« Les bougnoules ! Je suis chez moi, alors tu dégages ! » : un jardinier de 29 ans attaqué au cutter dans le Val-de-Marne

by arktal

2 comments
  1. “Le mis en cause a été remis en liberté sous contrôle judiciaire sans interdiction de revenir sur les lieux ni de porter une arme.”

    Personne n’a le droit de porter une arme de base…

    Sinon est-ce que quelqu’un aurait l’article complet svp ?

  2. « Les bougnoules ! Je suis chez moi, alors tu dégages ! » : un jardinier de 29 ans attaqué au cutter dans le Val-de-Marne

    20 novembre 2023 | Par David Perrotin
    Le jardinier a été victime d’injures racistes vendredi, avant d’être gravement blessé à la gorge par un septuagénaire armé d’un cutter. Le mis en cause a été remis en liberté sous contrôle judiciaire sans interdiction de revenir sur les lieux ni de porter une arme. Mediapart publie les images de cette agression.

    Lorsqu’il arrive au tribunal judiciaire de Créteil ce lundi, Mourad, 29 ans, « n’en revient toujours pas ». L’homme qui l’a gravement blessé le 17 novembre avec un cutter ne sera pas jugé ce jour. Le mis en cause a 75 ans, et la justice a préféré renvoyer l’affaire en mai et le remettre en liberté. Le jeune jardinier, porteur d’un bandage qui entoure l’intégralité de sa tête, rumine les faits et ne comprend pas cette décision.

    Les faits justement, qui ont eu lieu vendredi vers 14 heures, sont d’une extrême violence, comme l’a révélé Street Press. À la tête d’une entreprise de jardinage, Mourad, Français d’origine algérienne, a été missionné avec deux de ses collègues par Rajaa, propriétaire d’un pavillon à Villecresnes, dans le Val-de-Marne, pour élaguer ses arbres.

    Leur camionnette remplie de branches bloque le passage du septuagénaire. Il klaxonne et profère des insultes immédiatement. « Il n’a même pas demandé à ce qu’on la déplace. Il a tout suite tenu des insultes racistes et nous a traités de sales bougnoules », témoigne Mourad à Mediapart. « J’ai vu que c’était une personne âgée, un ancien, alors je suis resté calme et je l’ai laissé parler, poursuit la victime. J’ai simplement pris mon téléphone pour le filmer au cas où je porterais plainte pour ses insultes racistes, et pour l’assurance, s’il dégradait ma camionnette professionnelle. »

    Sur les images que Mediapart s’est procurées, on voit en effet l’homme klaxonner devant la camionnette, sortir et les insulter immédiatement une première fois.

    « Oh, je suis chez moi, là, les bourricots. Les bougnoules ! Je suis chez moi », crie-t-il immédiatement. « Les bougnoules ? », interroge Mourad. « Ouais, les bougnoules. Je suis chez moi ! Alors tu dégages. Retourne chez toi. Nadine weldik [une insulte violente en arabe – ndlr] », poursuit-il. « Laisse tomber », dit Mourad en riant et en rebroussant chemin, avant de revenir filmer le vieil homme.

    Au début, j’avais moins peur de son arme que de son regard. Il était déterminé.

    Mourad
    Sur les images captées par le téléphone portable de Mourad, l’homme persiste. « Je suis chez moi ici », dit-il tout en sortant la lame de son cutter. « Nous on est des bougnoules ? », interroge Mourad. « Ouais, ouais, ouais », confirme-t-il, avant de tenter de donner un premier coup de cutter et d’abîmer la portière de leur camionnette. Il se dirige ensuite vers la remorque des jardiniers pour tenter de la déplacer. Il revient vers Mourad et lui taillade la gorge. Sur une photo consultée par Mediapart, la plaie est très importante et saigne abondamment. Une fois touché, Mourad tente de stopper l’hémorragie avec une serviette pendant que ses deux collègues poursuivent l’agresseur.

    « Au début, j’avais moins peur de son arme que de son regard. Il était déterminé, explique la victime. Quand il m’a touché et que j’ai vu le sang couler, j’ai couru. Mes potes voulaient le frapper et l’effrayer pour qu’il parte mais je leur ai dit de se calmer. »

    Auprès de Mediapart, Rajaa, la propriétaire du pavillon pour laquelle Mourad travaillait, confirme les propos racistes. « J’ai vu un vieux qui criait “bougnoule” mais je n’ai pas tout de suite réagi car, tristement, j’ai un peu l’habitude de ça, explique la femme d’origine marocaine et qui porte un voile. J’ai ensuite ouvert la fenêtre et j’ai vu l’altercation puis Mourad revenir en sang. L’agresseur, qui est le père de ma voisine, est retourné très tranquillement vers sa voiture et est reparti pour prendre la fuite. »

    Mourad est rapidement pris en charge par les secours. L’équipe médicale constate une plaie cervicale de 15 cm et le transfère immédiatement à l’hôpital de Créteil, qui délivrera 15 jours d’ITT.

    Mourad, 29 ans, après avoir été touché au niveau du coup par le septuagénaire. Il tente de stopper l’hémorragie avec une serviette en attendant les secours. © Document Mediapart
    Interpellé dans la foulée, l’individu est placé en garde à vue. Lors de ses premières auditions, le septuagénaire déclare avoir fait la guerre d’Algérie en tant qu’électricien et prétend avoir été agressé en premier par les jardiniers. Le parquet ne retient pas la tentative d’homicide et décide de le faire passer en comparution immédiate lundi pour « violences volontaires avec armes » et « injures à caractère racial ». Mais, au tribunal, le procès a finalement été renvoyé.

    Citoyens de seconde zone

    « Le mis en cause a été déféré dimanche 19 novembre par le parquet de Créteil en vue de l’audience de comparution immédiate de ce jour, avec des réquisitions de placement en détention provisoire entre le 19 et le 20 novembre, détaille le parquet de Créteil à Mediapart. Le juge des libertés et de la détention, devant lequel le mis en cause a été présenté hier, n’a pas fait droit aux réquisitions du parquet, a placé l’intéressé sous contrôle judiciaire et l’a convoqué à l’audience de la 10e chambre du tribunal correctionnel le 16 mai 2024. Cette décision n’est pas susceptible de recours. »

    Le prévenu de 75 ans, dont la fille est voisine de la propriétaire qui avait employé les jardiniers, doit respecter au minimum un contrôle judiciaire. Il a seulement l’obligation de pointer toutes les deux semaines au commissariat de police de son lieu de résidence et n’a ni interdiction de port d’armes ni interdiction de paraître sur les lieux de l’agression. Ce qui suscite la colère de la victime.

    Me Hosni Maati, avocat de Mourad mais aussi des deux autres jardiniers qui sont également parties civiles, estime que ses « clients enchaînent chocs et mauvaises surprises ». « Mourad a pensé mourir. Il ne doit son salut qu’à un geste de recul qui lui a permis d’empêcher la lame du cutter de toucher sa carotide ou sa veine jugulaire. Je ne comprends pas que le prévenu, qui n’a eu de cesse de ne pas assumer sa responsabilité en garde à vue, puisse être placé sous contrôle judiciaire sans même que sa présence sur les lieux des faits ne lui soit interdite, alors qu’il est établi que tout part d’un problème banal de voisinage, déclare le conseil. Il pensait aussi que le prévenu serait poursuivi pour tentative d’homicide et il apprend aujourd’hui que celui-ci est libre. Cette décision ajoute à son malheur. »

    « Si j’avais tailladé la gorge de cet homme, je ne serais pas là à vous parler. Je serais incarcéré et ma tête serait déjà sur BFMTV et CNews », dénonce Mourad, qui ne peut plus travailler. « Cela laisse penser que nous sommes des citoyens de seconde zone. Il a visé mon jardinier mais, en criant “bougnoule” avant même de le voir, je pense qu’il me visait moi. Je suis dégoûtée, choquée, déplore Rajaa. J’ai peur qu’il revienne, et toute cette histoire me fait dire que je dois partir d’ici. »

Leave a Reply