**Derrière les chiffres, débattus, qui montrent une explosion des actes antisémites en France depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre en Israël, il y a les victimes. Quatre d’entre elles témoignent dans Mediapart.**
Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre et la riposte israélienne, le décompte des actes antisémites est alarmant – le ministère de l’intérieur en a recensé 1 518, contre 436 pour l’année 2022. Ce relevé, effectué par les services de police et de gendarmerie, fait débat mais il est implacable : chaque semaine, le chiffre grimpe. De quoi nourrir une peur vive au sein de la communauté juive en France.
Car derrière ce décompte, il y a des victimes à qui Mediapart a choisi de donner la parole pour rendre compte de cet antisémitisme qui n’a jamais disparu. L’histoire d’Isaac*, de sa femme et de leur bébé qui ont retrouvé leur appartement mis à sac, cambriolé et recouvert d’inscriptions antisémites. Celle d’Esther*, violemment insultée dans la rue lorsqu’elle a été identifiée comme juive. Le témoignage d’une centenaire qui, avec sa famille, a subi un véritable harcèlement le temps d’un déjeuner parce que son voisin de table avait deviné son origine avant de déverser tout un tas de préjugés. Et Léa*, influenceuse visée sur les réseaux sociaux, lorsqu’elle a partagé des stories sur Instagram et reçu de la haine en retour.
Toutes ces victimes, qui ont préféré conserver l’anonymat et dont trois n’ont pas porté plainte, considèrent cette expérience comme exceptionnelle et incomparable avec leur vécu antérieur.
**Un « cambriolage à caractère antisémite » à Grenoble**
Le 17 octobre aux alentours de minuit, Isaac revenait d’une excursion familiale à Lyon avec sa femme et sa fille en bas âge, quand, en pénétrant dans son deux-pièces au rez-de-chaussée de sa résidence située dans la banlieue de Grenoble, à Fontaine, il a découvert effaré son appartement mis à sac. Le canapé, la télévision du salon et de la chambre, une enceinte Google et même les jouets de sa fille ont été volontairement brisés. 1 000 euros lui ont également été dérobés. Mais « le plus douloureux » ce sont les tags inscrits à l’encre noire et qu’il découvre alors.
Un « sale juif » figure sur une porte, un « mort au juif » près de l’entrée, un tag inscrit « free Palestine » près de la fenêtre. Plusieurs croix gammées ont également été tracées, dont l’une dans la chambre parentale, comme a pu le constater Mediapart présent sur les lieux le 10 novembre. Le lendemain des faits, Isaac a déposé plainte « contre X menace de mort matérialisée par écrit, dégradation et vol par effraction commis en raison de la race, l’ethnie ou la religion ». Le procureur de Grenoble Éric Vaillant a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « cambriolage à caractère antisémite ». « Les investigations sont toujours en cours », confirme le parquet à Mediapart, qui dit n’écarter aucune piste.
Si son cas est venu grossir le chiffrage des actes antisémites dans la presse, Isaac n’a pas souhaité en être le visage, il a refusé les sollicitations des principaux médias et l’aide des associations cultuelles. « Je n’ai tout simplement pas les mots », dit le jeune homme « dégoûté » qui avoue ne pas avoir réussi à l’annoncer à toute sa famille. Fils d’un couple mixte issu d’un mariage entre un père juif d’origine maghrébine et d’une mère chrétienne, Isaac marié à une non-juive pratique son judaïsme en pointillé sans renier sa foi ou sa judéité et a toujours fait preuve d’humour pour faire rempart aux clichés antisémites vécus à l’école.
Depuis les faits, sa traditionnelle jovialité n’y fait rien, le jeune homme cumule « des nuits sans sommeil » et une interrogation qui l’empêche de dormir : « Puisque je ne porte pas d’étoile de David, et que mon appartement n’a pas de mezouza je m’en viens à me demander si l’acte n’a pas été commis par une personne de mon entourage. »
**« Sale juive ! », en pleine rue**
Il pleut le 5 novembre après-midi à Paris, alors personne ne flâne sur le boulevard Diderot pourtant plus peuplé qu’à l’habitude. La station Reuilly-Diderot est fermée donc les gens se rendent à pied vers la place de la Nation. Esther* et Mila* font partie du flux mais ralentissent un peu : l’homme qu’elles viennent de croiser, la cinquantaine, leur a adressé un « Sale juive ! » très sonore.
Militantes dans des collectifs antiracistes depuis plusieurs années, les deux trentenaires viennent de déjeuner ensemble afin de peaufiner les détails d’une action qu’elles préparaient pour exiger un cessez-le-feu immédiat à Gaza. Esther doit attraper son train à la gare de Lyon pour rentrer à Marseille : elles terminaient leur conversation en marchant.
L’homme a déjà filé lorsqu’elles réalisent ce qui vient de leur arriver. Incrédules, elles se toisent l’une et l’autre : brunes aux cheveux courts, elles portent toutes les deux un jean et un blouson noir. Mila a mis son écharpe sur sa tête pour se protéger de la pluie.
« J’ai entendu l’insulte, j’ai compris que c’était raciste, mais c’est comme si mon cerveau n’avait pas voulu que ça s’adresse à moi », confie Esther qui décrit quelques secondes de déni : « J’ai cru que c’était de l’islamophobie et qu’il criait sur Mila à cause de son écharpe ! » Mais Esther porte une petite étoile de David en or autour du cou et Mila est formelle : « Il a regardé Esther, a vu son collier et l’a insultée. »
Plus de dix jours après, les deux jeunes femmes relatent l’histoire, encore un peu abasourdies. Pour l’une comme pour l’autre, cette insulte criée dans un espace public fréquenté, en plein après-midi, dans une grande proximité physique et par un homme absolument inconnu, est sans commune mesure avec leurs expériences antérieures de confrontation avec l’antisémitisme.
Elles évoquent leur adolescence, au milieu des années 2000, traversée par la deuxième intifada et les amalgames entre les Juif·ves et Israël pouvant donner lieu à des menaces et des insultes. Esther vivait alors à Créteil (Val-de-Marne), Mila dans le XIXe arrondissement de Paris où elle se souvient, aussi, avoir été fétichisée par les garçons du collège qui la considérait comme « une fille facile, parce que juive ».
Si le niveau d’agressivité est nouveau, Esther n’est pas étonnée de l’antisémitisme : « Depuis le 7 octobre, au PMU où je bois mon café chaque matin, c’est la foire au complotisme au sujet de la Palestine. Le patron me connaît, on s’entend bien, mais il ne sait pas que je suis juive. »
>Sur X (ex-Twitter) enfin, certains laissent penser que le décompte des actes antisémites provient uniquement d’un recensement de la communauté juive via le SPCJ (Service de protection de la communauté juive) et qu’il suffirait « d’inventer un acte antisémite » et de le signaler sur leur formulaire internet pour gonfler les chiffres du ministère de l’intérieur.
Fake news égalment partagée sur ce subreddit de manière assez hontuese. C’est franchement triste de voir autant de personnes remettre en cause sans preuve ces chiffres et uniquement quand il s’agit des agressions antisémites
Ma réaction :
> Derrière les chiffres, débattus, qui montrent une explosion des actes antisémites
*Oh merde*
> Un décompte fragile mais une montée des actes incontestable
*Ouf*.
J’ai vraiment cru qu’ils allaient profiter de l’article pour relativiser la montée des actes antisémites, j’ai serré les fesses pendant toute la lecture.
Un des pires trucs c’est quand tu parles de ça à des gens “ordinaires” et qu’ils ne te croient même pas
>Le décompte publié par le ministère de l’intérieur évoque un total de 1 518 actes antisémites, parmi lesquels 50% de tags,
Ah bah justement, il y a des débiles qui ont taggué des croix gammées dans le quartier où je bosse. Pour le coup, vu qu’ils prennent bien leur temps à virer ça, les antifas du coin se mettent à tagguer par dessus pour recouvrir les croix gammées…
Bah, j’ai envie de dire “si vous ne croyez pas à l’antisémitisme en France, balladez vous avec une kipa”.
Quand on voit que le simple fait d’être typé peut donner lieu à une remarque déplacée…
J’essaye de voir le côté positif en me disant que ça pourrait être pire, imaginez si au lieu d’être la noble résistance d’un mouvement pacifique de la convergence des luttes pour un état palestinien plus inclusif ce que ça serait si le hamas était un groupe d’islamiste terroriste façon daesh à la haine rabique du juif.
C’est pas la Russie qui payent des gens pour faire ça aussi ? Indépendamment du fait que nous ayons nos antisémite de souche bien sûr
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**Derrière les chiffres, débattus, qui montrent une explosion des actes antisémites en France depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre en Israël, il y a les victimes. Quatre d’entre elles témoignent dans Mediapart.**
Dix stèles juives dégradées [mercredi](https://www.liberation.fr/societe/police-justice/des-steles-juives-degradees-dans-un-cimetiere-militaire-allemand-dans-loise-20231115_CBWE7273JJA4JFEWVNW7I7CVVM/?redirected=1) dans le cimetière militaire allemand de Moulin-sous-Touvent (Oise), un adolescent de 15 ans victime d’une agression antisémite dans un train dans les Yvelines [dimanche 12 novembre](https://www.lefigaro.fr/faits-divers/val-d-oise-un-adolescent-victime-d-une-agression-antisemite-dans-un-train-les-auteurs-en-fuite-20231114) ou ce jeune de 18 ans à Rouen, traité de « sale juif » dans la rue [le 8 novembre](https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/rouen/temoignage-j-ai-du-mal-a-sortir-a-dormir-nathan-18-ans-victime-d-une-agression-antisemite-est-sous-le-choc-2870708.html) par un homme qui avait repéré son pendentif, une étoile de David.
Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre et la riposte israélienne, le décompte des actes antisémites est alarmant – le ministère de l’intérieur en a recensé 1 518, contre 436 pour l’année 2022. Ce relevé, effectué par les services de police et de gendarmerie, fait débat mais il est implacable : chaque semaine, le chiffre grimpe. De quoi nourrir une peur vive au sein de la communauté juive en France.
Car derrière ce décompte, il y a des victimes à qui Mediapart a choisi de donner la parole pour rendre compte de cet antisémitisme qui n’a jamais disparu. L’histoire d’Isaac*, de sa femme et de leur bébé qui ont retrouvé leur appartement mis à sac, cambriolé et recouvert d’inscriptions antisémites. Celle d’Esther*, violemment insultée dans la rue lorsqu’elle a été identifiée comme juive. Le témoignage d’une centenaire qui, avec sa famille, a subi un véritable harcèlement le temps d’un déjeuner parce que son voisin de table avait deviné son origine avant de déverser tout un tas de préjugés. Et Léa*, influenceuse visée sur les réseaux sociaux, lorsqu’elle a partagé des stories sur Instagram et reçu de la haine en retour.
Toutes ces victimes, qui ont préféré conserver l’anonymat et dont trois n’ont pas porté plainte, considèrent cette expérience comme exceptionnelle et incomparable avec leur vécu antérieur.
**Un « cambriolage à caractère antisémite » à Grenoble**
Le 17 octobre aux alentours de minuit, Isaac revenait d’une excursion familiale à Lyon avec sa femme et sa fille en bas âge, quand, en pénétrant dans son deux-pièces au rez-de-chaussée de sa résidence située dans la banlieue de Grenoble, à Fontaine, il a découvert effaré son appartement mis à sac. Le canapé, la télévision du salon et de la chambre, une enceinte Google et même les jouets de sa fille ont été volontairement brisés. 1 000 euros lui ont également été dérobés. Mais « le plus douloureux » ce sont les tags inscrits à l’encre noire et qu’il découvre alors.
Un « sale juif » figure sur une porte, un « mort au juif » près de l’entrée, un tag inscrit « free Palestine » près de la fenêtre. Plusieurs croix gammées ont également été tracées, dont l’une dans la chambre parentale, comme a pu le constater Mediapart présent sur les lieux le 10 novembre. Le lendemain des faits, Isaac a déposé plainte « contre X menace de mort matérialisée par écrit, dégradation et vol par effraction commis en raison de la race, l’ethnie ou la religion ». Le procureur de Grenoble Éric Vaillant a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « cambriolage à caractère antisémite ». « Les investigations sont toujours en cours », confirme le parquet à Mediapart, qui dit n’écarter aucune piste.
Si son cas est venu grossir le chiffrage des actes antisémites dans la presse, Isaac n’a pas souhaité en être le visage, il a refusé les sollicitations des principaux médias et l’aide des associations cultuelles. « Je n’ai tout simplement pas les mots », dit le jeune homme « dégoûté » qui avoue ne pas avoir réussi à l’annoncer à toute sa famille. Fils d’un couple mixte issu d’un mariage entre un père juif d’origine maghrébine et d’une mère chrétienne, Isaac marié à une non-juive pratique son judaïsme en pointillé sans renier sa foi ou sa judéité et a toujours fait preuve d’humour pour faire rempart aux clichés antisémites vécus à l’école.
Depuis les faits, sa traditionnelle jovialité n’y fait rien, le jeune homme cumule « des nuits sans sommeil » et une interrogation qui l’empêche de dormir : « Puisque je ne porte pas d’étoile de David, et que mon appartement n’a pas de mezouza je m’en viens à me demander si l’acte n’a pas été commis par une personne de mon entourage. »
**« Sale juive ! », en pleine rue**
Il pleut le 5 novembre après-midi à Paris, alors personne ne flâne sur le boulevard Diderot pourtant plus peuplé qu’à l’habitude. La station Reuilly-Diderot est fermée donc les gens se rendent à pied vers la place de la Nation. Esther* et Mila* font partie du flux mais ralentissent un peu : l’homme qu’elles viennent de croiser, la cinquantaine, leur a adressé un « Sale juive ! » très sonore.
Militantes dans des collectifs antiracistes depuis plusieurs années, les deux trentenaires viennent de déjeuner ensemble afin de peaufiner les détails d’une action qu’elles préparaient pour exiger un cessez-le-feu immédiat à Gaza. Esther doit attraper son train à la gare de Lyon pour rentrer à Marseille : elles terminaient leur conversation en marchant.
L’homme a déjà filé lorsqu’elles réalisent ce qui vient de leur arriver. Incrédules, elles se toisent l’une et l’autre : brunes aux cheveux courts, elles portent toutes les deux un jean et un blouson noir. Mila a mis son écharpe sur sa tête pour se protéger de la pluie.
« J’ai entendu l’insulte, j’ai compris que c’était raciste, mais c’est comme si mon cerveau n’avait pas voulu que ça s’adresse à moi », confie Esther qui décrit quelques secondes de déni : « J’ai cru que c’était de l’islamophobie et qu’il criait sur Mila à cause de son écharpe ! » Mais Esther porte une petite étoile de David en or autour du cou et Mila est formelle : « Il a regardé Esther, a vu son collier et l’a insultée. »
Plus de dix jours après, les deux jeunes femmes relatent l’histoire, encore un peu abasourdies. Pour l’une comme pour l’autre, cette insulte criée dans un espace public fréquenté, en plein après-midi, dans une grande proximité physique et par un homme absolument inconnu, est sans commune mesure avec leurs expériences antérieures de confrontation avec l’antisémitisme.
Elles évoquent leur adolescence, au milieu des années 2000, traversée par la deuxième intifada et les amalgames entre les Juif·ves et Israël pouvant donner lieu à des menaces et des insultes. Esther vivait alors à Créteil (Val-de-Marne), Mila dans le XIXe arrondissement de Paris où elle se souvient, aussi, avoir été fétichisée par les garçons du collège qui la considérait comme « une fille facile, parce que juive ».
Si le niveau d’agressivité est nouveau, Esther n’est pas étonnée de l’antisémitisme : « Depuis le 7 octobre, au PMU où je bois mon café chaque matin, c’est la foire au complotisme au sujet de la Palestine. Le patron me connaît, on s’entend bien, mais il ne sait pas que je suis juive. »
>Sur X (ex-Twitter) enfin, certains laissent penser que le décompte des actes antisémites provient uniquement d’un recensement de la communauté juive via le SPCJ (Service de protection de la communauté juive) et qu’il suffirait « d’inventer un acte antisémite » et de le signaler sur leur formulaire internet pour gonfler les chiffres du ministère de l’intérieur.
Fake news égalment partagée sur ce subreddit de manière assez hontuese. C’est franchement triste de voir autant de personnes remettre en cause sans preuve ces chiffres et uniquement quand il s’agit des agressions antisémites
Ma réaction :
> Derrière les chiffres, débattus, qui montrent une explosion des actes antisémites
*Oh merde*
> Un décompte fragile mais une montée des actes incontestable
*Ouf*.
J’ai vraiment cru qu’ils allaient profiter de l’article pour relativiser la montée des actes antisémites, j’ai serré les fesses pendant toute la lecture.
Un des pires trucs c’est quand tu parles de ça à des gens “ordinaires” et qu’ils ne te croient même pas
>Le décompte publié par le ministère de l’intérieur évoque un total de 1 518 actes antisémites, parmi lesquels 50% de tags,
Ah bah justement, il y a des débiles qui ont taggué des croix gammées dans le quartier où je bosse. Pour le coup, vu qu’ils prennent bien leur temps à virer ça, les antifas du coin se mettent à tagguer par dessus pour recouvrir les croix gammées…
Bah, j’ai envie de dire “si vous ne croyez pas à l’antisémitisme en France, balladez vous avec une kipa”.
Quand on voit que le simple fait d’être typé peut donner lieu à une remarque déplacée…
J’essaye de voir le côté positif en me disant que ça pourrait être pire, imaginez si au lieu d’être la noble résistance d’un mouvement pacifique de la convergence des luttes pour un état palestinien plus inclusif ce que ça serait si le hamas était un groupe d’islamiste terroriste façon daesh à la haine rabique du juif.
C’est pas la Russie qui payent des gens pour faire ça aussi ? Indépendamment du fait que nous ayons nos antisémite de souche bien sûr