Derrière l’expédition punitive de Romans-sur-Isère, les erreurs de « Gros Lardon »

by Goypride

2 comments
  1. **L’action planifiée par l’extrême droite a été arrêtée par les CRS. Le coordinateur opérationnel sur le terrain, le néonazi Léo Rivière-Prost, alias « Gros Lardon », s’était déjà fait remarquer pour ses négligences dans de précédentes exactions.**
    ***

    Dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 novembre, un militant d’extrême droite alerte les autres membres d’une chaîne Telegram sur laquelle ils étaient en train de disserter sur des projets de meurtre raciste à l’égard de Maghrébins : *« Et les frr [comprendre « frères » – ndlr] je sais pas si vous avez vu ce qui se passe à Romans-sur-Isère ? »*

    Quelques heures plus tôt, environ 80 militants d’extrême droite, visages masqués et barres de fer en main, sont descendus dans les rues du quartier populaire de la Monnaie, une semaine après le décès de Thomas, le lycéen de 16 ans mortellement blessé lors d’un bal dans la Drôme. Il s’agissait de « faire payer aux agresseurs » présumés de l’adolescent, puisque une partie des mis en examen dans l’affaire de la rixe sont originaires du quartier de la Monnaie.

    Seulement des CRS déployés pour empêcher les violences sur des riverains les attendaient de pied ferme. Dix-sept des nervis sont interpellés et placés en garde à vue. Pour l’extrême droite la plus violente, cela devait être une expédition punitive, c’est une déroute.

    Sur la chaîne de discussion raciste, celui qui a prévenu ses camarades ne décolère pas : *« Comment ils sont trop cons [sic], quand tu fais une action tu désinstalles Telegram avant, c’est la base. »*

    Ses auditeurs lui demandent une explication.

    *« Il a eu deux gars qui se sont fait choper par des gars de là-bas sauf qu’ils avaient encore les conversations Telegram… »*

    Le raciste fait allusion à une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle est diffusée dans la soirée sur X par Tajmaât, qui se définit comme une « plateforme collaborative pour les Maghrébins ».

    Deux miliciens d’extrême droite ont été interceptés par des habitants du quartier. Les gros bras ne font pas les fiers. Originaires de Rouen (Seine-Maritime), ils disent vouloir « rejoindre leurs potes » et assurent « ne rien avoir sur eux ».

    La personne qui filme la scène récupère le téléphone de l’un des deux et ouvre une application. 

    *« On va pister le Telegram les mecs »*, annonce-t-il.

    Premier message : *« Y a pas un bougnoule. »*

    Il fait défiler les conversations et les interlocuteurs. Parmi eux, le média d’extrême droite Occidentis mais aussi, selon StreetPress, des pseudos de membres de la Division Martel, ce groupuscule néonazi d’Île-de-France, proche de Groupe Union Défense (GUD).

    ###Des néonazis et des gaffes

    Le dernier message reçu par ceux qui essaient péniblement de faire croire qu’ils ne sont pas impliqués dans la descente prévue dit tout le contraire : *« Tournez pas bon sang. Tapez pas de bougnoules. Cachez-vous. Ordre de gros lardon. » *

    La vidéo diffusée par Tajmaât va être vue plus de six millions de fois et plus grand monde en France n’ignore que Gros Lardon est le coordinateur opérationnel de cette expédition punitive désastreuse de l’extrême droite.

    Selon les services de renseignement, Gros Lardon correspondrait à l’alias de Léo Rivière-Prost, l’un des membres de la Division Martel, dont Mediapart avait déjà parlé en septembre. Contacté, son avocat n’a pas souhaité faire de commentaire sur les suspicions qui planent sur son client. 

    Depuis une semaine et la renommée acquise par son désormais encombrant pseudo, ce Rouennais qui arbore une moustache se fait très discret. Sur les réseaux sociaux comme dans la vraie vie.

    Employé chez Lidl, âgé de 23 ans, Léo Rivière-Prost a déjà été condamné à cinq ans d’emprisonnement avec sursis en mars 2020 pour « menaces de mort par concubin ». Célibataire, il vivait chez son père. A priori, jusqu’à ce samedi.

    Dans la chambre qu’il occupait chez son géniteur en Normandie, il collectionnait quelques couteaux (papillon, militaire, à cran d’arrêt) et surtout des drapeaux avec croix gammée ou sigle SS et, dans sa penderie, *« les livres de chevet de la jeunesse hitlérienne »* écriront lors d’une perquisition des policiers. Parmi lesquels : *Le Journal du diable, Enfants de nazis ou encore Mein Kampf, histoire d’un livre…*

    *« Pour quelle raison vous intéressez-vous particulièrement à ce type de lecture ?*, l’interrogent les policiers en garde à vue en décembre dernier.

    — *J’aime beaucoup l’histoire, j’aime beaucoup le personnage, ce qu’il a pu représenter, et voilà.*

    — *Quel personnage ?*

    — *Hitler.*

    — *Pouvez-vous être plus précis lorsque vous déclarez que “vous aimez ce qu’il a pu représenter” ?*

    — *Le fait qu’il soit, entre guillemets, “parti de rien” et qu’il soit arrivé à marquer l’histoire. Au-delà du fait qu’il y ait pu y avoir une guerre mondiale et les génocides, qu’il soit parvenu à remettre sur les rails son pays. »*

Leave a Reply