérien intense. Les hôpitaux, derniers refuges des civils gazaouis, s’écroulent : depuis vendredi soir 10 novembre, l’électricité et Internet sont coupés. L’oxygène manque.

    Al-Shifa, le plus grand établissement de la ville de Gaza, est devenu « une zone de guerre ouverte », selon le ministère de la santé du territoire dirigé par le Hamas. Dimanche 12 novembre, dans la matinée, le service de cardiologie a été frappé par un projectile. Selon le ministère de la santé de l’Autorité palestinienne, basé à Ramallah (Cisjordanie), « trente-neuf bébés en soins intensifs sont en danger de mort en raison d’une insuffisance d’oxygène, et un bébé est décédé à cause de ce problème. Si du carburant n’est pas livré aux hôpitaux, cela équivaudra à une condamnation à mort pour les autres ».

    Le directeur général des hôpitaux de Gaza implorait dimanche l’Egypte voisine d’intervenir en envoyant un convoi de véhicules médicalisés pour évacuer les blessés. Washington a dit s’opposer aux combats dans les hôpitaux. « Nous avons eu des discussions énergiques avec les forces de défense israéliennes là-dessus », a affirmé le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, sur CBS, dimanche. Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, a appelé Israël à « une retenue maximale » pour protéger les civils tout en condamnant l’utilisation, selon lui, par le Hamas « d’hôpitaux et de civils comme boucliers humains ».

    « Nous sommes une zone de guerre, confirme au Monde Mohamed Hawadjari, un infirmier travaillant pour l’ONG Médecins sans frontières (MSF). Nos bureaux sont à 300 mètres d’Al-Shifa. Je suis allé à l’hôpital hier [samedi]. Ça tirait de partout. Dans les rues, en ruines, les blessés et les morts jonchaient le sol. Dans les camps de toile et de tentes installés dans Al-Shifa pour les déplacés, des gens qui essayaient de sortir se faisaient tirer dessus. Sur le chemin de retour vers les bureaux de MSF, je n’ai même pas pu m’attarder sur les gens blessés et tombés par terre tellement ça tirait de partout, à l’aveugle. Ils tirent depuis les drones, les avions. Parfois, ce sont des snipers. »

    Dans l’hôpital, qui abriterait toujours quelque 3 000 patients, dont 650 blessés ne pouvant se déplacer par eux-mêmes, un chaos total régnait samedi. « Il n’y a plus aucune administration, aucune direction, poursuit Mohamed Hawadjari. J’ai essayé de trouver un responsable hier, mais personne n’est là. C’est une situation catastrophique. J’ai essayé de trouver un peu de matériel médical pour les blessés. Il n’y avait aucune fourniture médicale, plus d’anesthésiques. Aucun générateur ne fonctionne, faute de carburant. Il n’y a plus beaucoup de médecins, la plupart sont partis. Aujourd’hui, c’est encore plus dangereux. Les gens qui essaient de partir sont visés, ils sont assiégés. Sauvez-les. Ce sont des civils ! »

    **Scènes de détresse immense**

    Parmi les médecins qui ont fui, Sara Al-Saqa, une chirurgienne qui a évacué vendredi. « Avec des collègues, nous avons pris le chemin du sud de la bande [de Gaza]. Les réfugiés et les malades en mesure de marcher nous ont rejoints. Des médecins et des infirmiers ont fait le choix de rester pour veiller sur les blessés non transportables, alors qu’il n’y a plus d’électricité, plus d’eau, plus à manger, et que l’oxygène a été coupé après des frappes », témoigne-t-elle par écrit.

    Des grappes de voisins de l’hôpital Al-Shifa s’aventuraient samedi, levant un drapeau blanc, entre les ruines de ce quartier central, chassés par les bombardements de la nuit, comme le montrent des vidéos tournées dans sa fuite par un fixeur palestinien, Rami Abou Jamus. Ils portent des infirmes, épaulent des vieux, jusqu’aux entrées d’Al-Shifa, jonchées d’ordures. Certains repartent bien vite : le village de tentes qui s’est monté dans les cours de l’hôpital paraissait se dépeupler samedi à grande vitesse. Ces civils, contraints à l’exode par l’armée israélienne, filment durant leur marche des scènes de détresse immense sur les trottoirs, comme ce vieil homme agenouillé près d’un corps ensanglanté, sous un arbre qui l’ombrage d’un soleil pâle, dans le silence, entre deux éclats de tirs et de bombardements.

    L’exode des populations de Gaza s’intensifie. Selon une estimation du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, 1,58 million de Gazaouis ont quitté leur foyer depuis le début de l’opération israélienne pour trouver refuge dans d’autres quartiers ou dans les installations de l’ONU, soit près de 70 % de la population. « La fuite de dizaines de milliers de personnes déplacées du nord vers le sud à travers un “corridor” ouvert par l’armée israélienne s’est poursuivie le 11 novembre. Les centaines de milliers de personnes qui restent dans le nord luttent pour l’accès à des éléments de base essentiels à leur survie », ajoute l’agence onusienne.

    **« Nous n’avons plus de sang »**

    En trois jours, entre 100 000 et 150 000 personnes auraient quitté la ville de Gaza pour gagner les zones situées au sud du wadi Gaza, le cours d’eau qui traverse en son milieu l’enclave d’est en ouest et qui est désigné par l’armée israélienne comme la frontière entre la zone de combat, au nord, et les régions vers lesquelles les habitants sont sommés de fuir. « La plupart des personnes déplacées sont arrivées épuisées et assoiffées », constate l’ONU.

    Le chirurgien Ghassan Abou Sitta, ancien d’Al-Shifa, fait partie des équipes médicales qui ont évacué le principal hôpital du territoire palestinien le 10 novembre. « Après l’effondrement d’Al-Shifa et l’impossibilité d’accueillir d’autres patients, Al-Ahli [l’établissement touché par une explosion le 17 octobre] est le seul hôpital qui nous a accueillis. Ils ont réussi à réparer deux salles d’opération et quelques salles au rez-de-chaussée. Depuis hier, plus de 150 patients blessés sont arrivés. Le Croissant-Rouge palestinien a installé un hôpital de campagne au sous-sol. C’est là que nous travaillons », rapportait-il au Monde samedi soir. Dans un message publié sur X (ex-Twitter) dimanche en début d’après-midi, Ghassan Abou Sitta alerte sur une situation qui se dégrade : « Nous n’avons plus de sang. Un blessé est mort après une opération parce que nous ne pouvions pas le transfuser. »

    A Tal Al-Hawa, l’hôpital Al-Qods, l’autre grand établissement de la ville de Gaza, ne fonctionne plus faute de carburant et du fait de rues environnantes coupées et sous le feu, a annoncé le Croissant-Rouge dimanche. « Nous appelons la communauté internationale et les institutions humanitaires à intervenir immédiatement et d’urgence pour protéger nos équipes travaillant à l’hôpital Al-Qods et environ 500 patients et plus de 14 000 personnes déplacées, pour la plupart des femmes et des enfants. Nos équipes sont coincées à l’intérieur de l’hôpital, des chars et des véhicules militaires israéliens l’entourent de tous côtés, il y a des bombardements d’artillerie et des tirs intenses sur l’hôpital, et le nombre de blessés n’est pas encore connu », alerte Nebal Farsakh, la responsable des relations publiques du Croissant-Rouge palestinien.

  2. Comment on peut laisser passer ça sans au moins décider de sanctions économiques contre ce pays ça me dépasse

  3. Je suis un peu ce conflit et vu pas mal de vidéos interessantes.

    En particulier cette serie de videos qui montrent un “bombardement massif” a côté d’un hôpital, mais quand on analyse la video y a deux bombes et beaucoup de munitions au sol et/ou sous terre qui font des explosions secondaires.

    Malheureusement, la proximité avec des bases logistiques en font des civles “légales”.

    C’est juste un serpent qui se mords la queue: le hamas s’oppose a Israël (la validité de leurs raisons n’es pas le sujet), mais c’est David contre Goliath. Du coup, ils utilisent des méthodes de guérilla, et planquent leur trucs où ils peuvent et où ça peut-être en sécurité. Il s’avère que c’est souvent de l’infrastructure civile. Pour conter le Hamas, les israéliens attaquent ces cibles ce qui causera inevitablement des dégâts collatéraux. Et le cycle de la haine perdure.

    Israel ne peut pas ne pas se défendre, en particulier vu qu’ils sont entourés d’ennemis. Le hamas ne peut pas abandonner sa guerre qu’il ne peut gagner.

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