« J’ai découvert ce que c’est de travailler normalement depuis que je ne suis plus prof »

by thom986

3 comments
  1. > Rémi est aujourd’hui un heureux « ingénieur pédagogique » dans un fablab. « J’ai découvert ce que c’est de travailler normalement depuis que je ne suis plus prof. Je réalise maintenant que j’étais un taré de travail, ce qui est le cas pour tous les enseignants surinvestis. »

    Voilà le passage complet du titre légèrement provocateur

  2. Je ne suis pas fan du titre et je ne publie par l’article pour promouvoir cette ambiance.

    Pour autant, c’est un écrit qui sonne assez juste et qui met en lumière les difficultés rencontrées dans le boulot de prof.

    Le nerd de la guerre, c’est la dhg. La dhg pour Dotation Horaire Globale. Pour simplifier. Un prof de sciences. Les gamins doivent avoir 2h de cours dans sa matière. On ne peut pas avoir moins, c’est comme ça. Et souvent, ce qu’on apprécie, surtout en sciences pour faire des tp dans de bonnes conditions, c’est d’avoir des demi-groupes. Par exemple, 1h en classe entière et 1h par demi-groupe par semaine. La dhg, elle intervient dans le fait que ce dispositif donne toujours 2h de cours aux élèves mais pour le professeur, ça en fait 3h. Et cette heure de plus, c’est une bataille pour l’avoir… et tout le monde en veut : amener en salle info, faire bosser l’oral,… Et c’est chaque année plus compliqué de l’avoir.

    Je résume un peu simplement parce que ça a d’autres implications, mais pour résumer c’est le nerf de la guerre. Les demi-groupes, les tp, notamment au collège, surtout en rep, c’est ce qui fait que parfois t’as l’impression de faire du bon boulot…

    Et là, c’est un point. Tout le monde est d’accord. Nos chefs sont d’accord. Les parents sont d’accord… Mais le rectorat dit “non”.

    Et donc on pousse la gueulante, c’est des grèves, c’est du conflits avec l’administration, c’est fatiguant parce que c’est chaque année, parce c’est aussi des postes et donc des collègues en jeu… et parfois quand la lutte persiste : on est reçu au rectorat où on se fait défoncer en 1min avec un “Non. Point”. Pis au final c’est non et on fait avec. On sait que les TP marcheront pas aussi bien, qu’on ne pourra pas passer voir tout le monde. Peut-être on le fera juste sur notre bureau et on essayera de leur en faire faire un moins exigeant mais aussi moins performant.

    Et c’est un sentiment d’échec que sur l’année prochaine et les années d’après (parce quand on perd une fois, ça revient plus jamais), on a perdu une partie de ce qui donnait du sens à notre boulot.

    Le deuxième qui est relevé. C’est les mut. L’idée de base des mut, elle fait sens pour que chaque élève ait un prof qualifié même dans les acad pourrie… Sauf que le taf est tellement en tension, il y a tellement de postes vacants libres dans certaines matières et dans certaines académies que si on laissait la possibilité en prof en place de choisir un établissement où il manque quelqu’un mais d’ailleurs, de mieux… ben, on viderait certaines académiques comme la banlieue parisienne…

    On se retrouve avec la situation. Le collège de là où on souhaite vitre n’a pas de prof de techno… mais on ne peut pas y aller… C’est le barème de l’inter. Ce barème est fictive et permet ce blocage… Un exemple. Il y a deux ans sur Lyon, environ une centaine de postes vacants mais seulement deux personnes titulaires ont été acceptés de rentrer dans l’académie…

    Déjà en lien avec le départ. Des contacts peuvent être bons au rectorat… mais quand il s’agit de demander à partir, la réponse peut juste être “Non”. Sans explication. Sans rien. C’est assez violent… Là, le gars s’est battu… mais combien ne se battent pas aussi bien que lui ?

    Bref, j’ai fini la semaine. Je suis assez content. Mon conseil de classe s’est bien passé. J’ai l’impression d’avoir fait une bonne synthèse et d’avoir passer un bon moment d’échange avec mes collègues, la chef et mes délégués. C’est pas rose. Je suis en rep, on a dû poser une dizaine de mise en garde travail sur 25 élèves… Mon ESS du jour a été intéressante et permettra peut-être une meilleure prise en charge du gamin.
    Mais je suis content. J’ai la sensation d’avoir bien fait mon taf et d’avoir été utile. C’est pas toutes les semaines. Pourtant, c’était plutôt une grosse semaine, avec pas mal de rapports d’incidents, avec des dossiers sociaux à mourir de tristesse.

    C’est le café, c’est pas neutre, neutre, on est d’accord. Mais j’ai trouvé l’écrit assez juste dans justement l’évocation des points qui nous cristallisent.

  3. On peut se surmener dans tous les boulots.

    Prof au moins, on est y pas forcé comme dans certains secteurs type finance.

    J’ai fait 1 an en tant que contractuelle et je dois avouer, je l’avais tranquille.

    Recrutement ridicule et perso j’étais partisan du moindre effort.

    Perso, mon éthique de travail est directement liée aux conditions de ce dit boulot. Et si ces conditions sont aux ras des pâquerettes, je serai heureux de m’y allonger dedans pour taper une sieste.

    C’est triste pour l’élève qui a des parents prolétaires mais ils ont aussi leurs parts de responsabilités.

    En tant qu’étudiant (mais aussi élève puis prof pendant cette courte période) j’ai milité contre toutes ces reformes qui visaient à détruire notre système éducatif.
    Les parents d’élèves étaient eux (pour une majorité) très absent, préférant se focaliser sur des sujets secondaire à la con et casse-couilles.

    L’éducation nationale s’effondre doucement aux prix des épaules des profs qui essayent de retenir les ruines de cette institution.
    Aujourd’hui j’en suis à croire aux bienfaits de l’accélérationnisme. Les profs n’ont pas besoin de faire grève. ils ont juste à ne plus en avoir rien à foutre et le système s’effondrera si vite que le gouvernement n’aura pas le temps d’entreprendre son insidieuse transition vers le tout privé.

Leave a Reply