**La tension n’est pas retombée dans la ville de la Drôme, où plusieurs personnes d’origine maghrébine ont été agressées cette semaine. Le père d’un des jeunes mis en examen dénonce les « mensonges » qui circulent sur la rixe qui a provoqué la mort de Thomas à Crépol.**
***
**Romans-sur-Isère (Drôme).–** Un rond barré d’une croix, une croix celtique, l’emblème des fascistes français, a été peinte sur un mur de l’immeuble des Glycines, une barre à l’abandon, à l’entrée du quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère. À moins que ce ne soit une cible.
Samedi 25 novembre, une centaine de militants d’extrême droite, venus de plusieurs villes françaises, ont convergé la nuit tombée vers ce quartier qu’ils ne connaissaient pas. Par petits groupes, avec des bombes de peinture, des cagoules, armés pour certains de battes de baseball. Sur le même bâtiment abandonné, une croix gammée a été dessinée à la hâte. À deux cents mètres de là, les mêmes ont tagué sur la mosquée « Justice pour Thomas », l’adolescent tué lors d’un affrontement avec des jeunes de la Monnaie, à Crépol, un village des environs, le samedi précédent lors d’un bal
*« Moi, je me baladais, on m’a appelé, on m’a dit : “Attention, il y a un groupe d’extrême droite qui vient vers le quartier”, raconte Nabil, ancien animateur social, 40 ans. Un jeune s’était pris un coup de batte de baseball du côté de la gare. » Un peu plus tard, « des livreurs Uber ont vu deux gars s’enfuir en courant. Ils les ont suivis, attrapés, ils leur ont pris leurs téléphones et, dedans, ils ont vu qu’il y avait des noms et des adresses des familles ! ».*
###« Des gens qui sont sauvages »
Sur l’un des portables, un fil de discussion est resté ouvert.
« Les crouilles, ils ont pas peur de la bagarre, écrit E. Mais toucher leurs mères, ça va les briser.
— Nan frérot pas leurs mères, répond AA.
— Il faut s’en prendre à leurs mères, à leurs grands-pères et grands-mères, et leur tendre des embuscades préparées, pas partir au front comme des cons, écrit un troisième, AD.
— C’est leur point faible, insiste E. Ça rebute beaucoup de gens mais pour eux, il le faut. »
E. résume un peu plus tard : ***« Donc voilà : expédition punitive à Romans-sur-Isère. Faut que ce soit organisé comme un commando et que ça fasse des dégâts, et ça faut être vraiment déter et entrainé pour ça. La vengeance 1 vs 1 doit être sur les mères et les sœurs, là ça va les briser mentalement et psychologiquement. »***
Dans un fast food à deux pas du quartier, Mohamed, Nabil et Abdallah*, la quarantaine, lisent et relisent effarés ces captures d’écran. Ils ont quitté le quartier après leurs études, se sont éloignés à droite à gauche pour travailler, quittant Romans quelques années, mais ils n’habitent pas loin. À cinq minutes en voiture. Ils peuvent être là très vite. Ils sont en alerte.
Mardi, une femme s’est fait arracher son voile dans la rue. Mercredi, un jeune facteur d’origine maghrébine a été agressé et menacé par un groupe de quatre hommes descendus de leur voiture. Ces jours-ci, quand on sort du quartier, il est recommandé de « faire attention », de ne pas rester isolé pour aller faire des courses, d’être vigilant aux passages piétons. *« Les gens ont peur de parler au téléphone. Ils se méfient de la vidéosurveillance, c’est incroyable »*, prévient Mohamed.
*« Pour Thomas, tout le monde partage la douleur, dit Nabil. C’est un drame. Il est de chez nous. On est tous allés au lycée du Dauphiné… »*
Lundi, un hommage a été organisé dans l’établissement de Thomas en présence du porte-parole du gouvernement Olivier Véran et de la maire (Les Républicains) de Romans-sur-Isère, Marie-Hélène Thoraval.
###Une maire pyromane
*« Les jeunes qui ont été interpellés sont nés en France, leurs parents sont nés en France, rebondit Mohamed. On est en train de leur dire : “Vous n’êtes pas de chez nous.” Être né ici, avoir ses parents qui sont nés ici, ça ne fait pas de nous des “Blancs”… C’est où, le curseur du Blanc ? »*
L’attaque du 25 novembre a tourné court. Une compagnie de CRS, déployée préventivement, a dispersé les agresseurs et fait une vingtaine d’interpellations. Six militants ont été condamnés en comparution immédiate à des peines de six à dix mois de prison.
Ici, on se demande aussi « à quoi joue » la maire de la ville, qui s’échine depuis dix jours à désigner le quartier comme la source de tous les maux ; « à quoi jouent » les médias qui l’accueillent, presque quotidiennement, depuis une semaine. *« Elle met de l’huile sur le feu, au lieu de nous protéger »*, juge Abdellah.
Sur Europe 1, alors qu’un journaliste lui demande de parler de la « bande armée » responsable du meurtre de Thomas, Marie-Hélène Thoraval soutient qu’une *« frange de la population [du quartier – ndlr] refuse toute forme de citoyenneté et d’intégration ». « Ces personnes doivent être extraites du quartier » et « avoir un traitement spécifique »*, préconise-t-elle. *« Puisque le ministre de l’intérieur a parlé d’ensauvagement »*-, ne faut-il pas appliquer *« d’autres méthodes »* sur *« des gens qui sont sauvages ? »-, suggère-t-elle sur BFMTV.
Le « noyau dur » de la Monnaie repose sur des individus *« qui sont issus de parents qui étaient déjà délinquants »*, parce que -« c’est une culture qui se transmet »*. La mort de Thomas n’est « pas un fait divers », soutient-elle, *« dans ce qui s’est passé à Crépol, il y a cette dimension d’attaque qui ressort »*.
L’expression « mettre de l’huile sur le feu » exprime clairement la présence d’un incendie
2 comments
**La tension n’est pas retombée dans la ville de la Drôme, où plusieurs personnes d’origine maghrébine ont été agressées cette semaine. Le père d’un des jeunes mis en examen dénonce les « mensonges » qui circulent sur la rixe qui a provoqué la mort de Thomas à Crépol.**
***
**Romans-sur-Isère (Drôme).–** Un rond barré d’une croix, une croix celtique, l’emblème des fascistes français, a été peinte sur un mur de l’immeuble des Glycines, une barre à l’abandon, à l’entrée du quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère. À moins que ce ne soit une cible.
Samedi 25 novembre, une centaine de militants d’extrême droite, venus de plusieurs villes françaises, ont convergé la nuit tombée vers ce quartier qu’ils ne connaissaient pas. Par petits groupes, avec des bombes de peinture, des cagoules, armés pour certains de battes de baseball. Sur le même bâtiment abandonné, une croix gammée a été dessinée à la hâte. À deux cents mètres de là, les mêmes ont tagué sur la mosquée « Justice pour Thomas », l’adolescent tué lors d’un affrontement avec des jeunes de la Monnaie, à Crépol, un village des environs, le samedi précédent lors d’un bal
*« Moi, je me baladais, on m’a appelé, on m’a dit : “Attention, il y a un groupe d’extrême droite qui vient vers le quartier”, raconte Nabil, ancien animateur social, 40 ans. Un jeune s’était pris un coup de batte de baseball du côté de la gare. » Un peu plus tard, « des livreurs Uber ont vu deux gars s’enfuir en courant. Ils les ont suivis, attrapés, ils leur ont pris leurs téléphones et, dedans, ils ont vu qu’il y avait des noms et des adresses des familles ! ».*
###« Des gens qui sont sauvages »
Sur l’un des portables, un fil de discussion est resté ouvert.
« Les crouilles, ils ont pas peur de la bagarre, écrit E. Mais toucher leurs mères, ça va les briser.
— Nan frérot pas leurs mères, répond AA.
— Il faut s’en prendre à leurs mères, à leurs grands-pères et grands-mères, et leur tendre des embuscades préparées, pas partir au front comme des cons, écrit un troisième, AD.
— C’est leur point faible, insiste E. Ça rebute beaucoup de gens mais pour eux, il le faut. »
E. résume un peu plus tard : ***« Donc voilà : expédition punitive à Romans-sur-Isère. Faut que ce soit organisé comme un commando et que ça fasse des dégâts, et ça faut être vraiment déter et entrainé pour ça. La vengeance 1 vs 1 doit être sur les mères et les sœurs, là ça va les briser mentalement et psychologiquement. »***
Dans un fast food à deux pas du quartier, Mohamed, Nabil et Abdallah*, la quarantaine, lisent et relisent effarés ces captures d’écran. Ils ont quitté le quartier après leurs études, se sont éloignés à droite à gauche pour travailler, quittant Romans quelques années, mais ils n’habitent pas loin. À cinq minutes en voiture. Ils peuvent être là très vite. Ils sont en alerte.
Mardi, une femme s’est fait arracher son voile dans la rue. Mercredi, un jeune facteur d’origine maghrébine a été agressé et menacé par un groupe de quatre hommes descendus de leur voiture. Ces jours-ci, quand on sort du quartier, il est recommandé de « faire attention », de ne pas rester isolé pour aller faire des courses, d’être vigilant aux passages piétons. *« Les gens ont peur de parler au téléphone. Ils se méfient de la vidéosurveillance, c’est incroyable »*, prévient Mohamed.
*« Pour Thomas, tout le monde partage la douleur, dit Nabil. C’est un drame. Il est de chez nous. On est tous allés au lycée du Dauphiné… »*
Lundi, un hommage a été organisé dans l’établissement de Thomas en présence du porte-parole du gouvernement Olivier Véran et de la maire (Les Républicains) de Romans-sur-Isère, Marie-Hélène Thoraval.
###Une maire pyromane
*« Les jeunes qui ont été interpellés sont nés en France, leurs parents sont nés en France, rebondit Mohamed. On est en train de leur dire : “Vous n’êtes pas de chez nous.” Être né ici, avoir ses parents qui sont nés ici, ça ne fait pas de nous des “Blancs”… C’est où, le curseur du Blanc ? »*
L’attaque du 25 novembre a tourné court. Une compagnie de CRS, déployée préventivement, a dispersé les agresseurs et fait une vingtaine d’interpellations. Six militants ont été condamnés en comparution immédiate à des peines de six à dix mois de prison.
Ici, on se demande aussi « à quoi joue » la maire de la ville, qui s’échine depuis dix jours à désigner le quartier comme la source de tous les maux ; « à quoi jouent » les médias qui l’accueillent, presque quotidiennement, depuis une semaine. *« Elle met de l’huile sur le feu, au lieu de nous protéger »*, juge Abdellah.
Sur Europe 1, alors qu’un journaliste lui demande de parler de la « bande armée » responsable du meurtre de Thomas, Marie-Hélène Thoraval soutient qu’une *« frange de la population [du quartier – ndlr] refuse toute forme de citoyenneté et d’intégration ». « Ces personnes doivent être extraites du quartier » et « avoir un traitement spécifique »*, préconise-t-elle. *« Puisque le ministre de l’intérieur a parlé d’ensauvagement »*-, ne faut-il pas appliquer *« d’autres méthodes »* sur *« des gens qui sont sauvages ? »-, suggère-t-elle sur BFMTV.
Le « noyau dur » de la Monnaie repose sur des individus *« qui sont issus de parents qui étaient déjà délinquants »*, parce que -« c’est une culture qui se transmet »*. La mort de Thomas n’est « pas un fait divers », soutient-elle, *« dans ce qui s’est passé à Crépol, il y a cette dimension d’attaque qui ressort »*.
L’expression « mettre de l’huile sur le feu » exprime clairement la présence d’un incendie